03.08.2011

Gérard Lafay, un économiste qui propose une alternative

Là où beaucoup d’économistes s’arrêtent à un constat, aussi brillant soit-il, Gérard Lafay a la particularité de développer de nombreuses propositions dans « 12 clés pour sortir de la crise », rendant ce livre d’autant plus intéressant, pour ne pas dire indispensable.

Une révolution monétaire et financière

Gérard Lafay est un partisan des solutions de Maurice Allais, qui va beaucoup plus loin que le simple Glass Steagall Act qui sépare banques de dépôts et banques d’investissements. Il est favorable au 100% money, théorie défendue notamment par Christian Gomez. Cette réforme suppose que la banque centrale reprenne le contrôle total de la création monétaire, abandonnée aujourd’hui aux banques privées. Elle interdit aux banques de se financer à court terme pour prêter à long terme.

Dans ce système, ce ne sont pas deux mais trois types de banques qui coexisteraient, outre la Banque Centrale : des banques de dépôt, qui ne pourraient faire aucun crédit et qui se feraient rémunérer leur service ; des banques de crédit qui récolteraient les dépôts pour les replacer sur des échéances égales ou inférieures ; des banques d’affaires qui s’occuperaient des opérations de marché. Ce système doit « éradiquer la prolifération financière du tournant néocapitaliste ».

Après un éloge des « stabilisateurs automatiques » keynésiens, il attribue la situation délicate de nos finances publique à « la politique de concurrence extrême et à une accumulation de règles bureaucratiques (qui fait perdre) tous les bienfaits que la libre concurrence est susceptible d’apporter ». Il épingle notamment les 80 000 pages de réglementation issue de l’Europe. Malgré tout, il dénonce la « rigueur extrême (actuelle) qui ignore délibérément les leçons (…) du passé ».

Gérard Lafay prend position en faveur de la monétisation, interdite depuis 1973. Il propose un retour aux monnaies nationales, soulignant que « l’euro a accentué les divergences entre pays membres », et notamment les déficits extérieurs. Favorable à un nouveau système monétaire européen ainsi qu’à la mise en place d’une monnaie commune, une UEC (Unité Européenne de Compte), il recommande, comme Jean-Jacques Rosa, une parité où un nouveau franc égale un euro.

Préserver notre modèle social

Parce qu’il est illusoire de vouloir conserver les activités à haute valeur ajoutée (« les capitalistes étaient assez cupides pour vendre les cordes qui allaient permettre de les pendre », citant Lénine !), Gérard Lafay appelle à maîtriser le taux de change, se protéger du dumping et investir massivement dans la recherche et le développement. Il en profite pour dénoncer la surévaluation de 40% de la monnaie unique européenne et appelle à revenir aux monnaies nationales.

Il soutient finement que « le néocapitalisme masque ses travers derrière un idéalisme mondialiste » et appelle de ses vœux « des montants compensatoires antidumping ». Il souligne le rôle de l’Etat dans la recherche fondamentale et critique la dégradation de notre éducation nationale. Pour éviter un démantèlement de notre modèle social, il propose une TVA sociale et une maîtrise du coût de la protection sociale. Il souligne néanmoins que le manque de croissance explique aussi les déficits.

Il prend fermement position pour la retraite par répartition, citant Jacques BIchot qui dénonce le « court-termisme immoral et la gestion spéculative » de la retraite par capitalisation. Mais il recommande une grande simplification et la mise en place d’un régime par points comme en Suède. Il critique la réforme « bâclée et politicienne » de Nicolas Sarkozy. Pour lui, les règles définies démocratiquement ne doivent pas pouvoir être contestées par les multinationales ou les technocrates.

Gérard Lafay fait également un long plaidoyer gaullien et de nombreuses propositions pour développer la participation. Il dénonce la réforme de Nicolas Sarkozy. Il propose de supprimer l’IS pour tripler la réserve de participation dans les entreprises, et faire monter les salariés (devenus « travailleurs propriétaires ») dans le capital (jusqu’à atteindre une minorité de blocage par exemple) et non pour distribuer uniquement du pouvoir d’achat. Il évoque les propositions de SGAP de Patrick Guiol.

Entre un « étatisme envahissant et le néocapitalisme », Gérard Lafay dessine les contours d’un « néo-corporatisme, progressiste libéral et démocratique ». Merci pour cette belle contribution.

