03.09.2011
Morad El Hattab pourfend les excès de la finance
Au delà d’un récit détaillé de la crise, « La vérité sur la crise » de Morad el Hattab et Irving Silverschmidt vaut également pour son explication claire et argumentée de ses causes.
Le côté obscur de la déréglementation
Globalement, ils démontrent le côté pro cyclique des marchés, à savoir que la hausse nourrit la hausse (en augmentant le crédit des parieurs) et la baisse nourrit la baisse (en imposant de vendre pour retrouver des liquidités). Ils dénoncent les pyramides incroyables de crédit : Lehmann avait des positions de 9000 milliards de dollars sur les dérivés. La couverture par un CDS d’AIG permettait de réduire la quantité de capitaux de 8 à 2% selon les normes Bâle 2, permettant alors de prêter quatre fois plus…
Les auteurs expliquent de manière très pédagogiques les normes bancaires Bâle 1 et 2 et démontrent comment la couverture des crédits à raison de 8% par les fonds propres est en réalité un maximum puisque le besoin de couverture tombe à 1.6% pour les banques ou les entreprises de l’OCDE et même 0% pour les Etats de l’OCDE ! Bâle 2 a conservé le même système en y introduisant les notes des agences (couverture de 1.6% pour les entreprises notées AAA à AA-). Pire, il y a tout le hors bilan…
Ils rappellent une déclaration d’Alan Greenspan en 2005 : « alors qu’avant, beaucoup d’emprunteurs marginaux se voyaient refuser le crédit, les prêteurs sont maintenant capables d’évaluer efficacement le risque associé à ceux-ci. Ces améliorations ont conduit à une forte croissance du prêt hypothécaire à risque… ». Parallèlement, Freddie Mac et Fannie Mae portaient 1600 milliards de crédits hypothécaires (financés à 28% à court terme) avec 90 milliards de fonds propres…
Les auteurs soulignent que la France (les caisses d’épargne ne deviennent des sociétés anonymes qu’en 1999), l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont historiquement des systèmes assez hostiles à la spéculation. Malheureusement « les déréglementations des années 1980 ont eu pour effet de jeter aux orties les vieilles règles de prudence bancaire ». Outre-manche, ils notent que dans les années 1960, 30% des actifs des banques étaient liquides, à présent 1%...
La technique au service de la spéculation
Comme Jorion, ils dénoncent les dark pools et le High Frequency Trading, qui s’opposent aux bonnes conditions de fonctionnement d’un marché. Ces nouvelles techniques facilitent les manipulations et camouflent les fraudes. Ils y voient la cause du flash krach du 6 mai 2010, où le Dow Jones s’est effondré de 9.8% en dix minutes (et l’action Accenture est passée de 40 dollars à un cent !).
Ils dénoncent les CDS, qui « ne sont pas négociés sur des marchés ouverts » et qui ont totalement été détournés de leur vocation première pour n’être plus que de nouveaux véhicules de la spéculation financière, leur montant étant « cinq fois plus élevé que les crédits assurés ». Ils insistent sur le mécanisme pervers des prêts immobiliers, revendus ensuite par les banques (titrisation) qui ne se soucient pas de la capacité de remboursement des ménages auxquels elles prêtent.
Les auteurs critiquent le développement des transactions hors marché (de gré à gré ou sur un dark pool) car elles créent d’importants déficits d’information. Ils dénoncent également la concentration du secteur, qui accentue l’aléa moral et permet une explosion des marges. Ils dénoncent les aides publiques qui n’aboutissent pas à une nationalisation, « le stade suprême du hasard moral ».
Ils attaquent l’envahissement du marché des matières premières par des spéculateurs venus chercher une diversification (les fonds dédiés à ce marché sont passés de 10 à 250 milliards de 2001 à 2009 selon Barclays Capital). Ils démontrent également les capacités auto réalisatrices de la spéculation à faire monter les prix en achetant à terme en avançant à peine 15% de la somme. Aujourd’hui, chaque baril de pétrole est échangé 35 fois avant d’être consommé !
