02.07.2011
Les progrès de la taxe Tobin
Lentement, mais sûrement, le débat sur une taxation des transactions financières progresse, notamment Europe. Après le vote du Parlement Européen en mars, la Commission Européenne a évoqué cette piste pour augmenter ses ressources, tout comme le gouvernement italien.
Une réforme indispensable
La taxation des transactions financières, inspirée par James Tobin, présente de multiples intérêts. Tout d’abord, à un moment où les finances publiques sont dans le rouge partout dans le monde, elle représente un moyen non négligeable d’améliorer la situation. En effet, les transactions financières représentent 70 fois le PIB. Du coup, une taxe de 0.1% rapporterait théoriquement 50 milliards d’euros en France, même en prenant d’une baisse de deux tiers des transactions.
En outre, l’instauration d’une telle taxe présenterait deux bénéfices majeurs pour la nécessaire réforme de la finance. Tout d’abord, comme le soulignait Joseph Stiglitz dans « La grande désillusion », cela ferait davantage contribuer la finance à la collectivité. Mieux, en pénalisant la spéculation, elle aurait un effet structurel sur le système financier en favorisant les investissements à long terme au détriment de ceux à court terme et elle réduirait le volume de transactions.
Des progrès dans le débat public
La taxe Tobin a toujours été un des chevaux de bataille de l’association Attac. Mais depuis, elle est soutenue par de plus en plus d’économistes, et notamment les deux « prix Nobel d’économie » étasuniens progressistes, Joseph Stiglitz et Paul Krugman. Mieux, cette idée progresse dans les cercles politiques avec les déclarations de Gordon Brown en Grande-Bretagne, la décision du gouvernement italien ou avec la récente tribune de Paul Quiles sur Marianne.
Malgré tout, il faut éviter tout excès d’optimisme. Tout d’abord, de manière incompréhensible, le sujet n’est toujours pas arrivé sur la table du G20. En outre, il faut noter que l’enthousiasme du Parlement Européen était beaucoup moins grand pour une mise en place rapide. Enfin, la Commission Européenne souhaite surtout gagner des ressources propres et on peut à la fois refuser cette évolution et du choix des taxes qu’elle ferait si elle était en position de le faire.
Malgré tout, petit à petit, il semble que nous nous approchons de la mise en place d’une taxe sur les transactions financières. Mais il sera important de réfléchir à ses conditions de mise en place, et notamment au nécessaire contrôle sur les mouvements de capitaux.
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12.05.2010
La Grande-Bretagne vire à droite
Après quelques jours de négociation, la logique l’a emporté : Gordon Brown a démissionné et David Cameron, chef des conservateurs, s’est installé au 10, Downing Street, après avoir conclu une alliance avec les libéraux-démocrates qui lui donne une majorité stable.
La logique est respectée
Même si ces derniers sont plus proches des travaillistes, il est plus logique que Nick Clegg se soit allié avec les Tories. En effet, le Labour a subi une lourde défaite en réunissant moins de 30% des voix. Le parti semblait usé par treize années à la tête du Royaume Uni et le Premier Ministre sortant n’a pas réussi à donner aux britanniques des raisons suffisamment solides pour rester au pouvoir. Celui qui avait affirmé avoir aboli les cycles économiques et remis les finances d’aplomb a grandement perdu en crédibilité avec la récession et l’explosion des déficits.
En outre, une alliance entre les travaillistes et les libéraux-démocrates se heurtait à plusieurs obstacles. Le principal était le fait qu’elle n’aurait même pas permis de dégager une majorité stable puisqu’il aurait manqué 11 députés pour atteindre la majorité absolue. En outre, Nick Clegg avait annoncé qu’il ne souhaitait pas contribuer à maintenir au pouvoir Gordon Brown et il fallait donc régler la question très délicate du leadership du Labour. Malgré les désaccords importants entre les deux partis, une telle issue est donc plus conforme aux résultats d’une élection où les Tories sont arrivés clairement en tête.
Quelles conséquences ?
