10.01.2011
Sortie de l’euro : y-a-t-il un risque inflationniste ?
C’est un des principaux arguments des opposants à la sortie de l’euro. En cas de retour aux monnaies nationales et de dévaluations, ils affirment que nous prendrions le risque d’un emballement de l’inflation. Un argument qui ne tient pas plus théoriquement qu’empiriquement.
Un contexte peu inflationniste
Le cas Argentin nourrit sans doute ces craintes mais il est très extrême. Tout d’abord, il faut noter que malgré une dépréciation de plus de 20% de la livre, le rebond de l’inflation reste limité à 3.3% à date en Grande-Bretagne. En outre, il est évident qu’une petite augmentation temporaire de l’inflation ne va pas changer les attentes des acteurs économiques et ne sera donc pas durable. Il n’y a presqu’aucune chance de revenir à la situation des années 1970 et la course entre prix et salaires.
Cela est d’autant moins probable qu’un chômage de masse subsiste dans les pays européens, ce qui limite grandement la possibilité d’une hausse supérieure des salaires suite à une légère reprise de l’inflation. Du coup, toutes les conditions sont réunies pour que la hausse de l’inflation soit purement temporaire. En outre, les marges des entreprises se sont rapidement reconstituées depuis la crise, ce qui laisse une marge de manœuvre pour absorber temporairement une partie de la hausse des prix.
Enfin, le contexte monétaire est extrêmement défavorable à l’inflation puisque la masse monétaire recule en Europe comme aux Etats-Unis, malgré l’immensité des déficits publics. Aux Etats-Unis, la baisse de l’endettement privé est ainsi supérieure à la hausse de l’endettement public, ce qui explique sans doute en bonne partie la faiblesse de l’inflation malgré les injections massives d’argent dans l’économie. Bref, le contexte étant plutôt déflationniste, le risque inflationniste n’en est que plus limité.
L’analyse chiffrée
Selon le portail du gouvernement, les importations représentent 21% du PIB sur les douze derniers mois. Notre commerce est réalisé à 60% avec les pays de l’Union Européenne et 40% en dehors. Au sein de l’Union Européenne, on peut considérer qu’une sortie de l’euro serait neutre pour la France, à savoir que la dépréciation du franc par rapport au mark serait compensée par la dépréciation de la peseta et de la lire par rapport au franc (les prix et les coûts y ont plus augmenté que chez nous). Enfin, nous pouvons partir d’une hypothèse de dépréciation de 25% par rapport aux autres monnaies.
Il faut noter que ces hypothèses sont relativement proches de celles du scénario établi par la banque ING et confirmées par plusieurs économistes. Le prix des produits importés hors de l’Union Européenne (8% du PIB) pourrait donc augmenter de 33%, soit un impact inflationniste d’environ 2,7 points, un chiffre légèrement supérieur à celui de « l’épisode inflationniste » de 2008 consécutif à l’envolée du prix des matières premières avant la crise financière.
Mieux, il faut considérer, comme le soutient Joël Halpern, qu’il s’agit d’un maximum puisque dans ces cas, souvent, les entreprises choisissent de rogner leurs marges (importantes) pour ne pas trop perdre de volume. En outre, il faut considérer qu’une partie de cette inflation serait sans conséquence majeure pour les Français : si le prix des télévisions augmentait de 33%, il suffirait d’acheter des écrans moins grands… Il peut y avoir un effet de substitution réduisant l’impact.
Bien sûr, on pourra toujours discuter des hypothèses prises et je suis prêt à le faire. Mais pour la France, l’impact inflationniste serait très limité. Mieux, un petit peu plus d’inflation serait aussi un moyen de réduire légèrement la dette, de manière indolore.
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02.01.2011
La sortie de l’euro, vue d’Allemagne, de France et d’Espagne
C’est peu de dire que le débat fait rage sur la question de la sortie de l’euro depuis quelques semaines. Avant que le débat ne reprenne avec les tensions sur les dettes souveraines, petite revue des avantages et des inconvénients en fonction du lieu où l’on se trouve…
Le retour du mark
A priori, la fin de la monnaie unique serait une catastrophe pour Berlin car l’appréciation du mark réduirait les exportations Allemandes dans l’ancienne zone euro et augmenterait les importations depuis cette même zone. Cependant, l’excédent actuel est tel que l’Allemagne a de la marge et le rebond de la croissance européenne aurait un effet positif dans un second temps. En outre, cela n’affecterait pas le commerce avec le reste du monde qui représente 50% des échanges Allemands.
