08.09.2011

Caroline Fourest décrypte Marine Le Pen (2/2)

Par-delà l’analyse du discours pseudo républicain de sa présidente, ce livre vaut également pour  son analyse des personnes qui composent le Front National et plus spécifiquement de Marine Le Pen.

Un entourage qui reste radioactif

Marine Le Pen a réussi à construire une belle histoire : elle serait la gentille qui cherche à se débarrasser des méchants extrémistes qui restent encore dans son parti. Ce livre apporte un démenti cinglant à cette fable. Les auteurs rappellent à quel point le parti a accueilli et accueille encore des personnalités infréquentables, négationnistes ou néo-nazis. Les auteurs reviennent sur les candidats présentés aux élections cantonales de 2011.

Et le cas d’Alexandre Gabriac n’est pas isolé, ce « membre actif du bureau politique, proche de Bruno Gollnisch, et même du plus jeune élu régional du FN de Rhône-Alpes, où il est le benjamin de l’Assemblée depuis 2010 » suspendu après la révélation de photos le montrant faisant le salut nazi. Si la sanction peut en rassurer certains, on peut aussi se demander si, à la vue de la liste compilée par les auteurs, si la jurisprudence du FN exonère tous ceux qui ne se font pas attraper…

Elles posent une très bonne question : « Les Français rêvent-ils d’un Louis Aliot comme ministre de l’intérieur, d’un Wallerand de Saint Just comme ministre de la justice, d’un Bruno Gollnisch comme ministre de la famille ? » puis rappellent, que le « logo du FN (est) fortement inspiré par l’oriflamme du parti fasciste italien de Mussolini ». Elles évoquent les liens avec la secte Moon, les expériences peu concluantes des mairies FN et la photo de Marine Le Pen entre des militants néo-nazis.

La Nicolas Sarkozy du Front National ?

Les auteurs évoquent longuement le parcours de la benjamine de Jean-Marie Le Pen. En effet, Marine Le Pen, c’est un parcours personnel difficile, entre l’attentat de 1976 contre sa famille ou la franche hostilité qu’elle a souvent pu ressentir à l’école et qui semble in fine avoir cimenté sa relation avec son père. Le traitement médiatique qu’il a connu (souvent, mais pas toujours, à juste titre) ne pouvait que provoquer une forte réaction auprès de ses enfants.

Et l’impression qui prédomine est une grande proximité avec Nicolas Sarkozy. Les deux sont des avocats, des enfants de la télévision, qui ont un besoin fondamental de plaire, des politiques qui ont montré une capacité assez incroyable à changer de discours en fonction des besoins électoraux du moment. En effet, la révolution laïco-étatiste de Marine Le Pen n’est pas sans rappeler le changement du candidat Sarkozy à l’été 2006 sous la plume d’Henri Guaino.

Les auteurs posent quelques questions qui résument sans doute parfaitement la situation : « est-elle vraiment plus fréquentable ? Veut-elle « tuer le père » ? Ou le réhabiliter ? Changer le Front National ou le faire gagner ? ». Tout est résumé ici : par-delà les aspects infréquentables de son parti, je ne crois pas que Marine Le Pen soit en politique pour les bonnes raisons. Comme le président actuel, elle y est plus pour des raisons personnelles que pour la France.

Du coup, il est dommage de ne pas creuser davantage la question de l’orchestration des divergences entre elle, son « aile droite » et son père (« La comparaison avec lui la sert formidablement »). Après tout, cela sert trop parfaitement l’histoire qu’elle souhaite faire passer aux médias et je reste surpris que cela ne soit pas davantage analysé. Même les auteurs ne développent pas ce sujet et préfèrent adopter une posture qui ne fera pas bouger beaucoup d’électeurs du FN.

Dire que « elles ne manqueront de rien. Ce qui est presque gênant quand on s’adresse à la classe ouvrière », que « les médias la traitent très correctement », qu’« un pays dont la première chaîne est pensée pour vendre des publicités à des cerveaux disponibles est un pays préparé à voter FN », que « voter FN relève de la facilité » ou qu’« ils doivent choisir : vouloir la retraite à 70 ans sans immigration ou la retraite plus tôt mais accepter l’immigration » est franchement abusif.

Au global, même s’il est intéressant, ce livre rate sa cible. Il ne fera que conforter les personnes pour qui Marine Le Pen est infréquentable. En revanche, je ne crois pas qu’il arrivera à convaincre une seule personne tenter de la soutenir de ne pas le faire, du fait d’abus trop marqués.

Source : « Marine Le Pen », Caroline Fourest et Fiammetta Venner, Grasset

07.09.2011

Caroline Fourest décrypte Marine Le Pen (1/2)

Caroline Fourest et Flammetta Venner sont des journalistes engagées dans la lutte contre tous les extrémismes, qu’ils soient politiques ou religieux. Assez logiquement, elles se sont penchées sur le cas de Marine Le Pen. Ayant beaucoup écrit sur elle, je ne pouvais pas passer à côté de ce livre.

