18.09.2011

Le grand virage protectionniste des européens

Après la conférence de presse du 16 juin, où avait été révélé un sondage sur l’état de l’opinion sur le libre-échange, l’association « Manifeste pour un débat sur le libre-échange », a organisé de nouveaux sondages dans toute l’Europe et organisé un colloque mercredi dernier.

Des européens ouverts à la démondialisation

Un des arguments des partisans du libre-échange est de dire que les Français sont un peu atypiques, que notre opinion est minoritaire et que nous ne pourrions pas changer seuls, nous promettant abusivement un destin comparable à celui de l’Albanie si nous suivions ce chemin. Mais le sondage révélé par l’association de Philippe Murer démontre que les opinions publiques allemandes, italiennes et espagnoles sont étonnamment proches de celle des Français sur ce sujet…

Dans le détail, pas moins de 65% des Allemands se déclarent opposés à la faible taxation des produits importés de Chine et d’Inde, à peine moins que les 70% de Français. A noter que les Italiens sont 71% à s’exprimer dans ce sens et les Espagnols 76%. Assez logiquement, les Britanniques sont les moins favorables, avec tout de même 50% de personnes se déclarant opposées à cette situation. De 60 à 67% de l’Europe continentale est favorable à un relèvement des droits de douane !

De manière intéressante, alors que 80% des Français déclarent que le cadre européen est préférable pour une telle politique, ce chiffre tombe à 73% en Italie, 68% en Espagne, 67% en Allemagne et 42% au Royaume Uni. 64% des citoyens britanniques sont prêts à y aller seuls si les autres pays européens n’y vont pas, contre 63% des Italiens, 60% des Espagnols, 57% des Français et 56% des Allemands. Bref, nos concitoyens semblent les plus attachés à l’idée européenne.

L’exception Française

A dire vrai, il s’agit d’une vraie surprise. Je ne croyais pas que les citoyens européens seraient à ce point ouverts aux idées protectionnistes, y compris les britanniques, dans la patrie du libre-échange. Il aurait été intéressant d’avoir fait ce sondage quatre ou cinq ans auparavant pour voir l’évolution. Il est probable que les opinions publiques ont beaucoup évolué récemment. Malgré tout, ce sondage révèle également de vraies divergences entre les peuples européens.

Les Français ont un jugement beaucoup plus sévère sur les conséquences de la mondialisation, qui tranche avec l’opinion des autres pays. Quand 75% des Français pensent que la mondialisation aura des conséquences négatives et 11% seulement positives, les autres opinions publiques sont moins tranchées : 62/29 en Italie, 56/30 en Grande-Bretagne, 56/32 en Espagne et 52/34 en Allemagne. Malgré tout, la victoire est claire pour le camp alternatif qui a gagné la bataille de l’opinion.

La présentation de ces résultats a été accompagnée d’un véritable colloque réunissant économistes (Jean-Luc Gréau, Hervé Juvin, et Jean-Claude Werrebrouck) et politiques (Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg). Je vous invite à consulter le papier et les vidéos de Seb Musset et les articles de Coralie Delaume et Bertrand Rothé qui étaient présents ou celui de Yann, n’ayant malheureusement pas eu la possibilité d’assister à cette réunion.

Petit à petit, nous gagnons du terrain. Nous sommes en train de gagner la bataille des idées grâce à des initiatives comme celles-là. Et la crise qui dure depuis trois ans est en train de créer les circonstances qui permettront à une véritable alternative d’arriver au pouvoir.

17.06.2011

Le grand virage protectionniste des Français

Hier, à l’initiative de Philippe Murer, un sondage Ifop sur le libre-échange a été révélé. Il souligne que les Français sont plus ouverts que jamais aux idées protectionnistes, à un moment où les députés font pression sur Air France pour que la compagnie achète des Airbus.

Le protectionnisme, ça nous gagne !

