22.01.2010
Le fiasco Proglio
Au bout de 48 heures de polémiques, le patron d’EDF a finalement cédé : Henri Proglio renonce à sa double rémunération. Une nouvelle polémique bêtement provoquée en faisant des promesses non tenues qui illustre parfaitement les dérives de la présidence Sarkozy.
Une pratique plus que contestable
Même le Figaro s’était ému du montage du gouvernement pour la rémunération du nouveau patron d’EDF. Quand il était à la tête de Veolia, Henri Proglio touchait 1,5 millions d’euros par an. Le patron d’EDF de l’époque, Pierre Gadonneix, s’en tenait à une rémunération de 1,05 millions d’euros par an. Henri Proglio devait toucher le jackpot puisqu’outre un salaire de 1,6 millions d’euros pour la présidence d’EDF, s’ajoutait 450 000 euros comme président du conseil d’administration de Veolia.
Cette affaire était scandaleuse à plus d’un titre. Tout d’abord, on se demande ce qui peut justifier une hausse de plus de 50% de la rémunération du patron d’EDF, surtout dans la période économique actuelle. Ensuite le cumul entre la présidence exécutive d’une entreprise du CAC 40 avec celle du conseil d’administration d’une autre entreprise du CAC 40 est totalement inédit. Enfin, Christine Lagarde avait affirmé il y a quelques semaines qu’il ne toucherait qu’une seule rémunération.
La république des copains
Bref, un proche du président s’est à nouveau retrouvé pris avec le doigt dans le pot de confiture. Il est tout de même incroyable que dans la période actuelle, avec la grave crise que nous traversons, qui a envoyé des centaines de milliers de Français au chômage, le gouvernement ne soit pas capable de voir les dangers d’un tel choix. Il a à nouveau donné le sentiment d’une coupure entre les élites et le peuple et démontre une collusion des pouvoirs qui permet de servir les amis généreusement.
Depuis près de trois ans, les Français constatent que les proches du président sont généreusement récompensés, en postes (François Pérol), en rémunérations (Henri Proglio), ou en lois (fin de la publicité sur le Service Public, bouclier fiscal). S’il faut reconnaître que cette pratique est malheureusement courante, Nicolas Sarkozy la pousse beaucoup plus loin encore, en bafouant les règles de déontologie habituelles, abîmant l’image de la France, qui passe pour une république bananière.
Bien sûr, Henri Proglio a fini par renoncer à cette double rémunération mais il conserve une augmentation de plus de 50% par rapport au précédent président d’EDF et sa double casquette. Deux autres motifs à protestation et à recul ?
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : henri proglio, veolia, edf, nicolas sarkozy, christine lagarde
10.11.2009
Sarkozy à mi-mandat : la faillite républicaine
C’est un sujet sur lequel il est particulièrement difficile de suivre Nicolas Sarkozy. Selon qu’il lise un discours de Henri Guaino ou qu’il suive la ligne de son livre « La République, les religions, l’espérance », la ligne est radicalement différente. Son bilan de mi-mandat reflète cette dualité.
La rupture
Le début de mandat de Nicolas Sarkozy a été l’occasion de nombreux dérapages. Il y a eu notamment son discours où il affirmait que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé » et qui marquait une rupture radicale avec un siècle de tradition laïque consacrée par la loi de 1905. Certes, depuis, le président ne met plus en avant l’agenda communautariste (il s’est même prononcé contre le port de la burqa), mais un doute subsiste comme le montrent certains projets visant à instituer des quotas.
La rupture est également venue sur la façon de faire fonctionner la Cinquième République. Nicolas Sarkozy a effacé tout son gouvernement. François Fillon est plus transparent que n’importe quel de ses prédécesseurs à Matignon. Et le président croit bon de faire quasiment toutes les annonces à la place de ses ministres, ne laissant exister médiatiquement qu’une poignée d’entre eux. Le gouvernement n’est plus une équipe mais un rassemblement de supporteurs au service du président.
Main basse sur les médias
Mais un des aspects les plus choquants de la présidence de Nicolas Sarkozy est clairement le traitement médiatique. Cet aspect est plus clivant dans la mesure où le paysage médiatique est très partagé, entre des critiques radicaux (Marianne, Le Canard Enchaîné…) et des soutiens très marqués (TF1, Europe 1, Le Figaro…). Du coup, selon leur consommation de médias, les Français n’ont pas du tout la même perception du biais partisan. Mais au global, les plus gros sont rarement très critiques.
Nicolas Sarkozy bénéficie déjà de liens particuliers avec les groupes d’Arnaud Lagardère (Paris-Match, Europe 1, le JDD…) ou de son témoin de mariage, Martin Bouygues. Mais il y a ajouté une tutelle plus forte du Service Public (finances et nominations). Bizarrement, l’émission Ripostes, de l’électron libre Serge Moati, a été déprogrammée malgré d’excellentes audiences. Et on ne compte plus les interventions du chef de l’Etat ou de son entourage pour critiquer tel ou tel programme.
La répartition du temps de parole politique posait également problème, avec un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition, indépendamment de la durée de la parole présidentielle (auparavant limitée à quelques pourcents). L’arrivée de Nicolas Sarkozy a fait exploser les compteurs puisqu’il captait à lui seul un quart du temps de parole. Heureusement, un récent arrêt du Conseil d’Etat a contraint le CSA à prendre en compte son temps de parole.
Le temps des copains
Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait parlé d’une « République irréprochable » dans une tribune au Monde. Le problème est que la comparaison entre ce qu’il avait promis et ce qu’il fait est une nouvelle fois gigantesque. Nous sommes bien loin des 15 ministres et de la parité qu’il avait mis en avant lors du débat présidentiel. L’exemplarité dont il parlait a été ridiculisée par l’épisode de l’EPAD et la volonté bien prématurée de faire de son fils de 23 ans son président.
Qui plus est, Nicolas Sarkozy sait servir les intérêts de ses proches. Cela est manifeste avec la suppression accélérée de la publicité sur le Service Public, qui était une revendication de TF1, qui en est bien évidemment le premier bénéficiaire. De même, Nicolas Sarkozy place ses proches à des postes clés dans des circonstances souvent très limites, comme Henri Proglio à la tête d’EDF (tout en restant à Véolia) ou François Pérol à la tête du groupement de la Banque Populaire et des Caisses d’épargne.
La rupture est bien arrivée sur la pratique républicaine habituelle. Malheureusement, elle ne se fait pas pour le meilleur. Marianne avait bien raison de lancer un « appel à la vigilance républicaine il y a près de deux ans ». Malheureusement, cet appel n’aura fait qu’attirer notre attention…
10:55 Publié dans Actualités, Présidentielles 2007, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, république irréprochable, epad, jean sarkozy, françois pérol, henri proglio, tf1, service public



