27.04.2011

Rama Yade, ange ou démon ?

Alors que l’on peine à se souvenir du nom des secrétaires d’Etat, elle est aujourd’hui une des personnalités politiques les plus populaires et les plus invités (elle était de nouveau invitée au Grand Journal de Canal Plus la semaine dernière). Que se cache-t-il derrière cette star de la politique ?

Jeune, jolie, et rebelle…

A priori, Rama Yade a tout pour plaire. C’est une belle femme issue des minorités visibles qui a démontré une vraie force de caractère depuis le voyage très controversé de Muhammad Kadhafi en France, où elle avait exprimé des réserves qui prennent aujourd’hui un sens particulier. N’a-t-elle pas eu raison, a posteriori, de marquer sa différence ? Et en quatre ans, elle a gagné un solide aplomb qui lui donne maintenant un certain charisme quand elle s’exprime.

Il est sûr que par rapport aux soutiens inconditionnels du président de la République comme Nadine Morano et Frédéric Lefebvre, elle apporte une liberté de penser a priori rafraîchissante. Si elle sait parfaitement pratiquer la langue de bois, elle n’hésite pas à souligner ses points de désaccord avec le président de la République. Et il est vrai qu’étant donné l’impopularité record de Nicolas Sarkozy, une position critique vis-à-vis de son action est un bon gage de succès.

Mais aussi perso…

Et c’est justement tout le problème. En fait, Rama Yade fait à Nicolas Sarkozy ce que ce dernier avait fait à Jacques Chirac. Elle exprime de manière transparente tous ses désaccords, au mépris de la plus élémentaire solidarité gouvernementale ou majoritaire. Bien sûr, un homme politique n’est pas forcément sensé reprendre mot pour mot et en toute circonstance tout ce que son chef dit. Mais entre la soumission servile et la rébellion permanente, il y a des nuances.

Et Rama Yade ne s’en est pas beaucoup embarrassé. Elle n’a pas hésité à exposer ses désaccords avec ses ministres de tutelle. Malheureusement, le président, en ayant montré le mauvais exemple de 2002 à 2007, puis en ayant trop longtemps laissé faire, a encouragé un tel comportement. Est-il vraiment étonnant qu’un bébé Sarkozy la joue perso en politique ? En outre, il est difficile de ne pas y voir des postures, comme lors de la polémique sur le prix de l’hôtel des bleus.

Et suffisante

Rama Yade, après s’être rapproché de Jean-François Copé, a finalement décidé de suivre Jean-Louis Borloo dans son aventure, officiellement parce que le parti majoritaire ne lui permettrait pas de travailler sur les sujets sur lesquels elle souhaite travailler… Pourtant, au Grand Journal, elle a été bien incapable d’avancer la moindre proposition sur ces sujets dont elle dit qu’ils lui tiennent tant à cœur. En fait, l’ambitieuse n’avait pas eu le poste qu’elle attendait il y a quatre mois...

En clair, la direction actuelle de l’UMP n’était pas prête à lui confier des responsabilités à la hauteur de la grande idée qu’elle se fait déjà d’elle-même. Et aux rumeurs sur son limogeage de sa mission d’ambassadrice pour l’UNESCO, du fait de ses prises de parole intempestives étant donnée la fonction qu’elle est sensée occuper, elle ose répondre « j’existais avant, j’existerai après », comme si elle existait avant 2007… Bref, le bébé Sarkozy a pris la grosse tête.

Bien sûr, sa popularité est une belle réussite. Mais pour l’instant, elle n’a fait que répliquer les méthodes de son chef et bénéficie de son éloignement alors qu’il est devenu très impopulaire. Rama Yade a encore du chemin à faire pour démontrer qu’outre une grand idée d’elle-même, elle a du fond.

30.03.2011

Copé, Fillon : la discorde chez la majorité

Il y a quelques mois, l’UMP ricanait des tiraillements entre membres du Parti Socialiste et des petites phrases que les écuries présidentielles se balançaient par média interposés. Mais avec des sondages calamiteux, les esprits s’échauffent et la chienlit est passée à droite.