En Grande-Bretagne, les conséquences devraient être sensibles. Cela devrait accélérer le plan de redressement des finances publiques puisque les conservateurs avaient annoncé vouloir aller plus vite que le gouvernement actuel. Une réforme du mode de scrutin devrait être proposée par référendum aux britanniques, les conservateurs ayant refusé d’intégrer une dose de proportionnelle sans consulter la population. Les libéraux-démocrates ont renoncé à leur volonté de rejoindre l’euro.
Mieux, tout transfert de souveraineté vers l’Union Européenne devra également être validé par référendum. Les conséquences internationales seront marquantes car la Grande-Bretagne va revenir à une attitude beaucoup plus hostile à l’égard de toute intégration européenne. Mais notre voisin d’outre-manche a également toutes les chances d’adopter une attitude beaucoup plus réservée à l’égard de la réforme du système économique. Car si Gordon Brown avait accompagné la libéralisation pendant 10 ans, dernièrement, ses propos laissaient entrevoir une évolution salutaire.
Au global, si cette alliance est surprenante d’un point de vue idéologique, elle correspond mieux aux résultats des élections. Point positif, elle devrait freiner toute évolution fédéraliste de l’Europe. Point négatif, elle devrait freiner également la réforme du système financier.
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07.05.2010
La Grande-Bretagne sans majorité
C’est le résultat que tout le monde espérait éviter. Les élections législatives britanniques se soldent par un Parlement où ni le Parti Conservateur ni même une coalition entre les travaillistes et les libéraux-démocrates n’ont une majorité.
Un virage à droite
Au final, le résultat de ces élections est un succès pour David Cameron, le chef des Tories. Son parti arrive largement en tête des suffrages, avec 36% des voix, nettement devant le Parti Travailliste, à 27%. Les libéraux-démocrates, un temps en tête des sondages, font finalement 22%, soit le score qu’ils avaient fait en 2005. Mais les subtilités du système électoral britannique et l’implantation géographique des partis leur donnent respectivement 305, 255 et 61 députés.
Ce résultat valide en bonne partie la stratégie du jeune leader des conservateurs qui a recentré son parti sur de nombreuses questions, en parlant d’environnement et en garantissant le budget de la santé, pourtant largement augmenté par les précédents gouvernements travaillistes. Son « conservatisme compassionnel » a de nouveau donné envie aux britanniques de lui confier le pouvoir, ce qui est un exploit après une série de trois lourdes défaites électorales.
Mais il va lui manquer une vingtaine de sièges pour pouvoir gouverner sereinement. Et, c’est une surprise, une coalition entre le parti travailliste et les libéraux-démocrates n’aurait pas non plus de majorité au Parlement. Bref, une majorité claire ne pourra être obtenue qu’avec une alliance avec les petits partis. Et sinon, Gordon Brown pourrait se voir confier par la Reine le soin de former un nouveau gouvernement, à moins qu’il ne concède la défaite.
Un perdant + un perdant = deux gagnants ?
Car il faut être clair. Avec seulement 27% des voix, soit 9 points de moins que les conservateurs, les travaillistes enregistrent une défaite bien plus sévère que ne le suggère la répartition des députés. L’autre grand perdant est Nick Clegg, le chef des libéraux-démocrates, et révélation de la campagne, qui ne fait que rééditer le score d’il y a cinq ans, après avoir espéré beaucoup plus. Cependant, les deux dirigeants défaits de la campagne pourrait être tentés de s’entendre…
En effet, même si elle n’aurait pas la majorité absolue, une alliance des deux disposerait de davantage de sièges que les conservateurs, et avec le soutien d’un petit parti, elle pourrait peut-être avoir une majorité absolue. Après tout, les travaillistes pourraient bien être tentés d’infliger une défaite aux conservateurs en les privant du pouvoir. Et les libéraux-démocrates pourraient chèrement monnayer leur soutien, par exemple en obtenant la part de représentation proportionnelle qu’ils réclament depuis si longtemps.
A priori, David Cameron semble en meilleure position pour devenir Premier Ministre car sa victoire est assez nette, même s’il n’obtient pas la majorité absolue. Cependant, les résultats de cette élection pourraient encore réserver une sacrée surprise…
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03.05.2010
Quelle majorité pour la Grande-Bretagne ?