Des banquiers tristes aux esprits animaux des spéculateurs
Les auteurs dénoncent aussi les rémunérations de la finance, les bonus (145 milliards au titre de 2009) et l’envolé des hauts revenus (1% de la population concentre 24% des revenus aux Etats-Unis). Pour eux, les banquiers prennent des risques inconsidérés pour empocher de juteux bénéfices à court terme. En 1929, les salaires de la finance pesaient 170% des salaires moyens, puis sont revenus au même niveau de 1950 à 1980 avant d’atteindre 181% des salaires moyens en 2007.
Un journaliste du Financial Times évoque des traders poussant des entreprises à la faillite pour empocher les primes des CDS et développe longuement le cas les CDO Abacus vendus par Goldman Sachs à ses clients alors que la banque d’affaire pariait contre... Ils dénoncent l’impunité pénale des dirigeants des banques alors que plus de 3500 banquiers avaient été envoyés en prison pour des faits délictueux en liaison avec le scandale des caisses d’épargne il y a vingt ans.
Pour eux « le système financier a donc été ravagé par une culture de la cupidité qui a transformé les décideurs en mercenaires décidés à se payer sur la bête sans vraiment se préoccuper de leurs responsabilités ». Ils dénoncent un système qui ne travaille plus que pour lui-même. Ils citent le professeur Samuelson pour qui « l’absence de régulation est très inférieure à la régulation par l’Etat » car elle transforme les marchés en marchés spéculatifs.
Ils soulignent les cercles vicieux des marchés, « les esprits animaux » dirait Keynes : « la célèbre citation de l’ancien PDG de Citigroup, Charles Prince, « tant que la musique joue, vous devez vous lever et danser » exprime une réalité qui s’impose à tous les gestionnaires : si vous restez assis devant une bulle que vous voyez trop risquée, vos clients sont furieux du manque à gagner et s’en vont ».
En incriminant la déréglementation, les innovations de la finance et les ravages de la cupidité des spéculateurs, les auteurs dévoilent un cocktail explosif qui n’est pas sans rappeler les crises passées, ce sur quoi je reviendrai dans la troisième partie.
Source : « La vérité sur la crise », Morad el Hattab, Irving Silverschmidt, Editions Léo Scheer
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20.05.2011
Crise grecque : 4 raisons et 1 solution
Alors que les instances européennes et mondiales se penchent sur le cas de la Grèce pour trouver une solution à une situation que le précédent plan « de soutien » n’a fait que détériorer, il est bon d’essayer de prendre un peu de recul sur les raisons de la crise avant d’étudier les solutions.
Pourquoi la Grèce est en crise ?
La Grèce est en crise aujourd’hui parce que l’Etat a accumulé des dettes tellement importantes que les marchés refusent aujourd’hui de les financer à des taux raisonnables. Bien sûr, l’Etat Grec porte une lourde part de responsabilité puisque non seulement il a emprunté plus que de raisons, mais qu’en plus, il a camouflé l’état véritable de ses comptes en les trafiquant.
Mais il serait trop simple d’en rester là. Goldman Sachs porte également une part de responsabilité en ayant aidé le gouvernement précédent à cacher l’état de la situation. Ensuite, il faut se demander pourquoi le pays s’est autant endetté. Et là encore, on peut trouver une part de responsabilité dans les marchés financiers qui ont accordé à la Grèce des taux comparables aux taux allemands.
S’ils avaient bien fait leur travail et distingué les taux des obligations des Etats européens, la Grèce aurait été contrainte de moins emprunter. Elle aurait ainsi abordé la crise de 2009 dans un meilleur état. En outre, il faut bien reconnaître que c’est une crise financière extérieure au pays et causée par des marchés irresponsables et exubérants qui a lourdement accentué les problèmes…
Enfin, la quatrième cause de la crise grecque est le déséquilibre des comptes extérieurs du pays. La Grèce accumule des déficits commerciaux depuis dix ans. En fait le pays achète trop de produits à l’étranger par rapport à ce qu’il parvient à exporter, entre autre à cause d’un euro trop cher en dehors d’Europe, et qui lui interdit de dévaluer au sein de la zone euro.
