21.02.2011

DSK officieusement candidat

Certes, ce n’est pas encore totalement officiel, mais comme l’a souligné le Nouvel Observateur, la séquence qui s’est achevée hier soir est d’une clarté de plus en plus limpide. Dominique Strauss-Kahn sera bel et bien candidat aux primaires du Parti Socialiste.

Un candidat en précampagne

Hier soir, ce n’était pas le patron du FMI qui était interviewé sur France 2 mais déjà le candidat. Il n’y a que que le Figaro pour dire qu’il n’y avait aucun indice alors que chaque phrase sous-entendait sa candidature. Quand Laurent Delahousse l’a interrogé sur le souhait de sa femme qu’il ne fasse pas un second mandat au FMI, il a bien indiqué qu’il prenait ses décisions en la consultant. Et il a regretté que Jacques Delors n’ait pas été candidat en 1995.

Il a aussi dénoncé les polémiques stériles de l’UMP à son égard, affirmant que le gouvernement devrait plutôt se concentrer sur la recherche de solutions aux problèmes actuels. Il a également minoré l’importance de ces attaques en soulignant qu’il en a déjà subi de bien plus dures, manière de souligner qu’il est prêt au combat et qu’il ne sera pas aisément impressionnable. Il a également cherché à répondre aux critiques de l’UMP en soulignant qu’il s’intéresse au sort des plus faibles.

C’est ce qu’il a fait en citant Marianne et Jacques Julliard au sujet des six millions de Français qui gagnent moins de 750 euros par mois. Se faisant, on peut déceler un prémices d’angle d’attaque contre Nicolas Sarkozy, à savoir qu’il a oublié les classes populaires et qu’il a trop favorisé les plus riches. Il a insisté sur le besoin d’éviter un déclassement de l’Europe face à l’Asie, moyen sans doute d’indiquer que la France a besoin d’un bon économiste pour assurer son avenir.

Le meilleur ennemi

Reste à savoir comment va réagir le Parti Socialiste. Sera-t-il accueilli comme le fils prodigue, rassemblant largement le parti derrière lui dans des primaires sereines ? Ou devra-t-il affronter une guerre des tranchées qui pourraient laisser le parti divisé et affaibli ? Ségolène Royal rendra-t-elle la monnaie de sa pièce à un de ses opposants de 2006 ou choisira-t-elle de jouer placée et donc collectif plutôt que de subir l’humiliation d’une défaite qui semble aujourd’hui très probable ?

Je crois que le Parti Socialiste a trop faim de pouvoir aujourd’hui pour se diviser. Les éléphants (Fabius, Aubry, DSK, potentiellement Hollande et Royal) ont compris qu’une nouvelle défaite les balaierait, ce qui devrait les pousser à s’entendre. Et les quadras (Montebourg, Valls, Hamon) doivent bien imaginer qu’il ne serait pas un mal d’arriver un jour à être ministre avant de pouvoir envisager autre chose. Bref, il existe des forces puissantes pouvant agir en faveur de l’unité du PS.

Et puis, tant mieux. Car la candidature de Dominique Strauss-Kahn serait une bénédiction pour les alternatifs. En effet, DSK est le candidat de la globalisation néolibérale, le candidat qui va défendre une gouvernance européenne et mondiale renforcée, qui va parler du besoin de compétitivité, le nom poli de la stagnation des salaires. Bref, avec lui, il ne sera pas possible de croire que le Parti Socialiste propose une alternative réelle sur les questions économiques.

Du coup, le débat ne sera pas biaisé. Bien sûr, DSK prendra quelques accents gauchistes pour donner le change, mais personne ne sera dupe. Les Français verront bien que sur les questions économiques ou européennes, PS, Modem, Verts et UMP sont très proches. Tant mieux pour nous.

15.01.2010

Docteur Vincent et Mister Peillon

Mais qu’arrive-t-il à Vincent Peillon depuis quelques mois ? Cet homme politique de convictions était clairement une des personnalités les plus appréciables de la gauche. Mais le comportement de cet intellectuel fait de moins en moins honneur à la politique.

Deux nouveaux dérapages

On se souvient de sa passe d’armes avec Ségolène Royal au sujet de la venue de cette dernière à une réunion qu’il organisait et où il avait décrété que les présidentiables devaient être absents. Si la candidate du PS en 2007 n’était pas à l’abri de tout reproche, il était consternant que son ancien lieutenant se laisse aller à des propos publics aussi durs sur celle qu’il soutenait hier. Les désaccords au sein d’une famille sont une chose qu’il est plus respectable de régler discrètement.

Hier soir, le député européen s’est décommandé en dernière minute du débat sur l’identité nationale organisée sur France 2 par Arlette Chabot. Non seulement, il a annulé vers 21 heures, alors que l’émission était déjà commencé et que la présentatrice avait annoncé sa participation en début d’émission mais il a dénoncé la « dérive indigne » que représenterait cette émission tout en demandant la démission d’Arlette Chabot et des dirigeants du service public ! Pitoyable.

