06.08.2011

L’UE et l’euro : les cancers de l’Europe

Hier, le CAC 40 a reculé pour la 10ème fois consécutive, le record absolu, dans le sillage de toutes les bourses européennes. Si on ne peut pas exonérer les excès des marchés, l’impasse dans laquelle se trouvent les pays européens joue un rôle majeur.

L’UE contre la croissance et l’emploi

Bien sûr, les hiérarques européens essaient d’expliquer que la crise que nous traversons est une crise des dettes souveraines et non de l’euro, mais les faits démentent une telle interprétation. En effet, pourquoi la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne sont pas touchés ? Certains évoqueront un complot anglo-saxon, mais l’argent n’a pas d’odeur et les spéculateurs se moquent bien du moyen de faire de l’argent. Malgré tous leurs excès, il y a des éléments de vérité dans leur choix.

Le cas de la Grande-Bretagne et de l’Espagne est particulièrement intéressant. A Londres, le déficit dépasse 9%, la dette publique 80%. A Madrid, nous sommes à 6.5% et 63%. Bref, la situation est théoriquement bien meilleure au sud des Pyrénées qu’outre-manche. Mais malgré tout, alors que le Royaume-Uni emprunte à 3% à dix ans, l’Espagne le fait à 6%. En cause, comme l’avait souligné Paul Krugman, les rigidités de la monnaie unique, qui pénalise la croissance.

Plusieurs cercles vicieux sont en action. Tout d’abord, l’impossibilité d’ajuster les parités monétaires pousse les pays à comprimer les salaires. L’Allemagne l’a compris la première, avec une baisse moyenne du salaire moyen de 2,5% en moyenne en 10 ans et même 20% pour les plus bas salaires. L’euro cher accentue encore les problèmes et explique en partie nos déficits commerciaux. Bref, l’UE et l’euro affaiblissent la croissance et pénalise l’emploi, comme le montrent les annonces d’HSBC.

L’UE est le problème, pas la solution

Certains veulent profiter de cette énième crise pour pousser leur agenda. Manuel Barroso demande ainsi une augmentation des moyens du Fonds alors même que des questions se posent sur sa note, 37% de ses garanties venant de pays en difficulté. Le Monde évoque à nouveau les options d’euro-obligations ou de rachat de dettes souveraines par la BCE. Romano Prodi en profite pour fustiger « l’égoïsme allemand »,  devant le refus de Berlin d’augmenter ses engagements.

Pourtant, heureusement qu’Angela Merkel freine les eurocrates qui sont toujours prêts à jeter des milliards aux marchés pour calmer leurs angoisses et reprendre aux institutions financières privées les créances publiques jugées à risque. Les plus incroyables sont tous les partis « socialistes » ou « socio-démocrates » européens qui poussent la schizophrénie jusqu’à imposer une austérité sauvage aux plus faibles pour aider les banques et les marchés financiers !

Heureusement, certains sont plus lucides, comme Hubert Védrine qui affirme dans le Monde que « le fédéralisme n’est pas la solution miracle à la crise ». En fait, cette Europe qui organise la régression sociale du continent par une politique monétaire absurde et une ouverture inconsidérée à l’anarchie commerciale fait partie du problème. Il est illusoire d’attendre quoique ce soit de l’Union Européenne, c’est pourquoi il faudra tout reconstruire depuis une page blanche.

Les pays de l’UE vont mal. Loin de vouloir résoudre les problèmes, les eurocrates cherchent avant tout à en profiter pour gagner plus de pouvoir et protéger le système actuel. Mais l’absurdité des politiques qu’ils mènent fait que nous nous approchons du moment où ils seront balayés.

22.05.2011

La France, bonnet d’âne de la réforme de la finance

On allait voir ce que l’on allait voir. A l’automne 2008, Nicolas Sarkozy s’était fait le plus ardent défenseur d’une « moralisation du capitalisme ». Il n’avait pas de mots trop durs pour dénoncer les excès de la finance. Comme d’habitude, les actes sont loin d’avoir suivi les paroles.

