05.06.2011

DSK, Tron, Ferry : affaires, morale et politique

C’est triste à dire mais ces trois dernières semaines, l’actualité politique a été largement dominée par des affaires de mœurs. Bien sûr, il était difficile de ne pas en parler du tout et certains débats sont justifiés, mais certains médias n’auraient-ils pas pu mieux hiérarchiser l’information ?

Les points positifs

Il ne faut pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain. Il était tout de même naturel d’accorder du temps à ces affaires, aussi sinistres soient-elles car elles représentent de vrais évènements. En outre, au global, la couverture de l’affaire DSK a plutôt été équilibrée (à quelques dérapages près), quand on compare avec la presse anglo-saxonne. En outre, il semble qu’il n’y ait pas de véritable remise en cause du principe très français de préservation de la vie privée.

En effet, si la réputation de DSK était de notoriété publique (les humoristes se chargeant de rappeler presque tous les jours ce point de sa personnalité au grand public avant l’affaire), les journalistes n’ont pas tort de dire que c’est une chose de préserver le libertinage d’une personne, cela en est une autre de protéger des comportements criminels. Et il semblerait que la plupart de la classe médiatique ait agi de bonne foi en ne parlant pas de la vie privée de DSK.

Cette affaire a également un point positif (expliquant peut-être les plaintes contre Georges Tron) : les victimes vont peut-être davantage oser porter plainte, voyant l’exemple de la femme de ménage et du patron du FMI. Tout ceci pourrait finalement aboutir à une meilleure protection des victimes et une moindre impunité des coupables, ce qui naturellement extrêmement positif.

Les points négatifs

Malgré tout, voir l’actualité politique dominée depuis trois semaines par des affaires de mœurs est assez navrant, d’autant plus que ce ne sont pas les sujets de fond qui manquent (Grèce, printemps arabe,…). Je suis également partagé devant l’utilisation par les humoristes de ces affaires. Peut-on vraiment rire de tout ? Ne faut-il pas penser aux enfants ou aux proches des personnes mis en cause aussi souvent ? N’y a-t-il pas une forme de curée de la part d’humoristes qui exploitent ces évènements ? Pourtant, il me semble impensable de pratiquer une quelconque censure.

Mais le comble de l’absurde a été atteint avec Luc Ferry lundi dernier sur le plateau du Grand Journal, évoquant une affaire que tout le monde connaîtrait, racontant certains détails avant de refuser de donner le nom au prétexte qu’il pourrait être poursuivi. Bref, l’ancien ministre aurait mieux fait de se taire. Il s’est cru dans un dîner mondain et a cherché à faire l’intéressant. Mais soit il y a une vraie affaire, et il fallait aller parler à la police au lieu de le faire sur le plateau du Grand Journal. Soit il s’agit d’une rumeur (ce qui est possible), et dans ce cas, son comportement est assez minable.

La police a eu parfaitement raison d’avoir convoqué l’ancien ministre. En tout cas, il semble essentiel d’essayer de retrouver son calme, d’éviter les propositions à l’emporte-pièces (comme celle, de Christophe Barbier, de réserver 50% des circonscriptions à des femmes) et de prendre le temps de réfléchir avant de tirer des conséquences définitives de cette séquence assez désolante. S’il faut combattre certains comportements, ne tombons pas dans d’autres excès.

Malheureusement, demain va commencer le procès DSK, ce qui devrait encore encombrer l’actualité politique de détails sordides. Même s’il ne s’agit pas de tout oublier ou de fermer les yeux, tâchons d’essayer de ne pas accorder une place excessive à ces faits divers…

23.03.2010

Un remaniement technique, mais habile

Nicolas Sarkozy n’a pas tardé : dès le lendemain d’une défaite historique de la droite, il a annoncé un remaniement de son gouvernement. S’il est très limité, il n’en est pas moins habile…

Une triple « ouverture » à droite

S’il y a bien une chose qui exaspère les élus de droite, c’est l’incessant débauchage de mercenaires de gauche au  gouvernement (Kouchner, Besson, Amara, Hirsch, Bockel) à la tête de commissions (Rocard, Védrine) ou pour d’autres postes (Charasse, Migot). Voilà autant de postes dont la majorité estime qu’ils auraient pu aussi bien être occupés par des personnes issues de leur rang, plutôt que par des personnalités de gauche qui seraient mieux à même de les occuper.

Dès lundi, Jean-François Copé a été le premier à réclamer la fin de cette politique. En un sens, sa requête a été entendue puisque le remaniement marque une ouverture au sein de la majorité avec l’arrivée du chiraquien François Baroin, du villepiniste Georges Tron et du centriste Marc-Philippe Daubresse. L’intégration des deux premiers au gouvernement devrait permettre de limiter les critiques au sein même de la majorité puisqu’ils seront désormais tenus par la solidarité gouvernementale.

Ainsi, Nicolas Sarkozy met sa majorité en ordre de bataille pour 2012. En intégrant au gouvernement le chef de fil des députés chiraquiens et un deuxième villepiniste après Bruno Le Maire, il montre que toutes les sensibilités de l’UMP sont intégrées à son équipe et devrait améliorer la cohésion de la majorité puisqu’il prive les courants alternatifs de porte-paroles. Comment douter encore que le président de la République ne se représentera pas quand on examine ces choix ?

Droit dans ses bottes

Mais Nicolas Sarkozy est doublement habile. Outre le fait de mouiller les chiraquiens et les villepinistes, en agissant aussi rapidement, il équilibre l’actualité politique en ne laissant pas la déroute des régionales occuper seule les titres de l’actualité. Dès les journaux d’hier soir, le remaniement a pris une part importante des informations politiques, permettant d’effacer en partie la défaite historique de la veille. En outre, ce message d’unité a tout pour plaire à son électorat naturel.

Mieux, le président de la République arrive à bouger sans se déjuger. Alors que Paris bruissait de rumeurs de départ de Bernard Kouchner, Fadela Amara, voir d’Eric Besson, Nicolas Sarkozy conserve ses ministres « d’ouverture », ce qui lui permet de ne pas perdre la face. Et en limitant les changements apportés à son équipe, il évite également une remise en cause plus profonde. Et même si l’éviction de Xavier Darcos peut sembler injuste, il est peu probable qu’elle marque les esprits.

On pouvait attendre un changement plus important de l’équipe gouvernementale. Mais étant données les annonces antérieures de l’Elysée, le remaniement annoncé est assez habile. L’accueil très tiède des médias donne cependant une idée de la démonétisation du président.