07.01.2009
Le Grand Choc de 2017, partie 7 : le capitalisme refondé
Alors que l’économie mondiale traverse une crise encore plus violente que dans les années 30, le G15 parvient à un accord sur une Charte pour la Refondation du Capitalisme, annoncé le 18 juin 2017, date qui enchante le nouveau président Français.
Un nouveau départ
Les nouveaux dirigeants de la planète dressent alors un constat sévère des dérives du néolibéralisme qui domine depuis près de 40 ans. Ils réaffirment leur attachement à l’économie de marché mais proposent de refonder le capitalisme pour lui donner un visage humain, de remettre l’économie au service de l’homme, corriger les inégalités croissantes, limiter les crises caractéristiques des dernières années, favoriser une harmonisation par le haut des conditions de vie sur tous les continents et enfin assurer un développement durable pour la planète en préservant réellement l’équilibre écologique du monde.
Pour régler le problème de la dette des Etats, exsangues financièrement, il est décidé de créer une institution internationale qui prend en charge la moitié de la dette de tous les Etats qui le souhaitent. Cet organisme, qui sera géré par le G15, est chargé de renégocier les échéances de l’ensemble de ces dettes. Pour les rembourser, il collectera une taxe mondiale sur les mouvements de capitaux ainsi qu’une taxe carbone universelle. Le remboursement de cette dette sera proportionnel au produit de ces deux taxes. Les Etats, soulagés de la moitié de leurs créances, auront alors les moyens de relancer l’économie. Seuls les pays acceptant le principe de ces deux taxes universelles verront leur dette reprise à 50%.
Le G15 décide alors de lancer un grand plan de relance de l’économie mondiale : le Plan Vert. Il s’agit d’un plan ambitieux pour passer à une économie plus respectueuse de la planète. Un gigantesque plan d’investissement dans les infrastructures (production d’énergie, transports, logements) doit permettre de réduire la consommation d’énergie à l’échelle de la planète. Une bourse pour développer les meilleurs projets est également mise à disposition des entreprises innovantes et assurer un co-financement public. Ce plan a pour but de faire redémarrer l’économie et éviter une nouvelle Dépression alors qu’il est décidé de réduire drastiquement la bulle financière d’ici à fin 2019.
La refondation du capitalisme
Parallèlement, une réglementation radicale de la finance est mise en place puisque les banques doivent augmenter leurs fonds propres de 50% par rapport à leurs engagements (12% au lieu de 8%), chiffre qui doit atteindre 15% fin 2019. Suivant le bon exemple espagnol, le chiffre pourra atteindre 20% en cas de croissance prolongée pour limiter les bulles spéculatives. Les « paradis fiscaux » sont fermés et ces Etats doivent rejoindre la juridiction d’un autre Etat sous peine d’embargo total. Une taxe de 50% est appliquée à tous les capitaux issus de ces « paradis ». Il est décrété la constitution d’un secteur public bancaire qui doit regrouper au minimum un tiers des dépôts de chacun des pays, le reste pouvant être privatisé.
Dans un souci de limiter l’impact écologique de l’économie et d’éviter la déflation salariale provoquée par le commerce non régulé, le G15 réforme complètement l’OMC et pousse la création de zones commerciales régionales ouvertes protégées. La taxe carbone (qui renchérit nettement les transports) ainsi que les réformes fiscales (notamment sur les systèmes de protection sociale) permettent enfin une concurrence plus loyale entre les pays, tout en assurant une concurrence nécessaire pour éviter les oligopoles et en permettant aux pays émergents de se développer. Le G15 met en place un nouveau Système Monétaire International et stabilise les marchés monétaires grâce à la taxation des mouvements de capitaux.
Enfin, la refondation du capitalisme passe par une action sur les entreprises. Plusieurs multinationales, en position dominante sur certains marchés, sont découpées pour éviter une tarification confiscatoire pour les consommateurs. Le G15 créé une notion de service public dans de nombreux domaines (énergie, distribution de l’eau, transport ferroviaire, courrier…) permettant aux pays de conserver un monopole public, là où le monopole est dit naturel. Enfin, sous l’influence de Muhammad Yunnus, prix Nobel de la paix 2006 et père du micro crédit, est créé le statut de l’entreprise sociale, dont l’objectif n’est pas le profit.