Ce jeudi, les britanniques voteront pour des élections législatives qui promettent d’être très disputées. Les sondages indiquent une possible déroute du Labour de Gordon Brown, seulement 3ème aujourd’hui, mais aussi la perspective d’un parlement sans majorité.
Le troisième homme qui bouleverse la donne
Il y a quelques mois, l’issue de l’élection semblait simple. L’avance de plus de dix points dont disposaient les conservateurs de David Cameron ne semblait pas rattrapable par un Gordon Brown dont on estimait qu’il avait déjà de la chance de pouvoir représenter son parti à nouveau. Puis, peu avant la dernière ligne droite, le parti travailliste s’est rapproché au point de faire entrevoir un scénario comparable à celui de 1992, lorsque John Major avait gagné des élections promises aux travaillistes.
Mais tout a changé avec les débats télévisés entre les trois leaders des principaux partis. Le résultat le plus marquant de cette élection est sans doute l’ascension de Nick Clegg, le chef des libéraux-démocrates. Le Guardian, soutien traditionnel du parti travailliste, a décidé de changer de camp pour soutenir le nouveau venu. Les libéraux-démocrates disposent de deux grands points distinctifs : ils se sont opposés à la guerre en Irak, contrairement aux deux grands partis, et sont très « europhiles ».
Quelle Assemblée dans 5 jours ?
Les sondages donnent aujourd’hui les conservateurs en première position avec 35% des voix, suivis des libéraux-démocrates, à 28%. Les travaillistes arriveraient bon derniers avec à peine un quart des suffrages. Mais le système électoral, où celui qui arrive en tête au premier tour qui remporte le siège peut réserver bien des surprises. Le parti travailliste bénéficierait ainsi d’une géographie électorale plus favorable qui devrait lui permettre de limiter la casse dans ses bastions.
Cependant, la dynamique actuelle, avec un creusement de l’écart entre les deux anciens partis pourrait finalement redonner une chance à David Cameron de gagner vu l’état de faiblesse d’un Gordon Brown qui ne parvient pas à convaincre. Et si les Tories ne parviennent pas à s’imposer clairement, les libéraux-démocrates pourraient alors s’essayer au pouvoir, les deux autres partis cherchant d’ors et déjà à attirer les faveurs du parti qui pourrait détenir les clés de la majorité.
Quelques soient les résultats, la Grande-Bretagne est à l’aube d’un grand changement. Soit David Cameron réussit le pari engagé en 2005 de rendre son parti à nouveau éligible. Soit les libéraux-démocrates accèdent au pouvoir après près d’un siècle de mise à l’écart.
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30.01.2010
Nicolas Sarkozy, un schizophrène à Davos
Il n’y est pas allé de main morte ! Parlant en ouverture du forum de Davos, Nicolas Sarkozy a livré un discours (sans doute écrit par Henri Guaino) que ne renierait pas les altermondialistes. Mais son problème, comme toujours, est l’adéquation entre les mots et les gestes.
Un discours quasiment parfait ?
En entendant des extraits de l’intervention du président de la République à Davos, mon sentiment était très partagé. D’un côté, j’étais proprement estomaqué par la radicalité des propos du chef de l’Etat et leur proximité avec les tenants d’une véritable alternative économique. Ainsi, il a affirmé que cette crise est une « crise de la mondialisation ». Il a dénoncé ceux pour qui « le marché a toujours raison » et ceux « qui gagnent à tous les coups ». Il a attaqué la déréglementation de la finance, du système monétaire et même du commerce, un écho surprenant de ma critique de l’anarchie néolibérale !
Mieux, il a proposé une grande réforme du Système Monétaire International, appelant de ses vœux un « nouveau Bretton Woods », dénonçant le « dumping monétaire » de certains pays. Il a même soutenu les dernières propositions de Gordon Brown sur la mise en place d’une taxe sur la spéculation ainsi que celles de Barack Obama sur la réglementation de la finance, avec une refonte des règles prudentielles. Bref, Nicolas Sarkozy a fait feu de tout bois proposant une réforme du système économique globale que ne renieraient pas les intellectuels alternatifs.