Règlement de compte à UMP-Corral

Les médias ne sont pas tendres. Gérard Courtois a signé un papier enlevé dans le Monde parlant de « crise d’autorité ». Jack Dion se charge de l’exécution sur Marianne 2, évoquant « la chienlit à l’UMP ». Il faut dire que c’est une chose de voir les menuisiers en chef de la majorité tenter d’expliquer que la raclée des cantonales n’est pas vraiment une défaite, que rien n’est joué à un an de la présidentielle et soutenir sans rire que la ligne de la majorité était très clair pour le second tour.

Mais le tir de snipers qui a démarré lundi n’était pas sans rappeler les pires heures des affrontements socialistes. La charge de Jean-François Copé dans le Grand Journal de Canal Plus de lundi soir, dénonçant la « posture » d’un premier ministre qui ne jouerait pas assez collectif et chercherait à se placer pour l’après  2012 en jouant la défaite du président était hautement comique. On avait surtout l’impression qu’il reprochait à François Fillon de faire du… Jean-François Copé.

La guerilla s’est poursuivie mardi avec l’appel à la démission du secrétaire général de l’UMP par un député proche du premier ministre, avant que le président ne siffle péniblement la fin de la récréation par une rencontre entre les deux hommes, qui ont assuré que l’incident était clôt. Outre les prises de position pro-Fillon ou pro-Copé, le gouvernement s’est aussi retrouvé embarrassé par les déclarations contradictoires des uns et des autres sur le débat sur la laïcité

Majorité au bord de la crise de nerfs

Les élus UMP craignent de plus en plus les échéances de 2012 devant l’échec patent de la stratégie présidentielle que l’Elysée ne semble pas vouloir remettre en cause. Du coup, les critiques fusent, notamment de la part des centristes et de Jean-Louis Borloo. Mais même Christian Estrosi a exprimé des craintes sur la stratégie suivie. Bref, non seulement c’est la panique, mais en outre, elle s’étale à la une des médias dans un feuilleton digne des pires productions socialistes.

Les sondages exécrables font ressurgir l’idée d’un candidat alternatif. Mais il s’agit d’un serpent de mer tant il est évident qu’il compte se représenter (d’autant plus qu’y renoncer serait un aveu d’échec assez peu probable étant donné son caractère). Bien sûr, Juppé, Fillon et Copé sont évoqués comme des candidats alternatifs possibles. Mais les deux premiers ne semblent pas vraiment le vouloir, et le troisième mise sur 2017 (et sans doute un échec en 2012).

Comment Nicolas Sarkozy va-t-il pouvoir organiser son radeau de la méduse en vue des élections présidentielles ? A un moment, un minimum de discipline devrait théoriquement s’imposer pour éviter d’aller vers un désastre complet. Cependant, les tensions actuelles préfigurent déjà la lutte en cours pour récupérer les décombres de la majorité présidentielle après l’échec prévisible de 2012. Du coup, il n’est pas impossible qu’elles persistent et enfoncent plus encore le président.

Nicolas Sarkozy s’est construit de 2002 à 2007 en instaurant la discorde au sein de la majorité présidentielle de l’époque. Assez logiquement, il en récolte aujourd’hui les fruits, à savoir une discorde dirigée contre lui qui l’enfonce plus encore en vue des élections présidentielles de l’an prochain.

25.03.2011

Marine Le Pen, 90% Le Pen, 10% Marine

La nouvelle présidente du Front National est habile. Presque tous les médias ont véhiculé sans la questionner la thèse selon laquelle elle est moins extrême que son père, plus fréquentable et républicaine. Et si le recentrage du FN était surtout cosmétique ?

Une communication habile

En avril dernier Marine Le Pen expliquait sur Europe 1 que les « saillies » de son père, si elles faisaient son charme, étaient contre-productives. Déjà, en se plaçant sur l’angle de la communication, elle sous-entendait qu’elle ne remettait pas en cause ce qu’est son parti, mais seulement sa communication. Cela limite la rénovation apparente du Front National à une opération de communication destinée essentiellement à augmenter son potentiel électoral.

En cela, la scénarisation de son accession à la présidence du parti de son père était idéale : la confrontation avec plus à droite qu’elle l’a fait passer pour une modérée. Absolument tous les médias ont rapporté sans broncher cette version des faits, qui correspond pourtant exactement à ce que la nouvelle présidente souhaitait que l’on raconte. Son discours, en rupture avec ceux de son père, accréditait parfaitement cette thèse. Bref, l’opération de communication est un succès total.