Des volontés de réforme émergent

C’est bien tout le paradoxe de la situation actuelle que de constater qu’une réforme de la finance est bien en cours. Bien sûr, au global, elle ne sera pas trop méchante pour les banques, mais beaucoup de pays et d’instances avancent. Le premier est le comité Bâle 2, qui après avoir autorisé les banques à faire n’importe quoi, a décidé d’augmenter les normes prudentielles (la quantité de capital que les banques doivent détenir) pour rendre le système plus solide.

Globalement, malgré quelques protestations arguant d’un effet négatif sur la croissance, ces réformes restent suffisamment timides pour que de nombreux pays y ajoutent leurs propres règles, plus sévères que Bâle 3. Et surprise, la Suisse et la Grande-Bretagne devaient mettre en place des normes prudentielles nettement plus sévères, demandant jusqu’à 40% de capital de plus. Ceci démontre l’insuffisance du travail fait par les banquiers du comité Bâle 3.

Parallèlement, la Grande-Bretagne veut isoler la partie dépôt de la partie investissement dans les banques pour isoler la première de la seconde. L’Allemagne a décidé d’interdire certaines pratiques spéculatives, sans être suivie en Europe. Mais surtout, les pays émergents ont des règles beaucoup plus strictes. Certains (comme la Chine), refusent toujours la liberté de circulation des capitaux. L’Inde limite très fortement les produits dérivés de sinistre mémoire.

La France au point mort

C’est tout le paradoxe du dernier dossier de The Economist que de constater, comme je le dis depuis des mois, que la France n’a absolument pas contribué à la réflexion mondiale sur la réglementation financière suite à la grave crise que nous avons traversée. En effet, étant données les déclarations de Nicolas Sarkozy, et notre présidence actuelle du G20 et du G8, nous aurions du être le pays en pointe dans la réglementation financière qui se met en place.

Las, ce sujet ne semble pas intéresser notre gouvernement et notre ministre de l’économie (qui pourrait pourtant prendre la tête du FMI). Jamais Nicolas Sarkozy et son équipe n’ont avancé la moindre réflexion solide ou proposition concrète pour faire évoluer les choses. Les discours sont aussi vibrants et tranchants que les propositions vides. Le grand écart, ou plutôt, l’immense écart entre les paroles et les gestes du président se trouve une nouvelle fois illustré.

C’est bien pour cela que ce serait extrêmement dommage de laisser Christine Lagarde prendre la tête du FMI. Par delà les problèmes posés par l’affaire Bernard Tapie (soulevée par Hervé Nathan ou Nicolas Dupont-Aignan), notre ministre de l’économie s’est tout de même distinguée par une incapacité notoire à faire la moindre proposition pour tirer les leçons de la crise. Il est à craindre que ce « laissez-faire » soit finalement mis à son crédit pour une telle nomination.

L’an prochain, nous aurons à nous souvenir des discours vibrants faits par le président de la République pour dénoncer ce système économique injuste et instable. Et nous devrons aussi nous rappeler qu’il n’a strictement rien fait pour y remédier

12.05.2011

Grèce : la sortie de l’euro fait un pas en avant

Il est désormais probable que le processus de déconstruction de l’euro commencera à Athènes. Une réunion qui devait rester secrète s’est tenue au Luxembourg entre grands argentiers de l’Europe pour trouver des solutions à la situation inextricable de la Grèce, après le plan Portugais.

Une situation qui pourrit

Les déclarations de l’Allemagne il y a quelques semaines laissaient présager une telle issue. En l’absence (heureuse) d’euro-obligations, il faut trouver une solution au problème épineux posé par la Grèce. Malgré des plans d’austérité extrêmement sévère, le pays n’est parvenu qu’à réduire marginalement son déficit budgétaire en 2010 (10% du PIB environ contre 12% en 2009, contre un objectif affiché de 8%). Bref, les plans ne donnent pas les résultats escomptés.

Et cela était prévisible (même si, de manière prévisible également, la population ne se révolte pas encore contre les potions amères imposées par le FMI et l’Europe). En effet, il était évident qu’une telle austérité allait prolonger la récession de l’économie grecque, et, se faisant, diminuer les recettes fiscales et augmenter les dépenses, contrariant les plans d’austérité. Résultat, l’assainissement des finances est très lent, détériorant une situation financière qui n’en a pas besoin.