Enfin, il y a quelques jours, Vincent Peillon a déclaré sur France Inter que la France est « le seul pays parmi les grandes démocraties occidentales, où ce sont les enfants des classes défavorisées qui financent les études des enfants des classes favorisées ». Parce que les élèves de classes préparatoires (où les classes supérieures sont surreprésentées) coûtent plus cher qu’un étudiant en université, cela représenterait un transfert d’argent des classes populaires vers les plus nanties…

Démagogie anti-riches

Ce raisonnement est aussi malhonnête que démagogique, comme le montre cet article d’un blog du Monde. La position de Vincent Peillon est complètement ridicule car les ménages aux revenus plus élevés paient davantage d’impôt en proportion de leur revenu. Il y a une redistribution fiscale en France ! Ensuite, on peut considérer que l’Etat réalise un investissement avec les élèves de classes préparatoires puisqu’ils rapportent plus d’argent pour la collectivité en impôts et taxes dans le futur.

Bien sûr, il y a des disfonctionnements dans notre fiscalité. On peut également s’inquiéter, à terme, d’une dérive à l’anglo-saxonne où les revenus des parents compteraient davantage que le travail des enfants pour déterminer l’accès aux études supérieures. Mais rien ne justifie ces propos d’un Vincent Peillon que l’on a connu mieux inspiré. Il est ridicule de vouloir faire croire que les classes populaires financent les classes préparatoires des enfants de la bourgeoisie.

Il y a quelques mois, Vincent Peillon était considéré comme un atout majeur du Parti Socialiste, quelqu’un qui comptait pour l’avenir. Mais depuis deux mois, ses déclarations à l’emporte-pièce, inutilement agressives et démagogiques jettent un voile très négatif sur le personnage.

23.10.2009

EPAD : l’abdication de Jean Sarkozy

Après quinze jours d’intenses polémiques sur le sujet (comme quoi, cela valait le coup d’écrire dessus), Jean Sarkozy a annoncé hier en direct au journal de France 2 qu’il renonçait à postuler pour la présidence de l’EPAD. Devant une révolte qui touchait même leur électorat, les Sarkozy ont préféré renoncer.

L’insulte faite à la jeunesse

Il faut reconnaître que le rejeton du président était assez à l’aise à la télévision et que son discours était travaillé, à défaut d’être convaincant. La filiation avec son père éclaboussait l’écran, tant il reprenait les mêmes effets de manche et tant le ton de sa voix est proche. On retrouve chez lui le même étalement d’un ego boursoufflé qui valorise perpétuellement les difficultés qu’il affronte. Son rejet d’une « victoire entachée de soupçons » est très révélateur : pour lui, la victoire était acquise...

Beaucoup d’expressions auraient pu venir de la bouche présidentielle : « je veux m’en expliquer », « décision difficile », « ce n’est pas évident pour moi de venir devant vous pour expliquer la décision, mais je le fais parce que j’assume ma responsabilité ». On retrouvait la même malhonnêteté intellectuelle quand il a osé affirmer ne pas « courir après les titres » (mais bien sûr !) ou « en avoir parlé à son père mais pas au président ». Chez lui aussi, la posture compte plus que tout.

Car sur le fond, rien ne justifiait qu’un gamin de 23 ans de niveau BAC, certes relativement habile de sa parole, puisse accéder à la présidence d’un tel établissement public. Comme le Canard Enchaîné le montrait, même un poste d’assistant juriste réclame un BAC+5 à l’EPAD. Bien sûr, les diplômes ne font pas tout, mais à défaut, il faut au moins une expérience solide, ce que le rejeton du président n’avait pas. Sans diplôme et sans expérience, sa nomination aurait été une insulte faite à la jeunesse.

Un recul tactique

Et c’est sans doute ce qui a poussé les Sarkozy père et fils à renoncer à leurs projets, Cette affaire scandalisait un électorat qui valorise le travail et l’effort, alors que cette nomination s’expliquait uniquement par l’acte de naissance du prince… Pire, comment ne pas imaginer que la jeunesse de France, qui affronte les difficultés du monde réel, n’allait pas garder une certaine amertume devant un tel favoritisme ? En outre, l’élection du président ayant lieu le 4 décembre, la polémique risquait de durer.

Plutôt que de plomber encore 6 semaines d’actualité et sans doute même la fin du mandat du père, Jean et Nicolas Sarkozy ont fini par être rattrapés par une étincelle de bon sens. Il faut dire que cette renonciation permettra de limiter l’impact négatif de cette affaire. Même si elle laissera sans doute une marque au sein de l’électorat, cela sera forcément moins pire que si Nicolas Sarkozy était parti en campagne pour sa réélection avec son fils installé à la présidence de l’EPAD.

