15.07.2011

Des présidentielles entre clarifications et complications

Avec l’élimination définitive de DSK et l’élection d’Eva Joly comme candidate pour les Verts, la situation semble se simplifier. Cependant, les incertitudes des primaires socialistes et de sondages très contradictoires compliquent encore l’analyse de la situation.

Sondages et complications

Coup sur coup, deux sondages ont été publiés et si certaines données sont cohérentes, ce n’est pas le cas d’autres points où les différences peuvent même sembler totalement aberrantes. En effet, les deux sondages (LH2 pour Yahoo et Ipsos pour France Télévisions) indiquent une remontée de Nicolas Sarkozy entre 21 et 24% selon les scénarios. De même, ils confirment l’avance des candidats socialistes sur le président sortant au premier comme au second tour.

Pourtant, pour Ipsos, les deux favoris des primaires socialistes font le même score (29%) alors que LH2 accorde 3 points de moins à la première secrétaire. Mais les deux s’accordent pour un second tour entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen en cas de candidature de Ségolène Royal, ce qui devrait définitivement plomber sa seconde tentative. Bizarrement, Ipsos voit Marine Le Pen stable entre 17 et 18% quand LH2 la voit en baisse de 2 à 5 points, entre 15 et 13%.

Pire, les deux sondages présentent des configurations contradictoires pour le centre. Pour LH2, François Bayrou prend les devants avec 10 à 11% (et même 13% avec Ségolène Royal) en gagnant 3 à 4 points, dépassant Jean-Louis Borloo alors qu’Ipsos affirme l’exact inverse, à savoir un essoufflement du président du Modem, à seulement 5% contre 7% pour Eva Joly et 8% pour l’ancien ministre de l’environnement. Les deux s’accordent sur la baisse de Villepin.

D’incertaines conclusions provisoires

Même si Nicolas Sarkozy remonte, ses scores demeurent extrêmement faibles car il est littéralement écrabouillé au second tour par les candidats socialistes et c’est bien lui qui reste menacé pour la présence au second tour. En outre, on ne voit pas bien comment il pourrait renverser la vapeur. Il n’est pas inintéressant de constater le plafonnement ou la baisse de Marine Le Pen, qui ne parvient clairement pas à dépasser l’étiage haut du Front National.

Toute la question réside dans la capacité d’émergence d’un quatrième homme, qui pourrait devenir le troisième, voir même le second. Si l’on croît LH2, François Bayrou pourrait espérer. En effet, il ne faut pas oublier qu’il était parti à 3/4 % en 2007 avant d’atteindre plus de 18% au premier tour. En outre, avec plus de 20% dispersé sur quatre candidats au centre, cet électorat pourrait se cristalliser sur un seul de manière à jouer la qualification pour le second tour.

A moins que la surprise ne vienne d’ailleurs. NDA et Jean-Pierre Chevènement restent faibles, mais c’est totalement logique étant donnée leur faible présence médiatique. Pourtant, leurs idées sont aujourd’hui de plus en plus populaires, comme l’a montré le sondage sur le protectionnisme ou le référendum sur le TCE. Du coup, ils pourraient bien être les surprises de cette élection. Et la jeunesse du président de Debout la République pourrait bien en faire la révélation de 2012.

Si le rejet de Nicolas Sarkozy est confirmé, le maintien du Front National à la périphérie de notre vie politique semble bien confirmé malgré tous les efforts de Marine Le Pen. La surprise viendra-t-elle alors du centre et de son unification ou d’un candidat alternatif ? Le contexte exige théoriquement le second…

07.05.2011

Hervé Morin : au centre, le vide

Il n’en vendra sans doute pas beaucoup, mais le président du Nouveau Centre a trouvé le moyen d’exister médiatiquement : sortir un livre très critique à l’encontre de Nicolas Sarkozy. Le seul moyen de donner un peu de contenu à son hypothétique candidature.