Mieux, les médias modérés, après avoir relayé l’histoire qu’elle souhaitait raconter, continuent à la traiter comme une pestiférée et à lui donner des leçons de morale dignes d’un procès de Moscou, comme mardi soir au Grand Journal de Canal Plus. Ils ne se rendent pas compte qu’il y a une grande incohérence à valider la thèse d’un recentrage du FN tout en le traitant aussi mal. Du coup, cette émission est sans doute une des meilleures promotions possibles pour Marine Le Pen

Sociologie et programme économique

Pour être honnête, certains aspects de son programme ont évolué avec l’arrivée de la nouvelle présidente. Sa partie économique, volontiers anti-étatiste, antifiscal et d’inspiration franchement libérale est en passe d’être rénovée dans une direction plus proche d’un dirigisme colbertiste et social. D’ailleurs, le FN version Marine Le Pen n’hésite pas à reprendre les analyses de Jacques Sapir sur son site, et même les miennes (mises en ligne dans leur dossier sur l’euro).

En fait, cette évolution est totalement logique et correspond davantage à une base populaire, qui souffre de la mondialisation et en attente d’un Etat plus protecteur. Sociologiquement, avec sa domination des classes ouvrières, que le Parti Socialiste lui a abandonnées, le Front National est « passé à gauche », prenant la place du Parti Communiste. Là aussi, on peut voir dans l’évolution du parti une mise en cohérence avec un objectif électoral plus ambitieux, un souci de communication.

Car le vote Front National est un vote essentiellement social, un vote des exclus du système. C’est un vote qui n’est pas très compliqué à comprendre. Face à des grands partis qui promettent beaucoup et réalisent peu, qui défendent la globalisation néolibérale qui fait mal à ces classes populaires, et qui semblent davantage préoccupés par leur nombril que par le sort des Français, le vote FN a une vraie logique. Mais c’est un vote de protestation et non d’adhésion.

Un programme qui a moins évolué qu’on ne le dit

Mais sur les autres aspects de son programme, le nouveau Front National n’est pas si différent de l’ancien. Marine Le Pen n’a eu besoin de supprimer que deux des vingt-cinq chapitres de son programme, ce qui tempère largement l’évolution affichée du parti. Sur de nombreuses questions, le FN version Marine ressemble comme deux gouttes d’eau au FN version Jean-Marie. Sur l’immigration, elle continue à véhiculer les mêmes mensonges et à surfer sur la peur de l’autre.

Sur les questions de société, le Front National reste dans les marges extrêmes de notre vie politique. Il est toujours favorable à la peine de mort. Et Marine Le Pen s’est également prononcé récemment contre le remboursement de l’IVG, un retour en arrière assez incroyable pour la condition féminine et une pratique profondément inégalitaire dont les conséquences seraient sans doute dramatiques. Enfin, je ne parle pas des mesures discriminatoires entre Français…

On retrouver toujours dans le Front National de Marine Le Pen la même dialectique frontiste du bouc-émissaire étranger, qu’elle n’a que légèrement renouvelée en ciblant davantage les musulmans. On peut être souverainiste ou lutter contre la globalisation ou l’Europe sans tomber dans la haine de l’autre, Là-dessus encore, le Front National bleu Marine reste dans la droite ligne du parti paternel. Marine Le Pen n’a fait que quelques inflexions dans le discours, certes bien ciblées.

Un problème de personnes

En outre, un parti politique, ce n’est pas qu’un discours. Certes, le discours de son accession à la présidence du FN marquait une forte inflexion. Mais depuis, dans le détail, la différence n’est pas si grande. Et puis surtout, le FN, ce sont aussi des dirigeants, qui accèderaient au pouvoir si Marine Le Pen était élue à la présidence de la République. A tous ceux qui sont tentés de voter FN, je demande de réfléchir aux personnes auxquelles ils donneraient les manettes du pouvoir…

Une analyse rapide de la composition du Bureau National du FN permet de constater qu’une bonne partie de ses membres n’a pas changé, avec des personnes liées à l’OAS… Ce parti conserve aussi comme logo la flamme tricolore des fascistes Italiens nostalgiques de Mussolini. En outre, on ne peut pas dire que les expériences des gestions municipales frontistes aient révélé de grandes compétences parmi les divers maires que le Front National a fait élire.