Source : Gérard Lafay, « 12 clés pour sortir de la crise », L’Harmattan

01.08.2011

Gérard Lafay, le libéral qui s’oppose au néolibéralisme

« 12 clés pour sortir de la crise » est le coup de cœur de mes dernières lectures. Ce livre a l’immense intérêt de montrer qu’il existe un libéralisme humaniste et progressiste, à mille lieues du néolibéralisme.

Quand un économiste de droite est plus progressiste que le PS

Gérard Lafay n’est clairement pas un homme de gauche. On sent chez lui une vraie opposition à cette partie du spectre politique. Mais ce n’est pas pour autant un néolibéral. Il s’inscrit plutôt dans la continuité de Maurice Allais, qui se disait aussi libéral que socialiste. Il appartient à courant libéral modéré, volontiers paternaliste, sans doute influencé par le catholicisme social. Et au final, il apparaît bien plus progressiste que l’immense majorité des membres du parti « socialiste ».

C’est ainsi qu’il écrit au début de son introduction : « La mondialisation modifie désormais les rapport de force. La plupart des travailleurs européens voient leur position se dégrader lentement, devant choisir entre le chômage et la baisse des salaires, à un moment où les plus riches voient au contraire leurs revenus s’accroître démesurément, en particulier dans la sphère financière ». Il dénonce ce retour au « capitalisme pur et dur du 19ème siècle », qu’il qualifie de « néocapitalisme ».

En ce sens, il condamne la casse des monopoles naturels que sont les services publics de l’électricité, du gaz et des chemins de fer, pourtant soutenue par les partis « socialistes ». Il dénonce « la mise en situation déficitaire de la protection sociale, afin de pouvoir la démanteler par morceaux successifs ». Il critique également l’affaiblissement des conventions collectives qui sont un moyen de protéger les salariés individuels d’un rapport de force trop défavorable avec leur employeur.

Il dénonce l’explosion des inégalités salariales, citant l’étude de Frydman et Saks aux Etats-Unis qui montre qu’un PDG gagnait 40 fois plus qu’un salarié moyen dans les années 1970 et 360 fois plus au début des années 2000. Pour lui « l’origine première de l’actuelle crise mondiale se trouve dans l’accroissement des inégalités de revenus aux Etats-Unis », qui a provoqué une poussé de l’endettement.

Un constat sévère

Gérard Lafay utilise une image amusante pour définir « l’économie sociale de marché, quintessence d’un libéralisme pondéré » : une mayonnaise entre la dynamique de marché et la cohésion des forces sociales : « à la fin des Trente Glorieuses, la mayonnaise libérale se rigidifiait, l’économie perdant sa dynamique de marché par la dérive social-démocrate. Depuis la fin des années 1980, elle se liquéfie, l’économie perdant maintenant sa cohésion sociale par le tournant néocapitaliste ».

Ainsi, il dénonce l’excès de bureaucratie et de prélèvements fiscaux et sociaux (avec des taux marginaux d’imposition qui atteignaient 90% au Royaume Uni à la fin des années 1970). Mais il dénonce également la poursuite aveugle du modèle anglo-saxon promu par Reagan et Thatcher, systématiquement opposé au rôle économique de l’Etat, aux services publics, à la solidarité nationale, au contraire de l’économie mixte des modèles asiatiques.

Il dénonce également la chienlit financière et monétaire : l’inflation inconsidérée du prix des actifs, le flottement des monnaies, les instruments de protection qui se sont transformés en nouveaux véhicules de la spéculation, la titrisation, ainsi que le mode de création de la monnaie, abandonné aux banques privées. Pour lui « le néocapitalisme tend à ne produire que de la finance parasitaire », au détriment de l’industrie.

S’il n’est pas opposé à l’ouverture des frontières, il constate que « la réalité est très éloignée d’une vision idyllique » où les prix s’égaliseraient à Parité de Pouvoir d’Achat (PPA) et où les niveaux de salaires reflèteraient la productivité moyenne du travail. En fait, il dénonce un triple dumping, social, environnemental et monétaire. Il critique « l’intégrisme libre-échangiste » et, citant Robert Reich, souligne que les travailleurs perdent beaucoup plus que ne gagnent les consommateurs.

