06.11.2010
Europe, Etats-Unis : la grande divergence monétaire
Autant les pays de la zone euro, en signant le traité de Maastricht, ont abandonné toute capacité à mener une politique monétaire, autant les Etats-Unis continuent largement à la pratiquer. Cette divergence en montre bien l’utilité, malheureusement pour notre continent.
L’exemple étasunien
Bien sûr, les Etats-Unis ne sont en aucun cas un exemple pour leur politique économique, dont les excès sont extrêmement nombreux (libéralisation financière, inégalités, panne de l’ascenseur social, système de sécurité sociale extraordinairement cher, peu efficace et injuste…etc). Néanmoins, il est un domaine où ce pays peut encore en remontrer aux pays européens : c’est bien la politique monétaire, même si, l’on conteste sévèrement l’indépendance de la Fed.
En effet, alors que la BCE ne se préoccupe que d’inflation (bêtement qui plus est), la Fed cherche à stimuler la croissance et à lutter contre le chômage. En outre, elle défend les intérêts nationaux et n’hésite pas à recourir à la planche à billets pour aider le pays. C’est ainsi qu’elle s’apprête à acheter pour 600 milliards de dollars de Bons du Trésor. Même si elle ne va pas aussi loin que ce que propose André-Jacques Holbecq, cette intervention est extrêmement utile pour l’économie étasunienne.
Certes, la Fed ne va pas prêter gratuitement cet argent au pays, mais ces achats ont un double effet positif. Tout d’abord, ils font baisser les taux d’intérêts des bons du Trésor, allégeant le fardeau des intérêts à un moment crucial où toute hausse pourrait être très déséquilibrante. C’est ainsi qu’ils sont tombés à seulement 2.6% à peine 0.2 points au-dessus des taux Allemands. Ensuite, cela contribue à affaiblir le dollar, et donc à pousser les exportations du pays tout en freinant les importations.
Le contre-exemple européen
Cette politique de relance monétaire est particulièrement importante à un moment où les pays s’engagent dans des politiques de réduction des déficits budgétaires qui auront un impact négatif sur la croissance, quoiqu’en disent certains. En effet, l’effet récessif de la politique budgétaire pourrait être contrebalancé par l’impact positif de la baisse des taux longs (qui contribuera au rééquilibrage budgétaire) et d’une baisse du dollar qui contribuera à améliorer le solde budgétaire.
Le problème est que l’Europe s’engage de manière absurde dans une rigueur budgétaire sans véritablement utiliser la politique monétaire pour contrebalancer l’effet de la vague d’austérité qui s’empare du continent. En effet, la BCE, comme l’Allemagne, rechignent à utiliser la planche à billets pour réduire les taux ou faire baisser l’euro. C’est ainsi que la monnaie unique devient de plus en plus chère. The Economist a ainsi estimé la surévaluation de l’euro par rapport au dollar à 29%...
Pire, il faut savoir que le yuan est lui-même sous-évalué de 40% par rapport au dollar… Bref, les pays européens sont bien les dindons de la farce de la guerre des monnaies. C’est comme si l’euro nous imposait de nous battre avec un couteau et un bras dans le dos face à des ennemis armés de mitraillettes. Alors que si elle avait conservait sa monnaie, la Grèce aurait pu dévaluer, elle se retrouve contrainte de mener une politique d’austérité sauvage qui aura réduit de 12% son PIB en trois ans.
Par-delà l’absurdité économique que représente une monnaie unique pour des pays aussi différents (et qui finira donc par exploser à moyen terme), l’euro pourrait au moins être géré dans l’intérêt des pays membres. Ce n’est même pas le cas, contrairement aux Etats-Unis.
Je vous invite à lire le très bon papier de Jacques Sapir sur la situation de la France
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : euro cher, politique monétaire, fed, bce, guerre des monnaies, monétisation, andré-jacques holbecq, jacques sapir



