22.09.2008

Ces néo-libéraux qui ne désarment pas…

La gravité de la crise actuelle devrait inciter des tenants du néolibéralisme à relativiser leurs certitudes. Malgré tout, The Economist ou Philippe Manière, chroniqueur dans Marianne, montrent que rien ne semble remettre en cause leur croyance aveugle dans le marché.

Et pourtant, les derniers jours ont bien montré que s’en remettre uniquement à sa « main invisible » pouvait produire la plus grave crise économique depuis la Grande Dépression de 1929. Trois des cinq plus grandes banques d’affaires ont fait faillite ou ont été rachetées. De nombreuses banques sont en difficulté et les compagnies d’assurance commencent à être touchées, comme l’a montré la spectaculaire nationalisation d’AIG, après celles de Fannie Mae et Freddie Mac aux Etats-Unis et celle de Northern Rock au Royaume Uni. Ces nationalisations ont coûté la bagatelle de 300 milliards de dollars aux Etats, et donc aux contribuables, qui, eux, ne peuvent pas compter sur l’aide de l’Etat pour payer leurs emprunts immobiliers. Mieux, l’administration américaine a annoncé un nouveau plan de 700 milliards de dollars qui permettra aux autorités fédérales de racheter les créances hypothécaires douteuses des institutions financières américaines.

L’intervention massive de l’Etat est sans doute la seule solution pour éviter un effondrement économique massif, dont les conséquences seraient désastreuses pour l’économie productive et les citoyens du monde entier. Néanmoins, elle pose de nombreux problèmes. Pourquoi l’Etat n’a-t-il pas aidé les 2,5 millions de ménages Américains qui ont perdu leur maison, alors que l’argent ne semble jamais manqué pour aider les grandes entreprises ? On pourrait objecter que la faillite des ménages ne menace pas l’économie, encore que cela est faux à grande échelle. Mais surtout, cette hiérarchie des choses est  humainement préoccupante… Tous les citoyens, y compris les plus modestes, contribuent financièrement au sauvetage d’institutions financières qui ont précipité l’économie mondiale dans une grave crise et grassement enrichi leurs dirigeants alors que personne n’aide les ménages à conserver leur maison.

Mais le pire est sans doute la réaction de certains défenseurs du néolibéralisme. Si certains semblent faire amende honorable, d’autres persistent et signent dans un aveuglement qui confine à un obscurantisme plus théologique que rationnel. Ainsi, dans la rubrique « Ils ne pensent pas comme nous » de Marianne, Philippe Manière ose écrire que « l’économie de marché, ce n’est pas joli joli, mais… ça marche du feu de Dieu », vantant les progrès faits depuis trois cents ou cinquante ans. Cette analyse pour le moins sommaire lui permet de fermer l’œil sur la stagnation du pouvoir d’achat des ménages modestes depuis une quinzaine d’années en Europe et trente ans aux Etats-Unis. Pire, il avertit qu’il faut manier la régulation avec prudence puisque la « crise actuelle est décuplée par (…) les nouvelles réglementations comptables et prudentielles très vertueuses ». On n’ose pas imaginer ce qui serait advenu si les règles n’avaient pas été vertueuses !

Le discours de The Economist est très proche. L’hebdomadaire anglais ultralibéral défend l’intervention de l’Etat pour venir au secours des établissements financiers. En revanche il dénonce le « désir compréhensible de réglementer la finance comme une erreur dangereuse ». Malgré les récents évènements, il soutient que « les financiers savent mieux que les régulateurs » ce qu’il faut faire : on l’a bien vu dans le cas des banques d’affaires ! Enfin, comme Philippe Manière, il soutient que le système a produit  « une croissance économique saine (sic !!!) et une faible inflation depuis une génération », ce qui justifie de le conserver intact. Là encore, l’hebdomadaire oublie que la croissance et une faible inflation n’ont d’intérêt que si le pouvoir d’achat de tous progresse de manière relativement équitable, ce qui n’est plus le cas depuis longtemps.

Il y a un véritable risque que l’intervention publique permette un retour à la normal du système néolibéral sans véritable remise en question. La bataille pour une meilleure régulation de l’économie ne fait que commencer. Elle sera longue et difficile malgré les évènements récents.