Contrairement à la crise de 2007-2009, les leçons des dérives du néolibéralisme ont été tirées, les circonstances rencontrant enfin des dirigeants prêts à prendre des décisions radicales pour refonder un capitalisme à visage humain.
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06.01.2009
Le Grand Choc de 2017, partie 6 : le tournant politique
Le printemps 2017 démarre dans une ambiance de chaos absolu en Europe. Alors que la décision de Paul Krugman a permis de relativement stabiliser la situation aux Etats-Unis, les dirigeants européens, Bayrou, Brown, Merkel, Trichet et Blair (président de la Commission) ne semblent pas trouver d’issue à la crise.
La révolution politique en marche en Europe…
La décision du président Américain de reprendre la main sur la Fed le jour de son investiture, le 20 janvier, marque une victoire du Cercle pour une Alternative Economique. Un manifeste du 20 janvier est publié une semaine après par des leaders politiques de l’Europe entière. Il entend refonder le capitalisme et annonce vouloir sauver l’économie de marché des excès néolibéraux par l’intervention de l’Etat. Le programme comporte, entre autres, une étatisation de la BCE, une nationalisation des banques, une taxation et un encadrement des mouvements de capitaux ainsi que la mise en place de protections douanières.
En France, ce manifeste est refusé par Olivier Besancenot qui y voit une volonté de perpétuer un système capitaliste qu’il juge désormais dépassé. François Bayrou le critique dans un premier temps fait un volte-face de dernière minute qui achève de le discréditer : il est éliminé au premier tour. Nicolas Dupont-Aignan, seul candidat de l’élection de 2012 à l’avoir signé, en devient le porte parole. Olivier Besancenot, un temps en tête dans les sondages, est finalement battu par NDA au second tour, qui dénonce les impasses du programme de son opposant. Il nomme Emmanuel Todd à Matignon et s’entoure de Jean-Luc Gréau à l’économie, Jacques Généreux aux affaires sociales et Jacques Sapir aux finances..
Le même mois, en Italie, c’est le Parti Républicain Démocrate d’un industriel lombard qui militait pour la sortie de l’euro qui remporte une très large majorité. Au Royaume-Uni comme en Allemagne, Gordon Brown et Angela Merkel voient leur côte de popularité baisser sous les 20%. Ils sont vus comme responsables de la situation catastrophique de l’économie. Une scission du Parti Travailliste fait perdre au premier sa majorité. Une alliance inédite entre les Libéraux Démocrates et les Travaillistes Alternatifs l’emporte. En Allemagne, l’explosion de la grande coalition provoque des législatives remportées par une alliance inédite entre Die Linke (35% des voix) et la CSU (15%). Oskar Lafontaine devient chancelier.
La reprise en main de l’économie par le politique
Ce mai 2017 démocratique scelle la victoire du « Cercle pour une Alternative Economique » puisqu’en un seul mois, au Royaume-Uni, en Allemagne, en France et en Italie ses partisans s’installent au pouvoir, suivant la victoire de Paul Krugman aux Etats-Unis. Ce bouleversement politique ouvre les portes d’une véritable refondation du capitalisme, à laquelle les pays émergents sont largement impliqués car les dernières années ont également été très mouvementées pour eux. La hausse des prix de l’alimentaire provoque des manifestations monstres depuis 2016, notamment en Chine et en Inde. Parallèlement, une refonte complète des Institutions Européennes est lancée par le G4.
Un nouveau groupe, le G15 (l’ancien G8 plus la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Arabie Saoudite, le Mexique, l’Afrique du Sud et l’Australie) décident donc de se réunir fin mai pour lancer les travaux de la « Refondation du Capitalisme ». Le premier sommet suspend les échanges sur les marchés financiers pour un mois, annonce une nationalisation complète des banques, la reprise du contrôle des banques centrales par les gouvernements et fige les parités monétaires à des niveaux négociés par les chefs d’Etat et de gouvernement. Le « Cercle pour une Alternative Economique » coordonne l’ensemble des travaux.
