07.05.2011

Hervé Morin : au centre, le vide

Il n’en vendra sans doute pas beaucoup, mais le président du Nouveau Centre a trouvé le moyen d’exister médiatiquement : sortir un livre très critique à l’encontre de Nicolas Sarkozy. Le seul moyen de donner un peu de contenu à son hypothétique candidature.

Indécence et copyright

Hervé Morin s’était déjà illustré par un grand manque d’élégance républicaine lors du remaniement en annonçant lui-même et avant l’annonce officielle son départ du gouvernement. Il fait une nouvelle muflerie aujourd’hui en publiant un livre très critique à l’encontre de Nicolas Sarkozy. Il est difficile d’y voir autre chose qu’un moyen d’exister pour un candidat très creux. Il est assez indécent qu’un ancien ministre descende aussi rapidement la main qui le nourrissait il y a peu.

Il devrait apprendre auprès de Jean-Louis Borloo ce qu’est le comportement normal d’un ancien ministre de la République. En outre, il est difficile de ne pas voir le côté extrêmement réchauffé de sa critique du président de la République. Nous avons droit à un gloubiboulga indigeste et déjà-vu des critiques exprimées depuis près de cinq ans (en prenant en compte la campagne présidentielle). Naturellement, Hervé Morin n’apporte rien de nouveau sur le sujet.

Le candidat inutile et invisible

Ce bébé Sarkozy (car, après tout, il n’existe que parce que le président a voulu faire monter un centriste qui avait trahi François Bayrou pour concurrencer le Modem) est un nouvel exemple du vide absolu du sarkozysme. Car si Hervé Morin veut être candidat à l’élection présidentielle, il n’a toujours pas réussi à expliquer clairement pourquoi il le fait, à part pour exprimer sa volonté d’exister politiquement et être cohérent avec la grande idée qu’il semble avoir de lui-même.

Mais le centriste est parfois couard. C’est pourquoi Hervé Morin aimerait bien que Jean-Louis Borloo y aille car il ne semble pas convaincu de faire un grand score étant donné le vide sidéral de son discours et de sa personne. Son parcours depuis quatre ans parle contre lui : une trahison, un passage totalement transparent dans un grand ministère où il n’a laissé aucun souvenir, des vœux totalement ridicules et maintenant un livre qui ne fait que reprendre ce qui était dit il y a longtemps.

On retient aussi d’un président les personnes qu’il a fait émerger politiquement. Le vide sidéral de certains bébés Sarkozy, souvent couplé à une très haute idée d’eux-mêmes trouve un nouvel exemple dans la personne d’Hervé Morin. Qu’il se présente, on rira bien.

11.04.2011

Jean-Louis Borloo entre sécession et dissuasion

L’ancien ministre de l’écologie a fait un grand pas vers le Rubicon la semaine dernière en annonçant sa décision de quitter l’UMP, de créer un nouveau rassemblement et d’envisager sa candidature pour 2012. Mais quelles sont ses véritables intentions ?

Embouteillage au centre

La perspective d’une candidature de Jean-Louis Borloo pour 2012 est à multiple tranchants. Bien sûr, beaucoup y voient le risque d’une division des voix de la majorité qui pourrait bien contribuer à éliminer Nicolas Sarkozy du second tour de l’élection présidentielle. Mais les implications sont peut-être plus complexes. En effet, beaucoup de candidats se bousculent autour du centre politique, pas forcément au détriment du président sortant par ailleurs.

En effet, outre François Bayrou et Hervé Morin, Jean-Louis Borloo chasse plus largement sur les terres de Dominique de Villepin, et même Eva Joly ou Dominique Strauss-Kahn. Tous ces candidats sont relativement proches sur l’échiquier politique, partagent une même acceptation de la mondialisation néolibérale ou de l’Europe, et un refus de la dérive sécuritaire et identitaire de l’UMP. Mais Jean-Louis Borloo présente la particularité d’être le seul à ne pas être hostile au président sortant.

Borloo, téléguidé par Sarkozy ?

On peut donc légitimement se poser cette question car l’ancien ministre est un ami du président et l’a vu très récemment, comme le soutient aussi Juan. Et son éventuelle candidature n’est pas forcément inutile à l’Elysée. En effet, rien ne dit qu’il ne touchera pas principalement des électeurs qui n’auraient de toutes les façons pas souhaité voter pour Nicolas Sarkozy. Il est possible qu’il tire son électorat des rivaux du président plutôt que de celui du président lui-même.

En outre, une candidature Borloo complique plus encore une éventuelle candidature de Villepin qui aurait un concurrent de plus, sachant qu’il affronte déjà DSK et Bayrou, qui sont sur des registres très proches. La menace d’une candidature de l’ancien ministre pourrait achever de dissuader l’ancien premier ministre d’y aller. Enfin, rien n’empêcher Jean-Louis Borloo de tester sa candidature et de la retirer au dernier moment s’il s’avèrerait qu’elle gêne plus le président qu’elle ne l’aide.

La déclaration de Jean-Louis Borloo est trop rapidement vue comme un affaiblissement de Nicolas Sarkozy. C’est peut-être le cas. Mais cela pourrait aussi être un ballon d’essai destiné à en dissuader d’autres et à créer une aile centriste pour contrebalancer une UMP droitisée.

07.01.2011

Manuel Valls, Hervé Morin, présidentiables en buzz mineur

Ils font le buzz de cette semaine. Manuel Valls a remis en cause les 35 heures mises en place par le gouvernement de Lionel Jospin, déclenchant les foudres de son parti. Hervé Morin a fait parler de lui comme possible candidat à l’élection présidentielle selon le porte-parole de son parti.