Je conseille très vivement la lecture de ce livre riche et dense, mais aussi court et accessible. Il permet d’accéder à une excellente synthèse des problématiques économiques actuelles.

Source : Gérard Lafay, « 12 clés pour sortir de la crise », L’Harmattan, suite demain

10.07.2011

Euro : réponse à la réponse de Georges à Coralie

Il y a quelques jours, Coralie Delaume taquinait NKM dont les arguments pour essayer de disqualifier le retour aux monnaies nationales pourraient laisser penser qu’elle est encore plus incompétente que Marine Le Pen en économie, s’attirant une réponse de Georges Kaplan.

L’économie -1.0

Démagogie ? Incompétence crasse ? Au final, j’en viens à espérer qu’il s’agit du premier... Car si Marine Le Pen a du mal avec l’économie, Nathalie Kosciusko-Morizet semble vouloir descendre encore plus bas pour la critiquer. C’est ainsi qu’elle s’est bien imprudemment avancée sur les plateaux de télévision en sous-entendant que le retour au franc conduirait à une multiplication par 6,5 des prix et donc à une perte dramatique de pouvoir d’achat pour les Français…

Coralie Delaume l’a donc remise à sa place, suivant l’exemple d’Eric Zemmour qui n’a pas été tendre avec la ministre de l’écologie sur le plateau de France 2, ridiculisant sa bien faible argumentation économique et retournant contre elle son exemple de la baguette, qui montre bien que le passage à l’euro a permis une envolée de certains prix. Où l’on comprend que l’économie n’est pas une matière nécessaire pour entrer à Polytechnique, semble-t-il…

Un nouveau franc pas si mini que ça…

Georges Kaplan en profite pour faire un sort aux partisans d’une transformation de la monnaie unique en une monnaie commune accompagnée d’un retour aux monnaies nationales. Son premier argument est d’évoquer une dévaluation du franc de 25% par rapport à l’euro. Or on peut argumenter que le franc ne dévaluerait pas. Miracle ? Tour de passe-passe médiatique ? Non, même la banque ING confirmait un tel scénario dans ses prédictions.

En effet, la France se trouve au centre de gravité de la monnaie unique, entre la fourmi allemande et les cigales du Sud. Résultat, si l’euro éclate, le mark nouveau sera réévalué, les peseta, lire, escudo et drachme nouveaux seront dévalués. Et au milieu, notre nouveau franc devrait rester à parité avec l’ancien euro monnaie unique, devenue monnaie commune composée de fractions des nouvelles monnaies nationales. La dévaluation du franc serait limitée au mark et au florin…

Georges au pays des merveilles libérales

Georges poursuit en nous expliquant bizarrement que les déficits commerciaux n’ont aucune importance. Il n’y aurait pas de problème quand la France vend pour 34,2 milliards d’euros et achète pour 41,6 milliards de produits, laissant un déficit de 7,4 milliards en mai. Bien sûr, nous pouvons nous endetter à l’extérieur ou vendre nos bijoux de famille pour combler ce trou. Mais in fine, il y a quand même appauvrissement puisque le pays s’endette vis-à-vis de l’extérieur pour financer ce déficit.

Puis il critique la proposition de revenir sur la loi de 1973 permettant à la Banque Centrale de financer l’Etat. Il agite le spectre de l’hyper-inflation et de la spoliation des épargnants. Tout d’abord, c’est le système actuel qui a permis l’hyper-inflation du prix de nombreux actifs depuis une quinzaine d’années, aboutissant à différents krachs. Ensuite, la monétisation peut être conduite de manière responsable et elle peut permettre d’éviter la déflation en cas de baisse de la masse monétaire.

Enfin, je ne peux pas résister à l’envie d’évoquer la théorie des Zone Monétaire Optimale, évoquée par des économistes libéraux comme Jean-Jacques Rosa, Alain Cotta ou Gérard Lafay, selon laquelle il est absurde d’avoir une seule monnaie pour des pays aussi hétérogènes que ceux de la zone euro. Et je suis curieux de savoir quels seraient les moyens, pour lui, de faire fonctionner l’euro avec tous les travers que nous amène cette construction baroque et artificielle.