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/09/20/04001-20080920...

18.09.2008

Tirer les leçons de la crise économique

Faisant le lien entre la grave crise que nous vivons et les universités d’été de Debout la République, Malakine a lancé sur son blog Horizons un débat passionnant sur les raisons de la situation actuelle et les solutions à apporter à cette crise, et notamment le protectionnisme.

Une relecture de notre passé économique

L’intervention de Jacques Sapir est intéressante à double titre. Tout d’abord, il montre bien comment la bonne performance économique des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne des dernières années est uniquement le fruit de l’endettement des ménages. En dix ans, il est passé dans ces deux pays d’environ 65% à 100% des revenus (alors qu’il est resté stable en France ou en Allemagne). Sans cet endettement massif, la croissance de ces deux pays aurait été beaucoup plus faible. Ensuite, il souligne très justement que la crise ne date pas d’un an, mais qu’elle est installée depuis 2001 en Europe continentale, qui a connu au mieux une croissance molle depuis l’éclatement de la bulle Internet. La crise financière n’est qu’un facteur aggravant d’une crise économique dans laquelle nous sommes enfermés depuis sept ans.

Les raisons de la crise économique

Comme l’expliquent Jean-Luc Gréau ou Emmanuel Todd, la faiblesse de la croissance en Europe est la conséquence de la dépression salariale que provoque l’ouverture non régulée de nos marchés aux biens et services des autres pays. La concurrence des pays émergents met une telle pression sur les salaires que l’Allemagne a été poussée à réduire son coût du travail depuis dix ans. Étant le seul pays européen à aller aussi loin, elle en a bénéficié au détriment des autres économies européennes. La libéralisation et le passage à l’euro ont poussé à cette déflation salariale malsaine qui revient à faire des salariés les otages de la mondialisation et des entreprises qui cherchent à augmenter leurs profits. La situation a encore été aggravée en Europe par la politique inutilement restrictive de la BCE qui provoque une surévaluation de l’euro qui pousse encore davantage les entreprises à délocaliser.

Les raisons de la crise financière

La crise financière que nous vivons aujourd’hui avait été annoncée. Joseph Stiglitz, dès 2002, en décrit parfaitement le mécanisme. Jean-Luc Gréau, dès 2005, avait montré le mécanisme pervers des subprimes. Des revues comme The Economist soulignaient que la bulle immobilière était excessive. Plusieurs phénomènes expliquent l’ampleur de la crise actuelle : les modèles de calcul du risque des établissements financiers sont construits sur des risques moyens, et ne sont donc pas préparés aux baisses de marché plus violentes. Cette crise montre également que les ratios financiers demandés aux banques ne sont pas suffisamment exigeants pour prévenir l’effondrement du système. Enfin, cela montre que la main invisible du marché fonctionne mal et qu’elle occasionne des excès désastreux.

Des politiques tenus à l’écart

Mais l’un des faits les plus marquants de cette crise économique et financière est le rôle limité joué par les hommes politiques. En Europe, seule la BCE semble qualifiée pour gérer cette crise, ce qu’elle fait en injectant des liquidités. Aux Etats-Unis, la coordination semble meilleure entre la Fed et le gouvernement puisque les autorités ont relancé l’économie doublement, par l’abaissement des taux d’intérêts, et par un plan de soutien budgétaire. La décision de nationaliser Freddie Mac, Fannie Mae et AIG et d’ignorer Lehman est sans doute la bonne décision pour sauver l’économie d’un plus grand désastre. Néanmoins, il est tout de même surprenant que la Fed puisse dépenser 300 milliards de dollars pour sauver des entreprises sans devoir la moindre explication aux citoyens.

Pour un nouveau dirigisme économique

Cette crise montre les dangers d’un libéralisme non encadré. Mais tout encadrement doit être une décision collective, un choix démocratique, ce qui suppose que ce soient bien les politiques qui s’emparent de la question et les gouvernements qui prennent les décisions qui s’imposent. Il n’est pas normal que ce soient des fonctionnaires indépendants dont les décisions sont prises dans des bulles éloignées de la réalité des peuples. Il revient aux gouvernements de bien mieux réguler la finance, en imposant des ratios prudentiels plus élevés, ce qui limitera les investissements, et donc les pertes en cas de retournement de marché. Il revient aux gouvernements de se poser la question d’une meilleure régulation du commerce pour éviter l’alignement par le bas qui se profile chaque jour davantage. En cela, le protectionnisme régional préconisé par Jean-Luc Gréau, Emmanuel Todd, Gérard Lafay ou Jacques Sapir est la solution.