La seule issue possible est argentine
Et cette quatrième cause est fondamentale. En effet, supposons que la dette grecque soit lourdement restructurée et que les pays européens s’engagent à la financer tout en organisant des transferts plus importants. Passons sur le fait que cette solution, défendue par les fédéralistes, est irréaliste puisque l’Allemagne, principal bailleur de fonds de l’Europe, la refuse…
Mais une telle issue ne serait pas durable. Certes, cela améliorerait la situation de la Grèce. Mais la compétitivité du pays ne serait pas restaurée pour autant et il conserverait des coûts décalés par rapport à sa productivité. Du coup, ce ne serait qu’un nouveau moyen de financer ses énormes déficits commerciaux. Cela reviendrait à remplir une baignoire sans bonde…
Bref, un tel plan ne ferait rien pour relancer la croissance du pays et faire baisser le chômage. C’est exactement ce que faisait l’Argentine de 1998 à 2001 en maintenant le lien entre le peso et le dollar, s’imposant déjà des plans d’austérité sauvages sous l’égide du FMI. Ces plans sont comme des saignées qui affaiblissent le pays et retarde la résolution du problème.
La Grèce a besoin d’une double solution : non seulement une restructuration de sa dette (que l’Europe peine à lui accorder) et une amélioration rapide de sa compétitivité prix pour rééquilibrer rapidement ses échanges, quitte à restreindre ses importations. La dévaluation est absolument essentielle pour permettre au pays de retrouver une croissance que les plans actuels détruisent.
C’est pourquoi la seule solution durable possible est une sortie de l’euro. Toutes les autres solutions ne sont que de simples expédients qui ne font que retarder le problème, en le faisant grossir, en transférant les risques des établissements financiers sur les Etats, et en provoquant une immense régression sociale dans le pays, pour rien. L’euro fait partie du problème, pas de la solution.
L’Europe impose aujourd’hui une terrible régression sociale à la Grèce pour sauver l’euro. Mais Athènes montre à tous les effets pervers de cette aventure monétaire artificielle. Les plans européens ne font que repousser l’issue, la sortie de la Grèce de l’euro. La seule question et de savoir quand.
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17.08.2010
Joseph Stiglitz, pourfendeur des plans de sortie de la crise
L’auteur s’est fait connaître à la fois comme prix Nobel d’économie 2001 et également comme critique radical des pratiques du FMI, qu’il a dénoncées dans son livre « La grande désillusion ». Il vient de publier « Le triomphe de la cupidité », que je vous recommande vivement.
Une analyse de la crise
Joseph Stiglitz propose une bonne synthèse, centrée sur les Etats-Unis. Pour lui, la cause est financière : « il y avait une bulle, et elle a éclaté, en apportant la dévastation dans son sillage. Cette bulle était alimentée par des prêts douteux des banques, qui acceptaient pour nantissement des actifs dont la valeur était gonflée par la bulle. Des innovations récentes ont permis aux banques de cacher une bonne partie de leurs prêts pourris, de les retirer de leur bilan, et d’accroître ainsi leur effet de levier, ce qui a rendu la bulle encore plus grosse et le chaos quand elle a éclaté encore plus grave ».
« La crise n’est pas un cataclysme qui serait ‘arrivé’ aux marchés financiers ; elle est de fabrication humaine : Wall Street se l’est lui-même infligée, à lui et au reste de la société. » Il dénonce le rôle d’Alan Greenspan, mis en place par Ronald Reagan pour favoriser une déréglementation à laquelle Paul Volcker était moins favorable. Il dénonce la course trimestrielle aux profits et la titrisation, qui permet surtout aux banques d’empocher de juteuses commissions et qui a relâché l’évaluation des prêts du fait qu’ils sont ensuite sortis des comptes.