Mais l’Allemagne peut y trouver des avantages. Si elle rembourse sa dette en marks réévalués de 15%, elle reviendrait instantanément au niveau d’endettement d’avant la crise, donnant davantage de marges de manœuvre financière à son gouvernement, qui pourrait relancer l’économie. En outre, les consommateurs Allemands profiteraient de la baisse du prix des produits importés. Enfin, la politique de compression des salaires serait rendue moins utile à long terme du fait des possibilités de dévaluation.
Le retour du franc
La France, en position intermédiaire entre l’Allemagne et les pays de la périphérie européenne, est sans doute le pays où le retour à la monnaie nationale serait le moins perturbant. La probable stabilité du franc par rapport à l’euro monnaie commune (la baisse par rapport au mark étant équilibrée par la hausse par rapport à la lire et à la peseta) réduirait drastiquement les perturbations, tant vis-à-vis de la gestion de la dette (la même en franc ou en euros) que pour le commerce.
Commercialement, le prix des produits Allemands, Etasuniens et Asiatiques monterait, ainsi que ceux des matières premières, mais celui des pays méditerranéens baisserait, limitant l’effet inflationniste, qui serait moins fort qu’en Grande-Bretagne aujourd’hui. Nos entreprises pourraient davantage exporter vers l’Allemagne (notre premier client), les Etats-Unis et l’Asie et cela aurait un impact positif sur les dépenses des touristes de ces pays chez nous. Enfin, nous pourrions mener une politique monétaire indépendante et recourir à la monétisation pour financer notre dette.
Le retour de la peseta
C’est pour des pays comme l’Espagne que la sortie de l’euro serait le plus bénéfique. Bien sûr, le prix des produits importés augmenterait fortement, mais l’impact d’une dévaluation sur le commerce y serait sans doute très important. En Argentine (cas extrême il est vrai), les exportations de produits industriels avaient doublé de 2002 à 2006. On peut s’attendre à un effet très positif sur la balance commerciale avec une baisse sensible des importations et une hausse des exportations. Enfin, l’impact serait extrêmement positif sur le tourisme, tant venant d’Europe que du monde.
Bien sûr, une dévaluation ne serait pas sans poser des problèmes. L’inflation augmenterait momentanément, mais on a pu voir qu’une dépréciation de plus de 20% de la livre n’a pas provoqué de gros dérapages car le contexte général n’est pas favorable à l’inflation. En outre, il faut noter que l’inflation, comme la croissance sont les meilleurs moyens de réduire le poids de la dette.
Enfin, se poserait le problème de la conversion ou de la restructuration de la dette. Mais là, faute est de constater que la situation actuelle semble sans issue puisque la dette ne cesse de progresser et que l’absence de croissance rend le remboursement toujours plus hypothétique. Il faut casser le cercle vicieux de l’austérité qui casse la croissance, qui détériore les finances publiques, qui renforce l’austérité.
Bien sûr, le retour aux monnaies nationales ne serait pas sans poser des problèmes, mais la voie actuelle est une impasse. Et maintes fois l’histoire économique a montré qu’un réajustement des parités monétaires est un bon moyen de relancer l’économie.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : euro, monnaie unique, franc, mark, peseta
31.12.2010
Retour du franc : réponse à Hervé Nathan 2/2
Hier, j’ai traité les objections concernant la dévaluation et la gestion de la dette. Mais une autre question fondamentale doit être traitée : le risque de crise économique
Monétisation et rigueur
C’est un sujet qui provoque des débats passionnés, comme le montrent les échanges avec de nombreux commentateurs. Ce n’est pas pour moi le « début de la fin » car je crois que si les questions monétaires jouent un rôle essentiel dans l’anarchie économique actuelle, les questions commerciales et financières portent une même part de responsabilité. Je tiens également à souligner que Nicolas Dupont-Aignan s’est emparé de la question bien avant Marine Le Pen.
Bien sûr, le fait que le Front National ait choisi d’enfourcher cette bataille peut lui donner un côté sulfureux, mais je crois que ce n’est pas à juste titre et je ne peux guère être suspecté de complaisance à l’écart de ce parti… Et plutôt que la chef frontiste, dont l’argumentation est souvent embrouillée, je préfère me référer aux opinions de Maurice Allais ou André-Jacques Holbecq. Ils posent la question très juste de la privatisation de la création monétaire au profit des banques privées.
