10.09.2011
Vers un nouveau 1958
Comment aboutir à un véritable changement de politique ? Il semble aujourd’hui clair que ni le PS, ni l’UMP ne pourront l’apporter. Ses deux écuries d’egos désidéologisées devront être balayées. Il faudra des circonstances bien particulières qui se rapprochent singulièrement…
Les ambigüités des crises
La nature humaine est prudente et relativement conservatrice. C’est ce qui avait permis à Pétain de prendre le pouvoir en juin 1940. C’est ce qui a permis de prolonger l’expérience de la 4ème République. C’est ce qui a fait persister Hoover dans l’erreur lors de la Grande Dépression de 1929, laissant tomber le système bancaire et poussant un quart de la population des Etats-Unis au chômage. Mais dans ces trois cas, à un moment, le pays s’est redressé et a changé de direction.
Ce qu’il faut noter ici, c’est qu’il a fallu atteindre des abysses de désolation morale, politique ou économique pour provoquer le sursaut. Quand la crise est trop bénigne, finalement, l’envie de changement se tarit, malgré tout ce qui peut indiquer qu’il faut changer. C’est sans doute ce qui s’est passé en 2008. Tirant en partie les leçons de la crise de 1929, les dirigeants de la planète ont sauvé les banques, évitant, temporairement, que la crise ne se transforme en dépression.
Mais du coup, l’envie de changement a faibli. L’agenda du G20 est désespérément dérisoire. Comme le souligne Morad El Hattab, nous sommes revenus aux travers du passé. Néanmoins, la situation est en train de changer. Pour vouloir le changement, il faut que les citoyens préfèrent les incertitudes et la peur qu’engendre naturellement ce changement au statut quo. Il faut donc un profond rejet de la situation présente pour que les peuples veuillent renverser la table.
Vers le renouveau
Nous approchons sans doute de ce moment. Bien sûr, le débat sur la dette est un habile moyen de chercher à rassembler les citoyens autour d’une politique de statut quo. Mais depuis trois ans, le message envoyé aux citoyens est limpide : le système économique et institutionnel (en Europe) est profondément dysfonctionnel. Il est non seulement injuste (une petite minorité en profite), mais aussi instable (nous allons de crises en crises) et inefficace (absence de croissance).
Les preuves s’accumulent. Les banques sont sauvées sans qu’on leur demande des comptes. On habille des plans d’aide aux créanciers d’un pays en pseudo plan d’aide aux pays, en saignant les citoyens et en assumant les risques des banques. Et en France, le gouvernement pousse la bêtise jusqu’à faire voter un chèque de 15 milliards d’euros pour les créanciers de la Grèce qui ne sera pas remboursé en même temps qu’un plan d’économie de 12 milliards.
Et les citoyens constatent tous les jours le deux poids deux mesures entre eux et les grandes entreprises, qui continuent d’afficher une santé insolente, comme le montre l’augmentation de 10% des profits du CAC 40 sur le premier semestre. Bref, depuis trois ans, jour après jour, le système démontre son inanité. Et il est intéressant de constater une évolution dans le discours de certains journalistes (Jean-Michel Apathie) qui en viennent à reprendre une partie de notre diagnostic.
Armons-nous de patience. Le moment approche où le système va s’effondrer. La crise économique sera au PS et à l’UMP ce que la guerre d’Algérie a été à la 4ème République. Et là, les petits d’aujourd’hui pourront brusquement devenir grand. Le gaullisme pourra encore venir en aide à la France.
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06.09.2011
Crise boursière : le château de cartes financier au bord de l’effondrement
Hier, le CAC 40 a clôturé sous les 3000 points, un effondrement de 8% en deux séances. L’indice parisien a baissé de plus de 25% depuis le 1er juillet. Techniquement il s’agit d’un krach, la baisse étant supérieure à 20%. Nous ne sommes décidemment pas sortis de la zone de fortes turbulences.
Et si la crise ne suspendait pas son vol ?
Il y a - six jours, je posais la question d’un risque d’effondrement rapide du système financier en concluant que même si on ne pouvait exclure une rechute rapide, il risquait de prendre un peu de temps. Mais depuis, les nuages se sont amoncelés sur l’économie mondiale en général et européenne en particulier. Les marchés sont de plus en plus inquiets à la fois sur la croissance et le niveau des dettes souveraines, aboutissant à des attentes contradictoires vis-à-vis des Etats.