Les 15 pays sont alors regroupés en 5 groupes chargés de travailler sur les 5 sujets majeurs de la Refondation du Capitalisme : la régulation de la finance, la dette, le commerce, les entreprises, l’économie durable. Les groupes de travail ont alors quinze jours pour mettre en place des propositions concrètes qui seront alors examinées lors d’un sommet exceptionnel de cinq jours. Le 18 juin 2017, les 15 principales puissances économiques de la planète adoptent la Charte pour la Refondation du Capitalisme.
Il y a deux grandes différences entre la crise de 2007-2009 et celle du Grand Choc de 2017. La première tient aux circonstances encore plus difficiles du second. La deuxième est la possibilité d’une véritable alternance politique, qui n’était malheureusement pas possible en 2009.
Demain, le capitalisme refondé10:55 Publié dans 2017, le Grand Choc, Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : grand choc, 2017, krugman, nda, besancenot, bayrou, lafontaine
05.01.2009
Le Grand Choc de 2017, partie 5 : le Grand Choc économique
Paradoxalement, le regain de croissance à partir de 2014 déséquilibre le système en créant à nouveau une bulle financière et en provoquant une inflation qui réduit encore un pouvoir d’achat malmené depuis des décennies. La situation devient explosive à l’automne 2016.
Les taux d’intérêt comme déclencheur
Le 17 octobre 2016, le Dow Jones atteint 25 381 points et le CAC 40 10 214 points. Mais avec un pétrole à 262 dollars le baril, un prix des produits agricoles qui a triplé en deux ans, et l’inflation chinoise, la hausse des prix double en un an et atteint 6,5% aux Etats-Unis et 5,8% dans la zone euro. Le 18 octobre, la Fed et la BCE se concertent pour augmenter leurs taux de 8 à 10% aux Etats-Unis et de 7,5 à 9,5% en Europe. Elles indiquent leur volonté de ne pas laisser l’inflation monter davantage et demandent aux entreprises de contenir les salaires. Les bourses perdent 4% le jour même, avant de se stabiliser.
Cette hausse se propage aux taux longs, qui passent de 7 à 9% en trois mois. Mais deux points de plus, cela représente à terme 40 milliards d’euros d’intérêt annuel supplémentaire de la dette pour l’Italie. Et les doutes concernant la solvabilité du pays doublent la facture car l’écart avec les taux Allemands passe de 0,5 points à 2. Le 5 janvier, l’Italie, que la BCE refuse d’aider, annonce qu’elle ne peut plus rembourser ses engagements. Le gouvernement Italien décide alors de sortir de l’euro et demande la protection du FMI. Le défaut de l’Italie provoque une panique financière où les bourses perdent 25% en trois jours.
Le défaut de l’Italie provoque une tension sur les taux longs qui rend difficile la position de la plupart des pays. Le Japon, dont la dette atteint 200% du PIB est le deuxième grand pays à se déclarer en situation de défaut de paiement fin janvier. Les Etats-Unis sont également en grande difficulté. Devant le refus de la Fed de faire fonctionner la planche à billet, le président Krugman décide de rompre son indépendance pour permettre à l’Etat d’honorer ses engagements. Mais le défaut des Etats provoque une baisse des bourses de deux tiers en seulement deux mois. Début février, le crédit est quasiment arrêté.
Une crise économique qui dégénère en violente crise sociale
La violence de la crise financière touche alors très rapidement l’économie productive. Les montants de crédits accordés baissent des deux tiers sur le premier trimestre et de plus de 90% dès mi-février. L’économie rentre dans une crise brutale puisque le PIB Américain recule de plus de 8% en rythme annuel dès le premier trimestre face au gel du crédit et la subite remontée du taux d’épargne des ménages. Dès le mois de mars, les faillites se multiplient et le chômage s’envole. Les Etats, aux capacités financières amputées par les plans de 2008, hésitent à secourir les banques et laissent certaines faire faillite.
