17.08.2011

Sommet franco-allemand : une bonne idée, une mauvaise et du bla-bla

Hier, Angela Merkel s’est rendue à l’Elysée pour une réunion sur la crise financière de la zone euro. Les deux chefs d’Etat ont fait un certain nombre de propositions pour l’ensemble des partenaires. Mais les propositions qui n’ont pas été faites ont également leur importance…

La Taxe sur les Transaction Financières

Et il faut noter qu’une d’entre elle est très positive : une Taxe sur les Transactions Financières sera rapidement proposée, une idée pour laquelle je me bats depuis le début du blog. Les opinions publiques évoluent, comme l’avait montré un vote du Parlement européen. Les difficultés des finances publiques pourraient permettre une avancée décisive sous peu. Une telle taxe réduira la spéculation et fera davantage contribuer la finance à la collectivité, comme le dit Joseph Stiglitz.

Bien sûr, des risques de blocage existent. Il n’est pas évident que certains pays ne cherchent pas à s’y opposer. En outre, la question du taux, cruciale, n’est pas tranchée. Enfin, sans contrôle des mouvements de capitaux, son effet pourrait être limité si les transactions financières en profitent pour émigrer en dehors de la zone euro. Malgré tout, ne boudons pas notre plaisir. Le plus important est qu’elle soit mise en place car après, elle pourra toujours être améliorée.

La camisole budgétaire et le bla-bla

Malheureusement, une autre mesure sera proposée aux autres chefs d’Etat et de gouvernement, la camisole budgétaire, la constitutionnalisation de l’interdiction des déficits budgétaires. Même s’il est important de respecter l’argent public, j’y suis fermement opposé pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il s’agit d’une nouvelle restriction dans la politique économique des Etats (après l’indépendance des banques centrales) les politiques n’ont pas à céder à la corbeille.

Ensuite, il est paradoxal de mettre en place une telle règle alors que nous venons tout juste de vivre un épisode économique où il aurait forcément fallu la mettre entre parenthèses. Dès lors, pourquoi mettre en place une règle qu’il faudra violer en cas de crise ?

La proposition de gouvernement économique présidé par Von Rompuy est purement cosmétique comme le démontre le fait qu’il ne se réunira que deux fois par an et qu’il doublonne avec le Conseil Européen...

Ce qui a été oublié

C’est il y a bientôt un an que l’idée d’euro-obligations a jailli dans le cerveau (malade ?) des partisans d’une intégration européenne, bien plus préoccupés par l’avancée de leurs idées fédérales que par la résolution des problèmes qu’affrontent les peuples européens depuis des années. Cela fait également bientôt un an que ces mêmes personnes soutiennent une augmentation des moyens du FESF pour faire face à la spéculation sur les dettes souveraines.

Et comme d’habitude, Angela Merkel et l’Allemagne ont refusé cette intégration irresponsable qui ne résoudrait rien. Bref, il faut croire qu’heureusement, cette voie est totalement bouchée et cela est complètement normal. L’Allemagne s’est déjà engagée à hauteur de plus de 100 milliards avec le FESF et les appels à la solidarité sont surtout des appels au portefeuille allemand, dont on peut penser qu’il s’est déjà suffisamment ouvert.

Bref, au global, le bilan de ce sommet est contrasté. J’en retiendrai en positif la TTF et l’absence d’euro obligations ou d’augmentation du FESF. Mais il est clair qu’il ne règle pas à la croissance molle du continent européen et aux crises spéculatives, comme l’explique Philippe Cohen.

Je publierai demain la deuxième partie de mon compte-rendu du livre coécrit par A-J Holbecq

29.05.2011

Europe : le cauchemar économique qui donne raison au « non » de 2005

Il y a six ans, nous dénoncions cette Europe anti-démocratique, technocratique et néolibérale, qui avait oublié que le progrès se doit d’être social en faisant de la « concurrence libre et non faussée » l’objectif monstrueux du TCE. Malheureusement, les faits montrent que nous avions raison.

Une impasse économique insoluble

En 2005, comme en 1992, on nous a dit que plus d’Europe, ce serait plus de croissance et plus d’emplois. Il n’y a plus que les banquiers centraux pour tenir encore un tel discours complètement déconnecté de la réalité de ce que vivent les peuples, à Athènes, Dublin, Lisbonne, Madrid, mais aussi à Berlin, où les salaires stagnent depuis quinze ans. Loin d’être progressiste, cette Europe organise une immense régression sociale sur toute la partie occidentale du continent.

En effet, les politiques européennes menées depuis 25 ans produisent d’immenses déséquilibres provoqués par la conjonction de la monnaie unique et de l’ouverture anarchique des économies européennes aux mouvements de biens et de capitaux. En outre, la situation actuelle n’est pas tenable, comme le rapporte très justement Patrick Artus dans une nouvelle note. Le chef économiste de Natixis démontre à son corps défendant que la zone euro est condamnée.

Il commence par faire une synthèse utile des immenses déséquilibres de la zone euro, où l’on voit que paradoxalement, alors que des monnaies nationales permettaient de faire converger les économies européennes, une monnaie unique les fait diverger. Ensuite, il souligne les écarts colossaux d’évolution des coûts salariaux entre les pays et les déséquilibres immenses des balances de paiement (jusqu’à 10% de déficit pour la Grèce et le Portugal).

Les deux issues qui n’en sont pas

Patrick Artus voit deux solutions. La première, qu’il balaie rapidement, est un fédéralisme budgétaire, mais devant l’ampleur des problèmes, il faudrait que l’Allemagne accepte de transférer plusieurs points de PIB tous les ans vers l’Europe du Sud. Cela est bien sûr totalement illusoire, après l’intégration de l’ancienne Allemagne de l’Est et  avoir consenti à une stagnation des salaires pour assurer la compétitivité de l’industrie nationale en Europe. En outre, cela ne règlerait pas tout.

La seconde solution consiste à une baisse des salaires et de la demande intérieure pour équilibrer la balance des paiements courants. L’économiste chiffre l’effort à 3-4% du PIB pour la France, l’Espagne et l’Italie et 10% pour la Grèce et le Portugal. Mais la baisse de la demande devrait être nettement supérieure pour produire un tel ajustement, puisqu’elle comprime également la demande de produits intérieurs. On peut anticiper un effort environ deux à trois fois plus important.

Bref, en l’absence de possibilité de dévaluation, Patrick Artus nous promet une austérité inédite et sauvage. Et d’ailleurs la situation de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne nous démontre aujourd’hui que cette construction économique est une impasse qui ne pousse qu’à une immense régression sociale, une envolée du chômage et un effondrement du pouvoir d’achat, tout ça pour ne pas remettre en cause cette monnaie unique, ce veau d’or du 21ème siècle.

Il y a quelque chose d’effrayant à voir cette Europe refuser même la moindre restructuration de la dette grecque, par la voix d’Herman Von Rompuy ou de Jean-Claude Juncker. Au nom de cette Europe, le peuple grec est simultanément saigné et pillé (avec une vague de privatisations des services publics qui va donner de belles rentes de situations à des entreprises étrangères) alors que les créanciers de la Grèce, et notamment les banques, sont totalement protégés.

Le prix à payer n’est-il pas totalement démentiel ? La colère populaire est totalement légitime et ne va pas se calmer de sitôt. Tôt au tard, les peuples du Sud de l’Europe finiront par se révolter démocratiquement pour sortir de cette impasse. On ne peut pas saigner un pays sans réaction.