30/03/2011

Copé, Fillon : la discorde chez la majorité

Il y a quelques mois, l’UMP ricanait des tiraillements entre membres du Parti Socialiste et des petites phrases que les écuries présidentielles se balançaient par média interposés. Mais avec des sondages calamiteux, les esprits s’échauffent et la chienlit est passée à droite.

Règlement de compte à UMP-Corral

Les médias ne sont pas tendres. Gérard Courtois a signé un papier enlevé dans le Monde parlant de « crise d’autorité ». Jack Dion se charge de l’exécution sur Marianne 2, évoquant « la chienlit à l’UMP ». Il faut dire que c’est une chose de voir les menuisiers en chef de la majorité tenter d’expliquer que la raclée des cantonales n’est pas vraiment une défaite, que rien n’est joué à un an de la présidentielle et soutenir sans rire que la ligne de la majorité était très clair pour le second tour.

Mais le tir de snipers qui a démarré lundi n’était pas sans rappeler les pires heures des affrontements socialistes. La charge de Jean-François Copé dans le Grand Journal de Canal Plus de lundi soir, dénonçant la « posture » d’un premier ministre qui ne jouerait pas assez collectif et chercherait à se placer pour l’après  2012 en jouant la défaite du président était hautement comique. On avait surtout l’impression qu’il reprochait à François Fillon de faire du… Jean-François Copé.

La guerilla s’est poursuivie mardi avec l’appel à la démission du secrétaire général de l’UMP par un député proche du premier ministre, avant que le président ne siffle péniblement la fin de la récréation par une rencontre entre les deux hommes, qui ont assuré que l’incident était clôt. Outre les prises de position pro-Fillon ou pro-Copé, le gouvernement s’est aussi retrouvé embarrassé par les déclarations contradictoires des uns et des autres sur le débat sur la laïcité

Majorité au bord de la crise de nerfs

Les élus UMP craignent de plus en plus les échéances de 2012 devant l’échec patent de la stratégie présidentielle que l’Elysée ne semble pas vouloir remettre en cause. Du coup, les critiques fusent, notamment de la part des centristes et de Jean-Louis Borloo. Mais même Christian Estrosi a exprimé des craintes sur la stratégie suivie. Bref, non seulement c’est la panique, mais en outre, elle s’étale à la une des médias dans un feuilleton digne des pires productions socialistes.

Les sondages exécrables font ressurgir l’idée d’un candidat alternatif. Mais il s’agit d’un serpent de mer tant il est évident qu’il compte se représenter (d’autant plus qu’y renoncer serait un aveu d’échec assez peu probable étant donné son caractère). Bien sûr, Juppé, Fillon et Copé sont évoqués comme des candidats alternatifs possibles. Mais les deux premiers ne semblent pas vraiment le vouloir, et le troisième mise sur 2017 (et sans doute un échec en 2012).

Comment Nicolas Sarkozy va-t-il pouvoir organiser son radeau de la méduse en vue des élections présidentielles ? A un moment, un minimum de discipline devrait théoriquement s’imposer pour éviter d’aller vers un désastre complet. Cependant, les tensions actuelles préfigurent déjà la lutte en cours pour récupérer les décombres de la majorité présidentielle après l’échec prévisible de 2012. Du coup, il n’est pas impossible qu’elles persistent et enfoncent plus encore le président.

Nicolas Sarkozy s’est construit de 2002 à 2007 en instaurant la discorde au sein de la majorité présidentielle de l’époque. Assez logiquement, il en récolte aujourd’hui les fruits, à savoir une discorde dirigée contre lui qui l’enfonce plus encore en vue des élections présidentielles de l’an prochain.

14/10/2009

La défense inconditionnelle de Frédéric Mitterrand par le Monde

L’affaire Frédéric Mitterrand touche à sa fin. Elle aura sans doute révélé un immense décalage entre l’opinion des élites politico-médiatiques parisiennes avec une population plus dure à l’égard du ministre. Le meilleur exemple de ce décalage est sans doute le journal Le Monde.

Le Monde prend son lectorat à rebrousse-poil

Ce n’est pas tout de le dire, il faut le faire ! En effet, un sondage réalisé sur le site montrait que plus de la moitié des répondants étaient favorables à la démission du ministre de la culture alors que seulement un tiers souhaitait qu’il reste à son poste. Les journalistes ont en revanche pris une ligne de soutien volontiers inconditionnelle, comme l’illustre l’éditorial d’Eric Fottorino « Chasse à l’homme » ou le papier de Gérard Courtois « La mauvaise affaire », provoquant des commentaires acides des lecteurs.

Il faut dire que l’argumentation des deux journalistes du Monde ne tient pas vraiment. Ils prennent pour argument le fait que le livre soit sorti il y a quatre ans et que les critiques d’aujourd’hui auraient dû s’exprimer en 2005. Un peu court… La conclusion d’Eric Fottorino est particulièrement biaisé : « Mais revenons aux faits. Ce livre était-il connu ? Oui. M. Mitterrand a-t-il commis un viol ? Non. L'homosexualité est-elle un crime, un délit ? Pas davantage. Alors ? ».

Les tartuffes écrivaient au Monde

Le rédacteur en chef du Monde sait pourtant que la question qui pose problème (la seule évoquée par Benoît Hamon d’ailleurs) est le tourisme sexuel. Comment ne pas être interloqué par cet « oubli » du cœur de la polémique ? Eric Fottorino devrait au moins avoir le courage de ses opinions et affirmer que pour lui, la pratique du tourisme sexuel et son récit dans un livre ne disqualifie pas un ministre si c’est ce qu’il pense, au lieu de détourner malhabilement le débat.

De même, Gérard Courtois dénonce des amalgames entre homosexualité et pédophilie pourtant restés très limités parmi les critiques du ministre de la culture. Comment ne pas voir dans l’argument chronologique ou dans la critique de l’étalement de la vie privée (après tout, c’est Frédéric Mitterrand qui a rendu public ce passage de sa vie) des rideaux de fumée destinés à empêcher un vrai débat ? Lui aussi devrait avoir le courage de dire que la pratique du tourisme sexuel ne disqualifie pas un ministre s’il le pense !

Cette affaire révèle deux problèmes majeurs : un décalage frappant entre l’opinion d’une certaine élite et les citoyens mais aussi une incapacité à assumer une opinion qui se traduit par l’emploi de rideaux de fumée qui énervent à juste titre des lecteurs choqués par une argumentation aussi faible.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/10/12/la-mauvaise-affaire-par-gerard-courtois_1252665_3232.html

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/10/09/chasse-a-l-homme-par-eric-fottorino_1251637_3232.html