Non, Georges, la fausse bonne idée, ce n’est pas le retour aux monnaies nationales, c’était la création de l’euro. En outre, quelle est la crédibilité de ceux qui nous avaient promis croissance et emplois avec l’euro quand ils nous prédisent aujourd’hui l’apocalypse si nous le quittions ?

17.09.2010

L’euro, la monnaie inique

Quel beau révélateur ! Alors qu’une immense majorité des élites économiques, politiques et médiatiques persistent à penser que l’euro est une bonne chose, qui nous aurait même protégés pendant la crise, le peuple Français pense de plus en plus le contraire.

La fracture monétaire

C’est en effet ce que révèle un nouveau sondage qui montre que 60% des Français sont mécontents de l’euro, soit le score le plus élevé de la zone (contre 53% des Allemands, les britanniques étant plus de 80% à penser que l’euro n’apporterait aucun bénéfice). A peine 33% de la population pense que l’euro a apporté des bénéfices économiques à notre pays. Bref, la rupture avec la monnaie unique semble consommée. Rappelons que près de 40% des Français souhaitent le retour du franc.

Nul doute que les élites concluront qu’elles ont saisi les bénéfices de cette monnaie unique que le bas peuple est incapable de comprendre. Cela serait sans doute un bon éditorial pour Alain Duhamel, Libération ou le Monde, qui soutiennent la monnaie unique avec la foi des religieux les plus extrêmes. Pourtant de plus en plus d’économistes réputés (Alain Cotta, Christian Saint Etienne, Jacques Sapir, Gérard Lafay) prennent position contre la monnaie unique, sans compter ceux qui critiquent la politique de la BCE…

Populisme et réalité

D’ailleurs, une analyse de fond de la monnaie unique permet de conclure à sa dangerosité et je n’ai jamais croisé le fer avec une argumentation un tant soit peu solide défendant la monnaie unique. Ses partisans se contentent en général de dire qu’il serait trop compliqué de revenir en arrière (alors que cela a été fait dans les ex Yougoslavie et Tchécoslovaquie), que cela reviendrait à tuer l’Europe ou que revenir au franc est passéiste. Mais d’une solide argumentation économique, il n’est jamais question.

Et le décalage d’opinion entre les élites et le peuple tient sans doute au fait que si la monnaie unique a des avantages pour les premières (facilité pour les voyages intra-européens, protection des épargnants par la politique anti-inflationniste), ses inconvénients ne sont que pour le second (destruction d’emplois dans l’industrie du fait de sa surévaluation, compression du pouvoir d’achat dans une course sans fin à la compétitivité). Le peuple a compris que l’euro ne sert pas l’intérêt général.

Depuis leur bulle, certaines élites ne parviennent pas à comprendre les travers de cette construction monétaire inique. Mais les sondages indiquent une grande fracture sociale dans l’appréciation de cet euro. Et cette fracture révèle tout simplement une fracture dans les intérêts…

24.07.2010

L’euro, fardeau de l’Europe et de la France

L’euro remonte. La monnaie unique européenne est désormais proche de 1,3 dollars, une surévaluation de 15 à 30% dévastatrice pour notre industrie. Croyez-vous que les médias s’en inquiètent ? Non, la plupart s’en réjouissent, y voyant un signe de l’amélioration des conditions de marché !

« L’Europe utilise sa propre puissance pour se torturer »

Cette phrase d’Emmanuel Todd résume terriblement bien ce que fait la monnaie unique à l’Europe. Sa surévaluation chronique a considérablement accéléré le mouvement de délocalisations de l’industrie européenne. Ce n’est pas pour rien que Renault et PSA ont délocalisé la moitié de leur production Française en dehors de la zone euro en seulement quatre ans, de 2005 à 2009. Il faut encore rappeler que les économistes estiment que la juste parité de l’euro se situe entre 1 et 1,15 dollars.

C’est pourquoi il est totalement sidérant d’entendre les défenseurs de l’euro se réjouir de sa remontée. Comment peuvent-ils ignorer que cette hausse est une calamité pour notre industrie ? Comment imaginer conserver des emplois productifs avec nos salaires, notre protection sociale et un euro surévalué sans la moindre protection commerciale ? C’est à croire que certains ne pensent qu’au pouvoir d’achat qu’ils gagnent quand ils partent aux Etats-Unis !