Indécence et copyright

Hervé Morin s’était déjà illustré par un grand manque d’élégance républicaine lors du remaniement en annonçant lui-même et avant l’annonce officielle son départ du gouvernement. Il fait une nouvelle muflerie aujourd’hui en publiant un livre très critique à l’encontre de Nicolas Sarkozy. Il est difficile d’y voir autre chose qu’un moyen d’exister pour un candidat très creux. Il est assez indécent qu’un ancien ministre descende aussi rapidement la main qui le nourrissait il y a peu.

Il devrait apprendre auprès de Jean-Louis Borloo ce qu’est le comportement normal d’un ancien ministre de la République. En outre, il est difficile de ne pas voir le côté extrêmement réchauffé de sa critique du président de la République. Nous avons droit à un gloubiboulga indigeste et déjà-vu des critiques exprimées depuis près de cinq ans (en prenant en compte la campagne présidentielle). Naturellement, Hervé Morin n’apporte rien de nouveau sur le sujet.

Le candidat inutile et invisible

Ce bébé Sarkozy (car, après tout, il n’existe que parce que le président a voulu faire monter un centriste qui avait trahi François Bayrou pour concurrencer le Modem) est un nouvel exemple du vide absolu du sarkozysme. Car si Hervé Morin veut être candidat à l’élection présidentielle, il n’a toujours pas réussi à expliquer clairement pourquoi il le fait, à part pour exprimer sa volonté d’exister politiquement et être cohérent avec la grande idée qu’il semble avoir de lui-même.

Mais le centriste est parfois couard. C’est pourquoi Hervé Morin aimerait bien que Jean-Louis Borloo y aille car il ne semble pas convaincu de faire un grand score étant donné le vide sidéral de son discours et de sa personne. Son parcours depuis quatre ans parle contre lui : une trahison, un passage totalement transparent dans un grand ministère où il n’a laissé aucun souvenir, des vœux totalement ridicules et maintenant un livre qui ne fait que reprendre ce qui était dit il y a longtemps.

On retient aussi d’un président les personnes qu’il a fait émerger politiquement. Le vide sidéral de certains bébés Sarkozy, souvent couplé à une très haute idée d’eux-mêmes trouve un nouvel exemple dans la personne d’Hervé Morin. Qu’il se présente, on rira bien.

11.04.2011

Jean-Louis Borloo entre sécession et dissuasion

L’ancien ministre de l’écologie a fait un grand pas vers le Rubicon la semaine dernière en annonçant sa décision de quitter l’UMP, de créer un nouveau rassemblement et d’envisager sa candidature pour 2012. Mais quelles sont ses véritables intentions ?

Embouteillage au centre

La perspective d’une candidature de Jean-Louis Borloo pour 2012 est à multiple tranchants. Bien sûr, beaucoup y voient le risque d’une division des voix de la majorité qui pourrait bien contribuer à éliminer Nicolas Sarkozy du second tour de l’élection présidentielle. Mais les implications sont peut-être plus complexes. En effet, beaucoup de candidats se bousculent autour du centre politique, pas forcément au détriment du président sortant par ailleurs.

En effet, outre François Bayrou et Hervé Morin, Jean-Louis Borloo chasse plus largement sur les terres de Dominique de Villepin, et même Eva Joly ou Dominique Strauss-Kahn. Tous ces candidats sont relativement proches sur l’échiquier politique, partagent une même acceptation de la mondialisation néolibérale ou de l’Europe, et un refus de la dérive sécuritaire et identitaire de l’UMP. Mais Jean-Louis Borloo présente la particularité d’être le seul à ne pas être hostile au président sortant.

Borloo, téléguidé par Sarkozy ?

On peut donc légitimement se poser cette question car l’ancien ministre est un ami du président et l’a vu très récemment, comme le soutient aussi Juan. Et son éventuelle candidature n’est pas forcément inutile à l’Elysée. En effet, rien ne dit qu’il ne touchera pas principalement des électeurs qui n’auraient de toutes les façons pas souhaité voter pour Nicolas Sarkozy. Il est possible qu’il tire son électorat des rivaux du président plutôt que de celui du président lui-même.