Par ses dirigeants, par sa culture, par son histoire, bref, par ce qu’il est encore aujourd’hui, et qui n’est pas si différent de ce qu’il était hier, le Front National reste un parti d’extrême-droite, un parti qui refuse de laisser les journalistes pénétrer son Congrès, un parti dont le président d’honneur parle du « nez » des juifs, dans la pire tradition extrémiste du début du siècle dernier, un parti qui élit la fille de son père pour lui succéder (ce qu’aucun autre parti républicain n’a jamais fait).

Bref, si Marine Le Pen a parfaitement réussi son opération de communication, il faut se souvenir d’une chose : c’est essentiellement une opération de communication. La nature profonde du parti a un peu changé, mais seulement un peu, et peut-être plus par calcul que par réelle conviction républicaine.

Sur le front républicain, je vous invite à lire l’excellent papier de Romain Pigenel

Demain, lettre ouverte à quelques compagnons tentés par le vote FN

25.02.2011

Bruno Le Maire, technocrate empathique

Le ministre de l’agriculture a tout pour plaire : il parle bien, présente bien, reste toujours calme, écoute ses interlocuteurs et tient un discours sensé. Mais sa prestation au Grand Journal de Canal Plus mardi dernier révèle quand même de sérieuses limites.

Plus technocrate que politique

Pendant l’émission, Ariane Massenet a proposé au ministre un test sur ses connaissances: l’époque où on récolte les poires (l’été) ; la race d’une vache (une blonde d’Aquitaine) ; le nom d’une machine agricole (un enjambeur) ; le nom de l’animal dont on faisait entendre le cri (un dindon) ; ce que représente un hectare (10 000 m2). Le ministre a récolté un zéro pointé, l’agriculteur invité affirmant que « si un jour, il avait à en acheter un (hectare), il saura que chaque mètre est important ».

Naturellement, il est ridicule d’attendre des ministres ou des hommes politiques qu’ils aient réponse à toutes les questions qu’on leur pose. Dans la vraie vie, ils ont un ministère qui les assiste. Mais là, le zéro pointé était un peu cruel pour un ministre qui avait passé son temps au Salon de l’Agriculture depuis quelques jours. Deux bonnes réponses auraient été un minimum. La déconnexion entre le ministre et les réalités du monde agricole ne pouvait pas être mieux illustrée.

Sa politesse, son écoute et sa façon de reconnaître son ignorance lui ont permis de ne pas trop mal faire passer la chose. Bref, on retrouvait bien l’auteur du livre « Des hommes d’Etat », ce technocrate vivant un peu trop en vase clos dans les bureaux de la République mais assez sympathique même s’il s'étalait un peu trop sur ses états d’âme. Bruno Le Maire semble le prototype du serviteur de l’Etat plus technocratique qu’idéologue, qui gère plutôt qu’il ne dirige, mais pas vraiment politique.

Empathique mais trop convenu

C’est sans doute pour cela que les agriculteurs semblent bien l’aimer malgré sa méconnaissance de leur métier. Il semble avoir le souci sincère de faire bouger les choses pour les agriculteurs. Fin 2009, il avait même tenu des propos sévères sur les conséquences du libre-échange pour le monde agricole qui avait vu ses revenus baisser de 34% en une seule année, à des niveaux indécents. Malheureusement, faute est de constater que rien n’a véritablement changé depuis.

Le problème est simple : même s’il est choqué par ce qui arrive et qu’il s’efforce de faire de son mieux, ne pas penser à remettre en cause la libéralisation du marché des produits agricoles le limite à poser des rustines sur un problème qui ne sera jamais réglé. La solution est assez simple. Nous la connaissons puisque c’était la façon dont nous fonctionnions avant : mettre en place des prix de soutien pour éviter que les agriculteurs ne vendent en dessous de leur prix de revient.

Naturellement, les opposants souligneront que cela aboutit à des conséquences fâcheuses (prix en hausse, stocks…). Mais il est possible de baisser les prix des produits qui sont en excès et monter ceux des produits dont on manque pour réajuster la production. Bref, si nous restons dans le seul cadre du marché libre, les agriculteurs subiront des variations de prix dévastatrices. C’est cette logique qu’il faut casser pour leur permettre de vivre de leur métier et non pas de subventions.