Pendant ce temps, la coordination internationale peine à se mettre en place. Le 21 janvier, le sommet du G20 se conclut sur un échec car Paul Krugman ne parvient pas à convaincre les Européens de le suivre. Jean-Claude Trichet, l’inoxydable président de la BCE refuse de recourir à la planche à billets et de fermer les marchés pendant quinze jours comme le demande le président Américain. Les dirigeants européens soutiennent la position de la BCE et de la Commission. Mais ce dogmatisme propulse l’euro à 3 dollars. Airbus décide alors en février de fermer temporairement ses usines de Toulouse et Hambourg.
Cette décision est l’allumette qui déclenche un feu social dans toute l’Europe. Le mouvement des salariés d’Airbus et de ses sous-traitants à Hambourg et Toulouse fait rapidement tache d’huile, d’autant plus que le pouvoir d’achat est en baisse sensible pour les classes populaires depuis plusieurs années. Une immense polémique éclate sur les rémunérations des grands patrons, notamment d’Airbus, qui ont battu tous les records en 2016. Les mesures de rigueur budgétaire consécutives à la hausse des taux provoquent également la colère des citoyens qui protestent devant le montant confiscatoire des intérêts de la dette.
Début avril 2017, la situation devient particulièrement instable entre des marchés en chute libre, une baisse du pouvoir d’achat et une remontée du chômage qui conduisent à des manifestations. En France, les sondages annoncent un second tour Bayrou contre Besancenot, où le second aurait sa chance…
Demain : le tournant politique
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04.01.2009
Le Grand Choc de 2017, partie 4 : un contexte politique troublé
Les soubresauts économiques de 2009 à 2016 ont provoqué des réactions très changeantes de la part des électorats. Tout d’abord, la sortie d’une crise aussi violente joue en faveur des sortants. Mais la persistance de graves déséquilibres finit par vite provoquer un rejet des politiques en place.
Des sortants réélus dans un premier temps
En 2009 et 2010, le sentiment d’urgence puis l’amélioration économique créent un climat plus positif qui profite aux gouvernements en place. La crise a également pour conséquence de brouiller plus encore les différences entre les partis socialistes ou socio démocrates et leurs adversaires de droite tant il y a accord unanime sur les nouveaux accords de Bretton Woods. Les quelques excentriques qui soutiennent une analyse différente de la crise et rejoignent le Cercle pour une Alternative Economique, ne sont pas écoutés.
En septembre 2009, Angela Merkel profite de l’union sacrée autour du plan de sauvetage de l’économie pour gagner largement les élections Allemandes. La CDU et son allié la CSU obtiennent près de 40% des voix et peuvent désormais gouverner avec le FDP, comme au bon vieux temps. Le SPD, incapable de se différencier clairement, tombe à seulement 25% des voix, près de 10 points de moins qu’en 2005. De son côté, Gordon Brown défie tous les pronostics et profite d’une embellie avec l’opinion britannique pour gagner son premier mandat populaire. Les Tories ne sont pas parvenus à proposer une alternative solide.
Enfin, Barack Obama gagne très largement les élections de mi-mandat en 2010. Les démocrates en profitent pour obtenir la super majorité au Sénat et accentuent encore leur avantage à la Chambre des Représentants. Mais passée la satisfaction de la sortie de la crise, une grogne sociale se fait jour dans la plupart des pays, face à une croissance molle qui ne profite pas du tout aux citoyens qui voient leur pouvoir d’achat stagner et qui souffrent de la rigueur dès 2011.
Le rejet des politiques en place
La France est le premier pays à essuyer une profonde rénovation de sa vie politique. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle sont sans appel : François Bayrou arrive largement en tête avec 26% des voix. Nicolas Sarkozy obtient un petit 21% après une campagne où tous les candidats ont attaqué son bilan désastreux. Dominique Strauss-Kahn, souffrant de l’opposition sourde des supporters de Ségolène Royal, avec 14% des voix, peine à devancer Olivier Besancenot, et Nicolas Dupont-Aignan, 13% tous les deux. Au second tour, le président sortant est défait par 59% des suffrages.
François Bayrou a mené une campagne d’opposition radicale, se voulant le candidat des petits contre les puissants. Une fois élu, il nomme pourtant Pierre Moscovici Premier Ministre. L’alliance Modem-PS remporte largement les élections législatives tandis que l’UMP rentre dans une crise de succession terrible où Jean-François Copé et Xavier Bertrand s’allient brièvement pour renverser Brice Hortefeux, l’ancien Premier Ministre, abjurer le sarkozysme, avant de se déchirer comme au PS.