En outre, une candidature Borloo complique plus encore une éventuelle candidature de Villepin qui aurait un concurrent de plus, sachant qu’il affronte déjà DSK et Bayrou, qui sont sur des registres très proches. La menace d’une candidature de l’ancien ministre pourrait achever de dissuader l’ancien premier ministre d’y aller. Enfin, rien n’empêcher Jean-Louis Borloo de tester sa candidature et de la retirer au dernier moment s’il s’avèrerait qu’elle gêne plus le président qu’elle ne l’aide.

La déclaration de Jean-Louis Borloo est trop rapidement vue comme un affaiblissement de Nicolas Sarkozy. C’est peut-être le cas. Mais cela pourrait aussi être un ballon d’essai destiné à en dissuader d’autres et à créer une aile centriste pour contrebalancer une UMP droitisée.

11.06.2010

La stratégie incompréhensible de François Bayrou

Il y a quelques mois, je croyais encore que le président du Modem avait de sérieuses chances pour les élections présidentielles de 2012. Mais faute est de constater que sa stratégie hasardeuse l’en éloigne tous les jours un peu plus. Nouvel exemple.

La descente du centre en godille

A l’origine était la campagne présidentielle de 2007. Contre toute attente, François Bayrou réunit 18% des suffrages exprimés, après avoir  approché la 2ème place dans les sondages. Il parvient même à prolonger sa réussite en entretenant le suspens sur un rapprochement potentiel avec Ségolène Royal. A l’époque déjà, le centre penchait légèrement à gauche même s’il disait qu’il fallait réunir les meilleures compétences de la gauche et de la droite au gouvernement.

L’après présidentielle marque le début de la descente aux enfers, même si on ne s’en rendra compte que deux ans plus tard. Nicolas Sarkozy, qui avait raillé cette proposition de rassemblement dans un même gouvernement, débauche largement des personnalités de gauche, et vole donc la proposition phare du candidat centriste. Sans grand-chose de différent de l’UMP et du PS à dire lors des élections européennes et régionales, le Modem voit son score divisé par quatre en trois ans.

Retour à droite ?

A l’origine, la stratégie de François Bayrou pouvait avoir du sens. Se rapprocher du Parti Socialiste lui permettait d’afficher une majorité présidentielle potentielle en cas de victoire. En outre, son positionnement électoral lui donnant théoriquement une meilleure chance de battre Nicolas Sarkozy au second tour, il aurait pu attirer des électeurs de gauche désireux d’alternatives. Il ne lui manquait qu’une primaire un peu sanglante, hypothèse qui n’était pas la plus improbable.

Mais voilà, ce beau scénario s’éloigne tous les jours un peu plus. Il n’est pas passé d’une posture d’opposant à celle d’une force de propositions alternatives. Il ne parvient pas à maintenir l’ordre au sein de son parti, qui apparaît comme aussi indiscipliné que le Parti Socialiste, alors que ce dernier s’apaise. Et puis, le récent réchauffement de ses relations avec le président de la République, même s’il est sans doute exagéré par les médias, semble totalement venir à contretemps.

Même s’il ne faut jamais dire jamais, l’ascension de Dominique Strauss-Kahn a toutes les chances de rayer l’hypothèse Bayrou pour 2012. Le beau score de 2007 apparaîtra alors pour ce qu’il était : le produit du choix par le PS et l’UMP de candidats trop clivants.

03.06.2010

La bulle DSK

Nicolas Sarkozy a peur : Dominique Strauss-Kahn grimpe dans les sondages, le PS va organiser ses primaires suffisamment tard pour lui et même Ségolène Royal affirme être prête à renoncer à ses ambitions. Du coup, l’Elysée lance une pathétique campagne pour dire qu’il ne sera pas candidat.

L’homme qui venait du FMI

Difficile de faire mieux pour l’actuel président du Fonds Monétaire International. Le mois de mai s’est déroulé comme dans un rêve pour le candidat à la candidature de 2007. La crise de l’euro lui a donné l’occasion de descendre de son olympe étasunien pour venir rassurer les Français. Il a eu les honneurs d’une émission en début de soirée sur France 2. Sa guerre éclair médiatique lui a permis de reprendre fermement la tête de la compétition officieuse entre éléphants pour la candidature de 2012.

