24.05.2011

Républicains civiques progressistes vs identitaires ethniques

On peut donc distinguer deux grandes familles : les républicains civiques / progressistes d’une part (regroupant, entre autres DLR et MRC) et les ethniques / identitaires de l’autre (englobant MPF et FN notamment). Voilà une contribution à la façon dont on peut les distinguer.

Les « républicains civiques »

Pour moi, les « républicains civiques » sont attachés aux valeurs de la République (universalité, égalité, liberté, fraternité, laïcité). Ils sont attachés au droit du sol, et, s’ils peuvent reconnaître les racines chrétiennes de la France, accueillent volontiers les autres religions, du moment que celles-ci respectent les lois et l’esprit de notre République (d’où l’opposition à la burqa…).

Les « républicains civiques » reconnaissent qu’il y a un islam de France, refusent tout amalgame entre musulmans, reconnaissent l’apport important de l’immigration à notre pays et, s’ils ne sont pas angéliques sur l’immigration ou sont opposés au communautarisme, refusent de véhiculer les fantasmes des ethniques sur l’invasion dont serait victime la France et la menace sur son identité. Ils ont une vision intégratrice de la République par opposition à une vision assimilatrice.

Les « civiques » acceptent la diversité du moment qu’elle ne remet pas en cause nos principes républicains. Ils voient dans la diversité régionale de notre pays, mais aussi dans les apports de l’immigration, une richesse qui ne rentre pas forcément en conflit avec l’identité Française, mais la complète, l’enrichit. Ils acceptent les pratiques religieuses différentes, du moment qu’elles ne rentrent pas en conflit avec nos principes et ne remettent pas en cause l’unicité de notre pays.

Les « ethniques » identitaires

A l’inverse, les « ethniques », autre qualificatif des « identitaires », refusent d’accepter la diversité de notre pays apportée par l’immigration, surtout quand elle est extra-européenne et d’origine africaine. Ils souhaitent une assimilation, un abandon des cultures d’origine car ils craignent la substitution des Français de souche par des immigrés africains musulmans, qu’ils présentent souvent comme un tout homogène non désireux de s’intégrer à notre pays.

Pour les « ethniques », la France est blanche, chrétienne. Ils cèdent volontiers à l’islamophobie. Alors que les « civiques » ont plutôt une sympathie pour la Palestine et refusent de considérer l’Occident comme un bloc homogène, les « ethniques / identitaires » adhèrent volontiers aux thèses occidentalistes, ont une sympathie naturelle pour les Etats-Unis et Israël. Leur rejet de l’immigration est viscéral et radical. Ils en font volontiers la cause des maux de notre pays.

Une ligne de fracture différente

Les « ethniques » sont en général de droite ou d’extrême droite, et mettent l’identité du pays au cœur de leur préoccupation. Les premiers sont au FN, au MPF et de plus en plus à l’UMP, du fait du durcissement du discours de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement, qui a créé une porosité entre son parti et l’extrême droite. A l’opposé, les « républicains civiques » peuvent venir d’horizons différents et se retrouvent à droite comme à gauche, y compris au PS et à l’UMP.

On retrouve ensuite les mondialistes, que l’on pourrait découper en deux sous-famille, les communautaristes et les multiculturels. Les premiers, très minoritaires en France, n’osent pas toujours avancer à visage découvert, mais les seconds favorisent souvent leur agenda par un rejet profond de l’idée même de nation ainsi qu’un antiracisme tellement viscéral qu’il brouille parfois leur raison, comme l’a bien montré l’épisode des quotas de binationaux dans le football.

Du coup, en admettant que les civiques / progressistes ont une dimension culturelle (les valeurs de la République), je crois que l’analyse de Malakine n’est finalement pas éloignée de la mienne sur l’ordo-souverainisme et que nous sommes fermement tous les deux du côté des civiques.

23.05.2011

Républicains ethniques vs civiques : réponse à Malakine

Il y a quelques semaines, Malakine a entamé une série de papiers riches et très intéressants sur les républicains ethniques et civiques. N’étant pas d’accord avec un certain nombre de points et étant mis en cause à un certain moment, il m’était important d’y répondre.

Une réflexion importante

Je partage un certain nombre d’analyses de Malakine et j’attends avec impatience la conclusion de la série. Je partage sa critique du débat pitoyable sur l’identité nationale ou sa distinction très juste entre l’assimilation et l’intégration. En revanche, j’ai beaucoup de points de désaccords, sur lesquels je vais revenir. Mais ces papiers ont l’immense intérêt de pousser à la réflexion et de me faire préciser un certain de choses sur des questions importantes.