Mais c’est aux Etats-Unis que la crise politique fait une victime surprenante. En effet, les difficultés des classes populaires et moyennes et la persistance d’un chômage significatif provoquent un débat difficile pour le président au pouvoir. Sarah Palin en profite pour dénoncer une administration démocrate qui a dépensé des milliers de milliards de dollars pour rien. Elle dépeint le président comme un représentant des élites qui se sont sauvées elles-mêmes mais ont oublié les citoyens ordinaires (« average Joe »). Elle propose de rendre le pouvoir au peuple et contre toute attente, gagne.
En Allemagne en 2013, malgré le net recul de la CDU et de la CSU, à 32%, une nouvelle Grande Coalition s’impose avec Angela Merkel à sa tête. Die Linke devient le deuxième parti du pays en obtenant 23%, 5 points de mieux que le SPD, qui s’effondre. En Angleterre, l’inoxydable Gordon Brown profite du rebond de la croissance en 2015 pour gagner un nouveau mandat, grâce au virage à droite des Tories. Enfin, en 2016, les Démocrates choisissent comme candidat Paul Krugman. Le prix Nobel d’économie 2008 a gagné en popularité avec son opposition au plan de Bretton Woods ainsi qu’à l’administration Palin, qui n’a fait qu’accentuer les difficultés des classes populaires, qui ont perdu 10% de leur pouvoir d’achat en 10 ans.
À l’automne 2016, avec une situation économique instable qui voit paradoxalement la hausse de la croissance mais également une forte grogne sociale, trois élections majeures se profilent puisque les Etats-Unis, la France et l’Allemagne doivent voter dans les douze prochains mois…
Demain : le Grand Choc économique
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03.01.2009
Le Grand Choc de 2017, partie 3 : une sortie de crise illusoire
La crise de 2007-2009 se solde donc par une victoire de l’école néolibérale, qui impose ses conclusions et son analyse des erreurs qui avaient mené à un tel choc. Pourtant, son succès est de courte durée tant elle est rapidement rattrapée par la réalité économique.
Une croissance molle comme sortie de crise
En effet, la sortie de crise est difficile. Certes, de la fin 2009 au premier semestre 2010, la sortie de la récession après une telle crise est accueillie avec un véritablement soulagement. Le déversement massif d’argent public permet aux Etats-Unis d’afficher un taux de croissance de 2,2% en 2010, malgré une légère remontée du taux d’épargne. En Europe, la croissance atteint alors 1,8% dans la zone euro. Mais cela laisse le PIB au niveau de 2008 et les tendances déflationnistes restent vivaces puisque les prix sont stables. En fait, l’Europe et les Etats-Unis sont entrés dans une phase de croissance molle.
Il faut dire que la crise n’a absolument rien changé à l’organisation du commerce international. Le climat économique toujours peu favorable pousse les grandes multinationales à délocaliser, dans l’industrie comme dans les services. L’Inde devient notamment le nouveau paradis des banques, qui y délocalisent des pans entiers de leur activité depuis que la Commission de Bruxelles a autorisé l’emploi de formulaires en anglais en Europe pour que leur traitement puisse être délocalisé. En outre, les Etats reviennent à des politiques budgétaires restrictives dès 2011 pour éponger des déficits devenus massifs.
Les années 2011 à 2013 sont donc des années de croissance très faible avec un pouvoir d’achat en berne et un chômage résiduel important. En outre, la Fed et la BCE, une fois la crise passée, remontent leur taux pour éviter la formation d’une bulle financière, comme après 2001. Malgré une inflation qui peine à dépasser 1%, la Fed remonte ses taux à 3%, un taux finalement élevé vu que la croissance ne dépasse pas 2%. En Europe, Jean-Claude Trichet, confirmé dans ses fonctions en 2011, pousse les taux à 4% parce que la croissance de la masse monétaire (à 5% par an) reste « préoccupante ». L’euro oscille entre 1,8 et 2 dollars. Airbus décide donc d’ouvrir l’usine du successeur de l’A320 dans le Kentucky.