Les régionales sont loin pour Martine Aubry et Ségolène Royal. Dans les sondages, l’ancien ministre des finances de Lionel Jospin les devance largement puisqu’il obtiendrait 29% des voix au premier tour, contre 24% à la première secrétaire et 18% à la candidate de 2007. Mieux, lui seul devancerait Nicolas Sarkozy. Et on peut soupçonner Paris-Match de ne pas vouloir montrer de chiffres trop sévères au second tour pour le président en exercice. DSK semble imbattable.

Un contexte idéal

En outre, le PS semble mieux disposer que jamais à son égard. Le calendrier des primaires lui facilite la tâche puisqu’il pourra encore rester un an à la tête du FMI. Ségolène Royal sous-entend qu’elle pourrait se mettre au service d’un autre. Bref, après huit années dans l’opposition, les éléphants semblent prêts à se mettre d’accord pour éviter de se déchirer. Bien sûr, les éléphanteaux râlent car ils devraient être balayés et certains pariaient sur une nouvelle défaite pour mieux gagner en 2017.

Au global, le Parti Socialiste semble vouloir faire ce qu’il faut pour gagner en 2012. Si DSK se présentait en étant soutenue par la première secrétaire et la candidate de 2007, le président en exercice pourrait préparer ses valises… D’où l’exercice assez désolant et bien peu convaincant de l’UMP pour essayer de discréditer la candidature de Dominique Strauss-Kahn. Un jour, il faudra que l’Elysée cesse ses exercices surréalistes de négation de la réalité qui les fait parler comme les dirigeants de l’URSS.

Une bulle ?

Du coup, on pourrait croire que l’élection présidentielle est pliée, mais les précédents historiques suggèrent d’être prudent. Il est vrai que si DSK se présente, alors l’espace politique disponible pour François Bayrou ou Dominique de Villepin sera alors considérablement rétréci (comme le montre le sondage de Paris-Match). Sa compatibilité avec la droite peut lui faire gagner des voix, sachant qu’une bonne partie de la gauche le préfèrera forcément sans hésiter à Nicolas Sarkozy.

Malgré tout, le parcours du président du FMI ne sera pas une ballade de santé. En effet, sa position actuelle est un peu facile, loin de la réalité, en apesanteur. Une campagne, ce sera forcément autre chose, surtout quand il présentera un programme qui ne se différenciera qu’à la marge de celui du président sortant sur l’économie. Nul doute que Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan auront une opportunité gigantesque de parler à un électorat populaire victime de la crise et de dégonfler enfin le FN.

Si je crois encore que DSK est en pôle-position pour 2012, du fait de l’absence de rival crédible au PS et de la personnalité et du bilan de Nicolas Sarkozy, son parcours ne sera pas une promenade de santé car il pourrait bien susciter l’envie d’une véritable alternative aux Français.

30.11.2009

La nouvelle donne de la présidentielle

Certes, nous sommes encore très loin de l’élection présidentielle mais les dernières semaines ont vu deux évènements qui pourraient influencer radicalement l’issue de l’élection de 2012, sans doute dans un sens guère favorable à Nicolas Sarkozy.

La voie royale de DSK et le pari de François Bayrou

C’est peu de dire que le plan média de Dominique Strauss-Kahn a été un beau succès. Commencé par un sondage le donnant seul capable de battre Nicolas Sarkozy avec 51% des voix, il a bénéficié de plusieurs encouragements pour sa candidature, y compris de la première secrétaire du PS. Cela s’est poursuivi par plusieurs interviews qui lui ont permis d’entretenir son statut en France. La présidence du FMI ne semble pas être un handicap. Au contraire, elle l’éloigne des querelles socialistes.

Côté Modem, François Bayrou s’engage de plus en plus dans le pari du rapprochement avec les socialistes comme le montre les réunions de plus en plus fréquentes entre membres des deux partis. Le député du Béarn a jeté aux orties sa stratégie de 2007 suite aux débauchages de Nicolas Sarkozy. Il cherche plutôt à favoriser l’émergence d’un grand rassemblement d’opposition au président, qui irait de la gauche de la gauche au centre en passant par les verts et les socialistes. Ainsi, il pense construire l’alternance, en espérant qu’il soit le candidat de cette équipée.