Rééquilibrer la fiscalité

Mais la fiscalité peut également être un outil puissant pour rééquilibrer les travers de notre système économique. Tout d’abord, imposer une taxation sur les mouvements de capitaux (comme le recommandent Stiglitz ou Reich) est un moyen de rééquilibrer la fiscalité entre le travail et le capital et de ralentir des mouvements financiers dont la violence est un profond facteur de déséquilibres de l’économie productive. Ensuite, un transfert de certains impôts et taxes est un moyen d’éviter le dumping fiscal ou l’alignement par le bas. La TVA sociale notamment est un moyen de faire en sorte que quel que soit le produit acheté dans un pays, le consommateur contribue au système social national. En outre, cela réduira les écarts de coûts de production entre les pays, favorisant des implantations à proximité des marchés plutôt que la constitution d’usines mondiales. La fiscalité écologique a aussi tout intérêt à être mise en place sur la consommation et non la production pour ne pas pousser les entreprises à produire dans les pays ayant la réglementation la moins contraignante. Mais outre les émissions, il faudrait prendre en compte l’impact environnemental global. Dans le cas de l’automobile, on pourrait prendre en compte l’impact du transport : une voiture qui vient du Japon n’a pas le même impact sur l’environnement qu’une voiture produite en France…

Comment réformer notre système économique ?

Sur ce sujet, Emmanuel Todd a un coup d’avance comme souvent. Même si certaines solutions pourraient être mises en place nationalement (TVA sociale, taxe environnementale), beaucoup d’autres solutions (régulation du commerce ou de la finance) ne sont plus aujourd’hui vraiment dans les mains des seules nations. L’Europe est en revanche un espace économique suffisamment puissant pour imposer ses solutions (en laissant le Royaume Uni dans un coin…). L’Europe est un démultiplicateur de puissance naturel pour la France et le moyen de sortir de cette crise. Et ce meilleur encadrement du capitalisme ne sera possible que si nous nous entendons avec l’Allemagne, notre partenaire privilégié, dont le modèle économique (le capitalisme rhénan) est étranger aux excès anglo-saxons et qui peut s’entendre avec la France pour bâtir une meilleure alternative.

La crise actuelle n’est pas seulement une crise financière : la dépression salariale qui a poussé les ménages à s’endetter pour se loger aux Etats-Unis, doit également être combattue. C’est donc à une réponse globale que les politiques doivent s’atteler. Mais qui seront les nouveaux Roosvelt et Keynes ?

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/16/m...

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/09/17/si-aig...

http://horizons.typepad.fr/accueil/2008/09/pour-un-protect.html#more

16.09.2008

Le monde malade de sa finance

Décidemment, la crise des subprimes n’en finit plus avec le coup de semonce provoqué par la mise en faillite de Lehman et le rachat de Merrill Lynch par Bank of America. Les bourses mondiales ont à nouveau plongé hier, risquant d’enfoncer toujours plus l’économie mondiale dans la dépression.

Alan Greenspan n’a pas eu peur d’affirmer que la crise actuelle est la plus forte depuis cinquante ans, voir un siècle. Et il est vrai que cette crise financière n’en finit plus de s’amplifier à tel point qu’on se demande jusqu’où elle pourra aller malgré les interventions répétées des Etats et des banques centrales. Il y a déjà dix jours, les Etats-Unis avaient été contraints à une nationalisation de facto de Fannie Mae et Freddie Mac, les deux principaux organismes de crédit hypothécaires Américains. Pour sauver ces entreprises, dont l’encours de crédit dépasse les cinq mille milliards de dollars, pour un capital de seulement 88 milliards, l’Etat Américain s’est engagé à hauteur de deux cents milliards de dollars. C’est cette absence d’intervention financière de l’Etat qui a poussé Lehman à la faillite en l’absence de repreneur après l’échec des négociations avec Barclays. Déjà, l’assureur AIG semble devoir être la prochaine victime…

