10.09.2011
Vers un nouveau 1958
Comment aboutir à un véritable changement de politique ? Il semble aujourd’hui clair que ni le PS, ni l’UMP ne pourront l’apporter. Ses deux écuries d’egos désidéologisées devront être balayées. Il faudra des circonstances bien particulières qui se rapprochent singulièrement…
Les ambigüités des crises
La nature humaine est prudente et relativement conservatrice. C’est ce qui avait permis à Pétain de prendre le pouvoir en juin 1940. C’est ce qui a permis de prolonger l’expérience de la 4ème République. C’est ce qui a fait persister Hoover dans l’erreur lors de la Grande Dépression de 1929, laissant tomber le système bancaire et poussant un quart de la population des Etats-Unis au chômage. Mais dans ces trois cas, à un moment, le pays s’est redressé et a changé de direction.
Ce qu’il faut noter ici, c’est qu’il a fallu atteindre des abysses de désolation morale, politique ou économique pour provoquer le sursaut. Quand la crise est trop bénigne, finalement, l’envie de changement se tarit, malgré tout ce qui peut indiquer qu’il faut changer. C’est sans doute ce qui s’est passé en 2008. Tirant en partie les leçons de la crise de 1929, les dirigeants de la planète ont sauvé les banques, évitant, temporairement, que la crise ne se transforme en dépression.
Mais du coup, l’envie de changement a faibli. L’agenda du G20 est désespérément dérisoire. Comme le souligne Morad El Hattab, nous sommes revenus aux travers du passé. Néanmoins, la situation est en train de changer. Pour vouloir le changement, il faut que les citoyens préfèrent les incertitudes et la peur qu’engendre naturellement ce changement au statut quo. Il faut donc un profond rejet de la situation présente pour que les peuples veuillent renverser la table.
Vers le renouveau
Nous approchons sans doute de ce moment. Bien sûr, le débat sur la dette est un habile moyen de chercher à rassembler les citoyens autour d’une politique de statut quo. Mais depuis trois ans, le message envoyé aux citoyens est limpide : le système économique et institutionnel (en Europe) est profondément dysfonctionnel. Il est non seulement injuste (une petite minorité en profite), mais aussi instable (nous allons de crises en crises) et inefficace (absence de croissance).
Les preuves s’accumulent. Les banques sont sauvées sans qu’on leur demande des comptes. On habille des plans d’aide aux créanciers d’un pays en pseudo plan d’aide aux pays, en saignant les citoyens et en assumant les risques des banques. Et en France, le gouvernement pousse la bêtise jusqu’à faire voter un chèque de 15 milliards d’euros pour les créanciers de la Grèce qui ne sera pas remboursé en même temps qu’un plan d’économie de 12 milliards.
Et les citoyens constatent tous les jours le deux poids deux mesures entre eux et les grandes entreprises, qui continuent d’afficher une santé insolente, comme le montre l’augmentation de 10% des profits du CAC 40 sur le premier semestre. Bref, depuis trois ans, jour après jour, le système démontre son inanité. Et il est intéressant de constater une évolution dans le discours de certains journalistes (Jean-Michel Apathie) qui en viennent à reprendre une partie de notre diagnostic.
Armons-nous de patience. Le moment approche où le système va s’effondrer. La crise économique sera au PS et à l’UMP ce que la guerre d’Algérie a été à la 4ème République. Et là, les petits d’aujourd’hui pourront brusquement devenir grand. Le gaullisme pourra encore venir en aide à la France.
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04.09.2011
Morad El Hattab nous conte l’histoire des crises financières
Après l’analyse des causes de la crise, « La vérité sur la crise » de Morad el Hattab et Irving Silverschmidt consacre de longs développements aux expériences du passé, qui ont malheureusement été oubliées.
Le parallèle avec 1929
Les auteurs reviennent sur les crises bancaires de la deuxième moitié du 19ème siècle dans toute l’Europe. Ils prennent l’exemple de la spéculation sur le guano (excrément d’oiseau utilisé comme engrais) de 1889, qui avait abouti à des règles prudentielles très strictes en France : « 80% des dépôts à vue étaient affectés à des actifs réescomptables par la Banque de France », ce qui « explique en grande partie l’absence d’une faillite systémique bancaire française en 1931 ».