Une équation complexe

Après sa cuisante défaite aux primaires de 2006, Dominique Strauss Kahn tient peut-être sa revanche. Ségolène Royal semble perdre ses forces, même s’il est vrai que le mode de scrutin pourrait l’avantager. En apparaissant comme le meilleur candidat pour battre Nicolas Sarkozy, il pourrait bien forcer la main de militants socialistes désireux de revanche électorale et mobilisés par un président aussi clivant. Il est vrai cependant que le combat entre DSK et François Bayrou risque d’être piquant, le béarnais pouvant être tenté de passer le socialiste par sa gauche, à la manière de Jacques Chirac en 1995.

Il faut dire que la stratégie de François Bayrou est peut-être plus habile qu’il n’y paraît. Son rapprochement avec le PS et les Verts lui donne une majorité pour gouverner, majorité qui semblait très nébuleuse en 2007 et qui lui a peut-être fermé les portes du second tour. En outre, si DSK est le représentant du PS, alors cette majorité apparaîtra suffisamment modérée pour ne pas effrayer le centre-droit.

En revanche, cela pourrait mettre des bâtons dans les roues d’un Dominique de Villepin qui  n’apparaîtrait alors que comme un autre candidat UMP, un simple postulant à un changement de président sans changer de majorité, discours compliqué. En revanche, une configuration DSK, Bayrou, Sarkozy (avec Villepin ou pas) représenterait sans doute une opportunité pour un candidat alternatif comme Nicolas Dupont-Aignan tant il sauterait aux yeux des Français que PS, Modem et UMP sont finalement très proches.

Bien sûr, la situation reste encore très incertaine et le pari du Modem pourrait bien être perdant. La côte de DSK pourrait également pâlir. Mais cet automne semble dessiner une configuration où Nicolas Sarkozy aura du mal à rester à l’Elysée.

07.09.2009

François Bayrou peut-il plumer la volaille socialiste ?

C’est un évènement dont la portée politique ne semble pas avoir été saisie par tout le monde, mais le rapprochement de François Bayrou avec le Parti Socialiste bouleverse la donne pour 2012…

La fin du « ni-ni »

En 2007, la posture gagnante de François Bayrou avait été de se tenir à égale distance du Parti Socialiste et de l’UMP. S’il avait indiqué une plus grande proximité avec Ségolène Royal qu’avec Nicolas Sarkozy, il n’avait pas franchi le Rubicon du soutien à la candidate socialiste pour le second tour, après bien des rebondissements. Cette posture indépendante avait été reconduite lors des municipales avec des accords différents selon les villes : avec le PS à Nantes, avec l’UMP à Bordeaux par exemple. L’égale distance entre la gauche et la droite était la marque de fabrique de François Bayrou.

Mais cette posture présente une double limite. Les débauchages de Nicolas Sarkozy ont affaibli l’argument selon lequel il était le mieux à même de rassembler des personnes de gauche et de droite. Ensuite, se posait la question de la majorité sur laquelle il pourrait s’appuyer, d’autant plus que le Modem s’est effondré lors des élections européennes et que les perspectives pour les régionales ne semblent guère plus brillantes… Enfin, la stratégie d’indépendance absolue est devenue d’autant plus délicate que François Bayrou se veut un opposant frontal au président de la République.

Les socialistes peuvent-ils se faire plumer ?

Il y a quelques décennies, les communistes espéraient « plumer la volaille socialiste » en s’alliant avec eux. C’est l’inverse qui s’est passé. Mais le rapprochement PS-Modem représente un danger autrement plus important pour les socialistes qui se retrouvent un peu dans la position du PCF de l’époque. L’intérêt pour les socialistes est clair : une alliance avec le Modem est sans doute le seul moyen de pouvoir battre l’UMP, aux régionales comme lors de la présidentielle. Une nouvelle majorité plurielle qui rassemblerait également les centristes peut représenter une alternative solide à Nicolas Sarkozy.