La situation de la Grèce devient de plus en plus problématique. La situation du pays se détériore au lieu de s’arranger sous l’effet de ces plans imbéciles. En outre, les pays européens se font tirer les oreilles pour signer le plan, entre les finlandais qui veulent des garanties et la Cour de Karlsruhe qui va examiner demain un recours contre la participation allemande. Au même moment, le moral des ménages, des entreprises et des cadres s’effondre des deux côtés de l’Atlantique.
Aujourd’hui, les banques sont particulièrement visées par les déclarations de Christine Lagarde. Tout ceci devient extrêmement inquiétant car les marchés ont une grande capacité auto réalisatrice. En clair, la peur les fait baisser, ce qui entretient la peur, ce qui entretient la baisse, dans un cercle vicieux sans fin qui peut d’autant plus aboutir au chaos financier que les Etats sont affaiblis par rapport à 2008. Et si nous étions au bord d’une nouvelle crise majeure de liquidités du secteur bancaire ?
Les dirigeants de la planète aux abonnés absents
The Economist soulignait il y a quelques jours que nous devrions a priori échapper à une rechute violente car il nous manque un facteur déclencheur pour retomber en récession. En effet, les prix des matières premières sont en baisse, le marché de l’immobilier étasunien est stabilisé, certes à un niveau très faible, les taux longs sont très faibles, les banques centrales ne vont plus monter les taux courts. Bref, même si la situation n’est pas brillante, ils ne pronostiquaient pas une rechute.
Le problème est que l’économie dépend également de la psychologique et la chute brutale du moral des acteurs économiques est très dangereuse, typique d’une crise. Nous sommes bien à deux doigts d’une nouvelle récession. Et cela n’est pas illogique quand on constate à quel point les dirigeants de la planète ont laissé tel quel le système qui nous a mené au désastre en 2008. Les grandes promesses du G20 sont creuses. Presque rien n’a été fait en trois ans !
Et que dire du dérisoire débat gouvernemental sur la taxation des parcs d’attraction dans ce contexte ? Voici une mesure certes peu importante mais pas foncièrement injuste : pourquoi faudrait-il avoir un taux de TVA minoré sur une telle activité, qui attire beaucoup de touristes ? Mais voilà, le président de la République a encore une fois reculé devant la pression des lobbys démontrant à nouveau qu’il a bien une main molle dans un gant de fer alors que nous avons besoin de l’inverse.
Bien sûr, il est désespérant de voir à quel point rien n’a été fait pour corriger les carences de notre système économique. Mais il faut peut-être en passer par là pour espérer un rebond, toucher le fond pour faire prendre conscience de son inanité et faire émerger de nouveaux leaders politiques ?
08:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : cac 40, bourse, grèce, christine lagarde, banques, the economist, g20
14.08.2011
Halte à la tyrannie des marchés !
Cette semaine a été rythmée par les évolutions délirantes des marchés : le CAC 40, à 4000 points le 1er juillet est tombé à moins de 3000 points en séance pour se redresser à 3200 points. Ne faudrait-il pas couper le cordon entre économie réelle et financière ?
Quand la corbeille gouverne le monde
Cela fait maintenant quatre ans que les pays du monde entier vivent suspendus aux mouvements erratiques des marchés financiers. Quatre ans que les dirigeants de la planète sont au chevet de cette hydre financière malade de ses excès et qui entraine le reste de l’économie dans la récession. Quatre ans que les gouvernements de ce monde prennent pourtant toutes les mesures que le monde financier souhaite pour lui permettre d’aller mieux, et il ne va pas mieux.
Il y a trois ans, il fallait recapitaliser les banques, leur offrir une garantie publique et relancer l’économie. Aujourd’hui, il faut les délester des dettes souveraines qui leur semblent suspectes, rééquilibrer les finances publiques et constitutionnaliser une camisole budgétaire qui a été parée du terme « règle d’or ». Mais les pantins gouvernementaux ont beau s’agiter dans le sens demandé, les marchés ne sont même pas rassurés puisque nous avons expérimenté un mini krach en plein été.
L’hypocrisie de Nicolas Sarkozy
Qu’il est loin le temps où Nicolas Sarkozy promettait de moraliser le capitalisme et dénoncer ses excès ! Qu’il est loin le temps où il promettait un nouveau Bretton Woods ! Dans la réalité, le G20 n’a presque rien fait et les gouvernements sont plus que jamais à la botte des marchés financiers. En effet, dès qu’ils ne se sentent pas bien, alors nos dirigeants se pressent de convoquer une réunion d’urgence et faire (presque) tout ce qui leur est demandés (à l’exception d’Angela Merkel).