Beaucoup de lecteurs l’ont noté : l’emploi des termes « civiques » et « ethniques » est sujet à caution. Je suis donc aller chercher des définitions pour étudier la ligne de partage définie par Malakine. L’ethnie  est ainsi définie comme un « groupement humain homogène par la cultur,e la langue, la religion ». Certains le présentent comme un synonyme de « race ». En grec ancien, il serait traduit par « peuple, nation ». Le « civisme », c’est le respect du citoyen pour la collectivité.

Une ligne de partage contestable

Pour lui, le facteur culturel est purement ethnique et non civique.  Pourtant, il écrit aussi qu’« il est bien évident que le bon fonctionnement d’une communauté politique exige un terreau culturel ». Mais alors, comment le républicain civique pourrait exclure toute dimension culturelle à la communauté à laquelle il appartient ? Le lien civique, c’est justement la culture commune. La nation civique est forcément culturelle, ce ne peut pas être qu’une adhésion volontaire et révocable.

Je ne suis pas du tout d’accord non plus par la peinture d’une France « mosaïque très peu unifiée », alors que nous sommes un des pays les plus forts d’Europe (par rapport à tous nos voisins). Je ne crois pas non plus au refus hystérique de toute différence, la France étant justement une terre d’immigration depuis assez longtemps. Et a présence de cultures régionales démontre que notre identité n’exclut pas la diversité (du moment où celle-ci ne remet pas en cause l’unité).

La France, ce n’est pas du tout l’indifférenciation absolue, c’est justement le cumul d’une forte unité avec de vrais particularismes, mais qui ne remettent pas en cause cette unité, à la différence de l’Espagne. Je crois justement qu’il y a un régionalisme républicain, très Français, qui se distingue des régionalismes de nos voisins. Venant de Bayonne, je vois bien la différence entre les deux côtés des Pyrénées…

Une interprétation politique contestable

La ligne de partage politique ne me semble pas totalement pertinente non plus. J’ai du mal à voir Jean-Pierre Chevènement, classé comme un république civique, « indifférent au fait culturel » pour la communauté nationale. En outre, le parallèle avec Jean-Luc Mélenchon et Dominique de Villepin, de vrais mondialistes me semble assez contestable. En revanche, je me sens assez proche de cette vision de l’immigration et de la gestion des différences.

Le portrait des « nationaux-républicains » est effrayant : « haine des particularismes », « martyriser leurs compatriotes de la périphérie » « leur seul projet : la détestation des différences ». Je ne vois vraiment pas ce qui peut permettre de classer DLR dans une telle catégorie, comme je l’avais souligné dans mon papier sur les deux familles de l’ordo-souverainisme. Justement, le Général disait que « le patriotisme, c’est aimer son pays, le nationalisme, c’est détester celui des autres ».

Le gaullisme est bien évidemment un républicanisme civique (en y intégrant la notion de culture) alors que les MPF ou FN sont clairement du côté des ethniques / identitaires. Je ne vois vraiment pas ce qui, dans les discours de Nicolas Dupont-Aignan, ou même dans mes écrits pourrait nous faire basculer de l’autre côté. Ma critique du voile n’est absolument pas culturelle, mais seulement républicaine, et vient uniquement du fait qu’il contrevient à l’égalité et à la liberté des femmes.

Malgré tout, cette série est très intéressante dans la mesure où elle suscite la réflexion et je poursuivrai demain en tâchant de développer un peu plus longuement ma vision de la différence entre « civiques » et « ethniques / identitaires ».

04.08.2010

Réflexions sur la re-civilisation

C’est un débat passionnant que Malakine a lance sur son blog Horizons. J’en rends compte un peu tard mais je vous invite à lire les trois papiers qu’il a écrits suite à une polémique avec Riposte Laïque.

L’analyse de Malakine

Cette série a commencé par un papier intitulé « Et si le mal était en nous ». Il dénonce la logique de bouc-émissaire, faisant un parallèle avec la crise où les traders ont été injustement présentés comme les causes d’une crise essentiellement systémique. Il poursuit en soulignant les ravages de l’individualisme, le refus très soixante-huitard de l’autorité en soulignant que cela ne concerne pas que les immigrés, même si le choc des cultures y accentue ce phénomène, qui touche toute la société.

Enfin, il souligne, quelques jours à peine avant la poussé sécuritaire de la majorité, que Nicolas Sarkozy pourrait en faire l’axe principal de sa campagne en 2012, en déclarant une véritable guerre aux délinquants issus de l’immigration, en en faisant les ennemis de la nation. Il croit qu’une telle stratégie pourrait être gagnante, tant la gauche peine à articuler le moindre discours sur la sécurité. C’est pourquoi il dénonce l’opposition radicale de Riposte Laïque à l’Islam dans sa globalité.