Cependant, une telle alliance n’est pas sans risque. Tout d’abord, François Bayrou sera sans doute le meilleur candidat du second tour. Mais surtout, les primaires laisseront le Parti Socialiste coupé en deux entre partisans et opposants à Ségolène Royal. Six longues années de guerre interne pourraient bien pousser le camp perdant à soutenir le candidat centriste plutôt que le candidat du parti, un peu comme Jacques Chirac en 1974. Est-il vraiment inimaginable que Manuel Valls, suivi par d’autres, appelle à voter François Bayrou dès le premier tour en 2012 pour faire barrage à Nicolas Sarkozy ?

François Bayrou aimerait bien marcher sur les pas de François Mitterrand. En se rapprochant du parti de l’ancien président de la République, il construit peut-être l’alliance qui lui permettra d’entrer à l’Elysée…

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/09/06/francois-bayrou-se-voit-difficilement-faire-alliance-avec-l-ump-pour-les-regionales_1236616_823448.html

19.07.2009

Bayrou + Villepin = Sarkozy ?

Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy se présente comme le grand favori pour les élections présidentielles de 2012. Pourtant, l’histoire et le contexte actuel devraient le pousser à plus de prudence, à moins que ses adversaires ne lui facilitent la tâche.

Pourquoi Nicolas Sarkozy doit perdre

Le Figaro rapporte ses dernières fanfaronnades : «  au pire ou au mieux, vous en avez encore pour sept ans et demi avec moi ! ». Depuis son élection, le président est complètement tendu vers sa réélection, comme le montre le débauchage de quelques mercenaires « socialistes », qui « démobilise l’adversaire ». Mais le président oublie que près de trois ans avant une élection, les impressions sont trompeuses : Jacques Chirac et François Mitterrand étaient donnés perdants et Valéry Giscard d’Estaing gagnant…

Mais surtout, le locataire de l’Elysée n’a pas convaincu, notamment dans son traitement de la crise économique, qui laisse les Français plus que sceptiques. En outre, l’écart entre les promesses de campagne et la réalité devient tous les jours plus béant. Et comment croire que le gouvernement pourra gérer sereinement le budget des prochaines années sans avoir recours à des hausses d’impôt pourtant balayées d’un revers de main à chaque fois qu’elles sont évoquées ?

L’hypothèque socialiste

Bref, il semble aujourd’hui très facile de réunir une majorité de Français en 2012 pour renverser le président sortant. L’écart entre le discours et la réalité va devenir tous les jours plus important, au point où une ré élection semble impossible. Mais le problème est qu’une personne devra réunir plus de 50% face à lui pour l’envoyer vers une retraite politique. Or aujourd’hui, son adversaire le plus probable serait un candidat socialiste. Et là, quel qu’il soit, une victoire du président serait probable.

En effet, le parti socialiste arrivera en charpie à l’élection présidentielle, après des déchirements violents qui auront culminé lors des primaires. Si Ségolène Royal l’emporte une nouvelle fois, ses adversaires seront tentés par la politique du pire. En fait, je crois plutôt au scénario de Superno et un retour de DSK qui coaliserait le front « Tous Sauf Ségolène ». Mais du coup, les ségolistes pourraient eux aussi être tentés par la politique du pire, balayant définitivement les chances des socialistes.

Pourquoi il peut gagner

Ce scénario m’avait amené à pronostiquer un second tour Bayrou – Sarkozy et la victoire du premier. Même si ce scénario me semble malgré tout très possible, l’échec cuisant des élections européennes, et celui, probable des régionales peut affaiblir le président du Modem et hypothéquer ses chances, même s’il garde une bonne équation personnelle. Bien sûr, son élection serait un gâchis car la crise n’a pas provoqué chez lui davantage de remise en question qu’au PS ou à l’UMP.