Nicolas Sarkozy a démissionné devant les marchés financiers. Il a choisi les agences de notation et les banques plutôt que le peuple. Pour sûr, il n’y a jamais eu de réunion d’urgence pour lutter contre le chômage de masse ou la désindustrialisation. Mais il ne faut pas croire que le Parti Socialiste présente en quoi que ce soit une alternative. Ses candidats (à l’exception d’Arnaud Montebourg) sont engagés dans une course bien illusoire à l’orthodoxie financière.
L’alternative existe !
Alors que le gouvernement français avait refusé de suivre Berlin dans l’interdiction des ventes à découvert, Paris vient de changer d’opinion (avec Rome, Madrid et Bruxelles) mais seulement pour quinze jours et sur les valeurs financières. Pourquoi ne pas le faire définitivement ? Et pendant ce temps, rien n’est fait au sujet des profits indécents de hedge funds qui jouent et gagnent en spéculant sur un apocalypse financier qui a pourtant de graves conséquences sur l’économie réelle.
Pendant ce temps, le PIB de la Grèce a baissé de 6.9% en un an. Si les plans de sauvetage protègent les créanciers d’Athènes, la population, elle, souffre de plus en plus et le poids de la dette (dont la valeur ne baisse pas, contrairement à la dette) devient chaque jour plus insupportable. En France, 90% de la croissance du premier semestre vient de la hausse des stocks… Et la baisse de l’inflation démontre la bêtise crasse de la décision de la BCE de monter ses taux.
Pourtant, les solutions existent pour enfin mettre au pas la finance, la remettre au service de l’économie réelle, et non l’inverse : contrôle des mouvements de capitaux, taxation des transactions financières, séparation a minima entre banques de dépôts et banques d’affaires, interdiction des pratiques spéculatives dangereuses, véritable mise au banc des parasites fiscaux, renationalisation de la création monétaire (fin de la loi de 1973), constitution d’un pôle public bancaire plus important….
Toutes ces mesures pourraient mettre fin à la tyrannie de la corbeille. Mais, comme le souligne Frédéric Lordon, cette chienlit de la corbeille la mène à l’autodestruction. Alors, nous pourrons reconstruire un système où la finance est au service de l’homme, et non l’inverse.
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16.07.2011
Réforme de la finance : l’Europe à la traîne
Il y a quelques jours, The Economist a fait un petit dossier sur l’avancement de la réforme de la finance dans le monde. Le constat de l’hebdomadaire est sans appel : l’Europe est à la traîne sur le sujet, alors même que les mesures envisagées restent beaucoup trop limitées.
Etat des lieux des réformes en cours
La première réforme sur laquelle les autorités de la planète se concentrent, c’est l’augmentation des niveaux de capital exigés pour les banques. Le comité Bâle 3, après avoir proposé un minimum de 7%, avec une définition très restrictive de ce qui est du capital, vient de proposer d’ajouter 1 à 2.5% pour les plus grandes banques, au motif que la garantie implicite des Etats, du fait de leur risque systémique, diminue le coût de leur crédit et introduit une concurrence déloyale.
Sur ces sujets, l’Europe, par la voix de la Commission Européenne, freine les velléités réformatrices au point que les banques étasuniennes accusent les pays européens d’une interprétation trop souple de ces normes qui réduirait les contraintes sur les banques européennes. La Grande-Bretagne et la Suisse ont proposé des normes nettement plus sévères, y compris sur le niveau des capitaux propres. En revanche, l’Europe a mis en place davantage de contraintes sur la question des bonus.
Sur la question des dérivés, aux Etats-Unis la loi Dodd-Franck devrait imposer des contraintes plus fortes qu’en Europe, provoquant à nouveau les protestations des banques étasuniennes qui craignent de voir les dérivés partir sur le vieux continent. Le comité Bâle 3 cherche également à réduire le décalage de maturité entre actifs et passifs des banques (qui empruntent à court terme pour prêter à long terme) mais les autorités des deux côtés de l’Atlantique freinent ces velléités.
Une réforme pas à la hauteur de la crise
Le bilan global de ce dossier est affligeant, notamment pour l’Europe. En effet, il apparaît clairement que la zone euro est aujourd’hui la partie du globe la moins ouverte à une réforme de la finance, malgré la crise. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Suisse vont plus loin que nous. Par-delà l’absence de prise en compte de la crise, déjà stupéfiante en soi, le risque est que les activités risquées se concentrent chez nous, et donc que la prochaine crise vienne d’Europe…
A ce titre, comment ne pas condamner le double discours de Nicolas Sarkozy ? Au paroxysme de la crise, le président de la République s’était fait le champion de la réforme de la finance. On allait voir ce qu’on allait voir : le capitalisme allait être moralisé avec un nouveau Bretton Woods. Au final, le simple agenda du G20 qu’il préside est désespérément plat. Non seulement les ambitions sont très limitées mais on a déjà pu constater qu’elles ne seraient même pas atteintes.