L’économie pour les nuls

Coralie Delaume, du blog l’Arène nue, avait consacré un long et très bon papier à cette biographie. Elle y pointait autant les réussites (un très gros travail factuel qui en fait une biographie très complète, un ton qui reste souvent assez objectif) que les limites (analyse économique superficielle, pas d’analyse de l’aspect social du vote FN, conclusion ratée). Mais malgré tout, je souhaite apporter également mon regard sur cette biographie qui permet de mieux connaître Marine Le Pen.

La partie consacrée à l’économie, courte, est navrante. Son seul intérêt est de rappeler qu’en 2002, le FN promettait de réduire la pression fiscale à 35% du PIB... Ainsi les auteurs affirment : « pourtant, ni la mondialisation ni l’UE n’empêchent de revoir l’imposition fiscale de façon à prendre aux plus riches pour redistribuer aux plus pauvres ». Sauf que la liberté de circulation des capitaux permet l’évasion fiscale et pousse les taux à la baisse pour les plus riches…

Parce que Marine Le Pen dénonce les niches fiscales, elles les défendent ! Elles affirment : « Marine Le Pen souhaite aussi le rétablissement de l’échelle mobile des salaires pour indexer les salaires sur l’évolution des prix. Une mesure qui conduirait à refuser la moindre sécurité de revenu et à déréguler les acquis sociaux. Pas vraiment de gauche ». Par-delà la formulation confuse, elles se trompent puisque l’échelle mobile des salaires est une mesure de gauche actuellement démantelée en Europe…

Mais le pire est atteint avec l’euro : « Un foyer ayant épargné 6000 euros se retrouvera du jour au lendemain avec 6000 francs au lien de 39360 francs… Mais le coût de la vie grimpera. L’essence par exemple (…) pourrait augmenter de 50% ». « Les Français auraient le niveau de vie des Roumains ». En fait, la dévaluation de 20% évoquée par le FN, augmenterait le prix de l’essence de 5%. Enfin, les auteurs confondent ancien et nouveau franc, comme l’avait signalé Coralie.

Une laïcité à géométrie variable

Heureusement, la partie consacrée à la laïcité est très réussie. Elle est d’autant plus intéressante que les auteurs sont de vraies républicaines rejetant avec vigueur toute remise en cause de la loi de 1905. Sur ce sujet, elles ont un discours très proche du mien, entre autres quand elles estiment le nombre de musulmans pratiquants en France autour du million pour souligner que « le risque de voir l’identité de la France menacée par une invasion musulmane s’éloigne ».

Les auteurs soulignent que « le costume choisi par Marine Le Pen est intelligent. Dommage que les coutures se voient tant ». En effet, comment ne pas voir que la laïcité version FN est clairement dirigée contre l’islam, abusivement assimilée à l’islamisme, et très complaisante avec les fondamentalistes qui occupent Saint-Nicolas du Chardonnet (où Marine Le Pen a fait baptiser ses enfants) ou le Concordat accordé à l’Alsace et la Lorraine, comme Mélenchon l’avait souligné.

D’ailleurs, Marine Le Pen a dit que « la liberté, l’égalité et la fraternité sont des valeurs chrétiennes qui ont été dévoyées par la Révolution Française » et dans son dernier livre, elle dénonce « l’émergence sur notre sol d’une nation musulmane ». Les auteurs soulignent le rôle de l’économie : « comment explique que cette dérive communautariste et intégriste n’ait pas eu lieu dans les années 1970, au plus fort de l’immigration maghrébine ? Mais dans les années 1990-2000 ? ».

Sur les prières de rue, elles soulignent que ce n’est pas le rôle de la République de construire des mosquées, et affirment qu’il y en a suffisamment. Pour elles, « Les images de ces fidèles bravant la loi pour prier en pleine rue n’en finissent pas de nourri le racisme antimusulmans et la propagande de l’extrême droite ». En fait, elles démontrent bien comment les extrêmes se renforcent mutuellement par leurs excès : le FN est le meilleur allié des islamistes et inversement.

Il est dommage que les auteurs se soient aventurées ainsi sur le terrain économique, car leur analyse républicaine vaut vraiment le coup. Je poursuivrai dans un second temps sur les membres du FN.

Source : « Marine Le Pen », Caroline Fourest et Fiammetta Venner, Grasset

02.08.2011

Quand le Monde sert la soupe à Marine Le Pen

Dans son édition datée du dimanche 31 juillet – lundi 1er août, le Monde a titré « Oslo : Jean-Marie Le Pen embarrasse sa fille et le FN ». Ce faisant, le quotidien vespéral se fait le parfait porte-parole de la nouvelle présidente du Front National, véhiculant très exactement ce qu’elle veut dire.

Le Monde attaché de presse du nouveau FN ?