Une simple posture
Mais, comme toujours avec le locataire de l’Elysée, il faut se méfier de l’écart entre les déclarations et les actes. Après tout, nous sommes en 2010. Le pic de la crise remonte désormais à près de 18 mois et le moins que l’on puisse dire est que les discours radicaux du président peinent à se traduire en actes concrets. Rien ne se passe au niveau européen. Les mesures du G20 sur les paradis fiscaux sont un rideau de fumée ridicule. Et le même comité (Bâle 2) qui avait construit les règles prudentielles des banques qui ont mené au désastre est en charge de construire les nouvelles règles.
Au niveau européen, il n’a rien construit de concret, alors que l’Europe pourrait mettre en place des règles spécifiques. Le traité de Lisbonne, qu’il a adopté, sanctifie tous les travers de la déréglementation qu’il dénonce. Sur le plan des propositions, il est en retard sur Gordon Brown et Barack Obama. Au niveau national, il laisse les banques transformer le projet de taxe sur les bonus en loi indolore, avant que quelques dissidents de l’UMP et le PS ne se rebellent. Bref, l’écart colossal entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, révèle que ses discours ne sont que des postures destinées à donner le change à l’opinion.
Comment un chef de l’Etat peut-il faire pour assumer un tel écart entre ses paroles et ses actes ? Peut-on être suffisamment cynique pour dire une chose et quasiment faire le contraire après. De toutes les façons, nous jugerons cet immense décalage en 2012.
12:05 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, davos, barack obama, gordon brown
16.01.2010
Taxation de la finance : Etats-Unis / Grande Bretagne 2, France 0
C’est l’immense paradoxe de cette crise. Alors que notre président n’en rate pas une pour dénoncer les comportements des banques et les bonus, au final, ce sont bien les dirigeants anglo-saxons qui agissent et ne se contentent pas de paroles. Nouvel exemple avec Barack Obama.
Une voix de la France plus vive que ses actes
Et dire que Nicolas Sarkozy fanfaronnait lors de la nomination de Michel Barnier comme commissaire européen chargé du marché intérieur. Il y voyait une victoire de la vision Française de la crise sur le laissez-faire anglo-saxon. Mais comme le soutenait The Economist à l’époque : « La City a sans doute plus à craindre des travaillistes au pouvoir à Londres ». D’ailleurs Michel Barnier s’est empressé d’affirmer son indépendance vis-à-vis de la France lors des auditions du Parlement.
Car dans la réalité, ce sont les pays anglo-saxons qui prennent des mesures concrètes et fortes pour améliorer la contribution du monde financier à la collectivité et taxer les bonus, alors que la France fait preuve d’une mollesse aussi grande que la sévérité des discours écrits par Henri Guaino pour le président. La réforme de la finance est sans doute un des domaines où le contraste entre le verbe de Nicolas et les actions du président est le plus saisissant.
Des pays anglo-saxons qui agissent
Le gouvernement britannique fait un véritable tournant à gauche à l’approche des élections générales. Ainsi, malgré les dures critiques de la City qui agite le spectre d’un départ en masse des traders en Asie, les bonus seront taxés à 50% et une nouvelle tranche d’imposition sur le revenu a été ajoutée. Certes, il reste beaucoup d’incertitude sur le produit de cette taxe, mais cela est simplement juste. Le Premier Ministre a même parlé de taxe sur les transactions financières !
Et le président étasunien n’est pas en reste. Après avoir imposé des limites aux rémunérations des dirigeants des entreprises secourues par l’Etat, il parle désormais d’une taxe visant à compenser les sommes déboursées pour soutenir le monde financier. Cette idée rejoint celle d’économistes qui jugent à raison que les grandes banques devraient payer pour l’assurance vie que leur donne les Etats. Enfin, Barack Obama a critiqué les « bonus obscènes » des banquiers.
Même s’ils n’agissent pas autant qu’ils le devraient, Barack Obama et Gordon Brown ont au moins le mérite de faire avancer une nouvelle réglementation plus équilibrée du monde de la finance. Au contraire, Nicolas Sarkozy parle beaucoup mais ne fait pas grand chose.