En outre, il faut tout de même constater que d’autres pays, Etats-Unis, Grande-Bretagne ou Japon, ne se sont pas encombrés d’une telle loi et recourent à la monétisation, sans dérapage inflationniste ni panique des investisseurs. S’il n’est pas illégitime de s’interroger sur les risques de dérives, il faut constater que la dette n’a explosé qu’après la loi de 1973 et que celle-ci n’a pas empêché des années de stagflation. La monétisation pourrait être une solution une fois sortie de l’euro.
Du coup, la question de la rigueur serait évacuée. Pas besoin d’un plan de rigueur si la Banque de France peut monétiser la dette. Cela ne signifie pas qu’il faille dépenser sans compter, mais l’Etat pourrait respirer, laisser passer l’éventuelle panique des marchés et relancer l’économie entre temps. La monétisation nous donnerait les moyens d’un plan de relance de l’économie pour compenser les conséquences d’une crise financière. Et la croissance améliorerait les comptes et rassurerait les marchés.
Le risque inflationniste n’est pas à craindre dans le contexte actuel. D’ailleurs, aux Etats-Unis, malgré une monétisation massive, l’inflation n’est plus qu’à 1.2%. Dans un contexte où les attentes d’inflation sont faibles, les salaires ne risquent pas de déraper d’autant plus que la masse monétaire se contracte. Nous ne sommes pas dans les années 70. Et après quelques mois, il n’y aurait pas de raison pour que notre dette soit traitée différemment de celle de la Grande-Bretagne.
La question de la crise
Hervé Nathan pose une autre question légitime, le risque d’un « Lehmann au cube », qu’on ne peut pas balayer d’un revers de la main. Tout d’abord, il faut noter que l’euro est loin d’avoir apporté la croissance promise. En outre, la levée des contraintes monétaristes de la BCE favoriserait la croissance. Enfin, il faut souligner que les réajustements monétaires permettent presque toujours de relancer la croissance (Grande-Bretagne en 1992, Argentine en 2002, Islande en 2010…).
Ensuite, il faudrait coordonner la sortie de l’euro avec nos partenaires, pour limiter les risques de panique financière (la fermeture des marchés permettant la réintroduction des monnaies nationales dans les systèmes informatiques). Il faut transformer l’euro en une monnaie commune et créer un nouveau Système Monétaire Européen, prélude souhaitable à une zone financière européenne, comme le propose Jacques Sapir. Et parallèlement, un plan de relance coordonné pourrait être présenté.
En outre, il est probable que la sortie de l’euro de l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Irlande aboutisse à un défaut partiel de ces pays sur leur dette souveraine, qui ne serait plus remboursable du fait de la dévaluation par rapport à l’euro. Du coup, une action coordonnée de recapitalisation des banques par les banques centrales serait nécessaire pour éviter un « credit crunch ». Point positif, elle serait l’occasion de recomposer profondément le secteur bancaire.
Bien sûr, la sortie de l’euro ne sera pas un long fleuve tranquille. Mais ce n’est pas une raison pour ignorer les conséquences délétères de l’unification monétaire européenne et l’asphyxie de notre économie. En sortir est une des conditions majeures de notre sursaut.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : hervé nathan, marianne, euro, franc, monnaie unique, monétisation
23.12.2010
A ceux qui s’opposent au retour au franc
Un commentateur du blog m’a mis un lien vers un long papier du blog Solutions Politiques s’adressant à ceux qui prônent un retour au franc et à ceux qui manquent d’arguments pour leur répondre. Etant visé à travers mon article sur la Tchécoslovaquie, voici ma réponse.
La monnaie unique en question
De manière intéressante, j’ai l’impression qu’il y a des points importants d’accord entre nous, que ce soit sur les ravages du libre-échange pour les pays développés ou de la financiarisation. Certaines des solutions qui sont proposées sur ce blog sont intéressantes. En revanche, bizarrement, les questions monétaires sont évacuées comme n’ayant « pas beaucoup d’importance ». Outre un rejet de la politique de facilité qu’elles représenteraient, les dévaluations seraient vaines si tout le monde faisait pareil.
Et c’est curieusement là que l’auteur ne voit pas que l’euro provoque exactement cette politique de déflation compétitive qu’il dénonce pour les dévaluations. Justement, l’euro pousse les pays qui l’ont adopté à des politiques de désinflation compétitive salariale suicidaire, l’Allemagne ayant malheureusement montré l’exemple du fait de son entrée dans la zone euro avec des coûts salariaux 25% supérieurs à la moyenne. Bref, la monnaie unique pousse les salaires à la baisse.
