03.09.2009
Une attaque surprenante contre le dogme de la désinflation
La désinflation compétitive est un des dogmes économiques de la pensée unique les plus ancrés au sein des élites économiques et politiques. Pourtant, un leader de la presse d’opinion vient de le remettre en cause. Marianne pensez-vous ? Non, il s’agit du Monde ! Petit retour sur une révolution.
Un pilier de la pensée unique
Petit retour en arrière : paradoxalement, c’est bien le gouvernement issu du programme commun de la gauche (sans doute le plus à gauche qu’ait connu notre pays) qui a vaincu l’inflation au début des années 80. Alors que l’inflation léguée par les gouvernements de droite atteignait les deux chiffres, c’est bien Pierre Mauroy qui a enclenché le grand mouvement de modération des prix dans notre pays, faisant de la France un des pays les plus « vertueux » des grands pays industrialisés. Il faut noter que cette baisse fut une décision politique et ne fut pas le produit de l’indépendance de la banque centrale.
Car cette dernière fut décidée près de dix ans après la baisse de l’inflation. Entre temps, Pierre Bérégovoy, quatre ans ministre des finances, théorisa la « désinflation compétitive », la modération des prix (et donc des salaires) qui permet de rendre nos entreprises plus compétitives à l’exportation. Devant la hausse de l’inflation en Allemagne, suite à la réunification et au choix de la parité du deutsche mark, la France refusa alors de laisser déraper le cours du franc et les prix et décida de maintenir des taux d’intérêts assassins pour l’activité économique, plongeant notre pays dans la récession en 1993.
Une faille dans le dogme
A l’époque, Jean-Pierre Chevènement et Philippe Séguin critiquaient cette politique dite de « franc fort », plaidant pour une baisse des taux d’intérêt afin de soutenir l’activité et lutter contre le chômage (le fameux « Munich social »). Le pseudo cercle de la raison, notamment défendu par le Monde, Edouard Balladur ou la majorité des socialistes (Delors, Rocard, Bérégovoy) s’étaient alors opposés à toute baisse des taux pour protéger la parité franc-mark et prévenir tout retour au spectre de l’inflation.
C’est pourquoi cet article passé inaperçu est d’une importance capitale. Que le Monde arrive à envisager comme solution à la crise actuelle un léger regain d’inflation pour effacer en partie les dettes contractées par les Etats, parlant même de redistribution entre les emprunteurs et les créanciers, est incroyable ! Bien sûr, nous devrons nous poser la question du niveau d’inflation souhaitable dans les années à venir étant données les dettes léguées par la crise. Une accélération raisonnable du niveau d’inflation (3 à 4%) semble une solution intéressante pour réduire le fardeau qui pèsera sur les Etats.
Bien sûr, le Monde est loin d’être passé du côté des économistes alternatifs. Néanmoins, cela montre que la crise a provoqué une véritable remise en cause de certains dogmes, auprès même de ceux qui en furent les défenseurs les plus acharnés. Et de cela, on ne peut que s’en féliciter.
11:15 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : le monde, franc fort, inflation, désinflation compétitive, pierre bérégovoy, edouard balladur, philippe séguin, jean-pierre chevènement