Dans un récit proche de celui de James Galbraith, Ils font un parallèle avec la Grande Dépresion, conséquence de « la liquidation d’une bulle boursière financée par des pyramides de crédits ». Les cours de la bourse avaient progressé d’un tiers par ans de mars 1926 à l’automne 1929 s’appuyant sur la promesse d’un « nouvel âge » économique théorisé par Irving Fischer, avec le développent de la radio et l’aviation, dans une répétition de bulle internet…
Mais cette bulle s’est aussi appuyée sur deux innovations. La première était les call loans, qui ont financé jusqu’à 90% des achats d’action par des crédits à court terme (un mois au plus) à 12 ou 15% et garantis par les actions. La deuxième innovation était les investment funds, qui faisaient appel aux petits porteurs pour investir en bourse, mais qui utilisaient également l’effet de levier, souvent à court terme, et investissant dans d’autres fonds dans de dangereuses pyramides de crédit…
Au cours de l’été 1929, l’endettement privé étasunien atteint 230% du PIB (176% en 2007). Mais la baisse des cours impose de vendre pour trouver des liquidités, accentuant la baisse et provoquant l’effondrement de la bourse (le Dow Jones baisse de 90%). Les faillites créent alors une crise bancaire. La dernière étape est l’effondrement de l’économie réelle. Ils dénoncent les politiques de déflation, menée en France par Pierre Laval, en soulignant que si « les actifs s’évaporent, les dettes s’accrochent ».
Ils reviennent sur la politique du crédit pendant les Trente Glorieuses : « le Trésor définissait un plancher de pourcentage des dépôts bancaires obligatoirement déposés auprès de lui et la Banque de France variait son plafond d’acceptation des billets réescomptables ». Ainsi, le crédit pouvait être freiné en cas de trop forte inflation et accéléré pour pousser la croissance. C’est ce que fait la Chine aujourd’hui, qui a fortement augmenté les dépôts des banques pour calmer la bulle immobilière.
Le précédent de 1987
Les auteurs reviennent également sur le krach de 1987. Ils incriminent une bulle immobilière financée à crédit par les caisses d’épargne (déréglementées par les lois DIDMCA de 1980 et de 1982) et qui se livraient à une concurrence effrénée et risquée. La hausse conjointe des taux de la Fed et de la Bundesbank, en septembre, a augmenté le coût de refinancement des banques. Le 3ème lundi d’octobre, le Dow Jones baisse de 22.6% en une séance, du fait de programmes de vente informatique.
En 1989, le Trésor reprend les 750 établissements, rembourse les dépôts, et devient propriétaire de 450 milliards de dollars d’actifs pourris. Au final, la revente des actifs permettra de réduire des deux tiers le coût pour le contribuable. Les pays européens ont connu une crise bancaire plus limitée, mais « en Grande Bretagne, les bénéfices des banques ont baissé de plus de 60% et en France, deux banques ont frôlé la faillite, le Crédit Lyonnais et Paribas » avec la fin de la bulle immobilière.
Les auteurs étudient également le cas Japonais : « l’inflation correspondante des actifs, à la fois immobiliers et boursiers, atteint de 1986 à 1989, le triple du PIB nippon. La déflation des actifs qui a suivi est presque symétrique ». Ils soulignent à quel point l’inflation des actifs doit être surveillée au même titre que celle des prix courants. Et ils dénoncent la lenteur des autorités à régler l’insolvabilité cachée des banques en ayant recourt à des astuces comptables.
Après avoir étudié la crise économique et financière dans sa globalité et à travers les époques, les auteurs se penchent davantage sur l’Europe, la crise de l’euro et des dettes souveraines en plein cœur des débats d’aujourd’hui.
Source : « La vérité sur la crise », Morad el Hattab, Irving Silverschmidt, Editions Léo Scheer
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21.10.2010
Croissance, dette et récession
The Economist a récemment publié un dossier passionnant sur la croissance et sur les moyens de la relancer dans les pays développés. Par-delà des conclusions attendues, l’hebdomadaire fait des constats particulièrement intéressants pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui.