Joseph Stiglitz décrit un monde financier mal conçu où les différentes incitations poussent tous les acteurs à adopter un mauvais comportement. Les prêts hypothécaires étaient conçus de manière à maximiser les gains des banques et la titrisation leur permettait de ne pas vraiment faire attention au risque de remboursement. Enfin, les modèles étaient mal étudiés pour prévoir les risques de risque puisque selon ceux couramment utilisés, « le type de krach boursier qui s’est produit le 19 octobre 1987 ne pouvait survenir qu’une fois toutes les 20 milliards d’années »…
L’auteur en profite pour dénoncer les excès d’un système inégalitaire puisque le revenu réel médian des ménages a baissé de près de 4% de 2000 à 2008 (alors que le prix de l’immobilier s’envolait et que le PIB par habitant a cru de 10%), preuve que seule une petite minorité en profitait. La croissance était alimentée par le crédit, les extractions hypothécaires des ménages pouvant représenter jusqu’à 7% du PIB en une année. Et cette inégalité se retrouve dans les aides aux banques alors que les ménages surendettés voient leur maison saisie : « les spéculateurs sont mieux traités que les travailleurs ».
Une critique féroce des administrations Bush et Obama
Joseph Stiglitz a la dent dure avec le précédent président, dont il rappelle toutes les déclarations infirmées par la réalité. Son analyse détaillée du TAARP (le plan de sauvetage des banques) fait froid dans le dos : 150 milliards de dollars pour acheter les votes du Congrès, les 180 milliards pour AIG. Il affirme même que les contribuables ont été « volés ». Il dénonce le fonds de rachat d’actifs toxiques, financé à 92% par l’Etat, qui en supporte les pertes mais ne recevra que 50% des profits (le reste allant au secteur privé, qui, en plus, peut se délester de ses actifs les plus pourris).
Mais il n’est guère moins dur avec Barack Obama, dont il qualifie la stratégie de « navigation à vue ». Pour lui, « il est frappant que le président Obama, qui avait fait campagne en promettant le changement auquel on peut croire, n’ait que légèrement redisposé les fauteuils sur le pont du Titanic ». Il dénonce le deux poids deux mesures d’une administration pour laquelle « les contrats des cadres supérieurs d’AIG étaient sacro-saints, mais les accords salariaux des ouvriers des entreprises automobiles qui recevaient de l’aide devaient être renégociés ».
Il souligne aussi les avantages que Goldman Sachs a tirés du sauvetage d’AIG (13 milliards de dollars) ou les milliards de bonus distribuées par des entreprises qui n’avaient pourtant dû leur survie qu’à l’aide de l’Etat. En un sens, il dénonce le gouvernement des banques, qui tirent profit de leur taille pour imposer la collectivisation de leur perte alors qu’elles conservent bien les profits. Il dénonce également les cadeaux de la Fed à l’ensemble du système bancaire. Il souligne enfin que cela correspond à la logique des plans de sauvetage du FMI, qui protègent toujours les créanciers occidentaux…
Joseph Stiglitz jette toute son autorité dans une analyse impitoyable qui montre la responsabilité des banques, qui ont engrangé d’immenses profits avant d’être sauvées par l’Etat alors que les citoyens ont triplement perdu : leur maison, la facture du TAARP et parfois leur emploi.
Source : Joseph Stiglitz, « Le triomphe de la cupidité », LLL, Les Liens qui Libèrent
Demain, Joseph Stiglitz, théoricien d’un autre système économique
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08.02.2010
Marché-roi, marché-fou
Drôle de semaine sur les bourses du monde. D’une part, le patron de Goldman Sachs annonce qu’il ne touchera « que » 9 millions de prime en 2009. De l’autre, les marchés s’effondrent avec l’envolée des taux sur la dette publique des pays du Sud de l’Europe.
Une nouvelle crise financière ?
Le moins que l’on puisse dire est que la baisse brutale des bourses de la semaine dernière est inquiétante. A l’échelle de la Grèce, la hausse des taux longs (passage de 1,5 à 3,5 points d’écart avec les taux Allemands en quelques mois) représente une facture additionnelle de 1 milliard d’euros par an (le pays empruntera 50 milliards cette année), soit 0.5% du PIB grec. Alors que l’on débat sur une taxation de la finance, les marchés arrivent, eux, à imposer une taxe aux Etats.