Ce qui est un peu dommage dans cet article, c’est qu’il fait l’impasse sur la critique de l’euro en lui-même, son niveau trop élevé (qui pousse Airbus à choisir ses composants aux Etats-Unis), la politique de désinflation compétitive qu’il entraîne et le fait qu’une politique unique ne peut pas convenir à des réalités nationales aussi disparates. Le papier ne défend pas l’euro mais critique des comparaisons hâtives et les dangers d’un retour au franc. Revenons sur ces objections.
Comparaisons et raisons
Le cas Argentin est suffisamment complexe pour que je le traite dans un prochain papier. Il faut noter que la crise avait commencé dès 1999, justement à cause du lien rigide entre le peso et le dollar et que la coupure de ce lien en 2002 et la dévaluation (de 72%) ont permis à l’économie de fortement repartir dès 2003, même si tout n’a pas été un long fleuve tranquille.
L’exemple tchécoslovaque est intéressant dans la mesure où l’auteur montre justement que depuis la partition, l’écart de richesse (mesuré en PIB par habitant) s’est réduit, signe que le fait d’avoir deux monnaies avait du sens. Mais l’auteur ne revient pas sur le principal argument issu de cet exemple : le fait que plus de 70 ans de vie commune n’avait pas fait de ce petit pays une Zone Monétaire Optimale, ce qui augure mal pour une zone euro beaucoup plus grande et diverse.
Plus que le Royaume Uni, où le poids de la finance complique l’analyse (car l’explosion de la bulle financière a été violente), le cas de la Suède est particulièrement intéressant car ce pays a utilisé la dépréciation de la couronne pour relancer son économie (plus de 4% de croissance) sans inflation. Enfin, il faut noter que la monétisation ne provoque pas forcément d’inflation comme le montre le cas Etasunien, où le Quantitative Easing est équilibré par le désendettement des acteurs privés.
Comment financer la dette ?
Le deuxième angle d’attaque du papier, est que soit nous faisons défaut comme l’Argentine, soit, en abrogeant la loi de 1973, nous cédons à la facilité de la monétisation, qui devrait provoquer une hyperinflation. Cette critique est légitime. En effet, il est probable que les marchés réagiraient assez mal dans un premier temps, même si on peut soutenir qu’après coup, il n’y aurait pas de raison qu’ils nous traitent plus mal que la Grande-Bretagne si les finances publiques sont bien gérées.
Dans l’intervalle, la monétisation nous protègera de toute envolée des taux. Et elle ne sera pas inflationniste car les montants en jeu ne le sont pas. La masse monétaire se montant à 1900 milliards d’euros, 100 milliards de monétisation n’en représente que 5%, soit une croissance raisonnable. En outre, à partir du moment où l’Etat rembourse, il y a destruction de monnaie qui compense en partie la création. D’ailleurs, l’inflation n’a pas dérapé aux Etats-Unis malgré le Quantitative Easing.
Bref, les reproches faits par l’auteur peuvent être contestés et je note qu’il ne répond pas aux critiques qui sont portées à la monnaie unique et les mécanismes pervers qu’elle entraîne. Je reviendrai demain plus en détail sur le cas Argentin.10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (123) | Envoyer cette note | Tags : euro, franc, monnaie unique, tchécoslovaquie, argentine, désinflation compétitive
20.06.2010
L’explosion de l’euro, c’est pour quand ?
Il y a deux jours, Gérard Lafay signait une tribune bienvenue sur le site internet du Monde où il annonçait la fin prochaine de la monnaie unique européenne et se posait la question de comment revenir au franc. Une deuxième question subsiste : quand cela peut-il arriver ?
L’explosion peut-elle être rapide ?
Il est très difficile de faire des pronostics et même en s’y risquant, il faut bien admettre qu’il s’agit uniquement de donner une plus grande probabilité à un scénario plutôt qu’à un autre et que celui qui a été écarté garde de toutes les façons une probabilité significative. Après tout, le comportement irrationnel et brutal des marchés depuis une dizaine d’années rend difficilement prévisible leurs évolutions futures à court terme. Dans le cas présent, je ne crois pas à une explosion rapide.
Pourtant, un certain nombre d’éléments plaident pour un tel scénario. En effet, alors que les Etats-Unis semblent sortir rapidement de la crise, comme le montrent les prévisions de croissance pour 2010 (3% contre 1% dans la zone euro), notre continent semble plus proche de la déflation que de la reprise. Le modèle de croissance européen est sérieusement en question. Pire, à tout moment, une panique des marchés peut provoquer une dangereuse envolée des taux longs…
L’explosion peut-elle tarder ?