Il faut vraiment saluer l’initiative de ce particulier qui a réuni les intellectuels qui participaient au projet Protectionnisme Européen pour sonder l’état de l’opinion française sur le libre-échange. Voici une pierre majeure au débat économique. On ne peut que constater l’énorme décalage entre une classe politique assez timide sur ces questions et des Français qui semblent avoir parfaitement compris les conséquences de l’anarchie commerciale sur notre économie.

84% des Français disent que la libéralisation des échanges avec les pays émergents a des conséquences négatives sur l’emploi (7% pensant le contraire). Ils sont 78% à penser que cela a un effet négatif sur les salaires. Pour 54%, cette ouverture bénéficie aux multinationales, pour 24% à la France et seulement 13% aux salariés français et à l’environnement. 75% estiment que cette ouverture des frontières aura des conséquences négatives sur l’emploi dans les dix ans à venir.

76% de ceux qui s’expriment sont favorables à une augmentation des droits de douanes. 80% des personnes interrogées pensent que le protectionnisme doit être mis en place à l’échelle européenne (20% à l’échelle française). Mieux, 57% des Français sont favorables à la mise en place d’un protectionnisme national si nos partenaires européens refusent une telle évolution. Nul doute qu’une majorité n’aurait pas été trouvée il y a quelques années.

 Parallèlement, le Figaro a publié un sondage révélant que 64% des Français se disent prêts à payer davantage pour des produits fabriqués en France, 20 points de plus qu’il y a cinq ans. Cela est d’autant plus méritoire que le pouvoir d’achat n’était pas aussi durement touché à cette époque… Parallèlement, un député vient de lancer une pétition à l’Assemblée Nationale pour demander à Air France de privilégier Airbus pour la fourniture de ses prochains longs courriers.

Le débat interdit

Paradoxalement, le débat reste difficile, comme l’a illustré la conférence de presse donnée par P. Murer, E. Todd, J-L Gréau, J Sapir, P-N Giraud et Hervé Juvin. Une journaliste du Nouvel Observateur a évoqué la proximité avec le FN mais s’est fait rembarrée par Todd. Gérard Courtois du Monde a ironisé sur « le protectionnisme dans un seul pays » s’attirant une réplique cinglante et applaudie de Sapir : « la haine de la nation, c’est l’internationalisme des imbéciles ».

J-L Gréau a souligné que paradoxalement, ce sont les protectionnistes qui sont des modérés et les libre-échangistes qui sont les extrémistes car les premiers ne sont pas favorables à l’autarcie, mais à un libre-échange régulé. Il a de nouveau réglé un sort aux théories de Ricardo en soulignant que les capitaux ne circulaient pas à cette époque (on pourrait ajouter que les différences de salaires étaient limitées et les coûts de transport beaucoup plus importants).

Dans une belle formule, il a affirmé que « les politiques s’acharnent à conquérir un pouvoir qu’ils ne veulent pas exercer ». Sapir s’est placé dans le camp des raisonnables, alors que les libre-échangistes sont dans l’utopie. Il a renvoyé dos-à-dos le trop d’Etat communiste et le pas d’Etat des ultra-libéraux. Todd a affirmé avoir rejoint la ligne de Sapir sur l’action unilatérale de manière à changer l’Europe, ne croyant plus au multilatéralisme pour initier le changement.

Pour les économistes, la désindustrialisation, la baisse du pouvoir d’achat et le chômage font que la réalité est en train de trancher le débat. On peut ajouter que presque tout le monde est protectionniste. Les Etats-Unis ont fermé leur marché aux pneus chinois. L’Allemagne protège ses industriels par ses normes DIN et surtout, le modèle de développement asiatique est protectionniste (plus de 95% des voitures vendues au Japon, en Corée et en Chine sont produites localement).

Un grand merci pour cette initiative bienvenue qui met le débat économique dans l’actualité et souligne le décalage immense entre des citoyens de plus en plus protectionnistes et une élite qui reste résignée au libre-échange et ne se pose même pas la question d’une alternative.