28.09.2010
Les atermoiements de la gauche européenne
La grande crise de 2008 aurait du être du pain béni pour la gauche européenne. Pourtant, c’est elle qui est en crise aujourd’hui et la droite qui triomphe, jusqu’en Suède. Les dernières réactions en Allemagne et en Grande-Bretagne illustrent ce malaise.
Un timide virage à gauche ?
La défaite du SPD lors des élections législatives Allemandes de 2009 puis celle des travaillistes en Grande-Bretagne ce printemps ont provoqué un changement logique de dirigeants. Dans les deux cas, les partis ont choisi un nouveau chef davantage marqué à gauche. Le cas du Parti Travailliste était assez original puisque c’est le frère cadet Milliband, Ed, 40 ans, qui l’a emporté d’un cheveu sur son frère David alors que ce dernier pouvait sembler plus à même de mener son parti à la victoire.
Mais le nouveau chef des travaillistes, soutenu par la gauche du parti, et notamment les syndicats, une fois la victoire acquise, s’est empressé de dire que cela ne provoquerait pas un virage à gauche, opérant un recentrage immédiat. La tentation centriste a toutes les chances de rester forte dans la mesure où elle a permis au parti de remporter trois élections consécutives. En Allemagne, le SPD se dirige timidement vers l’instauration d’un salaire minimum.
Les mauvaises leçons de la crise
En fait, le manque d’attrait de la gauche est parfaitement compréhensible. Les citoyens ne parviennent pas à voir de différences notables avec la droite. Les deux camps ont accompagné la politique de déréglementation et la droite dénonce aujourd’hui aussi vigoureusement que la gauche les excès du capitalisme. Et du coup, les peuples ont du mal à saisir la différence d’interprétation de la crise ou à voir des différences dans les solutions préconisées.
Car ce qui est frappant en Grande-Bretagne et en Allemagne (comme en France), c’est l’absence d’explication systémique à la crise et de solutions structurelles de la part de la gauche. La social-démocratie croît dur comme fer au libre-échange (le protectionnisme étant souvent vu comme un produit du nationalisme), à l’indépendance des banques centrales ou au fait de confier aux banquiers le soin de mettre en place leur réglementation…
Le malaise de la social-démocratie n’est pas prêt de cesser devant son incapacité à tirer les leçons de la crise. Pour revenir au pouvoir, elle ne pourra compter que sur la médiocrité des dirigeants de la droite, ce qui lui laisse une chance en Italie ou en France…
13:08 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : gauche, labour, ed milliband, david milliband
05.09.2010
L’envie d’alternance n’est pas forcément une envie de gauche
En un an, le climat a radicalement changé. La présidence de Nicolas Sarkozy s’enlise dans ses contradictions, ses postures, ses excès, ses affaires. Son bilan sera très mauvais et il semble difficile de l’imaginer faire cinq ans de plus à l’Elysée.
Envie de gauche ou envie de sortir Sarkozy ?
L’élection présidentielle de 2007 a déjà été marquée par la force des motivations négatives pour déterminer les votes. Des études avaient montré que la moitié de l’électorat de Nicolas Sarkozy comme de Ségolène Royal au second tour était principalement motivé par la défaite de l’adversaire. Ainsi, en votant Nicolas Sarkozy, on votait souvent davantage contre les socialistes, contre la candidate du PS, son incompétence supposée que pour le candidat de l’UMP. Idem pour une partie de l’électorat Royal, qui votait surtout contre Nicolas Sarkozy (ce que je peux comprendre).
Les chiffres sont impressionnants. En janvier, DSK était donné gagnant 51/49 contre le président sortant. Aujourd’hui, le rapport atteint un 59/41 rarement (jamais ?) atteint pour un duel gauche / droite classique entre un président sortant et son adversaire favori. Certains y voient une envie de gauche qui s’emparerait des Français. Mais ne serions-nous pas dans une répétition amplifiée de l’élection présidentielle de 2007, à savoir essentiellement un mouvement de rejet massif du président actuel aboutissant à la remontée uniquement mécanique de l’opposition ?
Une envie d’alternance frustrée ?
Il faut dire qu’il ne reste pas grand chose à Nicolas Sarkozy. Son volontarisme affiché se réduit de plus en plus à un affichage décodé comme tel par les Français. Les gesticulations sécuritaires (sur le seul sujet où il reste encore davantage crédible que les socialistes) n’ont pas fait bouger des sondages pourtant bien bas. Il faut dire qu’après huit années en charge de la sécurité des Français, le président est tenu responsable de la situation actuelle. Et les déclarations martiales et les propositions de loi ont un air de déjà vu qui tranche avec la baisse des effectifs dans la police…
Plus globalement, les Français ont surtout envie de fermer la parenthèse Sarkozy et ils se raccrochent donc à celui qui a la meilleure chance de le faire. En outre, DSK fait compétent, il ne présente pas trop mal, parle plutôt bien, se conduit mieux en public que le président actuel. Bref, il a toutes les qualités pour rassembler les opposants au président actuel. Malheureusement, la personne de Nicolas Sarkozy déplace le débat sur des questions de personnes et de méthodes, amoindrissant le nécessaire débat sur une véritable alternative au système économique actuel.
Les Français ont davantage envie de changer le locataire de l’Elysée plus que d’une envie de changer de majorité présidentielle. Même une large victoire des socialistes ne traduira pas forcément une envie de gauche mais surtout une envie d’en finir avec la présidence de Nicolas Sarkozy.
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, gauche, nicolas sarkozy, alternance