Attention, par tarder, je ne veux pas dire dix ans, mais je crois que la situation peut encore rester en l’état pendant plusieurs années. Plusieurs facteurs sont à l’œuvre. En effet, un examen des plans de rigueur européen amène à légèrement relativiser leur impact sur la croissance. Si l’ajustement sera de 11% du PIB sur 2010 et 2011 en Grèce, globalement, il ne sera que de 0.2% en 2010 à l’échelle de la zone euro et de 1% en 2011 selon Barclays : l’effet dépressif sera limité.
En outre, même s’il reste encore légèrement surévalué, la forte baisse de l’euro lui a fait retrouvé un cours plus réaliste, ce qui devrait favoriser la croissance de la zone dans les mois à venir. En outre, la plus forte croissance dans le reste du monde va soutenir nos exportations dans un certain nombre de secteurs (luxe ou machines outils) : la contribution du commerce extérieur à notre croissance devrait être positive, malgré la poursuite du mouvement de délocalisation.
En effet, la croissance de la zone euro devrait en partie profiter de la croissance du reste du monde… Et puis, il faut considérer que l’exubérance irrationnelle des marchés est valable à la hausse comme à la baisse. Et si la panique de ce printemps a ramené le CAC 40 à 3300 points, ce niveau valorisait les entreprises Françaises à des niveaux très faibles par rapport à la très forte hausse de leur profitabilité, ce qui favorise le rebond auquel nous assistons depuis quelques semaines.
Pour toutes ces raisons ainsi que la volonté forcenée des dirigeants européens à maintenir l’euro coûte que coûte, la monnaie unique a probablement quelques années devant elle. D’un autre côté, cela veut aussi dire que nous aurions le temps de préparer un scénario de repli dans le calme…
11:38 Publié dans Blog, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : gérard lafay, euro, franc
19.06.2010
Vers une France libre monétairement
Hier, nous célébrions l’appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle, qui a préfiguré la grande aventure de la France Libre. Aujourd’hui, c’est notre liberté monétaire qui semble se rapprocher à grand pas, tant les évènements vont dans le sens d’un retour au franc.
Le basculement de l’opinion
Il y a quelques mois, un sondage indiquait que 69% des Français avaient la nostalgie du franc, chiffre énorme étant donné l’ampleur d’un tel changement. Deux phénomènes permettaient d’expliquer ce résultat. Tout d’abord, les Français ont le sentiment justifié que le passage à l’euro a permis une augmentation du prix de nombreux produits ou services (la baguette, le café…) du fait de la perte de repères qu’a occasionné le passage à la monnaie unique européenne.
Mais c’est également l’attachement à l’euro qui est faible car il n’a clairement pas tenu les promesses de croissance et d’emplois qui avaient été faites par les promoteurs de cette expérimentation monétaire hasardeuse lors de la campagne du traité de Maastricht en 1992. L’euro n’a pas été le bouclier qui était sensé nous protéger des crises ou de la spéculation. Et il n’a pas non plus favorisé la croissance du continent européen, qui est de plus en plus faible.
Pourtant, 95% des médias et des hommes politiques qui passent à la télévision nous expliquent doctement et en refusant toute contestation, que l’euro nous a protégé de la crise. Mais comme en 2005, les Français ne gobent pas ce mythe. Un sondage révèle ainsi que 62% des Français pensent que l’euro a aggravé la crise. Une belle victoire idéologique pour ceux qui, comme moi, se battent depuis longtemps pour montrer que l’euro est un boulet pour les économies européennes.
Comment revenir au franc ?
Mais le fait que les Français soient convaincus que l’euro est un boulet n’est qu’une victoire sur le chemin du retour à notre souveraineté monétaire. En effet, deux batailles majeures doivent être encore conduites. La première est de convaincre que revenir au franc serait une bonne chose. Cette bataille est d’ors et déjà bien engagée à en juger par les résultats du sondage. La dernière bataille, la plus dure, sera de convaincre les Français qu’il est possible, voir même facile, de revenir au franc.
C’est pourquoi la publication d’une tribune intitulée « Comment va-t-on recréer le franc » par Gérard Lafay dans le Monde peut être considérée comme un véritable évènement, comme si non seulement il était acquis qu’il faut revenir au franc, mais également que les évènements vont forcément nous mener à une telle décision. Gérard Lafay dédramatise le retour aux monnaies nationales en expliquant qu’il y a de multiples exemples récents (ancienne Tchécoslovaquie, Yougoslavie, URSS).