Retour sur la crise
L’analyse de The Economist part d’un constat très simple. Dans l’OCDE, en 2009, les ménages et les entreprises ont économisé l’équivalent de 7.2% du PIB (différence entre leurs revenus et leurs dépenses) et encore 7% du PIB en 2010. Non seulement les ménages se sont mis à davantage économiser (6% de leurs revenus en Grande-Bretagne en 2010 contre 2% en 2008, les chiffres sont comparables aux Etats-Unis), mais c’est aussi le cas des entreprises.
Cela résume le mécanisme de la crise. Les ménages se sont endettés pendant des années, ainsi que de nombreuses entreprises, notamment dans la finance, entretenant une bulle de la valeur des actifs. La bulle a fini par éclater mais sa taille gigantesque a provoqué une telle baisse de la valeur des actifs pour les ménages comme les entreprises que ces derniers ont remonté leur taux d’épargne et diminué leur consommation pour se désendetter dans un climat de crise.
Cette baisse de la consommation a logiquement provoqué une récession aussi violente que l’éclatement de la bulle financière. Mais les Etats ont creusé et laissé se creuser d’énormes déficits pour compenser la baisse de la demande privée et sauver le système financier. C’était le seul moyen de compenser la chute de la consommation des ménages. Ainsi, les Etats ont bien retenu les leçons de Keynes en agissant rapidement pour éviter un scénario comparable aux années 30.
Des années 2000 en trompe l’œil
Du coup, cela donne une autre perspective à la décennie précédente, où les bons élèves étaient les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou l’Irlande. On vantait le modèle anglo-saxon qui alliait des impôts faibles et une déréglementation générale de l’économie. Il faut dire que la croissance de ces pays était plus élevée que celle des pays de la vieille Europe (France, Italie et Allemagne) ou du Japon. Mais la crise a révélé que ces modèles étaient totalement illusoires.
En effet, si l’on se réfère aux chiffres de Jean-Luc Gréau dans « La trahison des économistes », on se rend bien compte que la croissance de ces pays s’est faite entièrement à crédit. La hausse de la dette des ménages représente l’équivalent de la progression du PIB de 1998 à 2008. On peut même se demander si ces pays n’auraient pas simplement stagné économiquement si les ménages avaient conservé le même niveau de dette pendant la décennie.
Quel impact pour l’avenir
Tout ceci révèle qu’il n’y a peut-être pas de modèle de croissance possible pour des pays développés qui ont libéralisé leur commerce du fait de la pression que cela implique sur leur demande interne. En effet, la seule croissance possible se fait à crédit, au prix de graves déséquilibres économiques et de bulles de crédit qui finissent toujours par exploser. En outre, les ajustements budgétaires en cours pourraient bien réduire plus encore le potentiel de croissance pourtant anémique de nos économies.
Mais cela ne signifie pas forcément que nous allons affronter un scénario en W avec une nouvelle récession dès 2011. En effet, à part la Grande-Bretagne, dans la plupart des grandes économies (Etats-Unis, Allemagne, Japon, France), l’ajustement budgétaire est plus doux et ne devrait que légèrement réduire la croissance. En outre, l’augmentation du niveau d’épargne a atteint un plafond (aux Etats-Unis, la baisse de l’endettement du secteur privé fait plus que compenser la hausse du public !).
Du coup, il est probable que le secteur privé baisse son épargne. Ayant déjà retrouvé un niveau de profitabilité comparable à celui d’avant crise, les multinationales devraient pouvoir investir davantage. Et si les classes populaires et moyennes restent prudentes, une augmentation de la consommation des classes supérieures pourraient relancer la consommation (le PIB / habitant a progressé de 10% aux Etats-Unis quand le revenu médian baissait de 4% de 2000 à 2008).
Bonne nouvelle : une récession semble peu probable en 2011 du fait que les acteurs privés ne seront pas plus prudents qu’en 2009 et 2010. Mauvaise nouvelle : la libéralisation des échanges a cassé le modèle de croissance des pays développés.