Alors que Franklin Roosevelt avait su exploiter la Grande Dépression pour remettre au pas la finance, les dirigeants actuels laissent faire un timide dépoussiérage des règles par le comité Bâle 3 et oublient beaucoup de sujets qui auraient pourtant du être traités à l’occasion de cette crise : séparation stricte des banques d’affaires et des banques de dépôt, interdiction réelle des parasites fiscaux, restriction aux mouvements de capitaux, dark pools…
Dans l’histoire économique, nul doute que le jugement sera sévère contre ces dirigeants qui n’auront pas saisi l’occasion de la nécessaire réforme de la finance. Il faudra malheureusement sans doute attendre une nouvelle crise et de nouveaux dirigeants pour qu’ils aient le courage qu’avait eu Roosevelt.
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22.06.2011
La course suicidaire aux excédents commerciaux
Encore une fois, Keynes avait raison, comme le souligne Jacques Sapir dans « La démondialisation », son livre qui créé la polémique. La recherche des excédents commerciaux est un puissant facteur de déséquilibres à l’échelle de la planète, qu’il faut absolument corriger.
Pourquoi les pays recherchent les excédents
Bien sûr, l’Allemagne et le Japon se sont construits économiquement en vendant dans le monde entier. Mais il faut noter que cette pratique s’est très largement accentuée à la fin des années 1990, sous une double conjonction. La libéralisation des échanges et des mouvements de capitaux a renforcé la concurrence et démultiplié les possibilités de gain (comme de pertes) du commerce avec les autres pays. Certains en ont vu une opportunité sur laquelle baser leur croissance.
Mais les crises des pays émergents ont également joué un rôle majeur, souligné par Krugman, Stiglitz et Sapir. En effet, les pays qui avaient peu de réserves de change ont été contraints, lors des brusques retraits des capitaux spéculatifs étrangers, de faire appel au FMI et à ses potions amères pour se financer, notamment en Asie à la fin des années 1990. Du coup, cela a poussé les pays émergents à accumuler des réserves pour ne jamais plus avoir besoin de Washington.
Des conséquences problématiques
Beaucoup de pays cherchent donc à croître par les exportations, quitte, pour certains, à passer d’une agriculture vivrière à une agriculture tournée vers l’exportation, ce qui pose de nombreux problèmes en cas d’envolée du prix des aliments à importer… Et contrairement au mythe de la mondialisation heureuse, tout le monde n’est pas gagnant dans le libre-échange. Quand il y a des excédents commerciaux, il y a forcément des déficits… qui posent un problème de financement.
Tout d’abord, le creusement du déficit d’un pays pèse sur son PIB, traduisant concrètement l’affaiblissement de sa structure productive. Ensuite, alors qu’un équilibre relatif de tous les pays fait que l’argent des exportations est utilisé pour importer, l’augmentation des déséquilibres commerciaux accroit la financiarisation de l’économie. En effet, les excédents commerciaux sont une forme d’épargne qui va être injectée dans le système financier.
Mais cela pose deux problèmes. Pour le pays en excédent, cette forme d’épargne peut être vue comme un manque de consommation ou de dépense dans l’économie réelle, et qui, en augmentant la demande de placements financiers, peut alimenter une bulle. Et pour les pays en déficit, outre l’appauvrissement productif que cela représente, cela suppose un besoin de capitaux et un endettement dont on mesure aujourd’hui toutes les conséquences dans la zone euro.
Revenir à la charte de la Havane
Bref, Keynes avait bien raison de soutenir que l’équilibre des balances des paiement était un objectif majeur de la régulation économique, et que, par conséquent, il convenait non seulement de pénaliser les pays présentant un déficit, mais aussi ceux qui sont en excédent. En effet, il serait illusoire de ne vouloir pénaliser que les pays en déficit, qui sont déjà en difficulté. Il faut bien évidemment imaginer un système qui agira également sur les pays en excédent.
Tout d’abord, il faut revoir les plans du FMI, qui sont une puissante incitation à accumuler des excédents confortables pour ne jamais avoir affaire à lui... Ensuite, il est totalement délirant d’avoir laissé en Europe des balances de paiement négatives de plus de 10% du PIB. En cela, les marchés ont très mal faits leur travail, ne sanctionnant pas les Etats concernés (Grèce, Portugal), et en les gratifiant, au contraire, de taux comparables à l’Allemagne…
Voilà encore une discussion qu’il aurait été utile d’avoir au G20. Mais, sous la pression de la Chine notamment, la France n’a même pas réussi à faire admettre que les déséquilibres commerciaux peuvent poser problème.