La victoire des néolibéraux

Plus globalement, c’est la ligne favorable à la globalisation néolibérale qui a gagné. On la retrouve aux commandes dans les interventions du FMI. Dominique Strauss Kahn devra assumer les programmes de rigueur extrême appliqués en Grèce ou en Roumanie. Outre le fait de baisser le salaire des fonctionnaires, Athènes a ainsi mis en place un SMIC-jeunes couplée à une hausse de 4 points de la TVA, programme proche de celui appliqué à Bucarest.

Mais le plus impressionnant reste d’entendre Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, affirmer que « le rééquilibrage des finances publiques et le soutien de la croissance ne peuvent donc plus être présentés comme deux objectifs incompatibles, un dilemme imposé à la politique économique » à un moment où l’austérité budgétaire va peser sur la croissance. Et la perspective de dix années de rigueur, promise par Jacques Attali, n’est guère riante non plus…

Pourtant, il existe des alternatives !

Devant les tristes perspectives évoquées par les uns et les autres, on comprend qu’il faut changer radicalement pour épargner des peuples qui paient très cher les errements d’un système économique dont ils ne profitent pas. Patrick Artus a sonné la charge en faisant une proposition hautement hétérodoxe : une hausse des salaires de 20% compensée par une baisse d’autant de l’euro. Voilà un moyen de régler le problème des finances publiques de manière plus juste !

La remontée de l’euro montre également que la monnaie unique fait sans doute davantage partie du problème que de la solution. Il est donc urgent de la quitter pour retrouver une politique monétaire adaptée à notre réalité, comme le soulignent un nombre grandissant d’économistes (Gérard Lafay, Jean-Luc Gréau, Alain Cotta…). De plus en plus d’économistes évoquent également la possibilité de monétiser la dette pour éviter une saignée de l’économie réelle qui épargnera seulement les plus riches.

L’Europe telle qu’elle est construite aujourd’hui, entre construction monétaire artificielle et dogmatisme libéral est la raison de notre déprime économique. La seule solution sera donc de tout reprendre à zéro pour remettre l’économie au service de l’homme, seule querelle qui vaille, et non l’inverse.

20.06.2010

L’explosion de l’euro, c’est pour quand ?

Il y a deux jours, Gérard Lafay signait une tribune bienvenue sur le site internet du Monde où il annonçait la fin prochaine de la monnaie unique européenne et se posait la question de comment revenir au franc. Une deuxième question subsiste : quand cela peut-il arriver ?

L’explosion peut-elle être rapide ?

Il est très difficile de faire des pronostics et même en s’y risquant, il faut bien admettre qu’il s’agit uniquement de donner une plus grande probabilité à un scénario plutôt qu’à un autre et que celui qui a été écarté garde de toutes les façons une probabilité significative. Après tout, le comportement irrationnel et brutal des marchés depuis une dizaine d’années rend difficilement prévisible leurs évolutions futures à court terme. Dans le cas présent, je ne crois pas à une explosion rapide.

Pourtant, un certain nombre d’éléments plaident pour un tel scénario. En effet, alors que les Etats-Unis semblent sortir rapidement de la crise, comme le montrent les prévisions de croissance pour 2010 (3% contre 1% dans la zone euro), notre continent semble plus proche de la déflation que de la reprise. Le modèle de croissance européen est sérieusement en question. Pire, à tout moment, une panique des marchés peut provoquer une dangereuse envolée des taux longs…

L’explosion peut-elle tarder ?

Attention, par tarder, je ne veux pas dire dix ans, mais je crois que la situation peut encore rester en l’état pendant plusieurs années.  Plusieurs facteurs sont à l’œuvre. En effet, un examen des plans de rigueur européen amène à légèrement relativiser leur impact sur la croissance. Si l’ajustement sera de 11% du PIB sur 2010 et 2011 en Grèce, globalement, il ne sera que de 0.2% en 2010 à l’échelle de la zone euro et de 1% en 2011 selon Barclays : l’effet dépressif sera limité.

En outre, même s’il reste encore légèrement surévalué, la forte baisse de l’euro lui a fait retrouvé un cours plus réaliste, ce qui devrait favoriser la croissance de la zone dans les mois à venir. En outre, la plus forte croissance dans le reste du monde va soutenir nos exportations dans un certain nombre de secteurs (luxe ou machines outils) : la contribution du commerce extérieur à notre croissance devrait être positive, malgré la poursuite du mouvement de délocalisation.

