01.07.2011
L’irresponsabilité des réponses à la crise de l’euro
Aujourd’hui, si l’heure est à l’austérité pour les budgets publics, les responsables politiques n’hésitent pourtant pas à déverser des dizaines voir des centaines de milliards pour sauver les banques ou les créanciers des Etats européens.
L’irresponsabilité financière
N’est-il pas totalement irresponsable pour les gouvernements de déverser des milliards pour rembourser les créanciers de la Grèce alors qu’ils compriment toutes les autres dépenses budgétaires ? En un an, la France a consacré une quarantaine de milliards pour les plans grecs, irlandais et portugais, soit plus que les budgets de l’intérieur, de la justice et de l’emploi réunis. Et dans le cas de la Grèce, il y a de gros doutes sur la capacité du pays à rembourser les sommes avancées.
La plupart des économistes pensent aujourd’hui que la Grèce ne remboursera qu’une partie des sommes avancées et l’Europe a même affirmé que le Fonds Européen ne passerait pas avant les banques pour calmer les marchés. Du coup, progressivement, les Etats se substituent aux investisseurs privés pour financer ces pays, au risque de ne pas être remboursés. Il est sidérant qu’il n’y ait pas plus de débat sur ces choix aux conséquences financières colossales.
Le problème des euro-obligations
Il y a quelques jours, sur Canal Plus, Franz-Olivier Giesbert affirmait qu’il y avait une solution toute simple à la crise de l’euro : émettre des euro-obligations pour tous. En effet, en mélangeant la dette grecque et la dette allemande, il serait alors possible à la Grèce de bénéficier de taux proches de ceux de Berlin. Mais cette propositions, apparemment simple et facile à mettre en place, et qui avait déjà été évoquée il y a quelques mois, pose d’immenses problèmes.
Tout d’abord, à supposer que le taux d’intérêt de ces euro-obligations soit à la moyenne des taux européens, cela revient à pénaliser les pays vertueux (qui paieront leur dette plus cher) et à favoriser les pays les moins vertueux (qui paieront moins cher). Ce mécanisme, en œuvre au démarrage de la monnaie unique, est très problématique car il récompense indirectement les mauvais comportements au détriment des bons. Pire, qui serait la caution du tout ?
Irresponsabilité et démocratie
C’est pour cette raison que certains avaient envisagé que les euro-obligations ne concernent que les 60 premiers pourcents de la dette de tous les pays. Mais un tel dispositif n’aurait fait que déplacer la spéculation sur la dette supplémentaire, pour laquelle nul doute que les taux d’intérêt auraient été prohibitifs. Certains disent que la BCE devrait acheter la dette. Ce n’est pas une mauvaise solution en soit pour un partisan de la monétisation comme moi.
Mais cela n’est pas sans poser de gros problèmes. Comment définir les montants par pays et créer une responsabilité in fine pour ces décisions ? En outre, on voit bien ce qui nous pendrait au nez en cas d’émissions d’euro-obligations. Dans un tel système, comme un gouvernement pourrait profiter de l’existence d’un pot commun pour adopter un comportement irresponsable, cela justifierait une mise sous tutelle encore plus sévère des budgets nationaux…
En fait, la mise en commun des politiques entraine des comportements irresponsables, qui sont alors corrigés par d’autres comportements irresponsables accompagnés d’une plus grande mise en commun des politiques, dans un cercle vicieux où démocratie et responsabilité sont toujours perdants.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : grèce, euro-obligations, franz-olivier giesbert