Comme l’a très bien noté Yann, avec l’euro, qui interdit les dévaluations, l’ajustement se fait par le chômage. La Grèce est rentrée dans une spirale infernale du surendettement, en partie du fait qu’elle a trop dépensé, mais aussi à cause de l’euro qui lui a offert pendant quelques années des taux d’intérêt trop bas, qui ont favorisé un comportement trop laxiste. Résultat, on se trouve dans une situation où l’enveloppe prévue il y a un an sera insuffisante pour tenir jusqu’en 2013…

Une perte de temps et d’argent

C’est bien ce que sera ce nouveau plan. Plus nous attendons, plus le problème grossit et sera difficile à résoudre. Il  a un an, la dette du pays dépassait 110% du PIB. Au rythme où vont les choses, elle sera de 160% en 2013… La Grèce, qui se retrouve dans une situation proche de celle de l’Argentine en 2001, aurait besoin de deux choses : une restructuration de sa dette, trop lourde à rembourser, et une dévaluation, pour regagner en compétitivité et équilibrer ses échanges.

Car sans dévaluation, la restructuration serait insuffisante puisqu’il faut aussi que le pays équilibre son commerce pour équilibrer sa balance des paiements. Mais l’Europe refuse une telle issue car il est évident que si la Grèce sort de l’euro, la spéculation se déchainera et le processus de décomposition de la monnaie unique sera enclenché. Pire, parallèlement, devant leurs engagements ainsi que ceux de leurs banques, les Etats freinent la restructuration.

Pourtant, les taux à dix ans indiquent que les marchés anticipent in fine un abandon de 40% des créances aujourd’hui ! Seule une décision radicale permettrait peut-être de calmer la situation mais personne n’est prêt politiquement à permettre une telle restructuration, signe des vices de forme de cette construction artificielle et mal conçue. Du coup, les créances pourraient n’être qu’étaler, ce qui, encore une fois, ne fera que repousser le problème, en le faisant grossir.

J’en profite pour vous signaler une analyse dénichée par Edgar. Paul Krugman a qualifié de « folie » la hausse récente des taux de la BCE qui fait monter l’euro. Mais surtout, en pointant que l’Espagne emprunte nettement plus cher que la Grande-Bretagne alors qu’elle est moins endettée et que son déficit est beaucoup plus bas, il en conclut que faire partie de l’euro entraine une prime de risque sur les dettes du fait de l’impossibilité de dévaluer sa monnaie.

Passé un moment, le peuple ou le gouvernement de la Grèce finiront par comprendre que l’euro fait partie du problème et non de la solution. Ils en sortiront, dévalueront et restructureront leur dette. Il n’y a pas d’autres solutions. La question n’est pas de savoir si cela arrivera mais quand.

31.01.2011

Croissance : divergences anglo-saxonnes

D’un côté, une baisse surprise de 0.5% du  PIB au 4ème trimestre en Grande-Bretagne, faisant craindre une rechute. De l’autre, une croissance en hausse aux Etats-Unis (3.2% en rythme annuel). Les différences de politique économique se traduisent très concrètement.

Les Etats-Unis importent Keynes

Les chiffres étasuniens ne sont pas neutres. La croissance outre-Atlantique a atteint 2.9% en 2010, effaçant donc totalement la récession de 2.6% en 2009. Bien sûr, le chômage reste à un niveau historique (même s’il a légèrement baissé, à 9.4%), mais avec des prévisions de croissance relevées à 3% ou plus pour 2011, les Etats-Unis semblent s’en sortir. Le contraste avec la zone euro est frappant puisque son PIB restera encore sensiblement inférieur à celui d’avant crise à la fin de 2011…

Il faut dire que Washington ne lésine pas sur les moyens budgétaires pour relancer l’économie. Le déficit public, à 8.9% du PIB en 2010, devrait se creuser plus encore en 2011 du fait de l’accord récent entre républicains et démocrates pour prolonger les baisses d’impôts de Georges Bush contre l’extension d’un certain nombre de bénéfices sociaux, notamment pour les chômeurs. Si la croissance va en profiter, les déficits et la dette vont le faire également.