Nous sommes sans doute en présence de la plus grave crise financière depuis 1929, puisque malgré les interventions massives des autorités publics, nous n’arrivons pas à en sortir. Malheureusement cette crise illustre les immenses limites de la libéralisation de la finance. Tout d’abord, ces interventions, si elles sont sans doute nécessaires pour éviter un effondrement encore plus violent, créent ce que Joseph Stiglitz appelle un « aléa moral », qui fait que le système financier prend trop de risques parce qu’il sait que l’Etat viendra à la rescousse. L’étendue des dangers que fait courir la finance au monde est bien illustrée par cette crise, uniquement Américaine au début, et qui fait pourtant plonger l’Europe dans la récession. Enfin, on peut tout de même se demander pourquoi l’Etat Américain est prêt à dépenser des centaines de milliards pour sauver des entreprises, mais pas grand-chose pour aider les millions de ménages qui ont perdu leur maison. Cette hiérarchie est assez effrayante.

Mais le plus grave est sans doute l’absence totale de réaction des politiques, notamment en Europe et en France. Si les autorités publiques cherchent à combattre a posteriori les effets de cette crise, il faut noter que les politiques semblent à peine concernés sur le vieux Continent et que pas grand monde ne semble chercher des solutions pour corriger le système a priori. Pourtant, de nombreuses pistes existent : de nombreux économistes plaident pour une taxation de tous les mouvements de capitaux, qui aurait le double bénéfice de dégonfler la bulle financière et de faire davantage contribuer la finance à la collectivité. Une révision en profondeur des ratios financiers semble également nécessaire. Avec des capitaux propres qui représentaient moins de 2% de ses engagements, il était évident que Fannie Mae et Freddie Mac étaient des châteaux de carte. Et même les ratios de Bâle 2, à 8% ne sont pas suffisants en cas de baisse sévère de la valeur des actifs, comme nous le voyons aujourd’hui…

Si l’ampleur de la crise financière est effrayante, on peut se demander si l’absence de réflexion politique sur les conséquences à y donner ne l’est pas encore plus. Car outre le sauvetage du système, il faut également réfléchir à son meilleur encadrement pour éviter de refaire les mêmes erreurs.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/08/cinq-qu...

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/09/13/freddie...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/15/lehman-...

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bâle_II

07.08.2008

Analyse critique du néo-libéralisme : le plan de sauvetage contestable de Fannie Mae et Freddie Mac

Parmi les principales victimes de l’effondrement du marché immobilier aux Etats Unis, il y a les deux entreprises de prêts hypothécaires, Fannie Mae et Freddie Mac, qui ont été largement secourues par les autorités Américaines pour éviter un effondrement beaucoup plus grave du marché immobilier.

Fannie Mae et Freddie Mac sont deux entreprises privés qui ont été créées par le gouvernement Américain en 1938 pour la première et 1970 pour la seconde. Elles sont spécialisées dans le crédit immobilier hypothécaire. Elles détiennent à elles deux 5 200 milliards de dollars de crédits immobiliers sur les 12 000 milliards existants. Mais l’explosion de la bulle immobilière a mis sous pression les deux entreprises qui ont vu le cours de leur action perdre plus de 80% en un an, passant de d’environ 60 dollars l’été dernier à moins de 10 dollars en juillet, pour une capitalisation boursière qui représente aujourd’hui à peine 10 milliards de dollars. Cette panique boursière a poussé le gouvernement et le Congrès à intervenir de manière radicale en permettant le refinancement de certains prêts, en accordant des lignes de crédit préférentiel et en autorisant le Trésor à racheter les actions des deux entreprises.

Cette réaction était indispensable pour éviter que les deux piliers du marché immobilier Américain ne s’effondrent. Malheureusement, cette crise a mis en lumière des pratiques très contestables de ces deux entreprises. Tout d’abord, les 5 200 milliards de prêts accordés ne sont garantis que par 82 milliards de capitaux, soit un ratio de 65 qui explique que le moindre retournement de marché soit difficile à assumer. Ensuite, les deux entreprises, qui n’interviennent pas sur le marché des subprimes directement, avaient racheté un certain nombre d’actifs à plus haut rendement pour un montant de près de 400 milliards de dollars dans des crédits douteux.