Une reprise temporaire qui camoufle les ferments du Grand Choc
Cependant, 2014 et 2015 marquent une accélération de la croissance. La raison de cette reprise est l’essor des importations chinoises. En effet, début 2010, après une année 2009 où la croissance réelle est tombée à 2%, l’explosion du nombre de chômeurs provoque des manifestations contre le pouvoir en place, qui comprend qu’un modèle économique uniquement basé sur les exportations pose problème quand le monde entier est en récession. Résultat, en avril 2010, le gouvernement chinois décide d’instaurer un véritable système de protection sociale, couvrant la retraite, la maladie et le chômage.
Cette décision provoque une décrue progressive du taux d’épargne des ménages. Cela permet une hausse de la croissance de l’Empire du Milieu, qui renoue avec les 10% de hausse du PIB grâce à une envolée de la consommation, qui provoque une hausse des importations et donc de la croissance dans le monde entier. En 2014 et 2015 les Etats-Unis renouent avec une croissance du PIB de 3%, l’Union Européenne atteint 2%. La réduction des déséquilibres commerciaux Américains et Chinois fait alors prédire à Alain Minc « une fin de l’histoire économique » dans un livre qu’il veut être la suite de « la mondialisation heureuse ».
Pourtant, des déséquilibres majeurs persistent, voire s’amplifient. Le revenu des classes populaires et moyennes stagne, voir baisse. La part des revenus dans le PIB poursuit sa baisse, alors que les bénéfices des entreprises continuent à progresser, portés par une nouvelle vague de concentration après la crise. L’optimisme ambiant provoque une nouvelle bulle boursière : le Dow Jones atteint 25 000 points et le CAC 10 000 à l’automne 2016, au moment où les engagements hors bilan des banques dépassent ceux au bilan. L’effet de levier a de nouveau provoqué un afflux de liquidités qui a fait monter les marchés.
L’accélération de la croissance provoque cependant depuis deux ans une très forte hausse des cours des matières premières : le baril de pétrole dépasse 250 dollars à l’automne 2016. Conjuguée à la forte hausse des salaires en Chine, qui augmente le prix des produits importés, l’inflation dépasse 5% aux Etats-Unis comme en Europe en 2016, provoquant une hausse des taux d’intérêts à court terme, au-delà de 7%. Mais la persistance d’un niveau de chômage significatif ne permet pas aux salaires de suivre, provoquant une perte de pouvoir d’achat importante malgré la reprise.
À l’automne 2016, la situation économique apparaît particulièrement instable, avec une envolée de l’inflation, des taux d’intérêt et des bourses soutenues par la croissance des profits. Le Cercle pour une Alternative Economique alerte pourtant les dirigeants depuis des années, mais il n’est pas écouté.
Demain : un contexte politique troublé10:55 Publié dans 2017, le Grand Choc, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : grand choc, 2017, crise financière
02.01.2009
Le Grand Choc de 2017, partie 2 : la sortie de la crise de 2007-2009
Cette courte phase de panique a souvent été oubliée car elle n’a duré que deux semaines et a été suivie d’une stabilisation de la situation économique. Cela fut rendu possible par une réunion au sommet des principaux dirigeants de la planète, à l’initiative du président Américain.
Le tournant du sommet de Bretton Woods de 2009
Le 27 février, les dirigeants du monde abattaient leurs dernières cartes pour restaurer la confiance. Barack Obama annonçait le doublement de son plan de soutien à l’économie et la nomination de Mitt Romney dans son équipe pour signifier « l’union nationale dans cette lutte contre la plus grave crise économique que traverse le pays depuis 1929 ». La Chine donnait plus de substance à son plan de relance et l’Europe, par la voix de ces cinq principaux dirigeants, annonçait enfin un plan d’investissement massif (600 milliards sur trois ans). Enfin, la BCE se décidait à baisser ses taux à 1% et Ben Bernanke comme Jean-Claude Trichet annonçaient que pour combattre la déflation, ils n’hésiteraient pas à recourir à la planche à billet.