Mais l’attitude offensive de Dominique de Villepin complique la tâche de François Bayrou puisqu’ils risquent de se partager en partie certains électeurs et donc de s’empêcher l’un l’autre de devancer le candidat du Parti Socialiste au second tour. En effet, si l’un des deux seulement était candidat, alors l’hypothèse d’une nouvelle élimination du PS au premier tour restera forte. Si les deux le sont, alors, cela pourrait ouvrir la voie à un nouveau duel PS-UMP, où la nullité du premier donnerait sa chance au président sortant.

Naturellement, un tel exercice présente de grandes limites, mais le creux de l’actualité amène à se poser des questions, qui, aussi dérangeantes et désagréables soient-elles, méritent d’être posées. Dans une partie de billard à plusieurs bandes, Nicolas Sarkozy n’a t-il pas intérêt à une candidature Bayrou et Villepin ?

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/07/08/01002-2009070...

http://www.superno.com/blog/2009/07/finissons-en-avec-le-...

09.06.2009

François Bayrou est-il rayé de la carte politique ?

Devant le très mauvais score du Modem aux élections européennes, beaucoup tirent un trait définitif sur les ambitions présidentielles de François Bayrou. Cette conclusion est tentante devant un tel échec, mais peut-être un peu rapide.

Le troisième homme devenu quatrième

Et il faut dire qu’avec à peine 8% des voix, le Modem est à la peine. La moitié seulement du score d’Europe Ecologie et du Parti Socialiste. Le capital électoral de François Bayrou, qui avait approché les 19% en 2007, a fondu de plus de moitié en seulement deux ans, ce qui laisse mal augurer pour 2012. Des fissures semblent apparaître au Modem et comment imaginer un meilleur contexte pour que Dominique de Villepin trouve un espace politique, forcément concurrent de celui du leader centriste.

Et il faut dire que la campagne de François Bayrou n’a pas été brillante. L’Europe n’était sans doute pas le meilleur sujet pour lui, qui a voté depuis 25 ans de la même manière que le PS et l’UMP. Résultat, il a essayé de faire de cette élection une répétition de la présidentielle, sans grand succès. Mal à l’aise, le président du Modem s’est discrédité dans une polémique avec Daniel Cohn Bendit qui lui a sans doute coûter des voix dans la dernière ligne droite.

L’expérience Mitterrand et Chirac

Alors, mort politiquement François Bayrou ? On pourrait être tenté de le dire, d’autant plus qu’il a de nouveau montré des limites qui peuvent sembler rédhibitoires pour atteindre l’Elysée. Mais finalement, le chef du Modem ne suit-il pas les exemples de François Mitterrand et Jacques Chirac, arrivés à l’Elysée après d’innombrables échecs, qui avaient poussé de nombreux commentateurs à les compter pour morts politiquement ? Ce premier indice permet de prendre du recul sur cette défaite.

Une équation politique pas si défavorable

Tout d’abord, l’énorme succès des écologistes aura du mal à se traduire aux élections présidentielles, d’autant plus qu’il n’y a pas de présidentiable incontestable rassemblant l’ensemble de la famille écologiste. Comme nous l’avons vu avec Philippe de Villiers, c’est une chose de voter pour une liste aux élections européennes, c’en est une autre de voter pour son chef lors d’une élection présidentielle. Ce constat devrait dégeler une partie importante de l’électorat en 2012.

Si Daniel Cohn-Bendit plaît comme député européen, il séduirait moins comme président de la République. En outre, il a déclaré ne pas vouloir être candidat. Et on voit mal Dominique Voynet, Yves Cochet ou Cécile Duflot jouer les troubles fêtes de l’élection présidentielle de 2012. En outre, le succès de l’UMP est à modérer par la faible participation, concentrée sur son électorat. L’équation de Nicolas Sarkozy pour un second tour semble toujours très fragile.

Mais surtout, le Parti Socialiste sort en lambeaux de cette élection. Il a fondu de près de 10 points en seulement deux ans, signe de la lassitude des Français devant ses querelles internes. Avec encore deux années de lutte pour la candidature, la situation aura sans doute encore empirée. Et comment ne pas imaginer que le camp perdant (les pro ou anti-Ségolène) joue contre le camp gagnant tant des horreurs auront été dites pendant six ans, fracturant un électorat déjà réduit ?