Bruno Le Maire a une bonne capacité d’écoute et sans doute de bonnes intentions. Mais en restant figé dans le cadre d’un marché agricole déréglementé, il se condamne à des rustines inopérantes pour traiter les problèmes du monde agricole.

28.05.2010

Jacques Attali, socialiste néolibéral

Mercredi soir, Jacques Attali était l’invité du Grand Journal de Canal Plus. Il a affirmé qu’il avait voté à gauche toute sa vie et que c’était sa famille politique. Mais il représente sans doute mieux que personne la dérive néolibérale du Parti Socialiste.

« Un plan de rigueur insuffisant »

L’ancien sherpa de François Mitterrand vient de sortir un livre sur la dette publique, sujet de prédilection de Jean-Michel Apathie. Il se demande si nous sommes ruinés et ne répond pas par la positive tout en disant que pour éviter cela, il faut absolument agir dans les prochains mois et que si les deux années qui viennent ne sont pas utilisées pour radicalement redresser nos finances publiques, alors nous pourrions bien l’être. Pour lui, les annonces du gouvernement sont beaucoup trop timides.

Il appelle à un plan beaucoup plus radical, mais sans rentrer dans le détail des mesures, ce qui est une position beaucoup plus confortable. Pourtant, Jacques Attali sait pondre de nombreuses mesures précises, comme il l’avait fait dans son « plan pour la libération de la croissance de la France », où il proposait des dizaines de mesures de déréglementation, où il proposait entre autre de laisser beaucoup plus de liberté aux institutions financières (nous étions encore avant le gros de la crise…).

Bref, il est absolument hallucinant de constater à quel point certaines figures du « socialisme » font une allégeance absolument totale et sans mesure aux idées néolibérales de déréglementation financière, de démantèlement des barrières douanières et de rigueur budgétaire. Pire, pas une fois il n’a évoqué le sort des millions de Français qui sont au chômage et qui seraient sans doute les premières victimes du plan d’austérité sévère qu’il appelle de ses vœux.

Du respect du secret médical

Plus tard, un médecin est intervenu pour dénoncer le non respect du secret médical concernant Johnny Hallyday. Il a dénoncé l’attitude de Christophe Barbier en soulignant que si l’on suit la logique du patron de l’Express, alors une personne qui obtiendrait son dossier médical serait également en droit de le publier. Mais il est allé plus loin en soulignant que tous ceux qui avaient suivi étaient d’une grande hypocrisie puisque dès qu’un confrère cassait un interdit, ils suivaient sans état d’âme.

Même si Jean-Michel Apathie a commencé timidement par défendre la profession, en affirmant qu’il n’était pas possible de taire cette « information » ce matin, il a fini par se ranger plus ou moins à la thèse selon laquelle les journalistes auraient dû taire cette violation du secret médical et se faisaient complice en relayant sans la moindre hésitation des choses qui devraient rester privées. Jacques Attali, décidemment adepte du laisser-faire, n’y a vu rien à redire.

Certains pourraient croire que Jacques Attali n’est qu’une exception au sein de la famille socialiste. Mais est-ce qu’au contraire sa liberté ne lui permet pas de dire tout haut ce que pensent vraiment la majorité du parti ? Et si les socialistes n’étaient que des néolibéraux vaguement compassionnels ?

06.02.2010

Martine Aubry, la meilleure ennemie de Nicolas Sarkozy ?

Curieux destin que celui de Martine Aubry. Sa motion n’était arrivée qu’en 3ème position lors du Congrès du PS et elle a fini par devenir première secrétaire. Les résultats des élections européennes ont été désastreux et son parti va toujours aussi mal, mais elle s’impose dans les sondages.

Une Merkel Française ?

C’est la question que l’on pourrait se poser tant sa volonté de fer l’amène loin. Après tout, à l’issue du premier tour du Congrès du Parti Socialiste, sa liste, rassemblement hétéroclite de partisans de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius, était arrivée derrière la motion de Bertrand Delanoë et celle de Ségolène Royal. Mais en se maintenant à tout prix, elle a réussi à prendre la tête de la coalition « Tout Sauf Ségolène », forçant même le maire de Paris à se retirer.

