03.04.2009

3/20 pour le G20

« G20 fondateur », « Bretton Woods » : les qualificatifs de nombreux commentateurs sont volontiers élogieux sur les conclusions du sommet du G20. Il est vrai que les dirigeants du monde sont parvenus à se mettre d’accord sur de nombreux sujets. Mais sont-ils vraiment allés très loin ?

Une lutte contre la crise presque oubliée

Le sommet de Londres avait un double objectif : coordonner la réponse des Etats face à la crise et réformer le système économique mondial pour éviter une nouvelle crise dans le futur. Sur la première question, avant le sommet, Barack Obama et l’administration américaine avaient demandé un effort plus conséquent des autres pays pour soutenir la demande mondiale, ce à quoi la France et l’Allemagne avaient tout de suite opposé une fin de non-recevoir.

Résultat, le sommet ne comporte pas la moindre conclusion sur la relance de l’économie. Les plans nationaux restent purement nationaux, sans la moindre coordination ou le moindre effort supplémentaire. En revanche, les moyens du FMI sont très largement augmentés pour couvrir les éventuelles nouvelles crises financières de pays en difficulté. Bref, les moyens supplémentaires sont essentiellement destinés aux institutions financières et oublient complètement la lutte contre le chômage.

Une réforme du capitalisme très limitée

Le monde de la finance, en revanche, devrait connaître une réforme significative. Il a été décidé une plus grande réglementation des hedge funds, des paradis fiscaux, des rémunérations des traders ou des agences de notation. Les banques devront mettre davantage de provisions de côté dans les périodes de croissance. De manière assez savoureuse, les grands de ce monde reconnaissent qu’il faut revenir sur l’évaluation des actifs au prix de marché, avouant les limites du marché…

Mais finalement, beaucoup reste encore à faire. Tout dépendra des détails des accords qui seront pris dans les prochaines semaines. Pire, rien de concret n’a été évoqué sur les questions du commerce, de la monnaie ou des mouvements de capitaux. Et même sur la finance, les réformes se limitent trop souvent à des questions techniques sans fondamentalement changer la nature du système financier international et il n’est pas évident que les réformes annoncées limitent les bulles dans le futur.

Les financiers parlent aux financiers

Alors bien sûr, la manifestation la plus visible de cette crise a été l’explosion d’une nouvelle bulle financière. Et bien sûr encore, les populations de tous les pays ont été choquées par les pratiques financières des banques, les révélations sur les hedges funds ou les rémunérations des traders. Mais aujourd’hui, les manifestations concrètes de la crise comme la destruction massive des emplois, à une vitesse inédite depuis 80 ans, devraient être le premier sujet de préoccupation des dirigeants de la planète.

Mais non, ils se contentent de quelques mesures destinées à montrer qu’ils agissent contre certains abus et affirment que cela permettra un retour à la confiance et donc à la croissance. Pendant ce temps, des millions de personnes perdent leur emploi. Quel décalage sidérant entre la réalité de l’économie et les annonces d’hier. Aucune réflexion globale ne semble avoir été menée sur les raisons de la crise et donc guidé les décisions prises. Rendez-vous dans quelques années pour la prochaine !

Oubli complet des questions monétaires alors que certains pays (et notamment le pays hôte) pratiquent une dépréciation agressive de leur monnaie, refus de tout débat sur le libre-échange, réformes incertaines sur la finance : nous sommes encore extrêmement loin de la refondation du capitalisme dont parlent certains.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article_interac...

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/04/02/g20-fon...

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04...