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09.06.2011
Les avertissements de Frédéric Lordon
Frédéric Lordon est un économiste atypique. S’il sait proposer des analyses solides et des propositions souvent originales, il y ajoute une verve et une ironie qui donne à ses textes une saveur incomparable. Nouvel exemple avec les quatre derniers papiers de son blog.
Les petits cochons anglo-saxons
Cette série (en deux parties) remonte à fin avril, quand Standard & Poors avait mis sous surveillance négative la note des Etats-Unis (voir ma note). L’économiste souligne à quel point les Etats-Unis et la Grande-Bretagne présentent des similitudes avec les « trois petits – les cochons. Grèce, Portugal, Espagne. Et comme il fallait un « I » (pour bien faire PIGS), on eut d’abord l’idée de l’Italie – puisque les crottés sont nécessairement les Méditerranéens. Sauf que ce fut l’Irlande ».
Il souligne la situation extrêmement détériorée des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, dont la dette et les déficits sont aujourd’hui largement supérieurs à ceux de l’Espagne, qui est pourtant aujourd’hui dans le collimateur des marchés, avec une poussé de ses taux longs au-delà de 5%, un seuil qui s’approche de celui où le pays aura besoin de « l’aide » européenne.
En effet, il rappelle que le marché immobilier résidentiel va toujours très mal, que le marché immobilier commercial présente des faiblesses importantes (avec des pertes potentielles de 300 milliards de dollars), que le bilan de la Fed est truffé de titres pourris, que les Etats ne parviennent pas à s’en sortir et que les engagements en matière de retraites ne sont pas véritablement couverts…
Il dénonce aussi la schizophrénie des marchés : « résumons-nous : les politiques économiques ne veulent plus que ce que les marchés veulent, mais les marchés veulent trop de choses et finalement ne savent plus quoi à force de vouloir une chose et son contraire. C’est pourquoi ils peuvent ordonner ceci un jour et puis le lendemain cela qui en est l’exact opposé. Moody’s en 2010 n’a-t-elle pas exhorté le Portugal à l’austérité… puis menacé le Portugal pour cause de croissance insuffisante ? ».
La régulation de la finance au point mort
A l’occasion du dernier sommet du G8, il est revenu sur l’échec de la réforme de la finance, quelques jours après mon papier « La France, bonnet d’âne de la réforme de la finance ». Il souligne la vacuité des propos des dirigeants de ce monde, et de Nicolas Sarkozy en particulier : « de ce point de vue, l’inertie européenne est tout à fait impressionnante – et l’inertie française plus encore si on la met en rapport avec les propos martiaux qui annonçaient l’arraisonnement définitif de la finance depuis Toulon ».
Il souligne tout d’abord que la valse de l’agenda du G20 démontre le peu de sérieux de ses participants et dénonce également l’utilisation de bouc émissaires qui permettent de détourner le sujet : « en 2009, l’« idée théorique » veut que bonus et paradis fiscaux soient coupables de tout. On annonce de terribles représailles. Que la réalité accompagne le fantasme n’a jamais été le souci dominant de M. Sarkozy : il suffit que les choses soient dites ».
Pour lui, « le paradoxe veut que les intentions les plus consistantes de re-régulation financière viennent finalement des Etats-Unis » et qu’ « aux yeux de la finance étasunienne, la vraie terre de liberté c’est donc l’Europe – et les populations européennes seront certainement ravies de se savoir à l’avant-garde… ». Bref, tous les mécanismes qui nous ont mené à la crise financière de l’automne 2008 restent globalement en marche, ce qui promet pour l’avenir.
Je vous invite à lire ces textes, même s’ils sont un peu longs car il est peu courant qu’un économiste allie ainsi l’intérêt du fond et la virtuosité de la forme. Il vient de sortir « D’un retournement l’autre. Comédie sérieuse sur la crise financière. En quatre actes, et en alexandrins » au Seuil.
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22.05.2011
La France, bonnet d’âne de la réforme de la finance
On allait voir ce que l’on allait voir. A l’automne 2008, Nicolas Sarkozy s’était fait le plus ardent défenseur d’une « moralisation du capitalisme ». Il n’avait pas de mots trop durs pour dénoncer les excès de la finance. Comme d’habitude, les actes sont loin d’avoir suivi les paroles.