Et c’est pourquoi, malgré toutes ses limites, François Bayrou ne doit pas être oublié. Le Parti Socialiste arrivera en charpies aux élections de 2012 et Nicolas Sarkozy devra assumer un bilan peu glorieux. Par défaut, François Bayrou garde sa chance.

Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/06/cétait-bien-un...

05.06.2009

Européennes : un débat effroyable

À la fin du débat hier soir, Arlette Chabot, dépitée, a sous-entendu que la triste image donnée par l’émission risquait au final de favoriser l’abstention. Ce sera sans doute sa meilleure remarque de l’ensemble d’un débat aussi confus qu’agressif et malhonnête.

Un débat biaisé

Ce n’est pas un débat qu’il fallait organiser, mais sans doute deux, pour permettre à chacun de davantage s’exprimer. Les débats à 8 sont rarement très réussis car il y a trop de monde pour s’exprimer. Pire, France 2 avait sciemment décidé de zapper deux partis présentant pourtant des listes dans toute la France : Lutte Ouvrière (qui présente un candidat aux élections présidentielles depuis 1974) et Debout la République, sur la foi de sondages dont les limites sont pourtant exposées tous les jours.

Comment ne pas voir une claire intention politique, en ligne avec les souhaits de l’Elysée, derrière l’élimination de ces deux partis ? En laissant Olivier Besancenot seul, le NPA est favorisé par rapport à Lutte Ouvrière, pour éviter un trop grand émiettement de l’électorat d’extrême gauche. Et en refusant d’inviter Nicolas Dupont-Aignan, cela laisse le champ libre à Philippe de Villiers. En outre, on sentait bien dans le ton d’Arlette Chabot qui elle appréciait ou pas.

Un débat mal tenu

Si la plupart des résumés du débat se concentrent sur la bien peu glorieuse passe d’armes entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit, l’atmosphère générale était déplorable. Ce débat a été un festival de comportements irrespectueux de la plupart des candidats  et de coupages de parole agressif, ce qui a souvent rendu les échanges inaudibles. Daniel Cohn Bendit n’écoutait guère ses contradicteurs et leur coupait volontiers la parole, comme Philippe de Villiers ou Marine Le Pen.

La sortie de François Bayrou sur le leader écologiste démontre une nouvelle fois toutes les limites du président du Modem, guère à l’aise dans un débat européen où il doit assumer un parcours très proche du PS et de l’UMP. Ses attaques n’auraient pas dû trouver place dans un tel débat. Curieusement, Olivier Besancenot a été un des candidats les plus polis, respectant davantage que la plupart la parole de ses opposants. Globalement, Arlette Chabot n’a pas su animer le débat.

Un festival de mauvaise foi

Mais outre une organisation et une forme déplorables, ce débat a également été l’occasion d’un concours de mauvaise foi assez incroyable. Et là, ce sont les chefs des deux principaux partis qui ont battu des records. Xavier Bertrand et Martine Aubry n’ont cessé de plaider pour changer une Europe dont ils ont pourtant accepté toutes les étapes de la construction depuis 25 ans, et notamment en 2008, lors de la ratification du traité de Lisbonne. On aurait aimé qu’Arlette Chabot les place devant leurs contradictions…

Martine Aubry a continué à plaider pour une majorité de gauche au Parlement Européen, ignorant totalement les réalités électorales du continent, qui devraient montrer un recul historique du PSE, ainsi que l’accord de 30 ans entre gauche et droite pour se partager le pouvoir. Quant à Xavier Bertrand, il continue à soutenir la ligne improbable de Nicolas Sarkozy, contre l’entrée de la Turquie à Paris, mais qui ouvre des chapitres de négociation à Bruxelles et a levé le verrou du référendum l’an dernier.

Cette soirée a sans doute été un des pires débats électoraux de l’histoire politique récente de notre pays. À défaut d’y avoir participé (ce qui était anormal), il reste à espérer que le show pathétique donné par l’émission pousse les électeurs à voter pour un des grands absents : Nicolas Dupont-Aignan.

Source : http://europeennes.blog.lemonde.fr/2009/06/04/europeennes...