17.07.2011

Les fous de la corbeille

Il y a dix jours, sur RTL, Jean-Pierre Raffarin a osé mettre sur le même plan l’avis des électeurs et l’avis des prêteurs. Gérald Andrieu, de Marianne, a signé un beau papier dénonçant cette prise de position. Malheureusement, il y a d’autres fous de la corbeille, comme le prouve ce papier de Pascal Salin.

L’adoubement de la corbeille

Il fallait avoir le cœur bien accroché pour écouter l’ancien Premier Ministre jeudi dernier : « au fond, dans le passé, l’élection présidentielle dépendait d’un seul facteur : l’avis des électeurs. Maintenant, l’élection présidentielle dépend de deux facteurs : l’avis des électeurs, mais aussi l’avis des prêteurs ». L’UMP semble vouloir indiquer que voter socialiste pourrait remettre en question le crédit de la France sur les marchés financiers et pour les agences de notation.

Ce faisant, ils ne se rendent même pas compte de la schizophrénie de leur discours, puisqu’ils critiquent les agences tout en évoquant leur jugement pour déconsidérer leurs adversaires. Mais le plus hallucinant est clairement le fait de mettre sur le même plan les électeurs et les prêteurs. S’il ne s’agit pas de faire n’importe quoi avec ces derniers, les mettre sur le même plan est extrêmement choquant d’un point de vue démocratique ce qu’un ancien Premier Ministre aurait du voir.

L’ayatollah néolibéral

C’est un commentateur de mon blog qui m’a signalé ce papier proprement incroyable de Pascal Salin, professeur d’économie à Dauphine. Il est toujours intéressant de savoir comment ses adversaires pensent, mais là, j’avoue que cela dépasse complètement tout ce que je pouvais imaginer. Il affirme ainsi que « supprimer la progressivité de l'Impôt sur le Revenu et augmenter un peu la TVA serait donc justifié, mais relever la TVA sans autre contrepartie serait de la pure folie ».

Cette interview a au moins le mérite de dévoiler le fond d’un certain courant de pensée, qui ne recule devant aucun mensonge pour défendre ses idées. L’impôt sur le revenu ne représente que 2.5% du PIB, moitié moins qu’il y a vingt ans. Ensuite, évoquer des taux d’imposition de 80 à 90% est quand même totalement ridicule quand on sait qu’il y a un bouclier fiscal à 50% ou si on suit les travaux de Landais et Piketty qui ont démontré la dégressivité de notre imposition passé un certain seuil.

Malgré tout, on peut remercier Jean-Pierre Raffarin et Pascal Salin de leur franchise : cela permet de comprendre le fond de la pensée néolibérale, sa vision de la démocratie ainsi qu’un certain rapport aux inégalités et à l’impôt. 

07.01.2011

Manuel Valls, Hervé Morin, présidentiables en buzz mineur

Ils font le buzz de cette semaine. Manuel Valls a remis en cause les 35 heures mises en place par le gouvernement de Lionel Jospin, déclenchant les foudres de son parti. Hervé Morin a fait parler de lui comme possible candidat à l’élection présidentielle selon le porte-parole de son parti.

Manuel Valls, artificier des 35 heures

C’est sans doute le plus gros coup médiatique de la semaine tant son intervention a enclenché un cortège de commentaires, tant au PS qu’à l’UMP, lui ouvrant les portes du Grand Journal de Canal Plus mardi soir. Gérald Andrieu et Hervé Nathan se sont chargés de démonter le bien faible argumentaire du député-maire d’Evry, dont le but était surtout de faire du bruit autour de sa candidature, quitte à dire n’importe quoi dans le seul but d’attirer l’attention des médias.

Le premier pointe ses contradictions en notant qu’il avait écrit dans un livre publié en 2008 qu’il a « été très fier, ce jour de l’automne 1997, quand Jospin a annoncé au patronat scandalisé et aux syndicats médusés qu’il allait réaliser les 35 heures, conformément à ses engagements de campagne ». Le second revient sur ses multiples erreurs, notamment le fait qu’il a dit que personne au PS ne souhaite étendre les 35 heures au PME alors qu’elles y sont appliquées officiellement depuis 2003.

Hervé Morin, petit poney présidentiel

Je me demande tous les jours comment un homme politique aussi insignifiant qu’Hervé Morin peut vouloir se présenter aux élections présidentielles. Il ne doit son existence politique qu’au fait qu’il ait travaillé avec François Bayrou et l’ait trahi dans le bon timing pour ramasser la mise auprès de Nicolas Sarkozy. Mais depuis ce triste acte fondateur, le patron du Nouveau Centre, qui voudrait incarner le centre, ne s’est jamais distingué par l’épaisseur de ses discours…

Depuis 2007, il est un homme politique qui investit avec succès dans les chevaux de course, qui annonce lui-même qu’il ne fait plus partie du gouvernement avant même l’annonce officielle du remaniement, qui fait ses vœux dans la cuisine de son appartement. Et cette semaine, son porte-parole s’est un peu avancé en parlant sa candidature en vue de 2012, affirmant qu’il en avait parlé avec lui la veille au soir. Mais finalement, Hervé Morin préfère attendre l’automne pour se déclarer.

Bref, le fait que Manual Valls et Hervé Morin souhaitent se présenter aux élections présidentielles est assez désolant. Que de temps perdu par les médias avec des candidats aussi inconsistants et inutiles alors qu’il y aurait tant à dire sur des personnes bien plus intéressantes et solides…