16.07.2011
Réforme de la finance : l’Europe à la traîne
Il y a quelques jours, The Economist a fait un petit dossier sur l’avancement de la réforme de la finance dans le monde. Le constat de l’hebdomadaire est sans appel : l’Europe est à la traîne sur le sujet, alors même que les mesures envisagées restent beaucoup trop limitées.
Etat des lieux des réformes en cours
La première réforme sur laquelle les autorités de la planète se concentrent, c’est l’augmentation des niveaux de capital exigés pour les banques. Le comité Bâle 3, après avoir proposé un minimum de 7%, avec une définition très restrictive de ce qui est du capital, vient de proposer d’ajouter 1 à 2.5% pour les plus grandes banques, au motif que la garantie implicite des Etats, du fait de leur risque systémique, diminue le coût de leur crédit et introduit une concurrence déloyale.
Sur ces sujets, l’Europe, par la voix de la Commission Européenne, freine les velléités réformatrices au point que les banques étasuniennes accusent les pays européens d’une interprétation trop souple de ces normes qui réduirait les contraintes sur les banques européennes. La Grande-Bretagne et la Suisse ont proposé des normes nettement plus sévères, y compris sur le niveau des capitaux propres. En revanche, l’Europe a mis en place davantage de contraintes sur la question des bonus.
Sur la question des dérivés, aux Etats-Unis la loi Dodd-Franck devrait imposer des contraintes plus fortes qu’en Europe, provoquant à nouveau les protestations des banques étasuniennes qui craignent de voir les dérivés partir sur le vieux continent. Le comité Bâle 3 cherche également à réduire le décalage de maturité entre actifs et passifs des banques (qui empruntent à court terme pour prêter à long terme) mais les autorités des deux côtés de l’Atlantique freinent ces velléités.
Une réforme pas à la hauteur de la crise
Le bilan global de ce dossier est affligeant, notamment pour l’Europe. En effet, il apparaît clairement que la zone euro est aujourd’hui la partie du globe la moins ouverte à une réforme de la finance, malgré la crise. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Suisse vont plus loin que nous. Par-delà l’absence de prise en compte de la crise, déjà stupéfiante en soi, le risque est que les activités risquées se concentrent chez nous, et donc que la prochaine crise vienne d’Europe…
A ce titre, comment ne pas condamner le double discours de Nicolas Sarkozy ? Au paroxysme de la crise, le président de la République s’était fait le champion de la réforme de la finance. On allait voir ce qu’on allait voir : le capitalisme allait être moralisé avec un nouveau Bretton Woods. Au final, le simple agenda du G20 qu’il préside est désespérément plat. Non seulement les ambitions sont très limitées mais on a déjà pu constater qu’elles ne seraient même pas atteintes.
Alors que Franklin Roosevelt avait su exploiter la Grande Dépression pour remettre au pas la finance, les dirigeants actuels laissent faire un timide dépoussiérage des règles par le comité Bâle 3 et oublient beaucoup de sujets qui auraient pourtant du être traités à l’occasion de cette crise : séparation stricte des banques d’affaires et des banques de dépôt, interdiction réelle des parasites fiscaux, restriction aux mouvements de capitaux, dark pools…
Dans l’histoire économique, nul doute que le jugement sera sévère contre ces dirigeants qui n’auront pas saisi l’occasion de la nécessaire réforme de la finance. Il faudra malheureusement sans doute attendre une nouvelle crise et de nouveaux dirigeants pour qu’ils aient le courage qu’avait eu Roosevelt.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : the economist, réforme de la finance, bretton woods, the economist, bâle 3, loi dodd-franck, g20, franklin roosevelt
31.12.2009
Barack Obama, un an après, les échecs
Le moins que l’on puisse dire est que Barack Obama avait soulevé un espoir assez unique pour un homme politique. On peut donc considérer qu’une certaine désillusion n’était que trop probable. Malgré tout, cette déception est révélatrice de vraies faiblesses.
Les faiblesses de la démocratie étasunienne
En premier lieu, Barack Obama est victime des faiblesses de la démocratie de son pays. En effet, il n’y a qu’aux Etats-Unis qu’il y a besoin d’une majorité de 60% pour être sûr de pouvoir faire passer une loi, afin d’échapper au « fillibuster », un moyen pour une forte minorité de bloquer toute loi au Sénat. Pire, la composition paritaire entre Etats du Sénat fait que des sénateurs représentant à peine 13% de la population peuvent bloquer tout projet de loi. Bonjour la démocratie !
Résultat, Barack Obama doit beaucoup composer avec les intérêts particuliers que représentent trop souvent les élus du Congrès ou du Sénat. C’est ainsi que son plan de soutien a été rempli de projets qui dormaient dans les tiroirs des élus en échange du soutien au plan global. La loi sur l’environnement a été en partie vidée de sa substance par les lobbys et celle sur le système de santé exclut tout remboursement d’avortement, pour s’assurer le soutien des démocrates conservateurs…
Certes on peut dire que les compromissions de l’administration Obama sont plutôt la conséquence d’un système que de sa méthode. Après tout, tous les présidents doivent faire avec des élus tout-puissants qui peuvent refuser de voter un texte à tout moment et qui n’hésitent pas à marchander leur soutien d’une manière bien étrangère à notre pratique du pouvoir en France.