Le titre du quotidien de référence pose un double problème. Tout d’abord en séparant Jean-Marie le Pen de sa fille et du Front National, il fait comme s’il s’agissait de deux entités différentes, ce qui est tout de même fort de café. En effet, Jean-Marie le Pen est toujours président d’honneur du Front National, il a gardé la main sur les finances du parti, et il est quand même illusoire de séparer le parti de son fondateur, président pendant 39 ans et père de sa nouvelle présidente…

Il est surprenant que le Monde transcrive sans la moindre nuance l’histoire que les communicants de Marine Le Pen cherchent à véhiculer, à savoir que la fille est plus modérée que son père. Et il est surprenant que ce journal (et bien d’autres) ne se pose pas la question de l’authenticité de cette histoire. N’y aurait-il pas tout simplement une opération communication bien huilée entre le père (jouant le méchant) et la fille (jouant la gentille) ? Et le sondage d’hier n’aurait pas déplu aux dirigeants du FN.

En effet, les propos de Jean-Marie Le Pen semblent tout de même très calibrés, suffisamment choquants pour déclencher la polémique, tout en parlant aux identitaires. Il a affirmé que la Norvège « n’a pas pris la mesure du danger mondial que représentent d’abord l’immigration massive, qui est la cause principale, semble-t-il, dans l’esprit de ce fou meurtrier ». Laurent Ozon, un cadre dirigeant du FN, a écrit sur Twitter « expliquer le drame d’Oslo : explosion de l’immigration ».

Le Front National est toujours aussi infréquentable

Il est révoltant que les dirigeants du FN cherchent à utiliser le massacre commis par un extrémiste de droite pour dénoncer l’excès d’immigration en Norvège ! Ce faisant, ils semblent vouloir justifier cet horrible crime et déplacer le problème du comportement des identitaires fanatiques à l’immigration ! Rien ne peut justifier ni même tempérer un tel geste et c’est pourquoi le relativisme de certains frontistes rappelle bien opportunément que le FN n’a pas changé.

Bien sûr, Marine Le Pen a pris ses distances avec ces excès mais elle a refusé de condamner les propos de son père. Surtout, il est difficile de ne pas voir dans ces déclarations un pas de deux servant la communication de la présidente du Front National. En effet, les dérapages de son père réalisent la double performance de rassurer la frange la plus extrémiste du parti, tout en faisant apparaître sa fille comme plus modérée, lui permettant d’attirer de nouveaux électeurs.

Mais il s’agit d’une vue de l’esprit. Marine Le Pen elle-même avait expliqué qu’il s’agit essentiellement de communication. Et que dire du logo hérité des nostalgiques du fascisme italien, du candidat nazillon, de l’hommage au terroriste qui avait cherché à tuer le Général, des mensonges patents sur l’immigration, du dérapage sur le « nez » d’un journaliste juif, ou de la comparaison abusive des prières de rue à l’Occupation nazie. Il n’y a rien qui ressemble plus à l’ancien FN que le nouveau. En outre, son incompétence en économie la cantonnera à un rôle purement protestataire.

Le Monde devrait veiller à ne pas véhiculer sans la moindre nuance le message que souhaite faire passer Marine Le Pen dans les médias car ce faisant, ils font le jeu de l’extrême droite bien plus insidieusement que ceux qu’ils accusent de faire le jeu du FN…

29.06.2011

Marine Le Pen, la pire avocate du protectionnisme et du retour aux monnaies nationales

Avec son changement de discours sur l’économie et l’arrivée de Marine Le Pen, le FN a pu apparaître pour certains comme le meilleur moyen de combattre la mondialisation néolibérale. Par delà le côté encore obscur de ce parti, il pourrait bien être le meilleur allié de l’ordre économique actuel.

Le débat impossible

Depuis l’automne dernier et plus encore ce printemps, c’est une constante : toute personne qui parle de protectionnisme, de frontière ou de fin de l’euro se voit invariablement renvoyé à la position du Front National. Quand une conférence de presse est organisée au sujet d’un sondage sur le protectionnisme réunissant des économistes de renom, de gauche comme de droite, il y a toujours une journaliste pour leur signaler que c’est la position du Front National.

Il y a quelque chose d’assez stupéfiant à ce que des personnes qui ont défendu depuis des années des positions se voient interroger sur leur proximité avec Marine Le Pen du fait qu’elle ait sensiblement modifiée la position de son parti. Si quelqu’un devait être interrogé, ce devrait plutôt être elle. C’est un peu comme si on demandait à un mathématicien de justifier que 2 plus 2 font bien 4 parce que le FN aurait écrit cela dans son programme. Bref, le débat s’en trouve totalement perturbé.

Une bien mauvaise avocate

En général, Marine Le Pen est plutôt une bonne oratrice et une débatteuse assez douée. Elle garde son calme tout en étant ferme. Elle a beaucoup d’aplomb, même si cela la conduit parfois à ne pas répondre aux questions posées (mais c’est un défaut commun chez les politiques). En revanche, sa prestation dans l’émission de France 2 la semaine dernière, qui confirme celle de son débat avec Jean-Luc Mélenchon sur RMC, confirme une vraie carence en économie.