12:23 Publié dans Actualités, Economie, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, gordon brown, nicolas sarkozy, bonus, banques
25.12.2009
Gordon Brown redécouvre la lutte des classes
Après un léger rebond à l’automne 2008 au pic de la crise financière, le parti travailliste semblait parti pour une défaite aussi cinglante que celle qu’il avait infligée aux conservateurs en 1997. Mais depuis quelques semaines, il semblerait que l’élection puisse être plus serrée qu’annoncé.
Les aristocrates à la lanterne
Comme le raconte The Economist dans son édition du 12 décembre, le Premier Ministre Britannique multiplie les initiatives contre la « haute », incluant une attaque contre Eton, l’école de David Cameron. Il a introduit une nouvelle tranche d’imposition sur le revenu à 50% (contre 40% en France ou aux Etats-Unis pour la tranche la plus élevée). Ensuite, le gouvernement vient de décider de taxer à 50% les bonus supérieurs à vingt-cinq mille livres qui seront payés en 2010.
Ces mesures font partie d’un plan d’ensemble puisque le gouvernement a également décidé de maintenir à quarante-quatre mille livres le seuil à partir duquel s’applique la tranche d’imposition à 40% et à trois cent vingt cinq mille livres le seuil à partir duquel s’applique l’impôt sur les successions (alors que les conservateurs veulent le monter à un million). Le gouvernement a également annoncé une réduction de 50% du budget dédié aux consultants et une révision des plus hauts salaires de l’administration.
Un nouveau Roosevelt ?
Avec beaucoup d’enthousiasme, on pourrait finir par se dire que Gordon Brown se révèle par la crise. Après tout, c’est lui qui a inspiré les mesures les plus radicales qui ont permis au monde d’éviter de sombrer dans une crise économique comparable à la Grande Dépression des années 30. Le plan européen de soutien aux banques de l’automne dernier n’était qu’un décalque du plan britannique appliqué aux autres pays. En outre, il a nationalisé une partie importante du secteur bancaire.
Mieux, le Royaume-Uni n’hésite pas à recourir à des déficits colossaux pour ranimer l’économie. En effet, le déficit atteint 175 milliards de livres cette année, soit plus de 12% du PIB. Le gouvernement tire bien les leçons des années 30 en évitant une rigueur qui ne ferait que prolonger la dépression économique sans réellement permettre une amélioration des comptes publics qui seraient plombés par la baisse des recettes. La hausse des impôts des plus riches rappelle également Roosevelt.
Peut-il gagner les élections de 2010 ?
Mais il y a quand même une grande différence entre les deux. En effet, Franklin Roosevelt avait appliqué la politique qu’il avait annoncé pendant la campagne électorale de 1932. Au contraire, Gordon Brown semble défaire ce qu’il avait mis en place avec le New Labour. Du coup, ce virage à gauche peut ne sembler être qu’un virage tactique à l’approche d’élections qui promettaient d’être une véritable déroute à moins de changer radicalement la donne.
Il est difficile de savoir ce que Gordon Brown pense réellement. Avec ces mesures fiscales ou la défense d’une taxe Tobin, son virage à gauche est impressionnant. Et il semble que cette stratégie fonctionne puisque l’avance des conservateurs dans les sondages a fondu à moins de 10 points, ce qui priverait David Cameron d’une majorité claire en 2010. On en vient même à se demander si la défaite du Labour est vraiment certaine et s’il ne pourrait pas finalement l’emporter…
Curieux destin que celui de Gordon Brown. Après s’être fait le zélateur de la cause néolibérale au point de passer pour un homme de centre-droit sur un échiquier continental, la crise et la promesse d’une déroute électorale provoque une mue dont on ne saura sans doute jamais si elle était sincère.
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12.12.2009
Bonus : l’arbre qui cache la forêt
Cette semaine, Gordon Brown a annoncé une taxation de 50% des bonus pour l’année prochaine. Très rapidement, Nicolas Sarkozy lui a emboîté le pas en signant une tribune avec lui dans le Wall Street Journal, puis Angela Merkel a poursuivi en parlant d’une « idée très charmante ». Conversion ou posture ?