Cette crise boursière pose un double problème. Tout d’abord, il y a fort à parier que l’action des fonds spéculatifs explique l’ampleur des mouvements récents. Aucune règle n’a été définie suite à la crise, donc les marchés fonctionnent comme avant. Il est plus que probable que les fonds spéculatifs ont parié sur cette hausse des taux, et en pariant, l’ont provoqué… Pire, cette spéculation renchérit considérablement le coût d’une dette contractée par les Etats en partie pour sauver les marchés…
Il y a cependant une bonne nouvelle : la baisse de l’euro. Bizarrement, la plupart des analystes décrivent de manière horrifiée la baisse de la monnaie unique européenne à 1,36 dollars. Il s’agit pourtant d’une bonne nouvelle pour nos exportateurs, qui regagnent une compétitivité perdue par la surévaluation de notre monnaie. Mais il reste encore du chemin à faire pour que l’euro retrouve un cours raisonnable (Michel Aglietta évalue l’euro à 1,07 dollars à parité de pouvoir d’achat).
Les esprits animaux
Comment ne pas penser à cette remarque de Keynes quand on constate la ruée spéculative contre les emprunts d’Etat ? Il est difficile de savoir où elle va s’arrêter même si les écarts de taux entre pays atteignent de tels niveaux que théoriquement la spéculation devrait bientôt finir, certains fonds pouvant parier sur une baisse quand ils penseront que les écarts atteints ne sont pas justifiés. Mais, la crise peut aussi aller s’amplifiant, et atteindre l’Espagne, l’Italie, la France et les Etats-Unis…
Le problème est qu’il est difficile de trouver une réponse appropriée. Trop de rigueur risque d’effrayer des marchés qui pourraient craindre pour la reprise (bien molle en Europe), et pas assez de rigueur risque de les inquiéter sur le laxisme européen… Il y a pourtant des solutions, comme le souligne Hervé Nathan sur Marianne 2. Malheureusement, aucun dirigeant européen ne semble vouloir tirer les leçons de la grande crise économique que nous traversons.
Pire, tous les excès passés subsistent, comme l’illustre à merveille le « geste » du patron de Goldman Sachs, qui a limité à 9 millions de dollars sa prime pour 2009 (1000 fois le salaire minimum des Etats-Unis !). Quand une telle décision peut être présentée comme un effort alors que les banques ne doivent leur survie qu’à l’intervention de l’Etat fin 2008 et que beaucoup de citoyens étasuniens sont au chômage ou expulsés de leur maison, comment ne pas comprendre que l’on marche sur la tête ?
En fait, nous avons besoin de nouveaux Roosevelt, de dirigeants politiques capables de prendre des mesures radicales pour encadrer les pratiques d’un marché fou qui ne profite qu’à une poignée. Il est incroyable que les grands partis soient incapables de le comprendre.
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15.08.2009
Le casino de la finance tourne toujours plus vite…
Moins d’un an après la quasi-faillite du système financier international, du fait de ses excès, on a du mal à y croire, mais rien ne semble changer, comme le montre l’actualité récente sur les bonus. Pire, de manière discrète, les innovations qui pourraient mener au prochain krach semblent déjà inventées…
Rien ne change
Nicolas Sarkozy avait promis un « nouveau Bretton Woods » et une « refondation du capitalisme ». Dans la réalité, rien ne se passe. Même l’hebdomadaire ultralibéral The Economist s’impatiente en constatant la lenteur de la réforme du système financier, dénonçant notamment la responsabilité de l’Europe, qui freine toute évolution. Les leçons de cette crise devraient donc se limiter à une modification des normes prudentielles pour contraindre les banques à mettre davantage d’argent de côté.
Malheureusement, les lobbys financiers font déjà pression en soulignant qu’une remontée trop abrupte limiterait leur capacité à prêter, ce qui pourrait peser sur la reprise économique. En outre, comme le note l’hebdomadaire anglais, plus le temps passe, plus la réforme se fera a minima… Et quand on constate que Goldman Sachs pourrait battre son record de distribution de bonus, établi en 2007 (20 milliards de dollars) dès 2009, on se dit que les leçons n’ont pas été tirées.