Bien sûr, on ne saurait demander aux hommes politiques d’être experts en tout ou même d’être économiste. Mais tout de même, une telle émission suppose une préparation assez standard qui consiste à imaginer les questions qui vont lui être posées, une séance d’entraînement et un calibrage des réponses à ces questions. Si Marine Le Pen a su présenter sa philosophie générale, elle s’est montrée incapable de répondre à la plupart des questions du journaliste en économie.

Elle n’a pas su répondre aux chiffres de croissance avancés par le journaliste alors qu’il s’agit d’un basique et qu’il y a de multiples contre-exemples (Suède entre autres). Elle a beaucoup tardé à répondre sur la dette en lâchant que son plan revenait à une augmentation de quelques centaines de milliards d’euros (ce qui est faux puisque le nouveau franc resterait à parité avec l’euro avec la sortie concomitante de l’Italie ou de l’Espagne). Mais surtout, elle a fui le débat sur l’économie.

Un minimum exigible absent

Et cela n’est pas possible pour une candidate qui propose des solutions aussi radicales. En effet, l’écueil pour les alternatifs est l’incertitude que représentent ces changements majeurs que sont le protectionnisme, la dé financiarisation ou la sortie de l’euro. Une majorité de Français ne pourra être réunie sur un tel programme que si les citoyens ont le sentiment que cette aventure n’est pas trop risquée, qu’elle apportera plus de bénéfices que d’inconvénients et qu’elle sera bien gérée.

Or Marine Le Pen ne donne pas le change sur ces questions et elle a été mise en difficulté par un journaliste pourtant pas très féroce ni très difficile à contredire. Or le moindre doute va bénéficier au système en place : on sait ce que l’on perd mais pas ce que l’on gagne. C’est d’autant plus incroyable que Marine Le Pen a placé ces questions au cœur de son programme (c’est la première chose qu’elle a changé sur le site du FN et elle fait de nombreuses conférences de presse sur le sujet).

Malheureusement, les tenants de la globalisation néolibérale ont trouvé leur meilleure alliée : en faisant de Marine Le Pen la porte-parole de la démondialisation et de la sortie de l’euro, ils pourront la coincer sur les plateaux pour « démontrer » le manque de sérieux de ces propositions…

27.06.2011

Marine Le Pen sur France 2 : aplomb, esquives et incompétence

La semaine dernière, Marine Le Pen était l’invitée de « Des paroles et des actes », la nouvelle émission du service public en vue de l’élection présidentielle (une belle réussite sur le concept). L’occasion de mieux cerner la personnalité de la présidente du Front National.

Vraiment pas au niveau en économie

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Marine Le Pen a de l’aplomb. Elle a su garder sa contenance pendant les deux heures de l’émission, plutôt une réussite vu le ton de certains intervenants... Cependant, sa prestation globale n’a pas été excellente. D’une part, elle a très souvent esquivé les questions qu’on lui posait. Elle partait souvent dans des grandes digressions pour, au final, ne pas répondre à la question qui lui était posée, malgré les nombreuses relances.

Ensuite, sur toute la partie économique du débat, la présidente du Front National a été extrêmement faible. Elle était incapable de sortir de ses discours pré écrits pour commencer un début de débat avec le journaliste qui lui était opposé. Elle manquait de la plus élémentaire connaissance de l’économie, étant incapable de répliquer aux chiffres de croissance trimestriels ou aux objections sur l’Etat stratège en évoquant Airbus, Ariane, le TGV ou le nucléaire...

Une politicienne comme les autres ?

Tout ceci pose un double problème. Tout d’abord, elle ne semblait clairement pas à la hauteur, ce qui est tout de même extrêmement gênant pour une candidate dont le programme comporte autant de propositions de rupture. Il est important de susciter la confiance et cette émission ne risque pas de rassurer sur les capacités du FN à gérer solidement une sortie de l’euro. Et cela permet aussi de s’interroger sur la sincérité du changement de programme économique tant il est mal assimilé.

En fait, Marine Le Pen m’est apparu comme une politicienne assez classique, avec un sacré aplomb compensant un manque de maîtrise patent de certains dossiers, une sorte de Nicolas Sarkozy inculte en économie. Si ses propositions tranchaient évidemment avec celles des autres partis, en revanche, son comportement rappelait beaucoup les travers classiques des hommes politiques : non réponse aux questions, noyage de poissons et maîtrise limite de certains dossiers.

Candidate dans un environnement hostile

Malgré tout, il faut reconnaître que Marine Le Pen a su affronter ses interlocuteurs avec une vraie courtoisie (à défaut de bonne foi), ce qui n’était pas vraiment leur cas à son égard. Cela était patent face à Cécile Duflot, et Laurent Joffrin. Nous n’étions plus dans le débat politique mais dans l’étalage d’une véritable haine et dans un combat de boue. A ce titre, je vous invite à lire le très bon papier de Yann : « Si t’as pas insulté un Le Pen à 50 ans, t’as raté ta vie ».