Paroles, paroles, paroles
Paradoxalement, le constat fait par les deux chefs d’Etat rejoint complètement les analyses des intellectuels alternatifs. Ils dénoncent la collectivisation du risque bancaire puisque les gouvernements donnent de facto une assurance vie gratuite aux institutions financières, comme l’a montré la crise financière de l’automne dernier. Du coup, ils appellent à une double mesure : un renforcement des fonds propres des banques et une taxation des bonus des banquiers.
La taxation des bonus est une mesure à la fois juste et populaire car les citoyens de tous les pays sont choqués par les sommes extravagantes gagnées par les banquiers, en prenant des risques que la collectivité assume de facto. La proximité des élections législatives en Grande-Bretagne explique sans doute le durcissement du ton de Gordon Brown, qui lui réussit plutôt bien dans les sondages d’ailleurs. Mais il faut noter que cette mesure ne concerne que les bonus qui seront versés en 2010.
Rien ne change
Globalement, ce que l’on constate est l’absence de mesures radicales. Les hommes politiques s’en tiennent jusqu’à présent à des mesures cosmétiques destinées à donner le change vis-à-vis de la population, sans réellement réformer en profondeur le système économique qui est responsable de la catastrophe financière de l’an dernier. Si la taxation des bonus est juste, elle ne représente pas une réforme suffisamment structurelle pour éviter les excès d’antan.
Sur le moyen de limiter le risque, l’idée de renforcer légalement les fonds propres des banques est bonne mais cette proposition n’avance absolument pas depuis plus d’un an. En outre, les hommes politiques laissent pour l’instant aux banquiers le soin de faire des propositions avec le comité Bâle 2. Tout ce passe comme si les hommes politiques se contentaient de gesticulations électoralistes sans vraiment vouloir changer le système, malgré l’ampleur de la crise de l’an dernier.
Bien sûr, la taxation des bonus est une bonne décision. Mais il ne s’agit que d’un petit arbre qui cache la forêt des disfonctionnements qui ont conduit à la crise et que l’immense majorité des hommes politiques semblent totalement ignorer.
13:43 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, gordon brown, bonus
26.11.2009
Nouveau coup de pouce pour la taxe Tobin
Après le président de l’autorité de régulation de la finance, c’est au tour de Gordon Brown de se prononcer en faveur d’une taxe très proche de la taxe Tobin en Grande-Bretagne. Réelle avancée ou faux-semblant ?
Révolution en Grande-Bretagne
The Economist rapporte cette proposition du Premier Ministre britannique dans un article titré « mesures désespérées ». Lors de la réunion du G20 du 7 novembre, Gordon Brown a évoqué l’idée d’une taxe globale sur les transactions financières destinée à financer un fond d’assurance au cas où les banques auraient à nouveau besoin d’un soutien financier des gouvernements lors d’une crise financière. Même la Grande-Bretagne semble donc faire un pas en faveur d’une plus grande contribution du monde de la finance à la collectivité suite à la terrible crise d’il y a un an.
La proposition du Premier Ministre britannique rappelle certaines solutions évoquées aux Etats-Unis. En effet, devant l’immensité des sommes mobilisées par l’Etat dans les deux pays, il y a un consensus politique pour imposer, sinon une nouvelle taxe sur la finance, au moins une forme d’assurance obligatoire pour compenser la garantie de fait que l’Etat leur donne en cas de crise. The Economist note même avec horreur que les conservateurs se sont à peine opposés à l’idée et évoquent eux-aussi l’idée d’une assurance obligatoire pour les banques ou une réduction des bonus !
Réelle avancée ou faux-semblant ?
A court terme, il y a pourtant peu de chances que cette annonce soit autre chose qu’une gesticulation électoraliste pour mobiliser un électorat écœuré par une crise qui aura vu les Etats voler au secours des banques sans se soucier des difficultés des individus. Gordon Brown ne semble pas sérieusement vouloir mettre ce sujet à l’ordre du jour sinon il aurait essayé de trouver des appuis parmi les autres dirigeants du G20 pour faire avancer l’idée. Rien n’aurait été plus facile tant certains pays flirtent avec l’idée. Il aurait pu demander de lancer un groupe de travail sur le sujet par exemple.