La Grande-Bretagne importe Hoover

Il y a quelque chose de cocasse à voir les Etats-Unis s’inspirer en partie de l’économiste anglais Keynes (même si la nouvelle école keynésienne était opposée au maintien des baisses d’impôt pour les plus riches) alors que la Grande-Bretagne a mis en place un plan de rééquilibrage des finances publiques sauvage, qui devrait entraîner la suppression d’un demi-million d’emplois publics ! Londres semble finalement s’inspirer du président Hoover qui, en combattant les déficits, a amplifié la Dépression.

A ce titre, la baisse du PIB du 4ème trimestre est très inquiétante, comme le rapporte bien Yann, car on ne voit pas bien quels pourraient être les ressorts de la croissance britannique dans les années à venir étant donné les coupes à la hache dans les budgets publics. Et la hausse massive de la TVA va plus encore réduire le pouvoir d’achat des ménages qui souffrent déjà d’une hausse des salaires nettement inférieure à l’inflation sur l’année 2010 (2.2% contre 3.7%).

Bien sûr, certains ne manqueront pas d’utiliser ce cas pour agiter les risques d’une sortie de l’euro. Pourtant, c’est bien la dépréciation de la livre qui a permis de relancer temporairement l’économie britannique. Le problème est qu’une fois cette aide passée, une austérité mortifère s’ajoute à tous les déséquilibres fondamentaux du Royaume (désindustrialisation massive, concurrence commerciale déloyale, financiarisation excessive…).

 En aucun cas les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne ne représentent des exemples dont la France devrait globalement s’inspirer. En revanche, la radicalité de leurs choix économiques (bons parfois, mauvais souvent) en fait des cas d’étude particulièrement intéressants.

23.06.2010

L’austérité version britannique

Hier, Georges Osborne a présenté le plan d’austérité du gouvernement libéralo-conservateur pour réduire le déficit budgétaire. De manière assez surprenante, le cocktail comporte quelques baisses d’impôt qui traduisent bien les orientations de l’équipe en place.

Un vrai volontarisme budgétaire

Le calcul politique du gouvernement de David Cameron est sans doute habile. Autant frapper un grand coup dès le début du mandat, alors que la responsabilité de la situation peut encore être attribuée aux travaillistes, en espérant que la croissance n’en soit pas trop affectée et que des marges de manœuvre apparaissent en fin de mandat. En effet, il n’y aurait rien de pire que de devoir présenter un nouveau plan d’austérité dans deux ans, faute de mesures suffisantes.

Le gouvernement compte réduire le déficit de 150 à 20 milliards de livres en 5 ans ! Le plan comporte des hausses d’impôt : la TVA va ainsi passer de 17.5 à 20%, rapportant 13 milliards de livres, l’impôt sur les plus-values va passer de 18 à 28% et une taxe sur les banques devrait rapporter 2 milliards. Côté dépenses, il va geler les salaires de la fonction publique, supprimer des postes et réduire les budgets sociaux (via, entre autres, une remontée de l’âge de départ à la retraite à 66 ans).

Un véritable agenda néolibéral

Le principal (seul ?) point positif de ce plan est la remontée de la fiscalité sur les plus-values, qui permet de rapprocher la fiscalité du capital de celle du travail. Mais, parallèlement, le gouvernement s’est curieusement engagé à une baisse de l’impôt sur les sociétés, qui va passer de 28 à 24% en 4 ans, le niveau le plus faible du G20. En outre, les ménages payant la tranche inférieure de l’impôt sur le revenu vont bénéficier d’un abattement de 170 livres en 2011.

Si l’on peut comprendre l’intérêt de la Grande-Bretagne à  baisser la fiscalité sur les entreprises (de manière à les attirer sur son territoire), il est tout de même incroyable qu’une hausse de la TVA serve indirectement à la financer, surtout à un moment où les profits des entreprises restent élevés (puisqu’ils devraient retrouver leur sommet d’avant la crise dès 2011 ou 2012). Cela montre encore la puissance du capitalisme actionnarial qui extrait toujours plus de valeur de la société.