Malgré tout, un certain dommage a été fait. Cette nouvelle polémique a renforcé l’opposition radicale au chef de l’Etat. Et ses partisans plus modérés ont été choqués, à la fois par le népotisme du pouvoir et la défense absurde d’une décision indéfendable par le gouvernement et l’Elysée. Un sérieux doute s’est installé sur la capacité de jugement du président ainsi que ses discours, qu’il a foulé aux pieds par cette volonté de promouvoir son fils trop inexpérimenté.

La campagne présidentielle de 2012 est encore très loin, et les souvenirs de l’automne 2009 seront en grande partie effacés. Cependant, tous ces symboles de l’indécence du pouvoir auront peut-être marqué une véritable rupture des Français avec Nicolas Sarkozy.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/video/2009/10/22/je-ne-veux-pas-d-une-victoire-entachee-de-soupcons_1257676_823448.html#ens_id=1052464

http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/10/22/jean-sarkozy-renonce-a-la-presidence-de-l-epad_1257664_823448.html#ens_id=1052464

http://www.politique.net/2009101403-polemique-nomination-jean-sarkozy.htm

12.12.2008

François Bayrou, une alternative limitée

Hier soir, François Bayrou était l’invité principal de l’émission « A vous de juger » d’Arlette Chabot sur France 2. Celui qui se positionne comme l’alternative au Parti Socialiste pour représenter l’opposition à Nicolas Sarkozy y a fait une prestation globalement médiocre.

Le président du Modem n’a pas trop mal démarré l’émission, lorsqu’il était interrogé par Arlette Chabot. Devant les inévitables et prévisibles questions sur son isolement, il a eu beau jeu de mettre en avant son entourage : Marielle de Sarnez, Jean Peyrelevade, Jean-Luc Benhamias ou Corinne Lepage. Il a souligné que les résultats du Modem avaient été plutôt bons aux municipales et que son parti compte de nombreux adhérents. Il a plutôt bien répondu sur la question du Parti Socialiste, soulignant les contradiction de ses chefs qui refusent toute alliance avec le Modem au niveau national mais s’allient avec lui pour les élections locales. Enfin, il a plutôt bien figuré face à un Arnaud Montebourg dont la rhétorique pseudo gauchiste semble tellement datée et artificielle, surtout quand il rejette François Bayrou à droite…

Mais, dans la deuxième partie de l’émission, le député du Béarn a affronté Jean-François Copé dans un débat où il n’a pas brillé. Même si on n’apprécie pas du tout le chef des parlementaires UMP, un ambitieux prêt à tout pour sa carrière, faute est de constater que c’est un bien meilleur débatteur que François Bayrou. Dans tous les domaines, ce dernier a fait une prestation largement inférieure à son rival. Jean-François Copé avait plus d’autorité, connaissait mieux ses dossiers et argumentait de manière plus habile que le candidat à la présidentielle. La mine renfrognée de François Bayrou à la fin du débat avait une bonne raison.

Outre son élocution un peu difficile, qui ne lui donne pas une grande autorité, François Bayrou n’a pas semblé très solide sur les dossiers évoqués. Il a maladroitement évoqué le fait que l’ordre du jour de l’Assemblée devait être partagé alors que cette mesure n’est applicable qu’en mars 2009. Il a reconnu ignorer la date précise de réforme de la nomination du président du Service Public et n’a pas vraiment su répondre aux questions habiles de son rival, qui a en plus montré un grand sens de la réparti. Le président du Modem, lui, s’est enferré dans un aparté sur Pinocchio et un autre sur Guy Mollet guère réussis. Même sa proposition de compte épargne crise (reprise à Georges Bush !!!) n’était pas très convaincant.

Bref, François Bayrou n’a guère brillé. Face à un interviewer qui ne va pas trop loin ou un adversaire à sa taille, il donne le change. Mais face à un rival aussi habile et bien préparé que Jean-François Copé, François Bayrou semble bien léger, à la fois manquant de réparti et pas très solide sur le fond des dossiers. Cela ne remet pas forcément en cause ses chances pour 2012. Après tout, il ne lui faudra pas être le meilleur politique, mais il lui « suffira » de battre le ou la candidate d’un parti socialiste au bout du rouleau après cinq années de guerre intestine et un président sortant qui devra assumer son bilan au lieu de vendre des promesses. Alors, malgré ses limites, et avec du travail, il pourra incarner une forme d’espoir pour le pays.

Hier soir, François Bayrou n’est apparu que comme un pis-aller entre l’UMP et le Parti Socialiste. Malgré tout, il apparaît aujourd’hui comme la principale alternative à Nicolas Sarkozy. Mais ses grandes limites laissent la porte ouverte à des candidats plus solides (Villepin, Dupont-Aignan).