16.05.2011

Mauvais films politiques

Hier matin, la nouvelle est tombée, stupéfiante : Dominique Strauss-Kahn a été arrêté par la police étasunienne et inculpé pour « agression sexuelle ». Même s’il convient de respecter la présomption d’innocence, cet événement bouleverse la vie politique Française.

La descente aux enfers de DSK

Il y a à peine un mois, DSK était encore l’immense favori des sondages pour la primaire socialiste et pour la présidentielle. Rien ne semblait devoir arrêter celui qui se contentait de quelques signaux pour indiquer qu’il était bien intéressé sans pour autant véritablement rentrer en campagne, de manière à rester en fonction au FMI. Aucun rival socialiste n’avait émergé, Martine Aubry et Ségolène Royal se faisant distancer alors que François Hollande restait loin. Il semblait déjà presque élu.

Dans une séquence d’à peine quelques jours, la situation a été complètement bouleversée. François Hollande, longtemps soutenu par les médias, a fini par percer et devenir son principal rival, non sans un certain succès. Mais c’est surtout une série de trois scandales qui semblent pouvoir aujourd’hui abattre le favori d’hier. Cela a commencé par la Porsche de son conseiller en communication, puis par des « révélations » sur son train de vie.

Puis, le point culminant a été atteint hier avec son arrestation pour « agression sexuelle ». Cela peut rappeler le printemps 2006 où la candidature Villepin avait été définitivement hypothéquée par les protestations contre le CPE et l’affaire Clearstream, qui avait suivi. Ce rebondissement digne d’un film de Hollywood semble avoir de bonnes chances d’abattre la candidature de DSK tant il semble improbable que l’affaire soit réglée avant les primaires.

Un climat étouffant

Et mercredi sort le film « La conquête », sur l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Entre cinéma et réalité, tout se brouille, la politique semble être devenue un mauvais film dont on peut désormais attendre tous les rebondissements. J’avais préféré ne pas parler de la Porsche car même s’il s’agit d’une grosse erreur de communication de la part d’un conseiller en… communication, je ne pense pas que cela ait le moindre intérêt dans le débat public.

L’UMP avait sauté dessus de manière bien indécente, eux qui soutiennent un président qui avait annoncé vouloir se retirer pour « habiter » la fonction au soir du second tour, et qui avait fini sur le yacht de Vincent Bolloré. Quand des aveugles se moquent d’un borgne… La polémique sur son train de vie est aussi assez nauséabonde : oui, lui et sa femme ont de l’argent. Mais cet étalage (contesté par DSK, qui a porté plainte contre France Soir) est-il bien républicain ?

Aujourd’hui, les cartes politiques sont rebattues. Si DSK est très rapidement innocenté et qu’il le veut vraiment, il n’en reviendra que plus déterminé que jamais et pourrait s’en remettre. L’affaire Markovitch n’avait pas empêché Georges Pompidou en 1969. Mais, là, le scandale atteint des proportions inédites qui semblent lourdement hypothéquer ses chances. François Hollande pourrait bien tirer les marrons du feu étant donné le manque de leadership de Martine Aubry.

Quelle triste affaire en tout cas, quelle qu’en soit l’issue. Après quatre ans d’une présidence qui a lourdement déçu les Français, la vie politique Française vient de sombrer dans le fait divers glauque.

21.04.2010

Edouard Balladur, l’antigaulliste

Marie-France Garaud aurait dit de lui qu’il est « la face de Georges Pompidou qui n’a été imprégnée par le Général de Gaulle ». Lundi soir au Grand Journal de Canal Plus, l’auteur de « Laissons de Gaulle en paix ! » l’a une nouvelle fois démontré.

Une certaine idée de la France

Confronté à une question sur la participation de Nicolas Sarkozy à des primaires qu’organiserait l’UMP en vue de l’élection présidentielle de 2012, l’ancien Premier Ministre a pensé qu’il serait naturel qu’il s’y présente !!! Un président sortant, élu par 53% des Français en 2007 avec plus de 80% de participation, devrait donc avoir l’approbation des militants d’un parti pour se représenter cinq ans après ! Et si les militants de l’UMP lui en préférait un autre, il pourrait partir à la retraite !

Ensuite, interrogé sur la crise, Edouard Balladur a répondu que c’était l’urgence du moment. Oubliant le chômage, il a donné deux priorités à notre pays : la réduction de son endettement et l’amélioration de notre compétitivité. En clair : hausse des impôts, baisse des dépenses publiques et rigueur salariale à l’Allemande ! Et pour couronner le tout, l’ancien secrétaire général de Georges Pompidou a appelé de ses vœux une « gouvernance européenne » qui pourrait contraindre les pays à la rigueur !

Un nouvel Hoover

Passons sur le besoin de rigueur énoncé par un premier ministre qui avait laissé les finances publiques de la France dans un « état calamiteux » selon Alain Juppé. Face à une crise systémique globale, Edouard Balladur n’a dressé aucune analyse des causes de cette situation pour soutenir son raisonnement. Il se contente de recommander les potions amères que le président Hoover avait mises en œuvre avec le succès que l’on sait de 1929 à 1932. Comment espérer la moindre reprise ainsi ?

Pire, comment ne pas voir le caractère profondément antigaulliste des idées qu’il avance ? Comme solution à la crise, Edouard Balladur propose de réduire la souveraineté de la France, ce contre quoi le Général de Gaulle s’est battu pendant toute sa vie. Et alors que l’homme du 18 juin avait tout fait pour soustraire le président de la République de l’influence des partis en le faisant élire au suffrage universel, il propose que la candidature d’un président sortant dépende de son parti !

Marie-France Garaud avait bien raison. Il est évidemment un peu ridicule qu’un gamin comme moi, né après la mort du Général de Gaulle, donne des leçons de gaullisme à un homme politique qui a servi Georges Pompidou, mais là, Edouard Balladur est allé trop loin !