16.08.2010
Faut-il autoriser le mariage gay ?
C’est un des débats qui traverse toutes les sociétés occidentales depuis une dizaine d’années et qui va encore le faire pendant quelques temps. Faut-il ou non accorder les mêmes droits aux couples gays qu’aux couples hétérosexuels, avec tout ce que cela implique ?
Une tendance de fond
Ce mois-ci, la Cour de justice fédérale de Californie a invalidé le référendum de 2008 où 52% des habitants de l’Etat avaient approuvé un amendement reconnaissant uniquement les unions entre un homme et une femme. Si cette décision promet de nouveaux débats outre-Atlantique, d’autres pays ont choisi d’institutionnaliser les unions entre personnes du même sexe. Le Danemark a été le premier à instituer un partenariat dès 1989. La France a été le deuxième pays au monde à le faire avec le PACS en 1999, malgré certaines réticences de la majorité socialiste et l’opposition de la droite.
Depuis, les Pays-Bas ont été le premier pays à autoriser le mariage, en 2001, suivis depuis par une dizaine de pays dont l’Afrique du Sud en 2006 et plus dernièrement l’Argentine. La quasi-totalité de l’Europe occidentale a autorisé des formes d’union, à part l’Italie. Il faut noter que l’Espagne a légalisé le mariage et l’adoption dès 2005 et que le Portugal a accepté le mariage cette année également. Bref, un large mouvement semble se dessiner en faveur de la reconnaissance des mêmes droits pour les couples hétérosexuels et homosexuels.
Le mariage pour tous
Il y a trois mois, un papier sur Christian Vanneste avait déclenché un gros débat sur le blog et ailleurs. Cela a été l’occasion pour moi de davantage réfléchir à la question, sachant que je n’étais pas favorable au mariage gay il y a encore quelques mois. Tout d’abord, il faut se pencher sur ce que représente le mariage dans notre société. Il a pour moi deux fonctions. La première est de représenter l’union de deux personnes pour la vie, avec les droits et devoirs que cela représente. A ce titre, je ne vois pas ce qui permettrait de discriminer tel type de couple par rapport à tel autre.
La seconde fonction du mariage est de fonder une famille. C’est souvent cet argument que les opposants au mariage gay avancent pour justifier leur refus d’étendre le droit au mariage, au prétexte qu’un couple homosexuel ne peut pas avoir naturellement d’enfant ensemble. Mais cet argument n’est pas sans limite. En effet, faudrait-il alors refuser aux couples hétérosexuels stériles le droit de se marier ? En outre, ces personnes sont le plus souvent opposées à l’adoption des couples gays, les privant alors de la capacité à fonder une famille, condition qu’ils mettent au mariage…
Dès lors, se pose la question de l’adoption. Les résultats des études diffèrent, certaines affirmant qu’il n’y a aucune différence avec les enfants issus de couples hétérosexuels, d’autres relevant des difficultés psychologiques. Et on peut imaginer qu’il est plus difficile pour les enfants d’avoir des parents gays, mais après tout, cela est également le cas des couples mixtes… En outre ces études sont souvent orientées. En revanche, plusieurs pays (notamment scandinaves) ont reconnu l’homoparentalité après des études, ce qui me pousse également en faveur de la reconnaissance de l’homoparentalité.
Les enfants de la République
Même si je reconnais que Claude Halmos n’a pas totalement tort quand elle critique certains discours où l’enfant semble être un objet, je crois qu’elle se trompe quand elle parle de volonté de nier la différence des sexes : il s’agit de refuser une distinction de valeur entre l’homosexualité et l’hétérosexualité. En outre, le discours sur la nécessité d’avoir un père et une mère est battu en brèche par les familles monoparentales. Enfin, j’ajouterai que pour les enfants, il vaut sans doute mieux avoir des parents homosexuels motivés que des parents hétérosexuels qui font des enfants sans réellement le vouloir…
Mais surtout, je crois que cette égalité de droits entre couples est un message essentiel que la République doit envoyer à la société. L’inégalité actuelle fait de facto des couples homosexuels des couples de seconde zone, « a-normaux » littéralement, dans le sens où ils ne sont pas reconnus comme les autres couples. Ce message implicite est malheureusement une incitation à la discrimination et à l’intolérance. En traitant tous les citoyens de la République de la même manière, l’Etat enverrait un puissant message de tolérance à l’ensemble des citoyens, message encore nécessaire.
Accepter le mariage gay et l’homoparentalité, ce n’est pas céder à un quelconque communautarisme. Je crois que c’est plutôt reconnaître l’unicité de la République et l’égalité de ses citoyens, quelques soient leurs préférences sexuelles. La République ne trie pas ses enfants.
Je tiens à préciser que ce texte n’engage que moi.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (99) | Envoyer cette note | Tags : mariage gay, homoparentalité, pacs, christian vanneste