Des volontés de réforme émergent
C’est bien tout le paradoxe de la situation actuelle que de constater qu’une réforme de la finance est bien en cours. Bien sûr, au global, elle ne sera pas trop méchante pour les banques, mais beaucoup de pays et d’instances avancent. Le premier est le comité Bâle 2, qui après avoir autorisé les banques à faire n’importe quoi, a décidé d’augmenter les normes prudentielles (la quantité de capital que les banques doivent détenir) pour rendre le système plus solide.
Globalement, malgré quelques protestations arguant d’un effet négatif sur la croissance, ces réformes restent suffisamment timides pour que de nombreux pays y ajoutent leurs propres règles, plus sévères que Bâle 3. Et surprise, la Suisse et la Grande-Bretagne devaient mettre en place des normes prudentielles nettement plus sévères, demandant jusqu’à 40% de capital de plus. Ceci démontre l’insuffisance du travail fait par les banquiers du comité Bâle 3.
Parallèlement, la Grande-Bretagne veut isoler la partie dépôt de la partie investissement dans les banques pour isoler la première de la seconde. L’Allemagne a décidé d’interdire certaines pratiques spéculatives, sans être suivie en Europe. Mais surtout, les pays émergents ont des règles beaucoup plus strictes. Certains (comme la Chine), refusent toujours la liberté de circulation des capitaux. L’Inde limite très fortement les produits dérivés de sinistre mémoire.
La France au point mort
C’est tout le paradoxe du dernier dossier de The Economist que de constater, comme je le dis depuis des mois, que la France n’a absolument pas contribué à la réflexion mondiale sur la réglementation financière suite à la grave crise que nous avons traversée. En effet, étant données les déclarations de Nicolas Sarkozy, et notre présidence actuelle du G20 et du G8, nous aurions du être le pays en pointe dans la réglementation financière qui se met en place.
Las, ce sujet ne semble pas intéresser notre gouvernement et notre ministre de l’économie (qui pourrait pourtant prendre la tête du FMI). Jamais Nicolas Sarkozy et son équipe n’ont avancé la moindre réflexion solide ou proposition concrète pour faire évoluer les choses. Les discours sont aussi vibrants et tranchants que les propositions vides. Le grand écart, ou plutôt, l’immense écart entre les paroles et les gestes du président se trouve une nouvelle fois illustré.
C’est bien pour cela que ce serait extrêmement dommage de laisser Christine Lagarde prendre la tête du FMI. Par delà les problèmes posés par l’affaire Bernard Tapie (soulevée par Hervé Nathan ou Nicolas Dupont-Aignan), notre ministre de l’économie s’est tout de même distinguée par une incapacité notoire à faire la moindre proposition pour tirer les leçons de la crise. Il est à craindre que ce « laissez-faire » soit finalement mis à son crédit pour une telle nomination.
L’an prochain, nous aurons à nous souvenir des discours vibrants faits par le président de la République pour dénoncer ce système économique injuste et instable. Et nous devrons aussi nous rappeler qu’il n’a strictement rien fait pour y remédier.
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24.03.2011
La réforme de la finance peut-elle passer par l’UE ?
Il y a quelques jours, le Parlement Européen a voté en faveur de l’instauration d’une taxe sur les transactions financières. Si ce vote, sans conséquence, démontre à nouveau le fonctionnement ubuesque de l’Union Européenne, il montre un changement d’état d’esprit bienvenu.
Les progrès des idées régulatrices
Bien sûr, ce vote restera sans conséquence et on pourra toujours se demander s’il aurait été similaire si les personnes qui avaient voté avaient réellement eu le pouvoir de mettre en place une taxe sur les transactions financières. En effet, une très large majorité des députés européens (529 pour, 127 contre) a voté en faveur de la mise en place d’une taxe sur les transactions financières qui pourrait théoriquement rapporter 200 milliards d’euros, une somme bienvenue aujourd’hui.
Mais, une majorité plus restreinte (360 pour, 299 contre), s’est prononcée pour son application immédiate grâce au soutien de la CDU et d’une majorité de l’UMP, qui ont voté en faveur de cette proposition venue des rangs de la gauche et des écologistes. En outre, les députés européens ont pris position pour réduire drastiquement l’usage des CDS et des ventes à découvert. Malheureusement, le gouvernement Français tient un double-discours qui freine les avancées sur ces sujets.
L’Europe : frein ou opportunité de réforme ?
On peut voir ce vote de deux manières : d’une part se dire que si les questions de réglementations financières avaient été confiées au Parlement Européen, à la majorité simple, alors nous aurions fait de véritables progrès. Cela pourrait soutenir un mouvement vers plus d’intégration. Mais de l’autre, on peut légitimement se demander si le vote n’aurait pas été différent s’il avait réellement eu une valeur légale, poussant alors les lobbys à intervenir.
