24.12.2008
Les débuts très professionnels de Barack Obama
La quasi-totalité des commentateurs jugent très favorablement les débuts du président élu qui sera investi le 20 janvier, soulignant son professionnalisme et la qualité de son équipe, à la fois ouverte et composée de grands professionnels. Mais, il doit aussi gérer les premières insatisfactions.
Un président élu rapidement opérationnel
Le système Américain est décidemment très particulier. Outre le fait d’infliger au pays une campagne électorale quasiment permanente avec des élections tous les deux ans, précédées de très longues campagnes, qui peuvent démarrer un an et demi avant à cause des primaires, le président élu ne rentre en fonction que deux mois et demi après avoir été élu. Ainsi, Barack Obama, élu le 1er novembre, ne sera officiellement en fonction que le 20 janvier. Néanmoins, ce temps permet au vainqueur des élections d’avoir du temps pour constituer son équipe et de bien préparer ses débuts. En moins de deux mois, le futur président a rendu une prestation presque unanimement jugée comme excellente.
Ce jugement vaut notamment pour l’équipe que le président a nommée. Le moins que l’on puisse dire est que Barack Obama ne craint pas l’éventuelle ombre des membres de son gouvernement tant il s’est entouré de poids lourds dans tous les domaines. À tout seigneur tout honneur, il a même intégré Hillary Clinton au poste de Secrétaire d’Etat (l’équivalent du ministre des Affaires Etrangères). Il a conservé le républicain Robert Gates au poste de Secrétaire d’Etat à la Défense en reconnaissance du succès de l’opération de rétablissement de l’ordre en Irak. Il a nommé un ancien prix Nobel au poste de Secrétaire d’Etat à l’Energie et son cabinet comporte des pointures en économie, comme Larry Summers, ancien membre de l’équipe Clinton ou Paul Volcker, ancien président de la Fed.
Mais plus encore que les hommes, Barack Obama a particulièrement bien saisi le dossier de la crise économique et concocte un plan de relance massif qui tranche avec la timidité des mesures prises en Europe. Il a ainsi annoncé un plan additionnel d’au moins 500 milliards de dollars pour 2009 et 2010 et certains analystes parlent de 700 ou 1000 milliards ! Il faut dire que l’économie Américaine devrait afficher un recul historique d’environ 5% en rythme annuel sur le dernier trimestre de l’année. Mieux, le président élu annonce un plan concentré sur les grands travaux, sans doute la meilleure solution pour que l’argent dépensé ne le soit pas en pure perte mais soit au contraire un investissement pour l’avenir.
Malgré tout, quelques déceptions
Mais ce portrait très positif ne saurait faire oublier quelques bémols. Le premier porte sur le thème du changement. Certains soutiens du candidat démocrate ont été déçus de voir autant de têtes connues dans son équipe, ce qui semble difficilement compatible avec sa volonté annoncée de « changer Washington ». La nomination d’Hillary Clinton et le maintien de Robert Gates sont ici particulièrement visés. Plus récemment, il a déclenché une controverse en demandant à un pasteur ultraconservateur, Rick Warren, de délivrer l’invocation religieuse lors de son investiture. Mais l’intervention de ce pasteur farouchement opposé à l’avortement et au mariage homosexuel est contrebalancée par celle d’un pasteur aux vues différentes.
La composition très centriste (sur l’échelle Américaine) de l’équipe a également provoqué de vraies déceptions. L’équipe économique du président élu est très libérale. Avant son élection, les médias avaient annoncé la possibilité que les économistes alternatifs (là aussi, sur l’échelle Américaine) comme Robert Reich (ministre de Bill Clinton) ou Paul Krugman (prix Nobel 2008) conseillent le président. Las, The Economist a rapporté une remarque d’un membre de son équipe soulagé que le « gauchiste » Robert Reich n’en fasse pas partie. La lecture de son livre « Supercapitalisme » (chroniqué sur le blog) le place pourtant dans une catégorie de libéral modéré, qui pourrait siéger à l’UMP en France. S’il a pris la mesure de la crise, le système néolibéral ne semble pas avoir grand chose à craindre du nouveau président…
Au global, le « bilan » de ces deux premiers mois reste largement positif. Comme lors de sa campagne, Barack Obama impressionne par son professionnalisme, son calme et sa capacité à bien s’entourer, qui tranchent avec son prédécesseur.
Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/12/11/04001-20081211...
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/12/19/rick-w...
10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, hillary clinton, robert gates, larry summers, robert reich
03.09.2008
L’incroyable pari de John McCain
En choisissant Sarah Palin comme sa colistière pour l’élection présidentielle, John McCain démontre à nouveau son côté franc-tireur. Si les médias n’ont retenu qu’une tentative relativement malhabile d’attirer l’électorat d’Hillary Clinton, la réalité est plus complexe.
La problématique de John McCain pour le choix de son colistier était apparemment simple : étant le candidat le plus âgé pour un premier mandat de président, à 72 ans, il devait rassurer les électeurs en prenant une personne qui pouvait apparaître comme un bon remplacement au cas où. Son intérêt limité pour les questions économiques pouvait faire de Mitt Romney un Vice-Président idéal, dans la mesure où ce dernier était à la fois suffisamment jeune, et une bonne connaissance du monde des affaires. Au lieu de cela, le candidat républicain a fait un choix que personne n’avait anticipé : une femme de 44 ans, gouverneur d’Alaska, mère de cinq enfants, dont le dernier, handicapé, est né en avril. Elle est connue pour ses opinions conservatrices mais aussi ses croisades contre la corruption au sein de classe politique de son Etat.
Au premier abord, ce choix peut sembler absurde, comme l’a commenté la grande majorité des médias Français. John McCain risque d’effrayer les électeurs en choisissant une personne qui a si peu d’expérience pour le remplacer en cas de problème. "John McCain a mis l'ancien maire d'une ville de 9 000 habitants ayant zéro expérience à un battement de coeur de la présidence", a ainsi commenté le porte-parole de Barack Obama, comme le rapporte Le Monde. En outre, il paraît extrêmement paradoxal de vouloir chasser les électeurs d’Hillary Clinton avec une femme aux opinions franchement conservatrices. L’annonce de la grossesse de sa fille de 17 ans semble confirmer l’erreur que constitue ce choix. Mais cette présentation des faits oublie les avantages finalement importants de ce choix.
Tout d’abord, le candidat républicain a réussi à faire oublier la convention démocrate en une seule décision. Mais surtout, le débat qui se créé autour de l’inexpérience de Sarah Palin est à double tranchant pour les démocrates. Après tout, elle n’a que trois ans de mois que Barack Obama et une expérience finalement pas moins importante, puisque le sénateur de l’Illinois n’a été élu qu’en 2006… Critiquer son inexpérience peut revenir à émettre des doutes sur un candidat démocrate qui vise le poste au-dessus… Ensuite, ce dernier a axé sa campagne sur le changement. En choisissant quelqu’un d’aussi étranger à Washington, John McCain se positionne à nouveau comme le franc tireur qui peut également revendiquer ce thème. Enfin, même si la majorité des électeurs d’Hillary Clinton se tournera vers le candidat démocrate, le choix d’une femme peut faire venir la petite minorité qui pourrait faire pencher la balance en novembre.
Contrairement à la présentation de la plupart des médias, le choix de John McCain est beaucoup plus habile qu’on ne le croit : il créé un débat à double tranchant sur les capacités d’une quadragénaire peu expérimentée, tout en donnant une touche de changement et de féminité à son ticket.
Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/08/30/avec-s...
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