Alors qu’on pouvait être légitimement surpris de sa présence au second tour, elle a même réussi à le gagner dans des circonstances qui resteront à jamais troublantes, pour ne pas dire plus. On peut dire qu’elle a sans doute battu ses concurrents grâce à sa volonté d’y arriver. Mais être première secrétaire est une chose, avoir de bons résultats en est une autre. Et force est de constater que la situation ne s’est absolument pas améliorée depuis son arrivée rue de Solférino.

En effet, le résultat des élections européennes a été un tel désastre que Benoît Hamon, 3ème de la liste Ile de France, porte-parole du parti, n’a pas été réélu. Le Parti Socialiste est toujours aussi divisé et en proie aux initiatives des snipers individualistes qui le composent. Sur un plan programmatique, rien ne semble avoir avancé. Bref, son bilan semble aussi mauvais que ses sondages sont bons, puisqu’elle devance aujourd’hui Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal dans les préférences des militants.

Le maillon faible pour Nicolas Sarkozy

A première vue, on peut se dire que son style austère, son manque d’aisance devant les médias sont peut-être des atouts pour affronter un président sortant à qui certains accolent l’expression « bling-bling » et dont les talents oratoires lui permettent de défendre tout et son contraire. En effet, la magie du verbe sarkozyste semble profondément cassée quand on constate que son émission spéciale sur TF1 ne lui a pas du tout permis de redresser la barre dans les sondages, où il est au plus bas.

Du coup, on pourrait se dire que l’austère Martine pourrait être une candidate redoutable pour le président sortant tant elle contraste avec lui. Mais ce n’est pas si facile. En effet, l’Elysée ne semble pas mécontent de l’ascension de la première secrétaire. On pourrait même se demander si le président ne préfère pas l’affronter elle plutôt que Dominique Strauss-Kahn. En effet, ce dernier serait un adversaire de second tour beaucoup plus redoutable, mordant au centre, voir à droite, tout en bénéficiant du soutien d’une gauche qui sera prête à soutenir n’importe qui pour battre Nicolas Sarkozy.

Et comme Ségolène Royal semble de plus en plus hors course, Martine Aubry pourrait finalement être la candidate la plus facile à battre. Sa prestation au Grand Journal de Canal Plus n’avait vraiment rien pour effrayer le président sortant. Peu à l’aise, restant figée dans un discours caricatural où la droite représente le mal et la gauche les gentils, incapable de proposer une quelconque alternative, il n’est pas sûr qu’une longue campagne donne aux Français l’envie de l’élire à la présidence.

L’ascension de Martine Aubry est d’autant plus surprenante qu’elle était encore au plus bas dans les sondages il y a quelques mois. La bulle médiatique à son égard rappelle celle autour de Ségolène Royal et on peut se demander si l’Elysée n’est pas ravi qu’une telle rivale n’émerge…

10.01.2010

Lionel Jospin, éléphant suffisant

Lionel Jospin regrette sans doute depuis longtemps d’avoir prononcé des mots si définitifs le soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Résultat, il passe son temps à faire des tournées d’adieux, en conservant une capacité très limitée à faire son autocritique.

Un manque de recul terrifiant

Près de huit ans après, Lionel Jospin attribue toujours son échec à la multiplicité des candidatures à gauche et, comme le rapporte le Figaro, il admet tout juste avoir « surestimé le rejet de Jacques Chirac, surestimé la perception positive de mon bilan, sous-estimé l'impact qu'avait la division de la gauche et sous-estimé le premier tour ». Enfin, il admet que sa « campagne n'a pas été assez offensive », et parle de son « regret d'une marche qui était à notre portée […] et [son] sentiment que cinq années avec nous auraient été préférables à la stagnation du quinquennat chiraquien ».

L’interview qu’il a donnée au Monde confirme cet état d’esprit. On note un certain mépris pour l’extrême gauche, qui « ne se retrouvera jamais (dans son bilan) et qui n’est à l’aise que sous la droite ». En clair, l’ancien premier ministre socialiste ne veut bien admettre que des erreurs de perception (sous-estimation ou surestimation) mais surtout pas la moindre critique sur son bilan qu’il continue à défendre bec et ongle alors que sa défaite devrait l’inciter à plus d’humilité. On devine entre les lignes qu’il pense qu’il aurait facilement battu Jacques Chirac au second tour s’il avait réussi à devancer Jean-Marie Le Pen.