12:08 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : croissance, endettement, récession, grande dépression, keynes, jean-luc gréau
10.09.2009
2008, les leçons de 1929 retenues, et celles oubliées… (2/2)
La reprise économique qui se dessine montre que certaines leçons de la Grande Dépression ont bien été écoutées par les dirigeants de la planète. Mais, si les conséquences de la crise sont traitées, les causes semblent quasiment totalement ignorées.
L’autre leçon de la Grande Dépression
Car la crise de 1929 a poussé les dirigeants politiques à des choix radicaux dans de nombreux domaines. Franklin Roosevelt a ainsi fermement combattu les excès d’inégalité salariale en introduisant de nouvelles tranches d’imposition pour les très hauts revenus (plus de 70% pour les revenus supérieurs à l’équivalent d’un million de dollar d’aujourd’hui, et même 90% pendant la guerre) ainsi qu’en encadrant les salaires. L’administration Roosevelt a également mis en place les bases de la protection sociale.
En outre, les dirigeants de l’époque ont également introduit un meilleur encadrement de la finance, imposant la séparation entre banques de dépôt et banques d’affaires par exemple. L’Etat fut alors chargé d’un rôle beaucoup plus important dans l’économie, par le développement de politiques industrielles et sociales. La coopération internationale fut également améliorée avec la création des Nations Unis, du FMI ou du GATT pour assurer un dialogue permanent entre les nations.
Un traitement superficiel des causes de la crise
Aujourd’hui, les dirigeants de la planète ont trouvé un bouc émissaire commode : les traders, sur lesquels on fait reposer la responsabilité de la crise, moyen facile d’exonérer des dirigeants politiques qui ont laissé faire pendant des décennies la déréglementation qui a mené au chaos. C’est ainsi que la moitié de la lettre de Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Gordon Brown à destination du G20 est consacré à ce sujet. Mais ce rideau de fumée n’est pas si habile : les citoyens du monde entier sont révoltés par les bonus faramineux annoncés pour 2009.
Car tout le monde a compris que les mesures annoncées ne sont que des ajustements qui ne changeront pas grand-chose au système. En 2009, alors que des millions de personnes sont tombées au chômage, d’autres toucheront des bonus records. Rien sur les inégalités et presque rien sur l’encadrement d’un monde financier devenu fou, énorme bulle qui n’est pas vraiment encadrée. Les quelques ajustements sont confiés au comité Bâle 2, qui avait édicté les règles précédentes, celles qui ont mené au chaos…
Résultat, si la crise sera moins grave, les ferments d’une autre crise, potentiellement plus violente, persistent. La question n’est pas de savoir si le monde en connaîtra une nouvelle, mais quand (5, 10 ans) et de quelles magnitude….
Source : John Kenneth Galbraith, « La crise économique de 1929 », Paul Krugman, « L’Amérique que nous voulons »
10:57 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : grande dépression, 1929, roosevelt, g20
23.02.2009
L’économie mondiale au bord du précipice
Nous savions que le premier semestre serait dur. Il est malheureusement pire que prévu, comme le montrent les difficultés des pays de l’ancienne Europe de l’Est. On peut finalement se demander si le gros de la crise n’est pas devant nous.
La plus grave crise économique depuis 80 ans
Les derniers chiffres qui sont tombés montrent que nous traversons la pire crise depuis la Grande Dépression. Au 4ème trimestre, l’ensemble des pays ont subi une contraction extrêmement sévère de leur PIB en rythme annuel : -3,8% pour les Etats-Unis et l’Espagne, -4,7% pour la France, -5,7% pour la zone euro, -5,9% pour le Royaume Uni, -7,1% pour l’Italie, -8,2% pour l’Allemagne et -12,7% pour le Japon !
Le commerce mondial s’effondre, avec une baisse de 35% des exportations du Japon et de 12% de celles de la Chine (et une baisse de plus de 40% de ses importations…). Cet effondrement, largement supérieur à celui de l’économie, apporte une lumière intéressante au débat sur le protectionnisme en démontrant que la baisse des échanges commerciaux peut être davantage la conséquence d’une grave récession économique que sa cause ou même l’effet de mesures protectionnistes…
Mais cet écroulement du commerce met à mal toutes les économies construites pour l’exportation, qu’elles soient développées (Allemagne, Japon) ou émergentes. L’ancienne Europe de l’Est vit une descente aux enfers d’autant plus brutale que le marché ajoute à la récession une forte poussée inflationniste, du fait de la spéculation monétaire et de l’effondrement irrationnel de certaines devises.
