17.08.2008
Sarkozy 15 mois après : rupture ou réformettes ?
Nicolas Sarkozy a été élu en promettant une rupture avec les présidences précédentes. Il se présente volontiers comme le plus grand réformateur que le pays ait connu depuis trente au quarante ans. Pourtant un examen approfondi permet de largement modérer ce jugement.
Il serait malhonnête de dire que Nicolas Sarkozy n’a pas apporté une rupture dans certains domaines. De fait, le candidat élu en mai 2007 a radicalement changé un certain nombre de politiques. Il va plus loin que tous les autres gouvernements sur la réforme de l’Etat, comme le montre le nombre de suppressions de postes dans la fonction publique ou l’ampleur des réorganisations de certaines administrations. Mais ce n’est pas tout, il a provoqué un changement radical de notre diplomatie en se rapprochant des Etats-Unis, que ce soit sur l’OTAN ou l’Afghanistan, contrairement à ses engagements de campagne. Enfin, l’effort mis en œuvre pour l’enseignement supérieur peut être qualifié de rupture avec les politiques précédentes. Mais, plus souvent qu’on ne le croit, la « rupture » se transforme plutôt en réformette.
C’est ainsi que la grande réforme du contrat de travail, qui devait aboutir, selon le candidat Sarkozy à un contrat à la fois « plus souple pour l’employeur et plus sûr pour le salarié » et qui devait fondre tous les contrats en un seul, a abouti à… la création d’un contrat supplémentaire et quelques ajustements. La réforme des Institutions, même si elle touche beaucoup d’articles, a abandonné les aspects les plus innovants de la Commission Balladur (introduction d’une dose de proportionnelle, limitation du cumul des mandats, réforme du mode de scrutin du Sénat). Le Grenelle de l’environnement, dont l’essentiel de la traduction législative attend toujours, a pour l’instant essentiellement abouti à la mise en place d’un bonus / malus pour les automobiles, ce qui reste modeste par rapport aux enjeux environnementaux actuels. Même la loi dite de modernisation de l’économie est loin de la révolution annoncée.
Sur les questions internationales, Nicolas Sarkozy avait également promis une rupture avec la politique de ces prédécesseurs, qui enfilait volontiers le costume de VRP des entreprises Françaises. Comme candidat, il avait promis de se concentrer davantage sur la promotion des droits de l’homme. Ce point représente un des revirements les plus significatifs de cette présidence qui est allée plus loin que toutes les autres pour des contrats, comme l’a illustré le désastreux voyage de Kadhafi à Paris. Sur la Chine, le président a également fait le choix du commerce. Sur les questions européennes, l’Union pour la Méditerranée a été largement revue à la baisse et n’est plus que le prolongement d’une politique de 1999 qui avait échoué. Enfin, alors que le candidat voulait un traité européen centré sur les questions institutionnelles, il a fini par accepter un TCE bis.
Il est difficile de porter un jugement définitif sur la « rupture » promise par Nicolas Sarkozy. Son application dans certains domaines est contrebalancée par de nombreux sujets où le souci d’arriver à un accord finit par lui faire mettre beaucoup d’eau dans son vin.
11:07 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, rupture, commission balladur, grenelle de l'environnement



