21.08.2009

Le bourbier Afghan

Hier a eu lieu un nouveau scrutin en Afghanistan. Ce rendez-vous démocratique pourrait donner l’impression d’un progrès. Mais le fait que l’intervention de l’OTAN remonte à près de 8 ans et la baisse de la participation montre bien l’échec de l’opération initiée par Georges W Bush.

L’échec de l’intervention occidentale

Alors que la participation était de 70% en 2004, elle est retombée entre 40 et 50% cette année, signe que la situation s’est détériorée en quatre ans. L’influence des talibans semble progresser puisqu’ils ont réussi à dissuader une partie importante de la population de ne pas voter lors du scrutin d’hier. Il est frappant de constater à quel point la présence occidentale depuis 2001 n’a pas réussi à améliorer la situation du pays. Le Washington Post a même annoncé qu’une étude réalisée par des militaires estime que les Etats-Unis devraient maintenir leur présence pendant une décennie...

Malheureusement, cette guerre a été décidée dans l’urgence, sans réelle préparation, sous le coup du choc du 11 septembre. Pour preuve, les opérations ont débuté moins d’un mois après les attentats, le 7 octobre, signe d’une précipitation rarement source de bonnes décisions. Huit ans après, si les talibans ne sont toujours plus au pouvoir et si des élections peuvent se tenir, le nombre de morts continue à augmenter, l’influence des talibans progresse à nouveau (comme le montre la baisse de la participation) et aucune stratégie claire de sortie ne semble établie.

L’héritage vénéneux de Georges W Bush

Bien sûr, Barack Obama, lors de la campagne électorale, avait plaidé pour une augmentation des moyens militaires de manière à stabiliser la situation, s’appuyant sur l’exemple irakien. Néanmoins, il est tout de même incroyable qu’après plus de sept années de présence, la seule solution évoquée soit celle-là et qu’il ait fallu tant de temps pour la formuler. Les Etats-Unis ne semblent pas savoir quoi faire pour sortir de ce bourbier. Quitter l’Afghanistan maintenant serait un terrible aveu d’échec. En même temps, y rester sans arriver à améliorer la situation démontre chaque jour un peu plus leur terrible erreur.

Le président a sans doute voulu jouer les durs sur l’Afghanistan pour compenser sa courageuse opposition à la guerre d’Irak. Mais il tarde à formuler une stratégie claire, sans doute parce qu’il n’y en a pas. Georges Bush a laissé un cadeau empoisonné à son successeur avec ce conflit de 7 ans non résolu et en voie de détérioration sans la moindre stratégie alternative sérieuse. Malheureusement, Barack Obama s’enferme dans le problème en reprenant la rhétorique de son prédécesseur sur le fait que « ceux qui ont attaqué l’Amérique se préparent à le faire de nouveau ».

Dès lors, il est complètement incompréhensible que la France ait renforcé son contingent pour une opération en échec et dont le principal commanditaire est incapable de formuler une stratégie claire. Cela est malheureusement la conséquence du tropisme étasunien de Nicolas Sarkozy

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/08/21/moins-de-50-de-participation-aux-elections-en-afghanistan_1230458_3214.html#ens_id=1228393

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2009/08/20/barack-obama-defend-sa-strategie-afghane-de-plus-en-plus-impopulaire_1230215_3216.html#ens_id=1228393

29.10.2008

Au revoir Georges W Bush, et bon débarras !

Hier soir, Arte diffusait « Being W », le film de Karl Zéro et Michel Royer sur le président actuel des Etats-Unis, un moyen de faire un bilan des huit années de présidence de Georges Bush.

Et le moins que l’on puisse dire est que l’histoire a parlé. Le temps est tous les jours plus féroce à l’égard du locataire actuel de la Maison-Blanche. Il laisse les Etats-Unis dans sa pire crise économique depuis la Grande Dépression. L’invasion de l’Afghanistan il y a plus de sept ans n’a absolument rien réglé puisqu’il n’y a jamais eu autant de victimes sur le terrain et que l’intervention de l’OTAN a fini par déstabiliser le Pakistan voisin, doté de l’arme atomique. Si la situation a fini par s’améliorer en Irak, après cinq années, c’est aussi après plus d’un demi million de morts côté irakien, un pays affamé et détruit, dont la reconstruction prend du temps, le tout pour une guerre dont les motifs officiels (les fameuses armes de destruction massive) n’ont pas été vérifiés par les armées d’occupation. Les années Bush auront été les années du pire visage des Etats-Unis : la nation qui dit défendre la liberté a fait preuve d’un impérialisme brutal et arbitraire, et a fait une croix sur les principes qu’elle déclare porter en créant Guantanamo Bay.

La crise économique actuelle montre qu’outre son échec sur le front extérieur, la présidence Bush s’est également révélée être un échec à l’intérieur. La croissance des dernières années, qui n’a profité qu’à une infime minorité de toutes les façons, était une croissance de papier, qui se déchire sous nos yeux depuis quinze mois, entraînant le reste du monde dans une récession économique sans précédent depuis quelques générations. L’Amérique de Georges Bush, ce sont 4 millions de ménages qui ont perdu leurs maisons, mais des banques qui sont sauvées (à l’exception de Lehman). L’Amérique de Georges Bush, ce sont aussi plus de 40 millions d’Américains sans couverture sociale. C’est un pays qui a oublié une réalité économique peu souriante en poussant sa population à s’endetter au-delà du raisonnable, prenant d’immenses risques que les banques pensaient éviter en s’assurant contre tout défaut de paiement.

Mais ce reportage est aussi l’occasion de contempler avec un certain effroi le parcours du président actuel des Etats-Unis. On se demande si ce n’est pas un cauchemar que l’ensemble de la planète aurait vécu. Comment une telle personne a pu devenir président des Etats-Unis ? Pire, de gros doutes persisteront sans doute à jamais sur la véracité de son élection en 2000, avec la victoire contestée et contestable en Floride. Le film de Karl Zéro et Michel Royer révèle un homme politique qui dit tout et son contraire, qui, s’il est un habile beau parleur pour vendre sa « guerre contre la terreur », semble prêt à tous les mensonges. Et surtout, comment ne pas penser que le fils de Georges Bush Senior n’avait vraiment pas la carrure pour occuper un tel poste et que son élection a changé la course du monde, pour le pire.

On pourra peut-être juger ce bilan trop agressif, à sens unique, mais c’est aussi celui des Américains, auprès desquels Georges W Bush est encore plus impopulaire que Nixon après le Watergate. Une chose est sûre : le 4 novembre, les Etats-Unis auront un meilleur président !

Source : Being W, Karl Zéro et Michel Royer