17.11.2009

Grippe A : le grand doute

Alors que les vaccins sans adjuvant arrivent en fin de semaine, l’enthousiasme des Français pour la vaccination contre la grippe A reste très limité, pour de bonnes, comme des mauvaises raisons…

Les raisons du doute

Paradoxalement, le bruit fait sur cette épidémie, notamment à la rentrée, a sans doute joué contre la campagne de vaccination. Tout d’abord, l’abus de communication peut nuire à la communication. Se voir répéter jour et soir, à la télévision, à la radio et dans les journaux qu’il faut se laver les mains et autres conseils peut finir par lasser et provoquer une réaction d’hostilité, surtout quand il apparaît que cette épidémie ne serait finalement pas plus grave que la grippe habituelle.

Ensuite, d’innombrables rumeurs fleurissent, notamment sur Internet, défendant des théories le plus souvent complètement fumeuses, sur la dangerosité du vaccin et le grand complot dont nous serions les victimes. Même Europe 1, ce matin, se faisait écho des liens de la ministre de la santé avec les laboratoires pharmaceutiques (elle y a travaillé dans les années 70 et 80), insinuant un possible conflit d’intérêt ! Il est surprenant de voir à quel point on peut voir le mal partout.

Une bonne occasion, en partie ratée

Résultat, beaucoup de Français ne souhaitent pas se faire vacciner, malgré les efforts du gouvernement et notamment de Roselyne Bachelot, qui n’a pas hésité à donner de sa personne. Si la ministre a eu raison de mettre en scène sa vaccination, elle est allée un peu loin dans l’évocation des risques, mettant en avant des cas foudroyants et mortels qui restent pour l’instant rares, d’autant plus que l’immense majorité des victimes sont des personnes qui avaient une mauvaise condition physique.

Elle aurait sans doute été mieux inspirée de tenir un discours plus adulte, soulignant que si la grippe A n’est pas aussi virulente qu’on pouvait le craindre, elle présente un vrai danger pour les personnes faibles, et qu’il est donc nécessaire que les personnes en bonne santé se vaccinent pour limiter la propagation et protéger les personnes en moins bonne santé. Un tel discours, plus en phase avec la réalité et la perception qu’ont les Français de la pandémie, serait sans doute mieux compris.

Il est vrai que le travail du gouvernement dans ces circonstances est difficile.  Il vaut sans doute mieux en faire un peu trop que pas assez, ce qui explique sans doute le discours très noir de la ministre. Personne ne pourra l’accuser d’avoir minimisé le risque, de ne pas avoir pris des mesures radicales et de ne pas avoir averti la population. Point positif, cet épisode aura eu le bienfait de représenter un test grandeur nature de lutte contre une pandémie pour le gouvernement, ce qui pourra être utile un jour.

Bien sûr, la grippe A ne se révèle pas aussi dangereuse qu’annoncée, ce qui créé un décalage entre ce que fait le gouvernement et la réalité de l’épidémie. Néanmoins, ne vaut-il pas mieux en faire un peu trop que pas assez, surtout quand il s’agit de notre santé ?