08.05.2010

L’euro et les 16 Hoover

Un vent d’austérité souffle sur l’Europe. Après l’Irlande, la Grèce et le Portugal, la France vient d’annoncer ses premières mesures d’une rigueur qui ne dit pas son nom cette semaine. Mais rien ne semble arrêter la panique des marchés qui se sont effondrés.

Menace sur la croissance

En 2009, les économies européennes ont été sévèrement affectées par la crise puisque le PIB de l’Union Européenne a reculé de 4%, contre 2.5% aux Etats-Unis. En 2010, la croissance devrait atteindre au mieux 1% et tous les analystes craignent de plus en plus pour la croissance en 2011 et 2012 du fait des plans de rigueur qui se mettent en place pour remettre des finances publiques durement éprouvées par la crise à nouveau en ordre.

Cette situation rappelle l’analyse de Paul Krugman qui avait annoncé fin 2008 qu’il faudrait combattre « l’attaque des 50 Herbert Hoover ». Le prix Nobel d’économie* 2008 y expliquait alors que tout plan de soutien à l’économie allait voir ses effets réduits par l’action des 50 gouverneurs, qui, obligés de présenter des comptes à l’équilibre, allaient devoir réduire leurs dépenses et augmenter les impôts en période de crise économique, accentuant alors le cycle récessif.

En fait, en période de croissance, et donc de fortes rentrées fiscales, les Etats ont tendance à augmenter leurs dépenses à proportion, accentuant la croissance. En revanche, en période de récession, la baisse des recettes fiscales pousse à une baisse des dépenses, qui elle même accentue la récession. Ce scénario rappelle ce qui s’est passé aux Etats-Unis de 1929 à 1932, quand Herbert Hoover a cherché à maîtriser les déficits pendant la Grande Dépression.

Pro-cyclique vs contra-cyclique

Alors que les Etats-Unis semblent véritablement sortis de la crise, avec une croissance qui devrait atteindre 3% en 2010, effaçant la baisse de 2009, grâce au plan de soutien massif obtenu par le président Obama, le cas de l’Europe est beaucoup plus compliqué. Si les marchés sont saisis de panique aujourd’hui, outre leur « exubérance irrationnelle », c’est aussi à cause de l’incapacité des dirigeants européens à proposer un modèle de croissance crédible pour les années à venir.

En effet, les investisseurs ne comprennent pas comment le vieux continent pourra retrouver le chemin de la croissance étant donnée la sévérité des plans de rigueur que mettent en place de plus en plus de gouvernements européens. En effet, si les pays de la périphérie taillent fortement dans les dépenses publiques et que les pays du centre les gèlent alors que le secteur privé n’a pas, lui non plus, repris le chemin de la croissance, alors les perspectives futures sont bien sombres.

Il y a un vrai risque aujourd’hui que les dirigeants européens se transforment en autant de Herbert Hoover, empêchant toute reprise de l’activité économique européenne. C’est d’autant plus regrettable qu’il existe pourtant des solutions pour sortir l’Europe de la récession

* en réalité, prix décerné à la mémoire d’Alfred Nobel, il n’y avait pas de prix Nobel d’économie à l’origine