Dans un second papier, il développe le concept très intéressant de « dé-civilisation ». Il décrit un « homo spontaneus », issu de la révolution libertarienne des années 1970, animé par ses désirs et ses émotions, refusant toute autorité d’une société devenue trop molle, où l’on valorise plus les victimes que les héros. De là, il en tire trois propositions : le passage « du collège unique à l’élitisme républicain », « un service civique jeune » et « censure et protectionnisme culturel ».

Enfin, il développe des propositions plus répressives dans un troisième papier. La première consiste à « fonder la sanction sur la dangerosité sociale plus que sur la gravité de la faute », argumentant pour des sanctions plus sévères pour les personnes où le risque de récidive est plus grand. Ensuite, il propose de passer « de la prison à la Communauté de Rééducation par le Travail (CRT) ». Enfin, il envisage carrément de « rétablir la peine de mort », même si ce rétablissement pourrait n’être que symbolique.

Enfin une analyse intéressante sur la violence de notre société !

Alors que depuis huit ans, Nicolas Sarkozy fait mine de s’occuper de la sécurité du pays en alternant les coups de menton  et les projets de lois, on retrouve dans ces trois textes beaucoup plus de réflexions que tout ce que le président a pu dire depuis 2002. Même si Malakine pousse ses analyses et ses propositions parfois un peu loin à mon sens, ce qu’il écrit suscite un débat passionnant sur les réponses à apporter. En outre, au global, je trouve qu’il fait preuve de modération (entre l’éducatif et le répressif). L’exemple d’une réponse ferme et posée à la bouillie verbale du gouvernement.

Je partage assez naturellement l’ensemble du constat, que l’on retrouve également sous la plume de Jacques Généreux dans « La dissociété ». Le terme de « dé-civilisation » est particulièrement bien trouvé et me rappelle la conclusion du livre de Paul Jorion « La crise », où celui-ci soulignait que le laissez faire nous ramène en arrière, dans une forme de nouvel état de nature primitif, qui doit être civilisé. On peut voir dans la description très noire de l’homo spontaneus comme une description de la société étasunienne, qui pourrait devenir notre horizon si nous n’y prenons garde.

Avant, les jeunes étaient façonnés par une école où l’autorité était forte, ce qui nourrissait l’autorité de la société sur l’individu, lui donnant une éducation à la vie en communauté, complémentaire à l’éducation familiale. Aujourd’hui, la société laisse trop de jeunes mal se tenir, en tout impunité. C’est pourquoi le « service civique jeune » et les propositions sur le collège sont intéressantes, même s’il convient de ne pas trop cloisonner le collège (en privilégiant des classes différenciées au sein d’un même collège plutôt que des établissements différents, à part pour les « sauvageons »).

La proposition iconoclaste de « censure » a le mérite de poser la question des conséquences du laissez faire absolu que nous avons adopté et de l’encadrement qu’il pourrait être opportun de mettre en place. L’idée des CRT est très intéressante dans la mesure où elle déstructurerait sans doute moins les prisonniers que les prisons actuelles. Enfin, la prise en compte de la dangerosité d’un individu sur la société me semble correspondre à l’intérêt général. En revanche, je suis opposé au retour de la peine de mort, mesure que je ne trouve pas « civilisée » et qui pose toujours la question de l’erreur judiciaire.

En trois papiers, Malakine a bien mieux traité des problèmes de sécurité que celui qui se vante d’être le « premier flic de France », sans tomber dans les clichés anti-banlieues ou anti-immigrés. Même si je ne suis pas d’accord sur tout, voilà une très belle série pour y réfléchir.

11.11.2009

Identité nationale : une réponse à Malakine

Dans un billet récent, Malakine a apporté sa contribution au débat sur l’identité nationale. Un papier mordant, noir et beaucoup trop négatif à mon goût. Et comme j’apprécie trop Malakine pour m’en tenir à ce jugement, voici ma réponse, où je n’ai privilégié le positif, mon penchant naturel, vu que tant de critiques avaient été émises précédemment…

Tu es Français…

Si, fondamentalement, ton attachement à la France est plus fort que ton attachement à ta région ou à ta ville d’origine

Si quand tu es à l’étranger, tu dis que tu es Français, et pas catalan, bavarois, sicilien, gallois…

Si tu es fier des réussites de la France et que tu as un petit côté cocardier

Si la couleur ou le pays de naissance n’a rien à voir avec le fait d’être Français