On peut se poser la question de la pertinence d’attaques aussi agressives couplées à une forme détestable où les intervenants passaient leur temps à lui couper la parole. Le moins sympathique n’était pas forcément la personne visée… En outre, Marine Le Pen a tout de même un certain sens de la répartie, en citant un député communiste ou Jacques Nikonoff sur l’euro ou en répliquant vertement sur les affaires quand on lui a évoqué certaines casseroles d’élus frontistes.

Malgré tout, au final, mon opinion de Marine Le Pen est encore plus négative à la sortie de cette émission. Si elle sait très bien se tenir, à toutes les limites déjà évoquées, j’ajoute une incompétence en économie qui dépasse ce que je pouvais imaginer et qui fait douter de la sincérité de son virage…

19.06.2011

Oui, la démondialisation est une nécessité

Quelques jours après une réunion enthousiasmante avec Frédéric Vialle, une partie du conseil scientifique d’attaque a publié sur Médiapart une critique de la démondialisation chère à Jacques Sapir. Mais ce dernier, comme Frédéric Lordon ont justement mis en pièce cette tribune.

Une critique simpliste et superficielle

Il est proprement hallucinant qu’un tel texte ait pu être produit par le conseil scientifique d’Attac, quand on pense à ce que peut produire l’association. Voici un papier pétrit de contradictions, de mauvaise foi, d’approximations et d’un manque de rigueur qui en fait une proie facile à ridiculiser par un Jacques Sapir qui se fait volontiers saignant et un Frédéric Lordon qui joue plutôt la carte du démontage en règle, dans une inversion de leur style respectif.

La thèse des auteurs est que les ennemis ne sont pas les travailleurs chinois mais bien les gouvernements qui ont mis en œuvre les politiques de recul de droits sociaux. Sans craindre la contradiction, ils affirment qu’il « faut évidemment réduire les flux de marchandises et de capitaux, et relocaliser les systèmes productifs », soit une démondialisation... Mais ils souhaitent aussi « plus de coopération européenne et mondiale dans bien des domaines ».

Puis, après avoir évoqué le Front National, ils disent que « la démondialisation n’apporterait rien à l’affaire » sur la réduction des inégalités, ou le chômage. Ils attaquent aussi la sortie de l’euro qui ne ferait « qu’accentuer les problèmes au lieu de les résoudre » puis s’opposent aux mesures unilatérales et soulignent que la réindustrialisation devra être plus écologique. Enfin, ils finissent par critiquer les plans d’austérité qui aggravent la crise.

Tout d’abord, il faut noter qu’ils critiquent clairement Jacques Sapir, mais sans le nommer. Ensuite, ils témoignent d’une attention limitée à ses textes, car sinon, ils sauraient qu’il n’est nullement opposé à la coopération internationale ou européenne. En outre, leur papier en reste à des incantations sans la moindre démonstration sur l’euro et le reste. Et refuser l’unilatéralisme est le plus sûr moyen de ne rien faire avec le traité de Lisbonne et les gouvernements en place…

Les réponses de Sapir et Lordon

Finalement ce torchon a malgré tout un intérêt. En effet, il a poussé Jacques Sapir et Frédéric Lordon à publier chacun un (long mais riche) papier de réponse. Directement visé, le premier démonte mot après mot, comme un professeur reprenant la copie superficielle et simpliste d’un élève qui n’a pas fait attention à ce qu’il avait écrit. Il relève toutes les contradictions, malhonnêtetés, simplifications et imprécisions de ce texte qui ne fait pas honneur à un « conseil scientifique ».

Sur l’euro, pourquoi ce large « conseil scientifique » ne produit pas une véritable contre argumentation aux papiers, argumentés eux, de Sapir ? On sent deux choses dans leur critique : un rejet viscéral (pour ne pas dire plus) de la nation et une peur maladive d’être en compagnie du Front National sur un débat, au point où il ne m’étonnerait qu’à moitié qu’ils finissent par dire qu’il n’y a pas assez de chômeurs si le FN faisait de la dénonciation du chômage de masse son axe de campagne…

Frédéric Lordon commence par dénoncer l’amalgame avec le FN en affirmant que l’on « n’abandonnera donc pas le débat de la démondialisation sous prétexte que le FN qui a senti la bonne affaire, s’y vautre avec délice ». Il souligne que l’on ne cherchait pas autant de noises à ce parti sur l’économie quand il était néolibéral et qu’il faudrait plutôt questionner Marine Le Pen que ceux dont elle s’inspire. Au final, cette attitude contribue plutôt à renforcer le FN…

Puis, il dénonce certains arguments, qui viennent en droite ligne des néolibéraux ou des socio-démocrates infirmiers de la mondialisation. Il revient sur « la question décisive de la souveraineté » et souligne à quel point néolibéralisme et mondialisation détricotant les souverainetés nationales vont de pair, soulignant l’angle mort des auteurs. Il développe longuement sa pensée sur la nation, la souveraineté et le politique et livre à nouveau une critique sévère de l’UE.