L’intervention publique telle qu’elle est conçue aujourd’hui est violemment critiquée par The Economist qui dénonce « une collectivisation des risques et une privatisation des profits ». L’hebdomadaire anglais critique ces aides massives données à des entreprises privées, sans guère de conséquence pour les managers et les actionnaires. Il soutient que le management aurait dû être sanctionné et que les actionnaires devraient également sentir l’effet de l’intervention gouvernementale. Il affirme qu’à partir du moment où l’Etat intervient financièrement, les deux entreprises devraient être au moins en partie nationalisées, pour être ensuite vendues, de manière à ce que la collectivité s’y retrouve.

Le problème actuel est que les autorités publiques interviennent pour sauver le marché sans toujours sanctionner la prise de risque excessive prise par ses acteurs. S’il est important de prévenir une répétition de la Grande Dépression, cela créé une atmosphère d’irresponsabilité qui encourage les prises de risque inconsidérées, sachant que l’Etat interviendra pour éviter une crise…

Source : The Economist 19 juillet et 2 août

01.08.2008

Analyse critique du néo-libéralisme : une régulation nécessaire mais difficile

La crise actuelle montre bien les limites de la dérégulation qui a commencé depuis trente ans. Même si pour l’instant, personne ne semble se bousculer pour demander une plus grande régulation, il s’agit sans doute de la seule solution, aussi difficile soit-elle.

Quelles sont les raisons de la crise actuelle ? Il y a en plusieurs. Comme le montre Jean-Luc Gréau, l’immensité des déficits commerciaux entre les pays provoque un afflux toujours plus important de capitaux qui peuvent alors déséquilibrer les marchés, pour un simple problème d’offre trop importante. Si certains attribuent à la Fed la responsabilité de la crise, faute d’avoir suffisamment monté ses taux d’intérêts, il est difficile d’ignorer les pratiques malsaines de banques et organismes de crédit, qui pour faire des affaires, ont prêté à des conditions aberrantes à des ménages modestes, comme l’explique bien Jean-Luc Gréau. La main invisible du marché a fait le reste en faisant monter au-delà du raisonnable les prix de l’immobilier, après l’avoir fait pour les entreprises de la bulle Internet, provoquant un krach prévisible des prix qui entraîne toute l’économie vers la récession.

Si une meilleure régulation et un plus grand encadrement des institutions bancaires et financières semble plus que souhaitable, les néolibéraux répliqueront que la régulation peut elle aussi être à l’origine de crise. La décision par les gouvernements aux Etats Unis et en Europe de subventionner les biocarburants a largement contribué à l’envolée des prix des matières premières agricoles alors que leur intérêt environnemental est plus que douteux. C’est également l’Etat Américain qui a permis à Freddie Mac et Fannie Mae de prêter 5 200 milliards de dollars pour un capital de seulement 83 milliards, soit un ratio de 65… Bref, si la régulation s’avère nécessaire, elle n’en reste pas moins délicate.

Reste que dans le cas des instituts de crédits immobiliers Américains, c’est plus le manque de régulation qui semble responsable des excès commis que l’excès de régulation. Il y a encore beaucoup à faire : augmentation des ratios de capital par rapport aux actifs, limitation de la technique de portage qui permet de parier des sommes beaucoup plus importantes que celles à disposition, éventuellement taxation des mouvements de capitaux. Il est également choquant qu’aujourd’hui, la réponse à la crise soit confiée à des organismes indépendants et non élus démocratiquement (les banques centrales), d’autant plus que c’est la collectivité qui assume aujourd’hui les risques comme le montre le cas de Northern Rock en Grande Bretagne ou de la garantie de l’Etat apporté à Freddie et Fannie aux Etats-Unis.

La crise actuelle appelle comme lors de la Grande Dépression une réponse des politiques qui doivent réfléchir à comment éviter les crises incessantes que nous traversons depuis vingt ans. Malheureusement, il est difficile d’imaginer qui seront les nouveaux Roosvelt de l’encadrement d’un capitalisme devenu fou.

Source : « L’avenir du capitalisme », Jean-Luc Gréau, NRF