Le rebond fut immédiat avec des gains de plus de 12% dans les bourses du monde entier. En trois jours, les indices regagnaient les niveaux de fin 2008. À situation exceptionnelle, conduite exceptionnelle : à l’initiative de Barack Obama, le G20 décidait de se réunir une fois par mois pour faire un point sur la lutte contre la crise et s’assurer de la stabilisation de l’économie et des marchés financiers. Les déficits budgétaires atteignaient des sommets inédits, près de 10% aux Etats-Unis, près de 8% au Royaume-Uni comme en France et même 5% dans l’Allemagne d’Angela Merkel. Cela ne parvenait pas à éviter un épisode déflationniste significatif puisque les prix baissaient de 2% en rythme annuel mi-2009.
Cet activisme gouvernemental permettait de traverser six mois de disette économique où le taux de chômage s’envolait le temps que les mesures gouvernementales fassent leur effet. En septembre 2009, le taux de chômage Américain frôlait les 10%, de même qu’en Europe. Mais l’automne 2009 était marqué par les premières bonnes nouvelles. En effet, l’activité retrouvait un semblant de croissance, tant par l’injection massive d’argent public que par un comparatif moins difficile. En février 2010, l’annonce d’une croissance du PIB Américain de 2,1% en rythme annuel au 4ème trimestre et d’une hausse de 0,3% du PIB de la zone euro après la quasi-stabilité du 3ème trimestre mettait un point final à la crise.
Le débat sur les raisons de la crise et la réforme du capitalisme
Le débat économique qui suivit la crise de 2007-2009 fut extraordinairement intense. D’un côté, la plupart des économistes libéraux attribuaient la responsabilité de la crise aux emprunts hypothécaires de type subprimes et à la lenteur de la réaction des autorités publiques pour soutenir l’économie productive. La politique de la Fed était également tenue pour trop laxiste après 2001, la baisse trop rapide et trop forte des taux ayant encouragé la formation d’une bulle immobilière. Finalement, plus que la déréglementation, c’était la mauvaise intervention des autorités publiques qui devenait le bouc émissaire de la crise !
Pourtant, une autre école de néo-keynésiens comme Joseph Stiglitz, avait une analyse radicalement différente. Pour eux, c’était la déréglementation du monde de la finance et de l’économie qui étaient responsables du désastre de 2007-2009. Ils critiquaient la déréglementation du commerce, qui pousse à la déflation salariale et dénonçaient l’utilisation de l’effet de levier qui provoquent des bulles financières par la création monétaire. Fin 2009, ils créèrent le « Cercle pour une Alternative Economique », dont les principales figures étaient Paul Krugman, Joseph Stiglitz ou Robert Reich aux Etats-Unis, Emmanuel Todd, Jacques Généreux, Jacques Sapir ou Jean-Luc Gréau en France.
Malheureusement, ce fut le premier groupe qui l’emporta dans l’analyse de la crise. Les circonstances économiques favorables à une remise en question ne trouvèrent pas les bons dirigeants. Ni Angela Merkel, ni Nicolas Sarkozy, ni Gordon Brown ne voulaient véritablement changer un système auquel ils croyaient. Ils préféraient s’en tenir à une lecture finalement très libérale des raisons de la crise et se limitaient à sanctionner quelques comportements individuels. Seul Barack Obama aurait pu faire pencher la balance dans une autre direction mais son entourage économique, beaucoup trop uniforme, ne comprenait aucun économiste hétérodoxe appartenant au Cercle…
Le 27 février 2010, Barack Obama prononçait un nouveau discours à Bretton Woods où il tirait les leçons d’une crise qui, « si elle est désormais derrière nous, nous a montré qu’il ne faut pas oublier l’économie réelle, que les autorités avaient trop tardé à secourir ». Sa côte de popularité atteignait alors 85%.
Demain : une sortie de crise illusoire10:55 Publié dans 2017, le Grand Choc, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : grand choc, 2017, crise financière, obama
01.01.2009
Le Grand Choc de 2017, partie 1 : retour sur la crise de 2007-2009
Il y a neuf ans, le monde avait connu une autre grave crise économique. Mais cette crise présentait un déroulement très différent de celui du grand choc de 2017. Retour sur les évènements de 2007-2009, qui ont eu une grande influence sur le choc d’aujourd’hui.