De ces échanges, une partie de la direction d’Attac ne sort pas grandie devant la légèreté de leur texte. Je vais laisser la conclusion à Jacques Sapir : « la haine de la nation, c’est l’internationalisme des imbéciles ».

14.05.2011

Terra Nova parachève le virage libéral du PS

La fondation Terra Nova est décidemment une source inépuisable, de comique involontaire (avec sa proposition ubuesque de réforme du mode d’élection du président de la République), comme de révélation du fond de la pensée d’une certaine gauche, qui n’a plus de gauche que le nom.

Le peuple quitte le PS

Cela fait maintenant dix ans que le peuple a quitté le PS, brutalement, lors des élections présidentielles de 2002, quand le vote ouvrier a permis à Jean-Marie Le Pen de battre Lionel Jospin pour atteindre le second tour. Selon les instituts à peine 10 à 15% auraient ainsi voté pour le candidat « socialiste », alors qu’il était largement dominant auparavant. Car c’est bien cette perte des classes populaires qui explique principalement l’échec de 2002.

A dire vrai, ce choix n’est pas vraiment étonnant. Après tout, ce gouvernement ne se préoccupait pas de leurs problèmes. Insécurité ? « On a été naïf »… Chômage, délocalisations ? « L’Etat ne peut pas tout faire ». Pourquoi donc les classes populaires devraient-elles voter pour un parti qui semble à peine se préoccuper de leurs attentes et qui théorise son incapacité à y répondre…

Dès lors, il n’est pas étonnant que le Front National rafle la mise auprès des ouvriers et des employés. Non seulement, sa dimension protestataire séduit des citoyens lessivés par l’anarchie néolibérale et son cortège de chômage de masse et de pouvoir d’achat en berne mais elle exprime aussi leur révolte contre les partis au pouvoir depuis trente ans, qui ont beaucoup promis et rien réglé. En plus, ils leur parlent des sujets qui les préoccupent : délocalisations, insécurité, immigration.

Le vote des catégories populaires ne vaut pas un blanc seing pour tout ce qu’est ou ce que dit le Front National, loin de là. Emmanuel Todd a eu cette belle phrase : « les Français ne sont pas racistes, ils sont malheureux ». Écœurés par les socialistes et l’UMP, ils se tournent vers Le Pen parce qu’ils ne voient pas encore d’autres issues, malgré ses innombrables scories, qui en freinent encore beaucoup. 2012 devrait être l’occasion à des alternatives républicaines d’émerger.

Le PS quitte le peuple

Face à ce phénomène, la fondation Terra Nova vient de publier une étude hallucinante, qui recommande mezzo voce de purement et simplement abandonner les ouvriers (dont le nombre diminue, de toutes les façons) : leurs valeurs sociétales (conservatrices) sont trop éloignées et leurs attentes de protection économique ne sont pas vraiment couvertes par le PS.

On se demande comment la fondation a pu publier une étude aussi froide, à mille lieues de tout ce que devrait être la politique, et qui découpe la France en cibles électorales catégorielles pour mesurer l’adéquation potentielle avec le projet « socialiste ». Naturellement, des militants de gauche sincères s’en sont émus, avec brio. Mais finalement, cette analyse est parfaitement cohérente avec ce qu’est le PS depuis si longtemps : un parti libéral libertaire mâtiné de social-démocratie.

L’internationalisme du PS, son refus des frontières, son mépris des nations font le lit de la loi de la jungle, qui permet aux multinationales de délocaliser les emplois et de pressurer toujours plus les salaires de ceux qui restent, d’une anarchie qui permet de placer son argent dans des « parasites fiscaux » qui peuvent remercier la directive Delors Lamy qui a libéré les mouvements de capitaux, cette anarchie qui créé une société où les plus forts écrasent les plus faibles.

Car ces « socialistes » ne les aiment pas ces plus faibles : ils seraient un peu rétrogrades avec leur envie d’autorité, leurs aspirations égalitaristes et fraternelles qui pourraient contrevenir à cette liberté qui devient leur valeur centrale, même quand elle permet les délocalisations, la compétition avec les esclaves chinois ou l’évasion fiscale. Olivier Ferrand nous révèle ainsi que le PS n’est plus un parti de gauche, mais bien un parti social libéral, pour reprendre le terme de Bertrand Delanoë.

C’est pourquoi je remercie Terra Nova. Au moins, vous avez l’honnêteté d’aller jusqu’au bout de vos idées, de ne pas les camoufler derrière une rhétorique gauchiste à laquelle vous ne croyez pas. Voici le vrai visage de ces « socialistes » que le Général disait ne pas aimer « parce qu’ils n’étaient pas socialistes ».