David Cameron a fait le choix d’une rigueur extrême pour en faire porter la responsabilité sur les travaillistes. En France, le virage se fait plus progressif mais il ne devrait pas être moins réel, comme l’indique l’interview de Claude Guéant au Financial Times.

12.05.2010

La Grande-Bretagne vire à droite

Après quelques jours de négociation, la logique l’a emporté : Gordon Brown a démissionné et David Cameron, chef des conservateurs, s’est installé au 10, Downing Street, après avoir conclu une alliance avec les libéraux-démocrates qui lui donne une majorité stable.

La logique est respectée

Même si ces derniers sont plus proches des travaillistes, il est plus logique que Nick Clegg se soit allié avec les Tories. En effet, le Labour a subi une lourde défaite en réunissant moins de 30% des voix. Le parti semblait usé par treize années à la tête du Royaume Uni et le Premier Ministre sortant n’a pas réussi à donner aux britanniques des raisons suffisamment solides pour rester au pouvoir. Celui qui avait affirmé avoir aboli les cycles économiques et remis les finances d’aplomb a grandement perdu en crédibilité avec la récession et l’explosion des déficits.

En outre, une alliance entre les travaillistes et les libéraux-démocrates se heurtait à plusieurs obstacles. Le principal était le fait qu’elle n’aurait même pas permis de dégager une majorité stable puisqu’il aurait manqué 11 députés pour atteindre la majorité absolue. En outre, Nick Clegg avait annoncé qu’il ne souhaitait pas contribuer à maintenir au pouvoir Gordon Brown et il fallait donc régler la question très délicate du leadership du Labour. Malgré les désaccords importants entre les deux partis, une telle issue est donc plus conforme aux résultats d’une élection où les Tories sont arrivés clairement en tête.

Quelles conséquences ?

En Grande-Bretagne, les conséquences devraient être sensibles. Cela devrait accélérer le plan de redressement des finances publiques puisque les conservateurs avaient annoncé vouloir aller plus vite que le gouvernement actuel. Une réforme du mode de scrutin devrait être proposée par référendum aux britanniques, les conservateurs ayant refusé d’intégrer une dose de proportionnelle sans consulter la population. Les libéraux-démocrates ont renoncé à leur volonté de rejoindre l’euro.

Mieux, tout transfert de souveraineté vers l’Union Européenne devra également être validé par référendum. Les conséquences internationales seront marquantes car la Grande-Bretagne va revenir à une attitude beaucoup plus hostile à l’égard de toute intégration européenne. Mais notre voisin d’outre-manche a également toutes les chances d’adopter une attitude beaucoup plus réservée à l’égard de la réforme du système économique. Car si Gordon Brown avait accompagné la libéralisation pendant 10 ans, dernièrement, ses propos laissaient entrevoir une évolution salutaire.

Au global, si cette alliance est surprenante d’un point de vue idéologique, elle correspond mieux aux résultats des élections. Point positif, elle devrait freiner toute évolution fédéraliste de l’Europe. Point négatif, elle devrait freiner également la réforme du système financier.

07.05.2010

La Grande-Bretagne sans majorité

C’est le résultat que tout le monde espérait éviter. Les élections législatives britanniques se soldent par un Parlement où ni le Parti Conservateur ni même une coalition entre les travaillistes et les libéraux-démocrates n’ont une majorité.

Un virage à droite

Au final, le résultat de ces élections est un succès pour David Cameron, le chef des Tories. Son parti arrive largement en tête des suffrages, avec 36% des voix, nettement devant le Parti Travailliste, à 27%. Les libéraux-démocrates, un temps en tête des sondages, font finalement 22%, soit le score qu’ils avaient fait en 2005. Mais les subtilités du système électoral britannique et l’implantation géographique des partis leur donnent respectivement 305, 255 et 61 députés.