Les ingrédients pour passer d’une récession à une dépression
Le problème est que la vague de déréglementation provoque un ajustement plus brutal aux nouvelles conditions économiques. En à peine un an, le taux de chômage Américain est passé de moins de 5% à 7,6%, et le nombre de chômeurs augmente de 600 000 par mois ! Plus de libéralisation, c’est aussi permettre des ajustements plus brutaux. Le problème est que plus les entreprises ajustent leurs effectifs de manière brutale, plus elles renforcent les phénomènes récessifs de dépression de la demande.
Un véritable cercle vicieux se met alors en place où la baisse de la demande des consommateurs suite à l’explosion de la bulle immobilière Américaine provoque une baisse de l’offre (chômage, partiel ou non), qui déprime à son tour la demande, ainsi de suite… Nous sommes d’ors et déjà rentrés dans le cercle vicieux qui a transformé la crise de 1929 en une dépression longue et brutale. Passé un certain point, la baisse de la demande se perpétue elle-même, les mécanismes du marché aggravant la crise.
La croisée des chemins
En fait, nous sommes en 1930, à un moment où la grave crise que nous traversons peut se transformer soit en une grave dépression, si de mauvaises décisions sont prises, soit en une grave crise dont nous pouvons sortir dès l’an prochain si les dirigeants actuels tirent les leçons des erreurs du passé. La connaissance de la Grande Dépression nous a déjà permis d’améliorer certaines réponses à la crise en sauvant des banques dont l’effondrement dans les années 30 avaient asphyxié l’économie durablement.
La leçon de ce passé funeste a également poussé la nouvelle administration Obama à faire passer un plan de soutien de près de 800 milliards de dollars, certes imparfait, mais dont le montant et la rapidité montrent que le nouveau président, lui, a saisi l’urgence de la situation. Avec des marchés exubérants à la baisse comme à la hausse, on peut espérer que la déprime excessive actuelle peut faciliter un rebond purement technique si les plans de relance sont à la hauteur.
Les six prochains mois seront très difficiles. Ce n’est que fin 2009, début 2010, quand nous entrerons dans le comparatif avec le 4ème trimestre 2008 qu’un rayon de soleil pourra apparaître. À date, quasiment tout repose sur le plan Obama, pour le meilleur et pour le pire.
Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/02/21/la-defail...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/21/l-europ...
The Economist (statistiques PIB)
10:55 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, récession, grande dépression, barack obama, etats-unis
30.11.2008
Quelle sera l’ampleur de la crise ?
Il est extrêmement difficile, voir impossible de prévoir le scénario économique des prochains mois. Néanmoins, c’est en essayant de le faire qu’on peut mieux comprendre les mécanismes en place.
Pour la première fois depuis la Grande Dépression, le PIB des économies occidentales va globalement reculer en 2009, signe que la crise économique que nous traversons est la plus grave depuis longtemps. Pire, la zone euro, le Japon ou le Royaume-Uni étaient déjà en récession avant même le gros de la tempête financière, ce qui peut faire craindre le pire pour les années à venir. En outre, si les prix de l’immobilier se sont déjà effondrés en Espagne, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis (-20%), la plupart des analystes reconnaissent que la baisse n’est pas terminée. Elle pourrait atteindre plus de 30%. En France, elle ne fait que commencer et pourrait durer jusqu’en 2011 et voir également les prix baisser jusqu’à 30%. L’effet d’appauvrissement des ménages pourrait donc peser lourdement sur la consommation dans les années à venir et rendre difficile la reprise pourtant déjà annoncée pour 2010.