Si, dans ton pays, les révoltes sont sociales et non pas communautaires

Si, pour toi, la religion doit être fermement cantonnée dans la sphère privée

Si la burqa, et même le voile, ont tendance à agresser tes idéaux égalitaires

Si tu n’as pas d’engagement religieux fort

Si pour toi, une famille, c’est deux enfants

Si les Latins te trouvent peu communicatif et les anglo-saxons un peu trop

Si pour toi, le collectif est un moyen pour les individus de se dépasser

Si pour toi, l’inné et l’acquis ont la même importance

Si pour toi, « liberté, égalité, fraternité » est plus qu’un simple mention sur le fronton des mairies

Si pour toi, la liberté des uns s’arrêtent vraiment à la liberté des autres et que l’on peut y mettre des limites

Si tes penchants égalitaires peuvent te donnent une méfiance vis-à-vis de ceux qui ont de l’argent

Si tu préfères David à Goliath, de manière souvent systématique

Si tu peux brûler ce que tu as adoré hier

Si tu crois en l’homme providentiel et à la capacité des politiques à changer la vie

Si tu aimes les hommes politiques qui ont eu le cuir tanné par les années

Si tu es attaché à l’idée de pouvoir élire le président de la République directement

Si tu apprécies le côté monarque républicain du président de la République, quand celui-ci respecte la fonction bien évidemment

Si pour toi, un mandat de cinq ans, c’est court

Si le temps te rend plus indulgent à l’égard des précédents dirigeants, même si tu les a beaucoup critiqué

Si tu apprécies l’idée d’un exécutif fort qui peut faire avancer son agenda, quitte à ce que le Parlement soit le plus souvent réduit à une caisse enregistreuse

Si les cris d’effroi des élites politico-médiatiques ne t’empêche pas de d’émettre un vote pas du tout bien-pensant

Si, quand tu votes pour les extrêmes, tu ne votes pas par adhésion aux idées, mais par volonté de faire passer un message dont le parti n’est qu’un messager temporaire

Si tu peux parler politique pendant des heures en ayant des jugements très affirmés et en t’engueulant avec tes amis ou ta famille

Si tu as applaudi Jacques Chirac et Dominique de Villepin en 2003 au sujet de la guerre en Irak

Si tu pense que la voix de la France a encore un véritable intérêt pour le monde

Si tu apprécies que le Chef de l’Etat parcourt le globe pour porter notre vision du monde

Si tu apprécies que la France exprime un point de vue différent des Etats-Unis

Si tu es pacifiste dans l’âme, mais prêt à te sacrifier si la patrie était en cause

Si tu n’apprécies pas la logique de bloc ou de soumission à un autre pays du fait de sa puissance supérieure

Si « la concurrence libre et non faussée » ne saurait être l’objectif d’une société…

Si le marché est au mieux un moyen, qui doit être tempéré, mais en aucun cas une religion à laquelle tu pourrais céder

Si tu as de la sympathie pour les agriculteurs, même si tu es un pur citadin

Si la communication et la publicité te rendent forcément un peu sceptique

Si pour toi, un sou est un sou et que tu n’as qu’une carte de crédit

Si tu préfères avoir le temps de vivre, de profiter de ta famille et tes enfants plutôt que de tuer au travail

Si pour toi, un repas ne descend jamais en-dessous de 30 minutes, même pour le déjeuner, et compte trois plats, dont un chaud

Si pour toi, boire du vin le midi n’est pas forcément déraisonnable

Si pour toi, les vins ne se résument pas à des cépages, mais également à des régions, des assemblages, des années, des producteurs…

Si tu paies l’impôt républicain en râlant, mais sans forcément chercher à y échapper

Si tu râles contre la Sécurité Sociale tout en sachant que tu as le meilleur système de santé au monde

Si le fait de râler contre ton pays montre surtout que « qui aime bien, châtie bien »

Si tu vois le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein

17.05.2009

N’oublions pas l’Allemagne !

Dans un de ces papiers dont il a le secret, Malakine propose à la France d’oublier l’Allemagne pour la mise en place d’un « protectionnisme de relance ». Il pense qu’il n’est pas possible de faire bouger notre partenaire d’outre-Rhin. Alors, faut-il jeter aux orties le couple franco-allemand ?

Une théorie séduisante

La théorie de Malakine est convaincante. En effet, après la mise en place de l’euro, l’Allemagne, qui avait des coûts salariaux supérieurs de 25% à la moyenne de la zone euro, a mis en place une politique de modération salariale extrêmement stricte pour gagner en compétitivité. Le modèle de développement économique allemand est clairement tourné vers les exportations.