Obama, l’anti-Roosevelt ?
Mais imputer les déceptions de l’administration Obama au seul mode de fonctionnement de la démocratie étasunienne ne serait pas juste. Le nouveau président a également une part de responsabilité. Tout d’abord, il a tendance à s’avancer un peu trop en paroles sans que les gestes suivent. Cela est particulièrement visible au Proche-Orient où les critiques sévères d’Israël sont restées sans conséquences, et ont donc été ignorées par Tel Aviv, démonétisant en partie la parole présidentielle…
On peut également se demander si le rejet des confrontations n’est pas risqué aux Etats-Unis. En effet, adopter une attitude trop conciliante ou trop modérée revient aussi à être élu sur un agenda assez modéré, finalement tout le contraire d’un Franklin Delano Roosevelt, qui avait mené une campagne très engagée, sans craindre de déplaire fortement à une partie de ses opposants. Barack Obama a finalement choisi une voie inverse en refusant par exemple d’attaquer trop frontalement les républicains.
Le problème est que cette stratégie ne lui donne pas un mandat suffisamment clair et qu’il ne peut pas aussi facilement réunir des élus démocrates aux idées finalement très diverses. S’il avait fait une campagne plus radicale en 2008, il aurait pu s’appuyer sur le choix de ses compatriotes pour pousser la création d’une assurance santé publique et passer outre les réticences de certains élus. Malheureusement, Barack Obama préfère la modération et évite les confrontations trop directes.
La déception relative à l’égard de Barack Obama tient beaucoup au système politique étasunien. Mais elle a également pour raison la modération d’un candidat qui préfère éviter la confrontation en multipliant les compromis. C’est un choix stratégique qui n’est pas sans limite.
10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, franklin roosevelt
03.12.2009
Michael Moore, réalisateur éditorialiste
Il y a deux jours, je suis allé voir « Capitalism, a love story », de Michael Moore. Même s’il ne fait pas dans la nuance, le célèbre réalisateur a le mérite de poser des questions très pertinentes sur la crise et les solutions qui y ont été portées aux Etats-Unis.
Une critique radicale du système
La crise économique que nous traversons révolte le réalisateur. Même s’il défend clairement un point de vue, il le fait avec brio, en sachant également se montrer didactique, en montrant par exemple comment les banques ont poussé une déréglementation bancaire qui a favorisé le développement des crédits hypothécaires à des taux usuriers. Il dénonce le plan de sauvetage des banques, largement inspiré par Wall Street et notamment Goldman Sachs alors que rien n’est pas pour les personnes expulsées.
Michael Moore démonte également les bizarreries du système étasunien, comme le système d’assurance décès souscrit par les entreprises sur leurs employés. Il montre le cas d’une employée de Wal Mart décédée à 28 ans d’un cancer, qui a rapporté 60 000 dollars à son employeur, quand sa famille s’est retrouvée contrainte de payer 100 000 dollars de frais médicaux. Même s’il s’agit d’un cas extrême, cela montre tout de même l’injustice d’un système qui profite aux gros et maltraite les petits.
Plus globalement, Michael Moore dénonce les inégalités d’un développement économique, qui, depuis plusieurs décennies, ne profite qu’à 1% de la population et dont le reste voit, au mieux, ses revenus stagner. Il cite le cas du scientifique qui a découvert le vaccin de la polio et qui a préféré ne pas le déposer, estimant qu’il gagnait déjà suffisamment sa vie. Il dénonce l’attirance qu’exerce Wall Street sur les meilleurs scientifiques, ce qui les détourne de carrière où ils pourraient être plus utiles.
Obama, nouveau Roosevelt ?
Michael Moore termine son film par une allocution de 1943 de Franklin Delano Roosevelt, où celui-ci annonçait vouloir instituer un second « Bill of right » qui aurait inclus un droit à logement décent, à un emploi utile et justement rémunéré, pour les agriculteurs, un droit à des prix de produits agricoles leur permettant de vivre dignement de leur travail. Il souligne à quel point le président du New Deal a poussé des politiques de justice sociale qui ont transformé le pays.
Naturellement, Michael Moore présente Barack Obama comme le digne successeur de Roosevelt, soulignant le contraste avec un Georges Bush qu’il exècre et qu’il ne se prive pas de critiquer à nouveau. Cependant, comment ne pas souligner que sur la question centrale de la régulation de la finance, Barack Obama ne dévie guère de la ligne du précédent gouvernement. Michael Moore s’en tire en attaquant Tim Geithner, mais c’est bien Barack Obama qui a choisi ce dernier…
Bien sûr, il s’agit d’un film très manichéen, mais c’est aussi ce côté partisan qui donne ce piment à un film qui réussit le tour de force d’être distrayant tout en faisant réfléchir. C’est pourquoi je vous le recommande vivement.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, International, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : michael moore, barack obama, franklin roosevelt, georges bush