Cependant, cette annonce du Premier Ministre britannique recèle sans doute une avancée pour un avenir plus lointain. En effet, cette conversion orale à l’idée d’une taxe sur les transactions financières de la part d’un des dirigeants de la planète qui a le plus contribué à la globalisation néolibérale peut contribuer à populariser cette idée et à lui faire dépasser le cadre un peu trop étroit des penseurs alternatifs. En cela, cela ouvre peut-être la voie à sa mise en place dans quelques années.
Bien sûr, tout laisse à croire que la déclaration de Gordon Brown est principalement électoraliste, tant il ne fait rien pour réellement mettre en œuvre une telle taxe. Cependant, il aura contribué à populariser l’idée.
Source : The Economist 13 novembre
10:55 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : taxe tobin, gordon brown, g20
04.09.2009
La lettre de Nicolas, Angela et Gordon : Oui-oui écrit au G20…
Hier, les trois principaux dirigeants européens ont écrit et publié une lettre au président en exercice de l’Union Européenne en vue de la préparation du prochain sommet du G20. Le ton et les détails révèlent déjà que pas grand-chose ne changera…
Peur sur les banquiers ?
Pour être honnête, il y a bien un élément positif dans cette lettre. Alors que l’économie se stabilise et semble même prendre le chemin d’un retour à la croissance, les chefs de gouvernement européens affirment être « déterminés à mettre en œuvre résolument nos plans de relance ». Ainsi, les dirigeants de la planète continueront de soutenir l’économie pendant quelques temps avant de passer à une politique économique moins conciliante, limitant les risques de rechute.
En revanche, le détail des mesures suggérées pour tirer les leçons de la crise fait froid dans le dos : rien de sérieux n’est proposé. La principale mesure envisagée (par la place qu’elle occupe dans la lettre) est la réglementation des rémunérations des banquiers, qui deviennent les bouc-émissaires commodes de la crise. Bien sûr, les bonus accordés en 2009 sont un véritable scandale et il conviendrait de les interdire ou de les taxer à 90%. Néanmoins, ils ne sont que le produit du système.
Et de toutes les façons, ce ne sont pas les mesures annoncées qui vont faire trembler les banquiers. Dans un langage trop poli pour être ferme, ils demandent une meilleure « gouvernance » et « plus de transparence » (en clair, les banques feront toujours ce qu’elles veulent). Ils demandent à ce que les bonus soient fixés « à un niveau approprié » et à ce que les dirigeants ne « soient pas totalement (sic) immunisés sur les risques » : les traders de Goldman Sachs en rigolent encore…
Rien ne change…
Il faut noter que près de la moitié des (tièdes) mesures proposées portent sur la rémunération des banquiers pour essayer de satisfaire une opinion publique révoltée à juste titre par les bonus annoncés pour 2009. Mais après avoir proposé de bouleverser le mode de rémunérations des banquiers, nos grands révolutionnaires s’attaquent à la réforme du système financier international. Et là, on va voir ce que l’on va voir… Ils proposent ainsi de suivre les nouvelles recommandations du comité de Bâle, dont les précédentes décisions ont été d’une grande efficacité comme on l’a vu l’automne dernier…
Les « paradis fiscaux » peuvent également trembler, après les avancées réalisées en avril dernier. Il faut se souvenir que la grande avancée réalisée au printemps dernier avait été de constater que plus personne ne faisait partie de la liste noire, pas même la Suisse, les Iles Caïmans ou le Liechtenstein… Naturellement, rien de sérieux n’est envisagé sur la taxation des transactions financières ou sur une reprise en main par les politiques des normes prudentielles, qui sont toujours laissées entre les mains des banquiers, qui demeurent juges et parties et laissés dans une autogestion pourtant désastreuse.
La lettre de Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Gordon Brown est une véritable négation du politique. Elle est surtout un Objet à Destination Communicante pour montrer à des opinions publiques sceptiques qu’ils agissent alors que les détails montrent que rien ne change...
Source : http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20090903/1235082_31fa_lettrensamgb.pdf
11:09 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, angela merkel, gordon brown, g20, bonus, paradis fiscaux