Résultat, l’idée même de protectionnisme est anathème aux oreilles allemandes. Et Malakine a parfaitement raison de souligner qu’il sera extrêmement difficile de convaincre notre partenaire de mettre en place des écluses commerciales et de passer à un modèle de développement intégrant davantage la demande intérieure. L’abandon d’un modèle basé sur les exportations peut sembler impossible.

Pourquoi l’Allemagne peut changer

Bien sûr, la conversion de l’Allemagne à un modèle protectionniste sera très difficile mais les dix dernières années plaident dans ce sens. En effet, il ne faut pas oublier que la précédente décennie, qui a vu l’ajustement des coûts en Allemagne, a été calamiteuse au niveau de la croissance (moins de 1% en moyenne). Ce modèle de développement n’a pas donné de bons résultats économiques.

Mieux, la crise est une occasion unique de montrer à l’Allemagne les limites de son modèle de développement puisque malgré l’absence d’excès avant la crise (l’endettement des ménages était stable tout comme les prix de l’immobilier depuis dix ans), l’Allemagne souffre plus que la moyenne. Non seulement le modèle économique allemand produit moins de croissance, mais il produit des crises plus sévères !

Ensuite, comme le souligne bien Malakine, plus de 50% du commerce allemand se fait en direction de l’UE 15 et plus de 10% en direction des PECO, ce qui signifie que l’Allemagne a besoin que la demande intérieure de la partie occidentale de l’Europe soit dynamique pour sa croissance. En outre, il ne faut pas oublier que la compétitivité coût de l’Allemagne restera toujours limitée par rapport à la Chine ou l’Inde. Et la forte industrialisation de notre voisin représente un risque immense en terme de délocalisations…

Enfin, il ne faut pas oublier que le modèle de développement économique allemand s’est construit dans le cadre d’un consensus social où une grande majorité de la population faisait partie de la classe moyenne. Dans les années 90, les ouvriers étaient suffisamment bien payés pour considérer en faire partie. La mondialisation a bouleversé le contrat social allemand en faisant baisser le salaire des classes populaires tout en permettant une explosion des rémunérations des plus riches, créant un débat virulant.

Comment faire changer l’Allemagne

Les ferments d’une conversion de l’Allemagne à un modèle intégrant un protectionnisme européen sont là. Bien sûr, cela ne sera pas facile, d’autant plus que comme en France, ce nécessaire débat démocratique n’est pas porté par un grand parti. Il faudrait que le SPD ou la CDU s’en empare pour pouvoir faire évoluer les choses, à moins que Die Linke ne prenne ce rôle.

La France peut jouer un rôle. L’idée d’Emmanuel Todd est bonne : nous pouvons mettre notre participation à l’euro dans la balance pour faire changer l’Allemagne. La France, grâce à sa position géographique centrale peut tout changer. Mais il faut qu’elle ait des dirigeants qui le veuillent…. Le changement ne semble pas prêt de venir à court terme des deux côtés du Rhin.

Il ne viendra sans doute pas à court terme, faute d’un personnel politique de premier plan portant ce débat. Mais l’émergence de nouveaux hommes politiques peut préparer l’avenir, surtout si nous savons discuter avec les Allemands de ces questions.

Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/05/oublions-lalle...

14.05.2009

Deux voies protectionnistes pour l’Europe

Alors que le débat sur le protectionnisme atteint tout juste la sphère grand public, comme le symbolise l’interview de Jean-Luc Gréau dans Le Monde, un débat apparaît au sein même du camp protectionniste au sujet du protectionnisme au sen de l’Union Européenne.

Un protectionnisme régional…

D’une part, Hakim el Karoui défend un modèle proche de celui de Jean-Luc Gréau, à savoir la mise en place d’un échelon régional au sein duquel serait pratiqué le libre-échange. En revanche, les ensembles régionaux pourraient mettre en place des écluses tarifaires entre elles pour éviter le nivellement par le bas que provoque la concurrence entre des pays aux normes salariales, sociales et environnementales très différentes. Hakim el Karoui pense que l’Europe est l’ensemble naturel pour mener une telle réforme.

Pourtant, il reconnaît que des différences très importantes existent entre les différents pays de l’Union Européenne mais il juge « irréaliste de vouloir réguler au sein de l’Europe » car « l’Union Européenne n’y résisterait pas ». Il soutient même que les « disparités salariales, quand elles sont raisonnables, sont un bien pour l’économie ». Libre à lui de juger raisonnable des écarts de 1 à 10 de salaire minimum…

… ou un protectionnisme national

Et c’est là que Malakine, sur son blog Horizons, soutient que les écarts de salaires sont tels qu’il faut même revenir sur le libre-échange au sein de l’Union Européenne, point de vue que je partage. Il suffit de voir le cas récent de Continental pour s’en convaincre… Une zone de libre-échange avec de telles disparités ne pourra que détruire à petit feu le tissus industriel occidental car l’association de la proximité géographique avec des écarts de salaire allant de 1 à 10 pousse inévitablement les industriels à délocaliser à l’Est.

