10.11.2009
Sarkozy à mi-mandat : la faillite républicaine
C’est un sujet sur lequel il est particulièrement difficile de suivre Nicolas Sarkozy. Selon qu’il lise un discours de Henri Guaino ou qu’il suive la ligne de son livre « La République, les religions, l’espérance », la ligne est radicalement différente. Son bilan de mi-mandat reflète cette dualité.
La rupture
Le début de mandat de Nicolas Sarkozy a été l’occasion de nombreux dérapages. Il y a eu notamment son discours où il affirmait que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé » et qui marquait une rupture radicale avec un siècle de tradition laïque consacrée par la loi de 1905. Certes, depuis, le président ne met plus en avant l’agenda communautariste (il s’est même prononcé contre le port de la burqa), mais un doute subsiste comme le montrent certains projets visant à instituer des quotas.
La rupture est également venue sur la façon de faire fonctionner la Cinquième République. Nicolas Sarkozy a effacé tout son gouvernement. François Fillon est plus transparent que n’importe quel de ses prédécesseurs à Matignon. Et le président croit bon de faire quasiment toutes les annonces à la place de ses ministres, ne laissant exister médiatiquement qu’une poignée d’entre eux. Le gouvernement n’est plus une équipe mais un rassemblement de supporteurs au service du président.
Main basse sur les médias
Mais un des aspects les plus choquants de la présidence de Nicolas Sarkozy est clairement le traitement médiatique. Cet aspect est plus clivant dans la mesure où le paysage médiatique est très partagé, entre des critiques radicaux (Marianne, Le Canard Enchaîné…) et des soutiens très marqués (TF1, Europe 1, Le Figaro…). Du coup, selon leur consommation de médias, les Français n’ont pas du tout la même perception du biais partisan. Mais au global, les plus gros sont rarement très critiques.
Nicolas Sarkozy bénéficie déjà de liens particuliers avec les groupes d’Arnaud Lagardère (Paris-Match, Europe 1, le JDD…) ou de son témoin de mariage, Martin Bouygues. Mais il y a ajouté une tutelle plus forte du Service Public (finances et nominations). Bizarrement, l’émission Ripostes, de l’électron libre Serge Moati, a été déprogrammée malgré d’excellentes audiences. Et on ne compte plus les interventions du chef de l’Etat ou de son entourage pour critiquer tel ou tel programme.
La répartition du temps de parole politique posait également problème, avec un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition, indépendamment de la durée de la parole présidentielle (auparavant limitée à quelques pourcents). L’arrivée de Nicolas Sarkozy a fait exploser les compteurs puisqu’il captait à lui seul un quart du temps de parole. Heureusement, un récent arrêt du Conseil d’Etat a contraint le CSA à prendre en compte son temps de parole.
Le temps des copains
Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait parlé d’une « République irréprochable » dans une tribune au Monde. Le problème est que la comparaison entre ce qu’il avait promis et ce qu’il fait est une nouvelle fois gigantesque. Nous sommes bien loin des 15 ministres et de la parité qu’il avait mis en avant lors du débat présidentiel. L’exemplarité dont il parlait a été ridiculisée par l’épisode de l’EPAD et la volonté bien prématurée de faire de son fils de 23 ans son président.
Qui plus est, Nicolas Sarkozy sait servir les intérêts de ses proches. Cela est manifeste avec la suppression accélérée de la publicité sur le Service Public, qui était une revendication de TF1, qui en est bien évidemment le premier bénéficiaire. De même, Nicolas Sarkozy place ses proches à des postes clés dans des circonstances souvent très limites, comme Henri Proglio à la tête d’EDF (tout en restant à Véolia) ou François Pérol à la tête du groupement de la Banque Populaire et des Caisses d’épargne.
La rupture est bien arrivée sur la pratique républicaine habituelle. Malheureusement, elle ne se fait pas pour le meilleur. Marianne avait bien raison de lancer un « appel à la vigilance républicaine il y a près de deux ans ». Malheureusement, cet appel n’aura fait qu’attirer notre attention…
10:55 Publié dans Actualités, Présidentielles 2007, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, république irréprochable, epad, jean sarkozy, françois pérol, henri proglio, tf1, service public
31.08.2009
Europe 1 : bienvenue à Sarkozy FM !
La semaine dernière, j’ai décidé d’écouter la nouvelle formule de la matinale d’Europe 1, dont les nouvelles chroniques me semblaient intéressantes. Puis, sont arrivées les interviews de Jean-Pierre Elkabbach…
Trois hommes et un soutien
L’ancien président de France Télévisions a décidé d’interviewer François Pérol, René Ricol, puis Jean-Claude Marin. Ces trois hommes ont beaucoup en commun. Ce sont à la base de hauts fonctionnaires qui occupent des postes importants, qui doivent tout à Nicolas Sarkozy, et le lui rendent bien… Le premier, ancien membre du cabinet du président, qui a supervisé la catastrophique création de Natixis, est aujourd’hui le président du regroupement des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires. Le second est le médiateur du crédit et le troisième procureur de la République.
