16.05.2008
La difficile question des progrès de la génétique
Le progrès scientifique est en général un formidable vecteur de progrès de l’humanité. C’est grâce à lui que la maladie, la pauvreté et la famine reculent, malgré les soubresauts actuels. The Economist montre en deux articles comment ces progrès peuvent agir pour le meilleur ou… le pire.
La thérapie génique, par exemple, est le moyen de soigner des maladies contre lesquelles nous n’arrivions pas à lutter efficacement. The Economist rapporte le cas de scientifiques travaillant sur la maladie de Leber, pour laquelle la science n’arrivait pas à trouver de solutions. Cette maladie est causée par un gène défaillant qui provoque à terme une perte totale de la vue. Pour la combattre, des scientifiques de l’université de Pennsylvanie ont utilisé un virus génétiquement modifié pour introduire le gène sain chez six patients. Quatre d’entre eux ont vu leur vue améliorée. L’expérimentation de ces thérapies a débuté en 1990 et représente un espoir majeur pour le traitement des cancers, même si les scientifiques peuvent buter sur les conséquences parfois délicates de l’utilisation de virus comme véhicule des gènes sains.
Mais les progrès de la science en matière de génétique peuvent aussi être porteurs de conséquences moins positives. Aux Etats-Unis, des compagnies d’assurance se montrent très intéressées par toute information qui leur permettrait de mieux cibler le risque de leurs clients et d’adapter ainsi leurs tarifs... On imagine tout de suite les conséquences dramatiques que pourrait avoir l’exploitation commerciale (ou à titre de sélection) de données génétiques. Une personne ne serait plus jugée en fonction de son potentiel, mais en fonction de données fixes et immuables. L’inné prendrait définitivement le pas sur l’acquis, au détriment de tous les acquis de la civilisation. Heureusement, aux Etats-Unis, une loi (le Genetic Information Non-discrimination Act, ou GINA) est en cours de discussion pour interdire l’usage de ces données. Cependant, le champ de son application reste pour l’instant limité.
La bioéthique sera une des questions majeures du 21ème siècle. Il reviendra aux gouvernants de tracer la ligne entre les avancées scientifiques qui font progresser l’humanité et celles qui peuvent la faire reculer. Il serait ridicule de croire que la science n’apporte que le bien ou le mal. La réalité est forcément entre les deux et il faudra arriver à démêler le vrai du faux, qu’il vienne d’anti-OGM trop systématiques, ou de partisans davantage concernés par les intérêts commerciaux de certaines avancées, comme le maïs Monsanto. Il sera forcément très difficile de trouver la bonne voie, mais le Grenelle de l’environnement semblait avoir abouti à une conclusion équilibrée, entre la poursuite de l’expérimentation sous serre, l’interdiction de la culture et la protection des appellations contrôlées. Malheureusement, le Sénat, sous l’influence des lobbys, est en partie revenu sur ce délicat équilibre.
La question du progrès scientifique a toujours divisé les hommes. Le débat devient volontiers caricatural entre les prudents, volontiers qualifiés d’archaïques, et les entreprenants qui se veulent les chantres de la modernité. Nous aurions bien besoin d’hommes d’Etat pour nous guide dans de tels débats…
Source : The Economist 2 mai
12:15 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : génétique, ogm