En outre, les mécanismes d’adaptation du marché forment souvent un cercle vicieux où la baisse entraîne la baisse (comme la hausse entraîne la hausse, et donc les bulles). En effet, la forte hausse du nombre de chômeurs en France (près de 90 000 personnes de plus en trois mois) va peser fortement sur la consommation si elle se poursuit, outre le poids qu’elle représentera sur les finances publiques. Le chômage partiel, largement pratiqué dans l’industrie automobile va aussi lourdement peser sur la consommation des ménages. En outre, la dépression économique globale va peser sur nos exportations. Bref, les différents leviers de la croissance semblent gripper et il est difficile de voir une issue à la crise. Et avec la perspective de déflation à l’horizon mi-2009, on pourrait même craindre un scénario à la Japonaise où la croissance serait durablement grippée et l’économie n’arriverait pas à se relancer.
Mais ce scénario n’est peut-être pas le plus probable. Après tout, les Etats ont su réagir, de manière radicale, avec des plans de soutien jamais vus dans l’histoire politique. Alors que dans les années trente, les gouvernements avaient laissé les banques faire faillite, ce risque semble aujourd’hui écarté. De même les Etats-Unis et l’Europe ont été beaucoup plus prompts à réagir que le Japon, qui avait mis des années à restructurer son secteur bancaire dans les années 90. Ce sauvetage du monde financier semble avoir mis fin à la spirale baissière des marchés, même s’ils restent (et resteront encore quelque temps) très nerveux. En outre, les gouvernements mettent de côté les objectifs d’équilibre financier pour soutenir l’économie, comme le montrent les plans annoncés aux Etats-Unis, en Chine ou en Europe.
De plus, le contexte va devenir meilleur pour la consommation. La baisse du prix des matières premières et du pétrole pourrait redonner un peu de pouvoir d’achat aux consommateurs, si elle ne dégénère pas en une spirale déflationniste. Cette baisse des prix, perceptible depuis trois mois, et qui devrait s’accentuer, a permis une détente des taux longs qui va améliorer la situation financière des ménages comme des Etats et sans doute permettre une légère reprise du crédit, qui pourrait soutenir la consommation et donc l’économie. Enfin, la baisse des taux courts et la relance budgétaire massive prévue pour 2009 devrait permettre d’amortir les effets de la crise l’an prochain et préparer la relance pour 2010.
L’examen froid de ce qui se passe semble indiquer que la sortie de crise est possible et qu’a priori, même si elle est la plus grave depuis les années 30, elle n’aura rien à voir avec la Grande Dépression. En revanche, il y a bien quelque chose d’inquiétant, à savoir que les remèdes à la crise semblent uniquement être une amplification des solutions aux crises précédentes (relance budgétaire, baisse des taux…), sans pour autant corriger les mécanismes qui nous ont amené au bord du gouffre début octobre. Les tenants du système néolibéral semblent avoir réussi à sauver l’économie, ainsi que le système, au prix de dépenses colossales. Malheureusement, ce sauvetage risque d’empêcher la nécessaire réorganisation plus profonde des mécanismes qui nous ont amené dans le mur.
Le système néolibéral est incroyable : il est en train d’être sauvé par son instinct de survie qui lui permet d’accepter toutes les contradictions temporaires qui lui permettront de durer plus longtemps. Malheureusement, les ferments des déséquilibres du marché subsisteront, jusqu’à la prochaine crise.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11...10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, récession, grande dépression
08.10.2008
Un plan B pour gérer la crise économique
L’adoption du plan Paulson aux Etats-Unis n’a pas rassuré des marchés qui semblent aujourd’hui en proie à une défiance chronique, que les réactions désordonnées des Etats Européens ne risquent pas de rassurer. Mais un plan B existe-t-il pour éviter une récession sévère et mieux réguler les marchés ?
La régulation des marchés contre la croissance ?