Petit exemple pour compléter son analyse : en 2004, 56% de la production de Renault et PSA était effectuée en France. En 2008, ce chiffre est tombé à 36%, soit un transfert de production d’un million de véhicules qui explique que notre excédent se soit transformé en déficit aussi rapidement. Et le gros de ces transferts de production s’est effectué vers les pays de l’Europe orientale… C’est pourquoi Malakine conclut que le « protectionnisme de relance doit être conçu dans un autre cadre que l’Europe communautaire ».

Et si la vérité était entre les deux ?

Je crois que Hakim el Karoui a tort quand il renonce à toute régulation au sein de l’Union Européenne. Malakine a raison de souligner que l’Europe vit un concentré de mondialisation en son sein depuis l’intégration mal ficelée des pays de l’ancienne Europe de l’Est. Cependant, je crois que le cadre naturel du « protectionnisme de relance » est bien régional. Bien sûr, il est possible de faire un certain nombre de réformes, notamment fiscales, au niveau national.

Mais pour éviter que ces réformes ne dégénèrent en une course trop individualiste, je crois qu’il serait bien plus préférable d’organiser ce protectionnisme au niveau de l’Europe. Tout d’abord, parce que l’Europe est le cadre naturel pour traiter un certain nombre de questions (commerce avec la Chine, dollar…) mais aussi parce que je crois possible de mettre des écluses au sein de l’Union. Après tout, nous pouvons mettre en balance les politiques d’aides régionales vis-à-vis des nouveaux membres…

Bien sûr, protectionnisme et Europe ne sont pas solubles ensemble aujourd’hui. Mais la décennie de croissance molle de la partie occidentale de l’Europe et la crise actuelle montrent les limites de l’anarchie commerciale. C’est pourquoi il faut espérer un changement de mentalité.

Source : http://www.marianne2.fr/Pour-le-libre-echange-a-l-echelon...

http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/05/le-protectionn...

27.02.2009

7 blogs, une chaîne, ma suite

Il y a deux jours, j’ai été tagué dans une sélection de blogs par CaRéagit, membre du réseau Kiwis. Voilà une idée de chaîne intéressante que je suis heureux de faire vivre. À dire vrai, je ne lis pas beaucoup de blogs , pas faute d’envie, mais de temps, mais voici ma sélection :

À tout seigneur, tout honneur, le blog que je préfère lire entre tous est clairement Horizons, de l’ami Malakine. Ses papiers sont toujours très fouillés, bien écrits, très bien documentés et il sait créer de vifs débats que les nombreux commentateurs du blog font rebondir de manière souvent passionnante. Malakine a également le don d’écrire sur à peu près tous les sujets de manière très pertinente.

C’est chez Malakine que j’ai commencé à débattre avec RST, un passionné de politique et d’économie, lecteur assidu des blogs d’économie (Paul Jorion, Frédéric Lordon…). Il vient de lancer son blog Eco(dé)mystificateur, que je recommande, notamment à tous ceux qui s’intéressent aux questions économiques.

Vient ensuite Toréador. Mes origines lui donne déjà un préjugé favorable. Ses estocades et banderilles sont brillamment enlevées. L’attention au style ne lui empêche pas de creuser ses sujets et son indépendance d’esprit rend ses points de vue très intéressants, même si je ne suis pas toujours d’accord.

Je les ai découverts tout récemment, grâce au réseau Kiwis, La lettre volée d’Edgar et Pensées d’outre politique du Chafouin.

Je l’avais oublié, bien injustement, L’Herault Républicain : un blog gaulliste et villepiniste avec l’accent du Sud, mais qui offre surtout une lecture profondément républicaine de l’actualité. Un blog qui honore la devise de la République, liberté, égalité, fraternité.

Je vais terminer cette sélection par les blogs de deux hommes politiques, qui comptent pour moi.

