08.01.2010

Contre les quotas dans les grandes écoles

Ce sera sans doute une des polémiques de la semaine : faut-il instaurer ou non des quotas de boursiers dans les Grandes Ecoles pour favoriser l’ascenseur social ?

Une volonté d’ascenseur social

A l’origine, la volonté d’imposer des quotas peut partir d’un bon sentiment. En effet, depuis quelques décennies, les élèves des grandes écoles d’ingénieur et de commerce ont tendance à être de plus en plus issus d’un même milieu social. On peut y voir deux raisons. Tout d’abord, ce milieu social permet aux jeunes d’étudier dans de meilleures conditions, et être ainsi mieux préparés, ainsi que d’avoir plus facilement accès à ses études. Ensuite, il est évident que le coût croissant des études commerciales peut dresser des barrières, malgré des formules comme l’apprentissage.

Les Etats-Unis symbolisent mieux que quiconque cette dérive comme le raconte Paul Krugman. Un élève de 4ème dans le dernier quart de sa classe mais dans le premier quart pour les revenus de ses parents a autant de chances d’aller à l’université qu’un élève du premier quart de la classe mais dont les parents sont dans le premier quart pour les revenus… Le système étasunien, à mille lieues du fameux rêve américain, ne promeut pas le mérite du travail mais reproduit la condition sociale. Une telle dérive n’est pas acceptable et il convient de tout faire pour replacer le travail comme discriminant.

La mauvaise réponse des quotas

Mais la conférence des grandes écoles a raison de refuser les quotas car, comme le montre Marianne 2, cette solution ne fonctionne pas. Les Etats-Unis reviennent sur l’affirmative action, qui créé plusieurs classes d’étudiants. En outre, s’il y avait des quotas pour les boursiers, faudrait-il imaginer des quotas par sexe, région ou autre ? On sait où l’on commence mais pas où l’on s’arrête. Et comme le souligne justement David Desgouilles, il n’y a pas plus égalitaire qu’un concours qui met tout le monde sur la même ligne de départ. Les quotas induisent des discriminations de fait entre les candidats.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne faille rien faire, loin de là. Pour une fois, je suis d’accord avec le gouvernement, en la personne de Valérie Pécresse au Grand Journal de Canal Plus mercredi soir. L’Etat doit faciliter l’accès aux classes préparatoires des étudiants issus de milieux populaires pour davantage leur donner une chance. Ensuite, il convient de s’assurer que ces étudiants peuvent faire leurs études dans de bonnes conditions (via l’apprentissage…). Mais il ne serait pas juste qu’ils passent devant un étudiant qui aurait de meilleurs résultats, parce qu’ils viennent d’un milieu plus modeste.

L’Etat doit promouvoir l’égalité des chances, en s’assurant que les personnes de conditions plus modestes aient un bon accès à l’ascenseur social. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille traiter les citoyens de manière inégalitaire en fonction de leur origine sociale.