Et il est peu de dire que le ton des interviews n’était guère inquisiteur. Jean-Pierre Elkabbach a renoncé à quasiment toute question dérangeante, préférant valoriser leur chef à tous, Nicolas Sarkozy. François Pérol a défendu la réforme des bonus annoncée par le président. René Ricol, ne voulant pas être en reste, est allé jusqu’à dire qu’elle allait permettre de réduire drastiquement les pratiques spéculatives des traders (par un miracle qu’il s’est bien gardé de révéler). Quant à Jean-Claude Marin, il a jeté son fiel sur Dominique de Villepin à la veille du procès Clearstream.
L’Etat Sarkozy
Nicolas Sarkozy pense en effet que verrouiller le plus possible l’Etat, les grandes entreprises et les médias est une forme d’assurance-vie pour gagner en 2012. Il devrait pourtant se méfier d’abus aussi grossiers. En 2005, passant outre l’avis de plus de 90% des médias trop bien-pensant, 55% des Français ont rejeté un Traité Constitutionnel Européen qui était pourtant censé leur apporter paix et prospérité alors que son rejet devait nous plonger dans la guerre et le malheur. Le soutien grossier apporté au président par Europe 1 est aussi grossier que la campagne de 2005 et pourrait donc se révéler contre-productif.
Dans le cas bien concret de l’affaire Clearstream, comment ne pas être choqué par les déclarations du procureur de la République ? Pourquoi avait-il besoin de s’exprimer publiquement de la sorte ? On peut imaginer que le camp Sarkozy a préféré l’attaque plutôt que de chercher à se défendre contre la remise en question formulée par le tribunal de Nanterre qui affirme que « l’immunité pénale dont bénéficie Nicolas Sarkozy dans la Constitution introduisait une atteinte au principe d’égalité des armes avec les prévenus », comme le rappelle Mancioday dans un très bon papier.
Nicolas Sarkozy veut tout contrôler et refuse toute tête qui dépasse, un peu à la manière de Valéry Giscard d’Estaing. Puisse-t-il connaître le même destin et ne pas être réélu en 2012.
Source : http://reversus.fr/affaire-clearstream-une-justice-execut...
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, europe 1, jean-pierre elkabbach, dominique de villepin, clearstream, reversus, françois pérol, rené ricol, jean-claude marin
07.03.2009
Chienlit socialiste contre chienlit élyséenne
La semaine passée a encore été marquée par une accentuation des travers traditionnels de la majorité, l’omni présidence de Nicolas Sarkozy, et de l’opposition, à savoir la guerre des chefs au Parti Socialiste. L’UMP et le PS font tout pour que les Français se détournent d’eux.
Nicolas Sarkozy droit dans ses bottes
Depuis quelques jours, Nicolas Sarkozy nous fait une véritable compilation express de tous les travers de sa présidence. On commence par la nomination de François Pérol à la tête du groupement des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires, par le seul fait du prince, qui a pris des légèretés avec la commission chargée de surveiller le pantouflage des hauts fonctionnaires. Et on peut questionner la pertinence d’un tel choix quand on sait que le conseiller du président avait supervisé la création désastreuse de Natixis…
La publication du rapport du comité Balladur sur la réforme des collectivités territoriales représente également une belle illustration de la manie du président de court-circuiter ses ministres pour réformer. Mais le style présidentiel évolue. On retrouve deux nouvelles tendances assez récentes, qui prennent de l’ampleur avec le temps : un décalage toujours plus grand avec la réalité (sa très décalée positive attitude sur la crise) et une capacité de plus en plus éprouvée à reculer (Antilles, décret Pécresse).
Un parti socialiste toujours aussi divisé et querelleur
Mais la situation n’est guère meilleure du côté de la rue de Solférino. Le congrès de Reims n’a rien réglé et les socialistes semblent de nouveau succomber aux délices de la critique entre camarades plutôt que de s’opposer au président. On a donc vu Vincent Peillon critiquer son parachutage comme tête de liste dans le Sud-Est au lieu du Nord où il avait été élu en 2004. Benoît Hamon, furieux d’avoir été rétrogradé en Ile de France, a taclé le compliment de Martine Aubry sur son physique.
Les barons régionaux, comme François Rebsamen et Gérard Collomb, ont également exprimé des critiques publiques contre la désignation des listes pour les élections européennes. Bref, dans un parti qui semble avoir définitivement oublié toute notion de collectif, les guerres intestines continuent de plus belle, sans que rien, pas même un vote dans un Congrès ne semble devoir y mettre fin. Il manque sans doute de véritables convictions collectives aux éléphants pour mettre leur ego au service d’un dessein qui les dépasserait…
Il n’y a pas besoin d’être devin pour prédire que le Parti Socialiste et l’UMP vont fortement reculer aux élections européennes par rapport à 2007. Comment les Français ne pourraient-ils pas en avoir assez de cet omni président agité et inconsistant et de ce regroupement d’éléphants narcissiques ?
Source : http://www.liberation.fr/politiques/0101472859-crise-de-courant-chez-royal
http://www.europe1.fr/Info/Actualite-France/Politique/Eur...
11:12 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, parti socialiste, omni-président, françois pérol, pantouflage, comité balladur