Une caricature des dérives socialistes

Jeudi soir, sur le plateau de Canal Plus, Lionel Jospin était également incapable de la moindre véritable autocritique. Pas une seconde il ne semble douter de l’issue d’un duel avec Jacques Chirac au second tour de l’élection présidentielle de 2002. Pourtant, sa défaite était davantage la conséquence de ses choix que de l’éparpillement des voix de la gauche. C’est lui qui a poussé Jean-Pierre Chevènement hors du gouvernement par ses arbitrages sur la Corse. S’il l’avait conservé dans son gouvernement, nul doute que l’issue du premier tour aurait été différente.

Mais l’issue du second tour ne lui aurait pas été plus favorable. Car Lionel Jospin est le premier ministre qui a abdiqué tout volontarisme politique sur deux éléments fondamentaux. Il a abdiqué sur la sécurité en ne sachant pas réagir à la hausse de la délinquance après le départ de Jean-Pierre Chevènement. Et il a abdiqué sur le chômage avec Vilvoorde. Bref, pourquoi les Français auraient-ils voulu d’un président qui admettait si facilement son impuissance à agir ?

Par-delà l’incapacité crasse de Lionel Jospin à admettre de véritables erreurs (celles qu’il admet ne sont pas de vraies erreurs), le plus incroyable est aussi sa capacité à parler sans cesse de la gauche en oubliant les idées et les Français. Il n’est pas pour rien dans le nombrilisme du Parti Socialiste.

10.12.2008

Plaidoyer pour une analyse de la crise plus équilibrée

S’il y a une crise sévère du système néolibéral, il n’y a pas forcément une crise des économistes néolibéraux. Les défenseurs de la « mondialisation heureuse » et de la déréglementation sont aujourd’hui les premiers à être invités pour expliquer la situation actuelle.

La semaine dernière, Le Grand Journal de Canal Plus avait ainsi invité, pour parler de la crise, Alain Minc, l’auteur de « la mondialisation heureuse » et Jacques Attali, auteur d’un rapport en faveur de la déréglementation ! Ce dernier intervenait même quelques minutes après sur le journal de France 2. Il faut dire que l’ancien conseiller de François Mitterrand vend son nouveau livre « La crise, et après ». De fait, pour beaucoup de grands médias nationaux, l’analyse de la crise économique se fait à travers le prisme unique des défenseurs du néolibéralisme et de la déréglementation, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes sachant que cette « pensée unique » économique est à l’origine de la crise actuelle…

Et cette uniformité d’analyse est d’autant plus paradoxale qu’il y a une foule d’auteurs brillants capables de proposer des analyses différentes de cette crise, et donc complémentaires. Il ne s’agit pas de demander que seuls les Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau, Paul Jorion ou Jacques Généreux aient le droit d’expliquer les phénomènes actuels, même s’ils ont, eux, le mérite d’avoir analyser les vices du système qui nous ont mené à la crise. Mais il aurait été beaucoup plus intéressant d’avoir un débat Attali-Jorion ou Minc-Gréau plutôt que d’inviter deux personnes qui avaient les mêmes idées. Et ce n’est pas faute d’un manque d’actualité littéraire puisque Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau et Paul Jorion viennent de sortir un livre…

En fait, il est proprement sidérant de voir à quel point la plupart des médias présentent une analyse à sens unique de la crise. Une revue ultralibérale comme The Economist ne voit dans la crise que la conséquence de mauvaises réglementations, un excès d’endettement, des taux trop faibles, de mauvais comportements individuels et ignore complètement les analyses de Joseph Stiglitz ou Robert Reich. Mais d’autres revues comme Alternatives Economiques ne sont guère plus ouvertes et souffrent d’un parti pris différent mais guère moins dogmatique. Finalement, peu de médias ont l’ouverture d’esprit de présenter plus d’un point de vue, à l’exception notable de Marianne, qui ouvre ses colonnes au très libéral Philippe Manière.