10.05.2011

Il y a 30 ans, il changeait sa vie pour le meilleur, et la nôtre pour le pire

Aujourd’hui est la date anniversaire de l’accession de François Mitterrand à la présidence de la République. L’occasion de revenir sur le parcours d’un homme qui a beaucoup compté dans ma construction politique…

Un machiavel égotique

En politique, je crois que l’on se construit autant par adhésion que par rejet. Si quelques personnalités ont beaucoup compté dans ma formation, m’influençant par leurs idées ou leur manière d’être, d’autres l’ont fait par opposition résolue à ce qu’ils représentaient : cela a été le cas de François Mitterrand (outre Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy). Je me suis littéralement construit par réaction à ce qu’il était, tant d’un point de vue des idées que de la personne.

Pour moi, il restera cet homme politique capable de mentir avec gourmandise à un Jacques Chirac bien naïf lors du débat d’entre deux tours de l’élection présidentielle de 1988, un homme sans foi ni loi, pour qui seule l’histoire personnelle qu’il essayait de conter aux Français comptait. Il restera celui qui nomme un adversaire politique à Matignon pour le détruire, ne se souciant pas des conséquences pour le pays, prêt à donner un ministère à Bernard Tapie à l’occasion.

C’est un homme prêt à tout pour gagner, créant le Front National médiatiquement pour affaiblir ses adversaires. C’est un homme qui a sali la fonction présidentielle par des scandales (liens avec René Bousquet et d’autres affairistes, favoritisme, écoutes téléphoniques…) indignes mais qu’annonçait malheureusement l’incroyable faux attentat de l’Observatoire… François Mitterrand était un aventurier de la politique, et pas au sens noble.

Quand l’obscur domine

Bien sûr, ses doubles mandats ont été l’occasion de plusieurs réformes positives, la suppression de la peine de mort ou la libéralisation des médias. Mais au global, le bilan a été désastreux. Car c’est le bien le paradoxe que soulignent beaucoup de critiques de gauche (F Lordon, J Sapir, J-C Michéa) : il a été un des principaux promoteurs de cette libéralisation économique qui maintient ce chômage de masse dont nous ne parvenons pas à nous défaire.

En effet, nous devons au terrible duo Lamy-Delors la libéralisation des mouvements de capitaux. Le PS a également soutenu l’indépendance de la banque centrale avec pour seule mission de veiller sur l’inflation, et pas sur la croissance ou l’emploi comme même la Fed le fait aux Etats-Unis. Les socialistes ont également laissé aux investisseurs le soin fixer le cours des monnaies tout en lâchant la bride aux marchés financiers, avec les conséquences que l’on sait.

En outre, c’est également le PS de François Mitterrand qui a accompagné une libéralisation mortifère du commerce, au grand dam de la croissance, de l’emploi  et de notre industrie, lessivée dans le processus. Bref, c’est son parti socialiste qui a mené un des agendas les plus antisociaux qui soient et donc on voit bien les conséquences aujourd’hui en matière de croissance des inégalités, de maintien d’un chômage de masse, le tout avec un endettement paralysant pour l’Etat.

En outre, pensant y gagner une dimension historique glorifiante pour lui, François Mitterrand a été un des principaux architectes de cette Europe supranationale et anti-démocratique qui fonctionne tellement mal aujourd’hui et qui porte une part de responsabilité majeure dans la langueur économique de ces dix dernières années. C’est lui qui a poussé ces traités qui ont tant d’influence sur le cours de notre vie : l’Acte Unique et le traité de Maastricht.

Bref, la présidence de François Mitterrand a grandement contribué à la dégradation de l’image de nos dirigeants, tant d’un point de vue du comportement personnel que de l’écart colossal entre les discours et les actes. En cela, il peut représenter un véritable contre-modèle de ce que devrait être la politique.

25.04.2011

Immigration : ni angélisme communautariste, ni repli identitaire

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de débattre d’immigration pour le site Enquête et Débat avec Jean-Yves le Gallou, un ancien dirigeant du Front National, qui a rejoint le MNR de Bruno Mégret. L’occasion de constater à nouveau le fort clivage qui me sépare des identitaires.

La stigmatisation des identitaires

M. le Gallou connaît particulièrement bien les questions d’immigration, dont il s’est fait une spécialité. Il connaît toute une multitude d’exemples de dérapages non conformes avec notre tradition républicaine. Mais de manière très intéressante, malgré mes innombrables relances, il est resté dans un discours généralisant et excessif. Ainsi, les étudiants étrangers qui viennent en France ne seraient ni bons ni travailleurs ou nous pourrions nous voir imposer le ramadan dans les années à venir…

Malgré le débat, il n’a pas voulu admettre que la France est un pays de relative faible immigration en Europe, malgré l’évidence des statistiques britanniques : il y a un demi-million d’immigrés qui rentrent en Grande-Bretagne par an, contre deux cent mille en France… Malgré les évidences, il n’a pas voulu démordre du fantasme de substitution (pourtant, la population hors immigrés et enfants d’immigrés augmente de deux cent mille personnes pas an).

L’angélisme communautaire

Mais refuser la stigmatisation ou les déclarations mensongères qui ne font qu’accroître les tensions dans notre pays ne mène pas forcément à un angélisme qui peut rapidement céder au communautarisme. A ce titre, les réactions hystériques de la gauche et du Medef à l’annonce faite par le gouvernement de réduire de 10% seulement les flux migratoires sont totalement ridicules. Le contexte économique actuel justifie très largement une telle mesure.