Ce résultat valide en bonne partie la stratégie du jeune leader des conservateurs qui a recentré son parti sur de nombreuses questions, en parlant d’environnement et en garantissant le budget de la santé, pourtant largement augmenté par les précédents gouvernements travaillistes. Son « conservatisme compassionnel » a de nouveau donné envie aux britanniques de lui confier le pouvoir, ce qui est un exploit après une série de trois lourdes défaites électorales.

Mais il va lui manquer une vingtaine de sièges pour pouvoir gouverner sereinement. Et, c’est une surprise, une coalition entre le parti travailliste et les libéraux-démocrates n’aurait pas non plus de majorité au Parlement. Bref, une majorité claire ne pourra être obtenue qu’avec une alliance avec les petits partis. Et sinon, Gordon Brown pourrait se voir confier par la Reine le soin de former un nouveau gouvernement, à  moins qu’il ne concède la défaite.

Un perdant + un perdant = deux gagnants ?

Car il faut être clair. Avec seulement 27% des voix, soit 9 points de moins que les conservateurs, les travaillistes enregistrent une défaite bien plus sévère que ne le suggère la répartition des députés. L’autre grand perdant est Nick Clegg, le chef des libéraux-démocrates, et révélation de la campagne, qui ne fait que rééditer le score d’il y a cinq ans, après avoir espéré beaucoup plus. Cependant, les deux dirigeants défaits de la campagne pourrait être tentés de s’entendre…

En effet, même si elle n’aurait pas la majorité absolue, une alliance des deux disposerait de davantage de sièges que les conservateurs, et avec le soutien d’un petit parti, elle pourrait peut-être avoir une majorité absolue. Après tout, les travaillistes pourraient bien être tentés d’infliger une défaite aux conservateurs en les privant du pouvoir. Et les libéraux-démocrates pourraient chèrement monnayer leur soutien, par exemple en obtenant la part de représentation proportionnelle qu’ils réclament depuis si longtemps.

A priori, David Cameron semble en meilleure position pour devenir Premier Ministre car sa victoire est assez nette, même s’il n’obtient pas la majorité absolue. Cependant, les résultats de cette élection pourraient encore réserver une sacrée surprise…

03.05.2010

Quelle majorité pour la Grande-Bretagne ?

Ce jeudi, les britanniques voteront pour des élections législatives qui promettent d’être très disputées. Les sondages indiquent une possible déroute du Labour de Gordon Brown, seulement 3ème aujourd’hui, mais aussi la perspective d’un parlement sans majorité.

Le troisième homme qui bouleverse la donne

Il y a quelques mois, l’issue de l’élection semblait simple. L’avance de plus de dix points dont disposaient les conservateurs de David Cameron ne semblait pas rattrapable par un Gordon Brown dont on estimait qu’il avait déjà de la chance de pouvoir représenter son parti à nouveau. Puis, peu avant la dernière ligne droite, le parti travailliste s’est rapproché au point de faire entrevoir un scénario comparable à celui de 1992, lorsque John Major avait gagné des élections promises aux travaillistes.

Mais tout a changé avec les débats télévisés entre les trois leaders des principaux partis. Le résultat le plus marquant de cette élection est sans doute l’ascension de Nick Clegg, le chef des libéraux-démocrates. Le Guardian, soutien traditionnel du parti travailliste, a décidé de changer de camp pour soutenir le nouveau venu. Les libéraux-démocrates disposent de deux grands points distinctifs : ils se sont opposés à la guerre en Irak, contrairement aux deux grands partis, et sont très « europhiles ».

Quelle Assemblée dans 5 jours ?

Les sondages donnent aujourd’hui les conservateurs en première position avec 35% des voix, suivis des libéraux-démocrates, à 28%. Les travaillistes arriveraient bon derniers avec à peine un quart des suffrages. Mais le système électoral, où celui qui arrive en tête au premier tour qui remporte le siège peut réserver bien des surprises. Le parti travailliste bénéficierait ainsi d’une géographie électorale plus favorable qui devrait lui permettre de limiter la casse dans ses bastions.