Le double problème qui se pose aux dirigeants de ce monde est la contradiction qu’il y a malheureusement entre un véritable renforcement de la régulation et la lutte contre la récession. En fait, si la crise actuelle a convaincu beaucoup de politiques du danger des bulles financières et de la nécessité de les dégonfler, personne ne semble vraiment prendre l’initiative de le faire et au contraire, la plupart des mesures qui sont prises tendent à permettre à la bulle qui s’est créé de ne pas trop se dégonfler. En effet, la baisse des taux aux Etats-Unis a permis d’améliorer les conditions du crédit, même si la méfiance actuelle fait que cela ne profite qu’essentiellement à l’Etat, à travers le faible niveau des taux d’intérêts des Bons du Trésor. Les apports de liquidités des banques centrales, les rachats de créances douteuses ou les injections massives de capital dans les entreprises nationalisées ont le même objectif d’empêcher la bulle d’éclater
Et il faut dire que l’éclatement de la bulle financière aurait des conséquences bien plus dramatiques pour la population que son maintien car un effondrement du système financier provoquerait une grave crise économique qui plongerait des millions de personnes au chômage. Il faut donc malheureusement répondre aux demandes pourtant assez indécentes des tenants du néolibéralisme qui invoquent la nécessaire intervention de l’Etat, qu’ils clouaient au pilori hier et qui est pourtant leur seul recours aujourd’hui. Parce que l’absence d’intervention plongerait le monde dans une crise sans doute proche de la Grande Dépression, il faut « collectiviser les pertes ». Mais, dès lors, il n’est pas acceptable de ne pas revenir sur la privatisation des profits des dernières années : ce ne serait pas juste. Mais peut-on sauver l’économie productive tout en réformant radicalement l’économie spéculative ?
Gonfler l’économie productive pour pouvoir dégonfler la bulle financière
Aujourd’hui, le risque est de tirer les leçons de manière marginale pour éviter la grave crise qu’un véritable dégonflement de la sphère financière provoquerait. Pourtant, ce dégonflement est nécessaire quand on voit à quel point le comportement irrationnel de quelques acteurs dans un marché vient à déstabiliser d’autres économies. Il est proprement incroyable que les emprunts immobiliers Américains plongent l’économie allemande dans la récession alors que le marché immobilier Allemand est resté stable dans les dernières années. Le dégonflement peut être obtenu de plusieurs manières : comme je le disais hier, une taxation sur les mouvements de capitaux est un moyen, non seulement de dégonfler la bulle mais également d’améliorer le bilan « citoyen » de la finance à travers une plus grande contribution à la collectivité.
Le dégonflement lui-même peut être encadré par les autorités publiques par de nouveaux ratios prudentiels, qui contraindraient les banques à mettre davantage d’argent de côté par rapport à leurs engagements au bilan. Ainsi, les banques seraient plus à même de faire face à une baisse du prix des actifs. Nous pourrions également nous inspirer de la pratique espagnole qui consiste à remonter les ratios en période de croissance pour limiter le phénomène de bulle. En outre, une réglementation stricte doit s’assurer que tous les engagements des banques doivent être comptabilisés dans leur bilan, pour limiter les pratiques douteuses des CDS et la titrisation. Enfin, une restriction des mouvements de capitaux avec les zones moins réglementées est essentielle et permettrait de limiter le rôle détestable des « paradis fiscaux ». Cette remontée des contraintes devra sans doute s’effectuer selon un calendrier progressif pour ne pas provoquer d’effondrement de la valeur des actifs qui devront être vendus.
Mais, alors, comment faire en sorte que ce dégonflement de la sphère financière ne provoque pas une grave récession ? Son effet dépressif et déflationniste ne peut être compensé que par une injection massive s’argent public (que ce soit de l’emprunt ou de la création monétaire) et une baisse radicale des taux d’intérêts. Mais une telle solution n’a de sens qu’à l’échelle européenne, ce qui semble difficile aujourd’hui. Si les Etats doivent être prêts à intervenir pour éviter les faillites des banques (en nationalisant et pas en rachetant les créances pourries, de manière à pouvoir se rembourser in fine), ils devraient être prêts à protéger leurs citoyens du chômage et donc à lancer un grand plan continental de plusieurs centaines de milliards d’euros de grands travaux. En le concentrant sur les infrastructures, les universités, et l’environnement, ce serait un investissement pour l’avenir et non pas simplement des dépenses ponctuelles. Cela supposerait une dose de protectionnisme pour ne pas perdre les bénéfices d’une telle politique.
Ainsi, en maintenant la demande par l’emploi, l’Europe pourrait passer à travers la récession tout en dégonflant la sphère financière et en minimisant l’impact de la crise sur les peuples Européens. Malheureusement, il ne semble pas y avoir beaucoup d’avocats pour une telle solution.
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