En effet, il est bien évident qu’avec un tel chômage en France, il sera beaucoup plus difficile pour les immigrés de trouver du travail, ce qui rendra beaucoup plus difficile leur intégration. Comme l’a souligné Nicolas Dupont-Aignan dans son débat sur I-télé avec Olivier Besancenot, il est piquant de voir la gauche et l’extrême-gauche s’en prendre à cette mesure de concert avec Laurence Parisot, dont on se doute que ce ne sont pas des buts humanistes qui l’animent.

En outre, et sur ce point je suis d’accord avec les identitaires, il est clair que le modèle intégrateur Français s’affaiblit. Il n’est pas vraiment satisfaisant de voir les manifestations de plus en plus bruyantes d’une appartenance communautariste gagner du terrain dans la rue. En revanche, il ne faut pas oublier de dire que ces agissements ne sont le fait que d’une minorité, éviter les généralisations abusives ou de véhiculer le fantasme que la France pourrait ne plus être la France à l’avenir.

Une troisième voie

Aujourd’hui, entre des conditions économiques qui compliquent l’intégration des immigrés et l’absence de véritable besoin d’immigrés pour notre pays, il faut réduire les flux migratoires. En revanche, il ne faut surtout pas mettre un frein aux flux d’étudiants, qui nous apportent devises et influence. C’est pourquoi on pourrait par exemple baisser de 50% les flux migratoires liés à la famille et au travail pour le prochain mandat, ramenant les entrées à 130 / 140 000 par an.

Parallèlement, le gouvernement doit tout à la fois être extrêmement ferme sur les principes qui gouvernent notre république et ne pas céder au relativisme communautariste, mais sans jamais tomber dans la stigmatisation ou la caricature qui déchirent notre tissus national. En effet, le meilleur moyen de pousser la majorité républicaine dans les bras de la minorité intégriste est de les assimiler à ces derniers, comme le font Front National et d’une certaine mesure l’UMP.

Entre l’angélisme confondant et parfois trop relativiste du PS, l’agitation identitaire qui ne résout rien de l’UMP et la stigmatisation et les fantasmes véhiculés par le Front National, il y a d’autres voies possibles.

17.04.2011

Nicolas Sarkozy dans sa bulle

Il « sentirait bien » l’élection présidentielle et penserait même que « les Français ne le rejettent pas ». On se demande bien ce qu’il faudrait pour que Nicolas Sarkozy questionne sa stratégie. Le moins que l’on puisse dire est qu’il semble complètement déconnecté de la réalité.

Un président qui ne comprend rien

Il paraît que les députés de la majorité sont sortis ragaillardis de leur rencontre avec le président de la République qui a montré une confiance en lui inébranlable, affirmant que les Français finiraient par lui faire crédit de ses initiatives, notamment internationales. Il a également souligné le succès de ses déplacements en Province (oubliant qu’il ne rencontre le plus souvent que des militants UMP) et les carences de ses adversaires, (primaire socialiste et isolement de Villepin et Borloo).

Pourtant, la réalité dit autre chose. Les résultats des élections cantonales ont été désastreux pour la majorité présidentielle, beaucoup de candidats refusant carrément de porter l’étiquette UMP. Nicolas Sarkozy continue de baisser dans les sondages, atteignant des niveaux jamais atteints. Mais il croit toujours en sa stratégie, comme le montre sa réforme de l’ISF mais aussi les initiatives répétées du gouvernement sur le terrain de l’immigration et de la laïcité.

Une stratégie en échec

Pourtant, les sondages indiquent clairement que l’utilisation électoraliste de ces thématiques ne réussit pas à la majorité. On reste songeur devant la réforme de l’ISF qui semble un cas d’école d’erreur politique après le précédent de 1986. En six mois, Nicolas Sarkozy a perdu dix points dans les sondages au premier tour, gagnés par Marine Le Pen, alors que les candidats socialistes n’ont rien perdu. Bref, cette stratégie ne réussit qu’à lui faire perdre des points en faveur du FN.

Et finalement un tel résultat est logique. Les déclarations martiales de Claude Guéant sur l’immigration sont extrêmement déroutantes. Comment parler « d’immigration incontrôlée » peut-il profiter à la personne qui en charge de ces questions depuis neuf ans ? Pire, proposer une réduction de 10% des flux migratoires est-il réellement à la hauteur des enjeux mis en avant par le gouvernement ? Bref, le ministre de l’intérieur semble tirer dans les pieds du président sans s’en rendre compte.

Même si ses adversaires peuvent encore faire de grosses erreurs, l’impression qui  prédomine est que, comme Giscard d’Estaing en 1981, Nicolas Sarkozy va dans le mur sans s’en rendre compte, en accélérant et en klaxonnant. Le réveil sera dur pour lui dans un an.