Cependant, la dynamique actuelle, avec un creusement de l’écart entre les deux anciens partis pourrait finalement redonner une chance à David Cameron de gagner vu l’état de faiblesse d’un Gordon Brown qui ne parvient pas à convaincre. Et si les Tories ne parviennent pas à s’imposer clairement, les libéraux-démocrates pourraient alors s’essayer au pouvoir, les deux autres partis cherchant d’ors et déjà à attirer les faveurs du parti qui pourrait détenir les clés de la majorité.

Quelques soient les résultats, la Grande-Bretagne est à l’aube d’un grand changement. Soit David Cameron réussit le pari engagé en 2005 de rendre son parti à nouveau éligible. Soit les libéraux-démocrates accèdent au pouvoir après près d’un siècle de mise à l’écart.

11.11.2008

L’incroyable résurrection de Gordon Brown

Si la crise économique a contribué à l’élection de Barack Obama aux Etats-Unis, ses conséquences ne se sont pas arrêtées à l’Océan Atlantique. En Europe, elle a provoqué un sursaut des gouvernements en place, notamment en Grande-Bretagne, où le rebond de Gordon Brown est spectaculaire.

Le Premier ministre anglais est décidemment le spécialiste du grand huit dans les sondages. Ayant succédé à Tony Blair sans élection, le terne ministre des finances avait connu une brève lune de miel dans les sondages pendant l’été 2007, qui avait permis aux travaillistes de repasser devant les conservateurs. Les bons sondages et la possibilité d’y gagner une onction démocratique lui avait fait envisager des élections législatives anticipées à l’automne. Mais, après quelques atermoiements et cafouillages gouvernementaux, Gordon Brown y avait finalement renoncé, entrant dans un cycle infernal qui a fait de lui le Premier ministre le plus impopulaire depuis John Major. Le plongeon des travaillistes dans les abîmes des sondages est d’autant plus fort que les conservateurs ont réussi à se réformer de manière spectaculaire sous la houlette de David Cameron, qui s’inspire ouvertement des méthodes de… Tony Blair en recentrant son parti.

Il y a quelques semaines, la question était plutôt de savoir si Gordon Brown allait pouvoir terminer son mandat ou s’il allait carrément subir les affres d’un putsch interne pour le renverser. Cet été, le ministre des affaires étrangères, David Miliband, un des favoris pour lui succéder, avait entretenu la polémique à travers une tribune ambiguë. Mais finalement, la convention des Travaillistes fin septembre s’était bien passée pour le Premier ministre, malgré un retard de plus de vingt points dans les sondages par rapport aux conservateurs. Le parti au pouvoir hésitait alors à lancer une guerre civile avant les élections qui auront lieu au plus tard en 2010. Puis, la crise financière s’est brutalement amplifiée et après quelques hésitations, Gordon Brown a mis au point le plan qui a inspiré tous les autres leaders, à savoir nationalisation partielle ou totale des banques en difficulté et garantie des échanges interbancaires. Il a également remanié le gouvernement en y faisant entrer Peter Mendelson, son ancien ennemi.

Et depuis l’annonce de ce plan, la popularité du Premier ministre est tellement remontée dans l’opinion que certains travaillistes se demandent s’il ne faudrait pas convoquer des élections anticipées, même si les conservateurs ont toujours près d’une dizaine de points d’avance dans les sondages. Après tout, les conséquences de la crise risquent de rendre à nouveau les travaillistes impopulaires alors que le retour en grâce de l’Etat les favorise sur le moment. L’expérience de Gordon Brown peut également apparaître comme plus rassurante que la jeunesse de David Cameron, même si ce dernier a réussi à radicalement transformer l’image des conservateurs. Pour soutenir cette option, malgré tout improbable, les travaillistes peuvent s’appuyer sur le beau résultat d’une élection législative partielle en Ecosse qui a vu le candidat travailliste l’emporter avec plus de 50% des voix.

Malgré tout, le formidable recentrage politique des Tories rend quasiment impossible une victoire de Gordon Brown aux élections législatives. L’envie de changement des Britanniques devraient être renforcée par la crise, même si sa bonne gestion permettra sans doute une défaite honorable au Labour.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/22/le-gouvernement-britannique-opte-pour-une-relance-keynesienne_1109760_1101386.html#ens_id=1110013