Le retour au franc peut être organisé en quelques mois à peine, le temps d’imprimer les billets et les pièces. Il conviendrait sans doute de prendre la décision, de lancer la production de la nouvelle monnaie mais de ne l’annoncer qu’une fois la production terminée. Ainsi, une opération commando pourrait être menée pour tout changer en quelques semaines. Dans l’intervalle, il conviendrait sans doute de limiter les mouvements de capitaux. La dette serait convertie d’autorité en franc pour éviter tout risque.
C’est une très bonne nouvelle : les Français n’en sont plus à se demander s’il faut revenir au franc, mais à comment cela pourrait-il se faire. La dernière question qui pourrait se poser sera alors quand cela va-t-il arriver : dans quelques mois ou dans plusieurs années ?
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : euro, franc, gérard lafay
29.12.2009
De la monnaie unique à la monnaie commune
Le bilan de la monnaie unique est désastreux. Les tensions grandissantes provoquées par l’euro devraient conduire à moyen terme à son explosion. Est-ce à dire qu’il suffirait juste de revenir à la situation d’avant 1999 ou y aurait-il une voie médiane ?
La fin programmée de la monnaie unique
Non seulement le sujet n’est plus tabou, mais il est de plus en plus fréquemment évoqué par les médias. Tout dernièrement, c’est la situation économique de la Grèce qui a amené les chroniqueurs à se poser la question de la possible sortie d’Athènes de la monnaie unique. Même Christian Saint Etienne, dans son dernier livre, évoque la fin de l’euro. Bref, l’impensable pour les bien-pensants semble désormais pensable : l’euro n’est pas forcément là pour durer comme monnaie unique.
Plusieurs phénomènes pourraient provoquer une telle issue. Le premier serait une cessation de paiement d’un des membres de la zone euro qui ne serait pas secouru par ses pairs. Pour remettre les compteurs à zéro, le pays concerné pourrait être contraint de revenir à une monnaie nationale. Plus probable, la concurrence sans merci que se livrent les pays européens, en déprimant la croissance, pourrait pousser un pays à tenter de nouveau une aventure monétaire en solo.
Il faut dire en plus que l’euro est une des monnaies les plus surévaluées du monde, ce qui a accéléré un mouvement de délocalisations massif, à destination des pays asiatiques comme des pays d’Europe de l’Est. Résultat, la croissance est profondément handicapée dans toute la zone euro et la désindustrialisation se poursuit à un rythme accéléré. Il est donc probable qu’à un moment ou un autre, les électeurs d’un pays européen finissent par choisir un candidat opposé à la monnaie unique.
L’alternative de la monnaie commune
Mais cette fin ne voudra pas forcément dire fin de l’euro. En effet, en 1992, les économistes débattaient de l’opportunité de mettre en place une monnaie unique ou une monnaie commune, arguant que l’Europe n’était pas une zone adaptée au partage d’une seule monnaie. En effet, la zone euro ne correspond pas à une Zone Monétaire Optimale, que ce soit par le manque de mobilité des travailleurs, l’absence de convergence économique ou de budget central.
Dès lors, une solution pourrait consister à conserver l’euro comme monnaie d’échange entre pays européens, ainsi qu’avec les autres pays, ce qui en ferait un concurrent au dollar, tout en rétablissant des monnaies nationales qui rétabliraient de la souplesse dans le système. Ainsi, les taux d’intérêts à court terme pourraient être différenciés en fonction de la situation économique des pays, de même que le cours des monnaies, au lieu de la situation uniforme actuelle, qui ne convient à personne.
La fin de la monnaie unique ne représente pas forcément la fin de l’aventure, loin de là. L’Europe a seulement besoin d’une construction qui permette à ses Etats de mieux défendre leurs intérêts, en veillant à mettre fin à la surévaluation chronique de l’euro ainsi que d’un outil plus souple qui permette aux différents pays de mener des politiques adaptées à leur situation. Une monnaie commune pourrait parfaitement remplir ce rôle, surtout si les parités entre monnaies nationales sont négociées entre Etats.
La fin de la monnaie unique, ce n’est pas seulement un retour au franc. Cela peut être la transformation de l’euro en une monnaie commune au service des peuples européens et le retour à la souplesse des monnaies nationales, afin d’avoir une politique monétaire adapté aux réalités nationales.
10:53 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : euro, monnaie unique, monnaie commune, franc, zone monétaire optimale