Le déclencheur de la crise
Le déclencheur de cette crise était une bulle portant sur la valeur des actifs, notamment immobiliers (après la bulle Internet de 2001). Le mécanisme de transmission de la crise ont été les emprunts hypothécaires accordés aux ménages modestes Américains. Face à la hausse du prix de l’immobilier, ils ne pouvaient accéder à la propriété que par des emprunts hypothécaires, souvent à taux variables, proposées par des banques d’autant moins regardantes au risque pris qu’elles pensaient revendre ce risque par la titrisation.
Mais la baisse du prix de l’immobilier (pourtant prévisible et annoncée) a grippé ce système puisque les ménages ne pouvaient plus compter sur la hausse de la valeur de leur bien pour réduire leur dette et que la tension sur le marché provoqua une hausse des taux. Ce phénomène a enclenché une baisse violente du prix des logements (-35% en deux ans) qui s’est autoentretenue puisque les défauts de paiement entraînaient des saisies puis des ventes qui déprimaient plus encore les prix.
Cet accident immobilier (qui avait eu lieu au Royaume-Uni et en Espagne également) s’est propagé par deux mécanismes au reste de l’économie. Tout d’abord, il a réduit la consommation des ménages, très endettés et qui n’épargnaient plus, tout en déprimant un marché du BTP qui pesait lourdement dans l’économie de ces pays. Mais surtout, ces défaillances ont provoqué une panique financière puisque les pertes n’étaient plus clairement identifiables à cause de la titrisation qui avait permis une revente de ces créances tout autour de la planète, créant une crise de confiance qui faillit mettre à bas l’ensemble du système financier.
Un premier plan de sauvetage insuffisant
Après avoir un peu hésité, les gouvernements ont tiré en partie les leçons de la crise de 1929. Après avoir constaté que la faillite d’une institution comme Lehmann pouvait entraîner l’ensemble du système financier dans sa chute, les dirigeants de l’Union Européenne ont annoncé une garantie bancaire de plus de 1000 milliards d’euros ainsi qu’une recapitalisation des banques. Les Etats-Unis ont fait de même avec le sauvetage de Fannie Mae, Freddie Mac, AIG... Les banques centrales ont également soulagé l’ensemble de la planète financière en baissant les taux et en rachetant des milliers de milliards d’actifs pourris.
Mais le sauvetage du monde financier n’était pas suffisant pour restaurer la confiance de marchés qui constataient la grande sévérité de la récession économique qui s’installait, et qui menaçait de se transformer en dépression avec la chute des prix. Les résultats des grandes entreprises s’effondraient : fin 2008, Toyota annonçait son premier déficit. Et la crise connaissait un nouveau soubresaut en février avec l’annonce de la contraction du PIB Américain de 6,2% en rythme annuel au 4ème trimestre. Parallèlement, l’évolution des prix aux Etats-Unis atteint –0,7% en rythme annuel, accentuant les craintes d’une déflation.
L’Europe n’allait pas mieux puisque le PIB de la zone euro reculait de plus de 1% au 4ème trimestre et l’inflation tombait à moins de 1%. Alors que la déflation semblait s’installer, les marchés étaient à nouveau saisis par la panique, malgré l’annonce du plan Obama de 500 milliards fin janvier. Après un net rebond après l’investiture du nouveau président, les marchés touchaient de nouveaux plus bas fin février. Le Dow Jones passait brièvement sous les 7000 points, le CAC 40 sous les 2600, poussés par les annonces pessimistes des entreprises pour 2009 et des résultats 2008 très médiocres.
Fin février, la situation sur les marchés devient extrêmement tendue puisque la situation, qui semblait stabilisée depuis novembre, s’aggrave brutalement, provoquant une nouvelle panique. Tous les journaux titrent alors sur un nouveau 1929 ou annonce un scénario à la Japonaise.
Demain : la sortie de la crise de 2007-2009
10:55 Publié dans 2017, le Grand Choc, Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, grand choc, 2017