Il n’est naturellement pas illégitime que Jacques Attali ou Alain Minc interviennent dans les médias pour expliquer leur analyse de la crise. Après tout, ils écrivent sur le sujet. Mais Jean-Luc Gréau, qui en traçait les grandes lignes dès 2005 dans son livre « L’avenir du capitalisme », Emmanuel Todd, qui soulignait dans « Après l’empire » les limites du modèle économique Américain basé sur la dette, Paul Jorion et bien d’autres ne sont pas moins qualifiés pour l’analyser et proposer des solutions. Il est regrettable que cette crise ne soit pas l’occasion de permettre de véritables débats économiques et que des auteurs d’horizons divers puissent présenter leurs interprétations et les confronter. Car c’est en écoutant des analyses diverses, notamment différentes de sa propre opinion, que l’on peut faire progresser sa pensée.

Plus encore que le choix des personnes, il est proprement incroyable que l’analyse de la crise économique soit aussi monochrome selon les médias. C’est dommage, car à raisonner en noir ou blanc, on perd toutes les nuances de couleurs qui permettent un jugement plus informé.

19.09.2008

Nicolas Sarkozy ou la « peoplisation », s’il le veut

Hier soir, Carla Bruni était la rédactrice en chef du Grand Journal de Canal Plus, dans le cadre de la promotion de son dernier album, mais aussi du Président de la République et de son gouvernement. Un nouvel exemple de la stratégie à géométrie variable de Nicolas Sarkozy sur sa vie privée.

Nous en sommes à la cinquième phase du rapport de Nicolas Sarkozy avec l’exposition de sa vie privée. Dans un premier temps, qui a couru jusqu’au début 2005, on a vu celui qui était à l’époque ministre puis président de l’UMP, exposer de plus en plus sa vie privée. Le couple qu’il formait avec Cécilia s’étalait alors sur les pages des magazines. Il ne reculait devant aucune mise en scène, faisant intervenir son fils lors de son élection à la tête de l’UMP (« Bon courage mon papa ! ») ou le faisant poser dans une mise en scène rappelant une photo du couple Kennedy. Mais cette exposition de sa vie privée prit fin lors de sa première séparation d’avec Cécilia, au printemps 2005. Dans cette seconde phase, il refusait toute évocation, attaquant les journalistes qui lui en parlaient : « faites-le votre beau métier ! ».

La réconciliation du couple nous a fait entrer dans une troisième phase, où le candidat à la présidentielle a d’abord mis en scène les retrouvailles lors d’une petite promenade en bateau, avant d’évoquer « C. » dans son livre « Témoignages ». Si Cécilia Sarkozy a assuré un service plus léger lors de la campagne et des débuts de la présidence, le président ne manquait pas une occasion de la mettre en avant. Sa séparation définitive marqua le début d’une quatrième phase où le président décida à nouveau de refuser de s’exprimer sur sa vie privée, le poussant même à quitter l’interview d’une chaîne de télévision Américaine. Mais quelques semaines après sa rencontre avec Carla Bruni, Nicolas Sarkozy s’est à nouveau fait beaucoup moins discret, à Disneyland, en Egypte, acceptant même de répondre aux questions sur sa vie privée en conférence de presse (« Carla et moi, c’est du sérieux ! »)…

Bref, pour Nicolas Sarkozy, l’exploitation de sa vie privée est à géométrie variable : s’il le désire, il la met en avant, s’il ne le souhaite pas, on ne doit pas en parler. Et hier sur Canal Plus, son épouse a pu lui faire une publicité avantageuse, montrant un autre visage du président, toujours à son avantage. Il y a quelque chose de gênant à voir une chanteuse comme elle bénéficier d’un tel plan média pour finalement beaucoup plus parler du président que de son disque. La frontière entre politique et people se brouille d’une manière troublante. Certes, l’épouse du président est parfaitement rentrée dans son rôle de première dame, notamment lors des voyages à l’étranger et son discours reste joliment policé. Néanmoins, on peut se poser la question de savoir si cette opération de communication au service de son mari est légitime et si elle ne réduit pas la fonction politique à une simple variante du star système…

Nicolas Sarkozy a fait exploser les frontières traditionnelles de la communication politique. S’il a suivi une voie empruntée jadis par d’autres, le plan média de son épouse en cette rentrée accentue encore cette mauvaise pente qui fait des dirigeants politiques des stars plus que des Hommes d’Etat.