Le premier est Jean-Pierre Chevènement. Ayant eu 18 ans peu avant le 20 septembre 1992, le sénateur de Belfort a eu un rôle majeur dans ma construction politique. Avec Philippe Séguin, il fut la personne qui m’a convaincu lors du débat sur le traité de Maastricht. Depuis, c’est toujours avec un immense plaisir que je lis ou écoute ses interventions, d’autant plus que je suis la plupart du temps d’accord avec lui. Un gaulliste qui semble malheureusement s’ignorer…

Enfin, Nicolas Dupont-Aignan, le d’Artagnan de mes mousquetaires politiques. Honnête, courageux, indépendant, modeste, armé de convictions qu’il n’est pas prêt à brader pour un plat de lentilles comme tant d’hommes et femmes politiques, il a entrepris de reprendre le flambeau de la défense des idéaux gaullistes, dont il ne reste presque plus rien à l’UMP. Depuis deux ans, j’ai enfin trouvé ma famille politique grâce à lui.

12.02.2009

Remettre de l’ordre dans le commerce par le protectionnisme

Malakine a lancé un débat sur le protectionnisme il y a quelques semaines sur Horizons et viens de le relancer hier dans un nouveau papier passionnant. Voici ma contribution au débat.

Pourquoi avons-nous besoin du protectionnisme ?

Sur le fond, le raisonnement est finalement assez simple : la libre concurrence entre des pays dont les écarts de salaires vont de 1 à 20 provoque inexorablement une baisse des salaires et du chômage dans les pays où ils sont plus élevés. Les Etats-Unis ont fait le choix du premier puisque le salaire d’un ouvrier Américain a baissé de plus de 10% depuis les années 70 et que le salaire minimum est passé de 8 à 5,15 dollars depuis 1966 (en dollar constant). L’Europe a choisi le chômage et la stagnation des salaires.

Les théoriciens du libre-échange auront beau rappeler toutes les belles théories écrites il y a des siècles, il ne faut pas oublier qu’à l’époque de Ricardo, les écarts de salaire allaient de 1 à 2. En outre, la théorie des avantages compétitifs a de grandes limites, tant illustrées par le fait que la Chine devient l’usine du monde, indistinctement des secteurs que par l’analyse de Jean-Luc Gréau. Bien sûr, le commerce peut être bénéfique mais il est aujourd’hui un facteur d’appauvrissement de la population des pays développés.

Maurice Allais, notre seul prix Nobel d’économie a été le pionnier de ce débat, au début des années 90. Emmanuel Todd lui a emboîté le pas et aujourd’hui Hakim El Karoui, Jean-Luc Gréau, Jacques Sapir ou Gérard Lafay plaident pour le protectionnisme. Mieux, même s’ils n’ont pas encore franchi le cap protectionniste, de nombreux économistes (Patrick Artus, Paul Krugman, prix Nobel d’économie et même Alan Greenspan) reconnaissent que le libre-échange provoque un appauvrissement des pays développés.

Le difficile débat sur le protectionnisme

Malgré cette percée idéologique, le débat est encore difficile aujourd’hui et oppose trop souvent les gentils partisans du libre-échange et les méchants protectionnistes, même si la situation s’améliore. Les premiers brandissent la crise des années 30 comme une preuve des dangers du protectionnisme alors qu’il n’était qu’une conséquence de la crise et non pas une cause…

En effet, tous les pays utilisent des formes de protectionnisme. Même l’Allemagne y a recours, par l’utilisation de normes spécifiques (les fameuses normes DIN) qui protègent leurs industriels de concurrents étrangers qui hésitent à investir pour rendre compatible leur production. L’instauration d’une TVA sociale il y a deux ans relève de la même logique. Les Etats-Unis ont une panoplie d’outils protectionnistes (pics tarifaires, réglementation de l’acier, mécanismes de rétorsion) bien plus développée qu’en Europe.

Et  à l’opposé de la légende écrite par certains, le modèle de développement du Japon, de la Corée ou de la Chine associe un solide protectionnisme du marché intérieur avec le bénéfice de l’ouverture des autres. 95% des voitures achetées dans ces trois pays sont ainsi produites localement, le marché intérieur étant protégé de différentes manières. La Chine, par exemple, taxait à environ 100% les voitures importées il y a une dizaine d’années (environ 30% aujourd’hui) pour imposer aux constructeurs occidentaux à construire des usines sur place, leur imposant au passage un partenaire local pour former les futurs constructeurs locaux…

Construire un protectionnisme européen de croissance

L’établissement d’une forme de protectionnisme est donc essentiel pour permettre la hausse des salaires dans les pays occidentaux, sinon la concurrence avec les pays émergents provoquera chômage et déflation salariale. Il ne s’agit pas de retourner à l’autarcie. Il n’est en aucun cas nécessaire de remettre en cause le commerce avec des pays comparables au nôtre, ni même d’arrêter complètement le commerce avec les pays émergents. En outre, une restriction de certains commerces aura un impact écologique positif.