En effet, ces écarts de majorité ne sont guère encourageants pour cette taxe sur les transactions financières, oubliée par le G20 et soutenue par Joseph Stiglitz. Outre le fait que dans des conditions réelles, la majorité serait tout sauf garantie, on peut imaginer que la Cour de Justice y trouverait à redire (en fonction du sacro-saint principe de liberté de circulation des capitaux), de même que la Commission Européenne, qui ne goûte guère cet interventionnisme.
Bref, plus d’Europe, ce ne serait pas forcément plus de régulation, comme on le constate depuis toujours. Et dans le cadre actuel, il est évident que la Grande-Bretagne, le Luxembourg et la Belgique freineraient des quatre fers. La seule solution serait une initiative de l’Allemagne et la France, avec l’Italie et l’Espagne pour créer une Zone Européenne Financière régulée, instaurant à la fois un contrôle des changes et une taxe sur les transactions financières.
L’intérêt de cette nouvelle est de montrer qu’il existe une vraie opportunité de réformer la finance à l’échelle du continent avec l’Allemagne. Mais pour cela, il faudra passer outre les règles actuelles de l’UE. Ce n’est pas l’Europe qui domestiquera la finance, mais quelques grands Etats décidés.
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28.02.2011
Remaniement pour gouvernement à bout de souffle
Après quelques hésitations, Nicolas Sarkozy a décidé de remanier son gouvernement et de sortir Michèle Alliot-Marie, qui n’était plus à même de mener la diplomatie Française dans le contexte actuel. Ces soubresauts donnent une ambiance de fin de règne à cette fin de son mandat.
Le remaniement d’un gouvernement remanié
Ce nouveau remaniement, à peine quelques mois après un remaniement raté, qui avait à la fois beaucoup trop tardé et déçu par son manque d’ampleur, illustre l’échec du président. Conformément aux rumeurs, Alain Juppé récupère les Affaires Etrangères. Il est remplacé par Gérard Longuet à la Défense. Enfin, Claude Guéant remplace Brice Hortefeux à l’Intérieur. Le président n’a pas eu un mot pour ce dernier et Michèle Alliot-Marie, qui est débarquée après de nombreuses polémiques.
En fait, Nicolas Sarkozy a justifié ce remaniement comme un moyen d’avoir une équipe plus à même d’affronter les enjeux du moment, constat cruel pour les deux débarqués. Il a lourdement insisté sur le contexte international, cherchant sans doute à atténuer les aspects négatifs de ce remaniement, un désaveu pour deux des membres clés de ses équipes depuis quatre ans et ce changement d’une équipe qui avait déjà été modifiée il y a à peine quelques mois.
L’échec extérieur
Nicolas Sarkozy comptait sur l’international pour relancer sa présidence, comme lors de la présidence de l’Union Européenne, en pleine crise financière. Las, les polémiques déclenchées par Michèle Alliot-Marie, François Fillon et Boris Boillon ont tout fait capoter. En outre, la diplomatie Française n’apparaît pas spécialement en avance sur les évènements qui se passent dans le monde arabe. Voilà une belle occasion de perdue dans une région où l’on aime la France.
En outre, le président qui disait vouloir radicalement réformer le capitalisme, a considérablement réduit ses ambitions pour la présidence du G20. Le gouvernement essaie donc de nous vendre que l’accord réalisé sur les indicateurs pour mesurer la stabilité du système économique est important. Ceci est totalement ridicule car la Chine a refusé les indicateurs qui la dérangeaient et, plus de deux ans après la crise, on aimerait que les discussions portent sur les solutions plutôt que sur les indicateurs.
L’échec intérieur
Loin de se relancer, Nicolas Sarkozy s’affaiblit. Alors qu’il flirtait encore avec les 30% dans les sondages pour le premier tour des présidentielles, il dépasse aujourd’hui à peine les 20%, avec Marine Le Pen qui klaxonne derrière. Loin de rassembler son camp, ces choix (débat sur l’islam ou l’immigration) semblent pousser une partie de ses électeurs à se tourner vers le FN. Alors qu’il souhaitait éliminer les socialistes du premier tour, c’est lui qui risque de finir par l’être…
Et ce ne sont pas les chiffres du chômage qui vont l’aider, car come Marianne le démontre, la baisse de janvier est totalement artificielle. Le nombre total de chômeurs (incluant ceux à temps partiel) est stable en réalité. En outre le gouvernement a recourt aux radiations (12 000 de plus) et aux emplois aidés pour améliorer les statistiques officielles. Et ce ne sont pas les réformes fiscales à venir qui risquent de rendre le gouvernement plus populaire…
Bref, les innombrables soubresauts qui agitent le pouvoir me rappellent aujourd’hui la fin du mandat de François Mitterrand. Ce remaniement est un lointain écho à celui de 1992 qui corrigeait l’échec de celui de 1991. Nicolas Sarkozy n’aborde pas la campagne très sereinement...