Manuel Valls, artificier des 35 heures

C’est sans doute le plus gros coup médiatique de la semaine tant son intervention a enclenché un cortège de commentaires, tant au PS qu’à l’UMP, lui ouvrant les portes du Grand Journal de Canal Plus mardi soir. Gérald Andrieu et Hervé Nathan se sont chargés de démonter le bien faible argumentaire du député-maire d’Evry, dont le but était surtout de faire du bruit autour de sa candidature, quitte à dire n’importe quoi dans le seul but d’attirer l’attention des médias.

Le premier pointe ses contradictions en notant qu’il avait écrit dans un livre publié en 2008 qu’il a « été très fier, ce jour de l’automne 1997, quand Jospin a annoncé au patronat scandalisé et aux syndicats médusés qu’il allait réaliser les 35 heures, conformément à ses engagements de campagne ». Le second revient sur ses multiples erreurs, notamment le fait qu’il a dit que personne au PS ne souhaite étendre les 35 heures au PME alors qu’elles y sont appliquées officiellement depuis 2003.

Hervé Morin, petit poney présidentiel

Je me demande tous les jours comment un homme politique aussi insignifiant qu’Hervé Morin peut vouloir se présenter aux élections présidentielles. Il ne doit son existence politique qu’au fait qu’il ait travaillé avec François Bayrou et l’ait trahi dans le bon timing pour ramasser la mise auprès de Nicolas Sarkozy. Mais depuis ce triste acte fondateur, le patron du Nouveau Centre, qui voudrait incarner le centre, ne s’est jamais distingué par l’épaisseur de ses discours…

Depuis 2007, il est un homme politique qui investit avec succès dans les chevaux de course, qui annonce lui-même qu’il ne fait plus partie du gouvernement avant même l’annonce officielle du remaniement, qui fait ses vœux dans la cuisine de son appartement. Et cette semaine, son porte-parole s’est un peu avancé en parlant sa candidature en vue de 2012, affirmant qu’il en avait parlé avec lui la veille au soir. Mais finalement, Hervé Morin préfère attendre l’automne pour se déclarer.

Bref, le fait que Manual Valls et Hervé Morin souhaitent se présenter aux élections présidentielles est assez désolant. Que de temps perdu par les médias avec des candidats aussi inconsistants et inutiles alors qu’il y aurait tant à dire sur des personnes bien plus intéressantes et solides…

19.11.2010

Gouvernement, PS : la chienlit au pouvoir !

L’action politique est forcément collective. Si elle nécessite un chef et une hiérarchie, elle repose sur une équipe et son efficacité dépend aussi de la discipline qui y règne. Un temps, « on fermait sa gueule ou on démissionnait ». Aujourd’hui, chacun étale ses divergences au grand jour.

Gauche-droite : match nul !

Depuis Nicolas Sarkozy, le terme de « solidarité gouvernementale » a gravement été mis à mal. Si elle a fini par être sanctionnée, Rama Yade a été pendant longtemps la sauvageonne du gouvernement. Nous avons eu d’autres exemples avec le remaniement. Brisant tous les usages, trois ministres ont carrément annoncé leur départ avant l’annonce officielle. Ensuite, nous avons eu droit à une litanie d’anciens déversant leurs états d’âme dans les médias.

Hervé Morin décroche le pompon en cumulant l’annonce de son départ et un épanchement bien peu républicain. En se comportant comme le recalé amer d’une émission de téléréalité, comment espère-t-il avoir la moindre crédibilité pour être candidat à la présidence? Fadela Amara a qualifié François Fillon de « bourgeois de la Sarthe » et a dénoncé « l’inertie et le sectarisme » dont elle a été victime. Jean-Louis Borloo a taclé le premier ministre qui aurait son premier opposant.

Mais le manque de décence n’est pas limité à la droite. Le Parti Socialiste avait réussi depuis la rentrée à afficher une certaine unité. Mais la machine à baffes est repartie de plus belle il y a quelques jours avec la présentation du projet sur « l’égalité réelle ». Même si ce texte est critiquable, il est incroyable que les socialistes soient incapables de laver leur linge sale en famille. Bien sûr, chaque saillie attire les médias, mais elle fait un effet désastreux sur l’image collective du parti.

De l’éthique à l’ego

L’action collective impose une certaine discipline. Il est parfaitement naturel que les membres d’un même parti ne soient pas d’accord sur tout en permanence. Mais les dissensions internes devraient au mieux être consignées à l’intérieur du parti ou, au pire, ne jamais déraper en critiques directes. Les membres du PS comme de l’UMP ne semblent animés que par leurs intérêts et leurs pulsions sans être capables d’envisager l’importance du destin commun qui devrait primer sur leurs petites personnes.

C’est ce que Jean-Pierre Chevènement avait théorisé en affirmant qu’ « un ministre, ça ferme sa gueule, ou ça démissionne ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a appliqué sa maxime tout au long de sa vie. Aujourd’hui les ambitieux aux dents longues de l’UMP, du PS ou du Centre pensent tellement à leur nombril qu’ils sont incapables de comprendre qu’ils se font aussi mal à eux-mêmes en critiquant sans cesse d’autres membres de leur parti. Les bienfaits de la discipline individuelle ont été oubliés.

Cette chienlit politicienne a une cause toute simple : l’absence de convictions. En effet, quand on croit en un idéal, on peut accepter de suivre la majorité et jouer le jeu de l’équipe. En cela, les débordements actuels en disent long sur la médiocrité du personnel politique des grands partis.