12.10.2010

Hommage à Maurice Allais

Il y a quelques jours, le seul titulaire Français du prix d’économie décerné à la mémoire d’Alfred Nobel (communément admis comme prix Nobel d’économie) s’est éteint. La France perd un de ses plus grands intellectuels, dont la pensée a été trop ignorée.

Un libéral iconoclaste

Je me souviens encore de ses combats du début des années 1990, contre la libéralisation excessive des échanges commerciaux et contre l’Europe de Maastricht. Suite à son prix, obtenu en 1988, ses écrits avaient un certain écho, en dépit de thèses totalement contraires à la pensée unique d’alors. Malheureusement, il a fini par ne plus être écouté. En effet, s’il était un libéral, il était capable de voir la nécessité du protectionnisme pour combattre le chômage de masse.

Il avait montré dans son livre « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance » (synthèse jointe : partie un, partie deux et partie trois) par des analyses micro comme macro économiques que l’ouverture anarchique des échanges était le principal responsable de l’envolée du chômage. Il citait Hayek pour dénoncer les excès du libéralisme : « rien n’a tant nui à la cause libérale que l’insistance butée de certains libéraux sur certains principes massifs comme la règle du laissez faire ».

Un libéral humaniste et visionnaire

Il y avait des accents gaullistes chez lui quand il écrivait que « l’économie doit être au service de l’homme et non l’homme ou service de l’économie » ou que « c’est l’homme qui doit constituer l’objectif final et la préoccupation essentielle. C’est à cet objectif que tout doit être subordonné », rappelant la phrase du Général sur « la seule querelle qui vaille ». Alors que tant d’économistes s’enferment dans des équations abstraites, lui avait saisi l’essence de sa science : servir le progrès humain.

En outre, il faut noter que, dès 1999, il dénonçait « une monétisation accélérée des dettes et une confusion croissante entre l’épargne et la monnaie, une expansion inconsidérée du crédit, l’instabilité potentielle du système bancaire fondé sur la couverture fractionnaire des dépôts, sur la création de monnaie ex nihilo, et sur la généralisation de prêts à long terme de fonds empruntés à court terme » et prédisait des crises financières « de plus en plus fortes » et « imprévisibles ».

Maurice Allais a été le précurseur des libéraux alternatifs comme Jean-Luc Gréau, Joseph Stiglitz et Paul Krugman. A défaut d’avoir été suffisamment entendu de son vivant, il faut espérer que la pensée de ce grand intellectuel féconde l’avenir de notre pays.