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19.02.2011
Mettre fin aux parasites fiscaux
Je cherchais depuis longtemps un terme alternatif à opposer aux « paradis fiscaux ». Il faut reconnaître aux néolibéraux un grand sens de la formule. Le qualificatif de ces Etats-sangsues qui accueillent trop volontiers l’argent sale est beaucoup trop positif. Sus aux parasites fiscaux !
Une réforme en trompe l’œil
C’est soi-disant une des réussites majeures du G20. Les parasites fiscaux n’existeraient plus, comme l’affirme un peu rapidement l’OCDE. Malheureusement, le diable se cache dans les détails, et les pays qui étaient encore considérés comme faisant partie des parasites fiscaux n’ont eu qu’à signer une douzaine de conventions de partage d’information avec d’autres pays pour sortir de la liste. Le hic, admis par l’OCDE, est qu’il est possible de signer ces conventions avec un autre parasite fiscal.
En clair, il suffit à Monaco de signer des conventions avec Andorre, le Liechtenstein, les Iles Caïmans et quelques autres sangsues dorées pour ne plus apparaître officiellement comme un parasite fiscal. Pourtant, comme le rappelait le Monde il y a deux ans et demi, pas moins de 40% de l’argent qui y transite serait d’origine criminelle et ces parasites feraient perdre à la France la bagatelle de 30 à 40 milliards d’euros de recettes fiscales dont nous aurions bien besoin…
Pourquoi il faut agir
Quelques néolibéraux dans l’âme soutiennent que ces Etats apportent une concurrence bienvenue et tendent à réduire les excès fiscaux. Voilà une vision bien naïve des choses. Dans les faits, les parasites fiscaux ont un double « intérêt ». Premièrement, ils permettent aux organisations criminelles et mafieuses de s’intégrer dans l’économie mondiale, d’avoir des comptes bancaires discrets qui leur permettent de recycler de l’argent sale et de vivre plus facilement.
Deuxièmement, ces Etats permettent à de riches particuliers (notamment les sportifs et les stars) ou aux multinationales d’échapper à l’impôt du pays où ils vivent ou font des affaires. Comme ces parasites sont en général assez petits, ils peuvent fonctionner avec des niveaux d’impôt beaucoup plus faibles qu’ils compensent largement en attirant un nombre totalement disproportionné de riches contribuables ou de multinationales en recherche de fiscalité légère.
Que faut-il faire ?
Il est absolument essentiel de faire disparaître ces parasites qui contribuent à déconstruire le principe même de solidarité nationale ou de progressivité des impôts, aboutissant à des systèmes fiscaux où les plus riches finissent par payer moins en proportion de leur revenu que les moins riches. Bien sûr, payer un million d’impôts est une énorme somme, mais quand on en gagne le double, cela laisse tout de même des revenus équivalents à près de 80 SMIC…
Il n’y a pas trente-six solutions pour mettre fin à ces parasites, si l’on exclut les chars ou les Rafale (quoique ?). La première consiste à mettre fin à la libéralisation des mouvements de capitaux. Forcément, si les capitaux peuvent circuler librement et que quelques parasites conservent un secret bancaire, alors, la porte est ouverte pour tous les excès. Il ne s’agit pas d’interdire les mouvements de capitaux en dehors des frontières nationales, mais de les encadrer et les suivre.
Bien sûr, Andorre, Monaco, la Suisse et quelques autres Etats parasites ne seront pas contents. Mais aujourd’hui, nous les laissons profiter du système comme des sangsues, sachant pourtant qu’il serait intenable que les fiscalités nationales s’alignent sur les leurs. S’ils ne coopèrent pas, libre aux autres Etats de faire un blocus (comme le Général l’avait fait avec Monaco dans les années 60) ou de considérablement restreindre tout échange avec ces parasites.
Le dogme de la liberté de circulation des capitaux, des hommes et des marchandises est un poison qui a permis le développement des parasites fiscaux. C’est seulement en restreignant cette liberté de mouvement radicalement que l’on pourra y mettre fin.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : paradis fiscaux, parasites fiscaux, g20, monaco