Pire, la leçon de la crise pourrait être un renforcement de l’aléa moral des banques : elles viennent d’obtenir l’assurance quasiment inconditionnelle que les Etats viendront les sauver en cas de crise. Pourquoi feraient-elles le moindre effort pour limiter le risque qu’elles prennent du moment que leurs dirigeants savent qu’ils se partageront les profits et que la collectivité les aidera s’ils sont en difficulté ?
Les instruments du prochain krach
C’est pourquoi les banques peuvent continuer à donner libre cours à leurs inventivité pour créer des outils leur permettant de gagner toujours plus, même si ces outils, comme hier les ABS, CDO ou CDS, pourraient demain menacer l’équilibre du système. Il faut malheureusement se souvenir que la plupart des krachs boursiers ont été provoqués par des innovations mal maîtrisées qui ont poussé les indices trop hauts avant de les entraîner vers le fond. Cette fois-ci, ce sont les « dark pool » et les ventes par ordinateur.
Les « dark pool », « piscines obscures », ont été crées pendant la crise pour permettre aux investisseurs de se débarrasser de titres de manière anonyme. Ces marchés parallèles préservent l’anonymat des vendeurs et des acheteurs. En période de tension sur les marchés, ils permettent aux banques les plus exposées de vendre des titres discrètement, sans que le marché ne soit mis au courant, de manière à ne pas sembler à court de liquidités. Sur certains types de titres, cela concerne jusqu’à 20% des transactions.
Autre innovation, qui aurait joué un rôle majeur dans le rebond des profits de Goldman Sachs, les ventes par ordinateur. Elles présentent deux avantages. Tout d’abord, elles permettent de vendre des gros paquets d’action en plusieurs petits paquets facilement pour plus de discrétion. Ensuite, elles permettent de saisir les opportunités fournies par les imperfections du marché, à savoir un écart minime entre la cotation d’une valeur d’une place à l’autre pendant quelques instants.
Que faut-il faire ?
Les ventes par ordinateur peuvent sembler être une innovation habile et parfaitement légitime. Après tout, il n’est pas anormal de laisser une banque acheter un euro 1,4185 dollars à Tokyo pour le revendre dans le même centième de seconde 1,4189 à Londres. L’ingéniosité humaine permet d’exploiter les petits écarts de cotation d’une place à l’autre… Mais cette innovation pose deux problèmes majeurs : l’augmentation des échanges spéculatifs et le risque porté par des modèles informatiques.
C’est pourquoi une taxe Tobin aurait l’immense intérêt de réduire à néant cette spéculation non productive en prélevant une petite portion de la transaction, réduisant à néant le profit réalisé. Elle rendrait inopérante ces transactions d’opportunité qui contribuent à gonfler la bulle financière, augmentant le dommage collatéral quand elle explose. Concernant les « dark pool », une interdiction semble la seule solution pour rétablir une transparence que les libéraux sont pourtant toujours les premiers à demander.
Alors que le monde peine à réformer l’existant, malgré l’immensité des dommages causés par la crise de cet automne, le système financier trouve tous les jours des nouveaux outils pour spéculer. Il est désolant de voir le retard de nos dirigeants pour le prendre en compte…
Source : The Economist 25 juillet et 1er août
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28.07.2009
Il faut dégonfler la bulle financière !
En 2009, le montant des bonus distribués par Goldman Sachs devrait atteindre 20 milliards de dollars, 700 000 dollars par employé, un niveau proche du record de 2007. Les leçons de la crise n’ont décidemment pas été tirées.
Quelques leçons de la crise
Et pourtant, la violence de la crise économique, la plus grave depuis 80 ans, devrait permettre une véritable remise en question. En effet, de nombreux économistes en ont souligné avec raison les causes : une prise de pouvoir des actionnaires dans les entreprises, qui aboutit à une demande de rentabilité financière exagérée, une spéculation excessive qui amplifie les mouvements des marchés, et une déréglementation qui a permis aux banques de prendre des risques inconsidérés.