En effet, la croissance de la zone euro devrait en partie profiter de la croissance du reste du monde… Et puis, il faut considérer que l’exubérance irrationnelle des marchés est valable à la hausse comme à la baisse. Et si la panique de ce printemps a ramené le CAC 40 à 3300 points, ce niveau valorisait les entreprises Françaises à des niveaux très faibles par rapport à la très forte hausse de leur profitabilité, ce qui favorise le rebond auquel nous assistons depuis quelques semaines.

Pour toutes ces raisons ainsi que la volonté forcenée des dirigeants européens à maintenir l’euro coûte que coûte, la monnaie unique a probablement quelques années devant elle. D’un autre côté, cela veut aussi dire que nous aurions le temps de préparer un scénario de repli dans le calme…

19.06.2010

Vers une France libre monétairement

Hier, nous célébrions l’appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle, qui a préfiguré la grande aventure de la France Libre. Aujourd’hui, c’est notre liberté monétaire qui semble se rapprocher à grand pas, tant les évènements vont dans le sens d’un retour au franc.

Le basculement de l’opinion

Il y a quelques mois, un sondage indiquait que 69% des Français avaient la nostalgie du franc, chiffre énorme étant donné l’ampleur d’un tel changement. Deux phénomènes permettaient d’expliquer ce résultat. Tout d’abord, les Français ont le sentiment justifié que le passage à l’euro a permis une augmentation du prix de nombreux produits ou services (la baguette, le café…) du  fait de la perte de repères qu’a occasionné le passage à la monnaie unique européenne.

Mais c’est également l’attachement à l’euro qui est faible car il n’a clairement pas tenu les promesses de croissance et d’emplois qui avaient été faites par les promoteurs de cette expérimentation monétaire hasardeuse lors de la campagne du traité de Maastricht en 1992. L’euro n’a pas été le bouclier qui était sensé nous protéger des crises ou de la spéculation. Et il n’a pas non plus favorisé la croissance du continent européen, qui est de plus en plus faible.

Pourtant, 95% des médias et des hommes politiques qui passent à la télévision nous expliquent doctement et en refusant toute contestation, que l’euro nous a protégé de la crise. Mais comme en 2005, les Français ne gobent pas ce mythe. Un sondage révèle ainsi que 62% des Français pensent que l’euro a aggravé la crise. Une belle victoire idéologique pour ceux qui, comme moi, se battent depuis longtemps pour montrer que l’euro est un boulet pour les économies européennes.

Comment revenir au franc ?

Mais le fait que les Français soient convaincus que l’euro est un boulet n’est qu’une victoire sur le chemin du retour à notre souveraineté monétaire. En effet, deux batailles majeures doivent être encore conduites. La première est de convaincre que revenir au franc serait une bonne chose. Cette bataille est d’ors et déjà bien engagée à en juger par les résultats du sondage. La dernière bataille, la plus dure, sera de convaincre les Français qu’il est possible, voir même facile, de revenir au franc.

C’est pourquoi la publication d’une tribune intitulée « Comment va-t-on recréer le franc » par Gérard Lafay dans le Monde peut être considérée comme un véritable évènement, comme si non seulement il était acquis qu’il faut revenir au franc, mais également que les évènements vont forcément nous mener à une telle décision. Gérard Lafay dédramatise le retour aux monnaies nationales en expliquant qu’il y a de multiples exemples récents (ancienne Tchécoslovaquie, Yougoslavie, URSS).

Le retour au franc peut être organisé en quelques mois à peine, le temps d’imprimer les billets et les pièces. Il conviendrait sans doute de prendre la décision, de lancer la production de la nouvelle monnaie mais de ne l’annoncer qu’une fois la production terminée. Ainsi, une opération commando pourrait être menée pour tout changer en quelques semaines. Dans l’intervalle, il conviendrait sans doute de limiter les mouvements de capitaux. La dette serait convertie d’autorité en franc pour éviter tout risque.

C’est une très bonne nouvelle : les Français n’en sont plus à se demander s’il faut revenir au franc, mais à comment cela pourrait-il se faire. La dernière question qui pourrait se poser sera alors quand cela va-t-il arriver : dans quelques mois ou dans plusieurs années ?