Mais curieusement, peu de personnes se posent la question toute simple de la taille de la sphère financière. Marianne avait montré il y a quelques mois que les échanges financiers représentaient aujourd’hui 50 fois les transactions réelles. Du coup, il n’est pas étonnant que chaque hoquet du monde financier déstabilise une économie réelle beaucoup plus petite. En revanche, il est pour le moins paradoxal que ce soit la plus petite des deux sphères qui soit venue à la rescousse de la première…
Il faut réduire la sphère financière
La réforme du libre-échange et du système monétaire sont des réponses essentielles à la crise économique mais elles ne résoudront pas à elles seules les déséquilibres économiques que nous affrontons. L’existence d’une sphère financière aussi importante par rapport à l’économie productive est profondément malsaine. C’est un peu comme si un arbre de 50 mètres de haut reposait sur des racines qui ne dépassaient pas un mètre. À la moindre tempête, l’arbre s’effondre, arrachant ses racines.
Le déséquilibre qui a été atteint après trois décennies de déréglementation encouragée par les gouvernements de gauche comme de droite est une épée de Damoclès permanente pour l’économie mondiale. D’ailleurs, au fur et à mesure que la bulle financière grossit, l’impact de ses crises s’amplifie sur l’économie réelle : malgré le krach boursier de 1987, l’économie mondiale avait connu deux années de forte croissance en 1988 et 1989.
Les crises financières de la fin des années 90 avait provoqué un ralentissement économique dans les pays occidentaux et un véritable effondrement des économies émergentes. Le krach de 2001 a provoqué un ralentissement plus important que la crise des années 90. Enfin, la crise actuelle s’est transmise en un temps record de la sphère financière à la sphère réelle. Phénomène inquiétant, les soubresauts de la finance se font sentir de manière de plus en plus violente dans l’économie productive.
La politique à la corbeille
D’ailleurs, les politiques publiques sont de plus en plus déterminées par les soubresauts des marchés financiers. Une petite baisse de tension ? Aussitôt, la Fed baisse ses taux pour relancer. Des banques au bord de la faillite ? Les Etats prêtent de l’argent, garantissent les bilans ou les rachètent. L’économie réelle a été mise au service de l’économie financière dans une inversion de valeurs spectaculaires par rapport aux Trente Glorieuses.
Il n’y a pas 36 solutions pour revenir sur cette perversion. Il faut réduire la taille de la bulle financière, réduire les bilans des banques, et réduire le montant des transactions. Cette politique réduira la capacité de nuisance de la sphère financière sur l’économie réelle. Les moyens sont simples : une taxe Tobin et une révision drastique des normes prudentielles. La première réduira la spéculation par la taxation de chaque transaction tout en faisant contribuer la finance à la collectivité. La seconde limitera l’effet de levier.
La question de la taille de la sphère financière est une cause essentielle des déséquilibres économiques actuels. Malheureusement, ce problème n’est pas abordé sérieusement par la plupart des analystes. En l’absence de solutions apportées à ce problème, nous restons vulnérable à la prochaine crise.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/07...
Sur les normes prudentielles : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...
Sur la taxe Tobin : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2009...
10:59 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise financières, goldman sachs, taxe tobin, normes prudentielles
26.07.2009
Fin de la crise chez Goldman Sachs
Et s’il y a bien une entreprise où la crise semble finie, c’est Goldman Sachs. Les résultats du second trimestre de la plus célèbre des banques d’affaires étasuniennes démontrent que les mécanismes qui ont provoqué la crise sont toujours en marche, cette fois-ci pour son plus grand bonheur.
Des résultats incroyables
Dès le deuxième trimestre 2009, Goldman Sachs semble ignorer la crise. La célèbre banque d’affaires a fait un chiffre d’affaire de 13,8 milliards de dollars au dernier trimestre, le meilleur résultat de son histoire. Son bénéfice, en hausse de 68%, a atteint 3,4 milliards. Slate note que ces résultats, avant la prise en compte des frais financiers dus à l’Etat pour son prêt, reviennent à une rentabilité des capitaux propres proche de 24%, soit le niveau d’avant la crise.
Il est proprement incroyable qu’au deuxième trimestre 2009, alors que le chômage explose partout et que les conséquences de la crise se font sentir de manière aussi douloureuse, que les résultats d’une telle banque soient si bons. La crise financière de l’automne semble avoir été effacée en à peine six mois. Mieux, ce sont les activités de marché qui se sont bien portées. Il faut dire que les indices boursiers se sont bien redressés depuis mars, donnant de multiples opportunités aux banques…
Les leçons de ce redressement
Ce redressement amène deux leçons importantes. Premièrement, il rappelle l’importance déterminante des évolutions du monde financier sur l’économie : leur baisse plonge l’économie réelle dans la récession, leur hausse donne une puissante impulsion positive à l’économie. En fait, la toute puissance des marchés a une dimension auto réalisatrice : un accès de pessimisme et leur baisse provoque la dépression crainte, un accès d’optimisme et les bénéfices de la hausse engendrent une reprise.
Deuxième enseignement : rien n’a été retenu de la crise. Le système économique n’a pas changé et nous sommes condamnés à subir les mêmes excès que dans le passé. À titre d’exemple, comment ne pas être découragé en constatant que Goldman Sachs s’apprête à doubler ses bonus en 2009 (20 milliards de dollars, soit plus de 700 000 dollars par personne), pour retrouver le record de… 2007. Décidemment, la crise n’aura pas duré très longtemps pour certains.
Le cas de Goldman Sachs illustre parfaitement la réalité d’un système économique qui n’a pas été changé mais seulement sauvé à l’automne par les Etats. Il n’a tellement pas changé que les mêmes excès qui ont plongé le monde dans un chaos financier sont commis à peine quelques mois après…
Source : http://www.slate.fr/story/8253/goldman-sachs-nest-pas-une...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : goldman sachs, crise financière, bonus, slate
17.07.2009
Le système néolibéral se sauve sans changer
Bien sûr, il est encore beaucoup trop tôt pour dire que la récession est finie et que le système s’est sauvé. Pourtant, une multitude d’indices semblent bel et bien indiquer que telle devrait être la conclusion de cette grave crise économique.
Les signes positifs
Bien sûr, le chômage continue (et continuera encore de longs mois) à frapper de plus en plus de personnes. Bien sûr, on ne peut pas balayer complètement l’hypothèse d’une aggravation de la crise à l’automne. Cependant, de plus en plus d’indicateurs semblent indiquer qu’un rebond est à venir. Premier indice : les ventes d’automobile augmentent en Europe du fait des diverses aides versées par les Etats. Certains constructeurs annoncent même des hausses de production pour les prochains mois…
Même les banques vont mieux comment le montre l’incroyable bénéfice trimestriel de 3,44 milliards de dollars de Goldman Sachs. Quelles que soient les conditions dans lesquelles a été réalisé ce bénéfice, cela représente une amélioration radicale de la situation, qui s’illustre par la remontée de la bourse et de la confiance dans le milieu des affaires. Beaucoup d’indicateurs indiquent que la reprise devrait débuter entre le deuxième et la quatrième trimestre, du fait de l’effondrement de fin 2008 / début 2009.
Le système se sauve
Que l’on soit clair, ce constat ne signifie pas que tout va bien dans le meilleur des mondes, loin de là. Cette reprise économique ne sera que très limitée et sans doute totalement transparente pour la plupart des classes populaires et moyennes. Quasiment tous les mécanismes qui ont présidé au déclenchement de la crise et qui sont responsables des graves déséquilibres économiques des dernières décennies sont toujours à l’œuvre. Et beaucoup de libéraux souhaitent utiliser la crise pour pousser leur agenda.
D’ailleurs, rien ne vient sur la réforme du commerce international. Et si la réforme du système monétaire est évoquée par les pays émergents, les Etats-Unis et l’Europe font la sourde oreille. Quant à la réforme du système financier, elle se fera a minima pour en limiter légèrement l’instabilité. Les racines de la prochaine crise sont d’ors et déjà en place. La question est juste de savoir quand elle aura lieu.
Le scénario d’une reprise de l’économie semble se confirmer, même s’il faudra attendra la fin de l’année pour être complètement sûr. Malheureusement, nous risquons de sortir de la crise avant la moindre réforme sérieuse du système économique…
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/07/14/goldman...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : goldman sachs, crise économique