Il s’agit d’éviter de faire peser une concurrence destructrice pour les salaires et l’emploi. Des solutions existent. Maurice Allais recommande l’utilisation de quotas d’importations (qui pourraient être vendus) : il recommande de réserver 20% du marché industriel aux importations et 10% du marché agricole. Jean-Luc Gréau recommande des droits de douane qui seraient fonction du niveau des salaires. Enfin, il existe toujours une solution fiscale comparable à ce qu’a fait l’Allemagne avec la hausse de sa TVA.

Beaucoup affirment que de telles politiques sont impossibles, que l’Allemagne, qui profite du commerce, refusera forcément la mise en place d’un protectionnisme européen. Je n’y crois pas. Tout d’abord, chaque pays peut adapter sa fiscalité pour permettre une meilleure contribution des importations au bien-être de la collectivité. Ensuite, le souci de compétitivité allemand a des limites : depuis 10 ans, la croissance moyenne de l’Allemagne est de 0,9% et ce pays souffre de l’appauvrissement des classes moyennes. La sévérité de la crise actuelle (le PIB a reculé de 6 à 8% en rythme annuel au 4ème trimestre) peut changer les mentalités.

Les partisans du « laissez passer » oublient l’importance de la demande. La crise actuelle, qui frappe très violemment les économies exportatrices montre les carences d’un système qui déprime la consommation. Cela peut amener les premiers bénéficiaires du libre-échange à s’ouvrir à un protectionnisme de croissance.

Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/02/lalternative-protectionniste.html, Jean-Luc Gréau, Emmanuel Todd, Maurice Allais, Paul Krugman (voir les synthèses de leurs livres dans la rubrique « livres »)

13.01.2009

La trahison sociale des socialistes

C’est Malakine sur son blog Horizons qui a déniché cette interview de Jacques Delors, la référence d’une grande partie du Parti Socialiste. Une interview essentielle pour comprendre pourquoi les socialistes ne sont pas l’alternance dont notre pays a besoin.

La démission libérale du PS

1983 marque la rupture du Parti Socialiste avec sa volonté de « changer la vie ». L’échec du programme commun a provoqué une reddition sans condition aux dogmes ultralibéraux, dont Jacques Delors était déjà un des principaux avocats. Bien sûr, il y a eu les 35 Heures sous le gouvernement Jospin, qui permettent de garder une illusion de volontarisme économique. Mais leur bilan controversé, notamment pour les classes populaires, et d’autres mesures, comme la directive sur la libéralisation des services publics ou les privatisations montrent bien l’étendue de la conversion néolibérale des socialistes.

En fait, c’est la pensée économique du Parti Socialiste qui est profondément atteinte, comme le montre cette interview de Jacques Delors. Chose absolument incroyable, il reconnaît que « la mondialisation exerce une pression sur les revenus et le niveau de vie des pays riches » et que « seule une partie a vu ses revenus croître très nettement ». On pourrait s’attendre alors à ce que l’ancien Président de la Commission Européenne exprime un minimum de regrets ou la volonté de changer le cours des choses. Mais non, « il faut bien voir qu’il y a un marché mondial et que ceux qui veulent avoir une place au soleil poussent, donc les classes moyennes souffrent de cela ».

Ce froid constat de celui qui inspire encore une bonne partie du PS n’est malheureusement pas une surprise. De nombreuses personnes, notamment de gauche, ont dénoncé sa dérive libérale (sur l’économie). Je l’avais évoqué dans ma chronique des livres de Jacques Généreux, ancien membre du bureau politique, et Jean-Claude Michéa. Le premier dénonçait alors une « illusion démocratique » où « les électeurs ont alors  le « choix » entre des candidats dont aucun ne représente l’alternative à laquelle ils aspirent » ainsi que la « troisième voie », qui n’est qu’une capitulation de la gauche au néolibéralisme.

Quelle alternance pour les citoyens ?

Le mal du Parti Socialiste est profond. Avec le départ de Jean-Luc Mélenchon, Jacques Généreux et d’autres, il ne reste presque plus de penseurs alternatifs. On peut même suspecter Benoît Hamon d’être davantage dans une posture gauchiste que dans une véritable pensée alternative quand on lit le texte d’orientation qu’il a signé pour prendre la fonction de porte-parole. Dès lors, il faut espérer que les Français se tourneront vers d’autres partis pour rechercher une alternance au système économique actuel. Trois se présentent à eux : le Modem, le Parti de Gauche et Debout la République.

Le Modem est le premier candidat naturel, grâce au score de son candidat en 2007 et la perspective crédible de sa victoire en 2012. Pourtant, on peut se demander si François Bayrou n’est pas dans une aventure purement personnelle et s’il n’est pas le représentant ultime du système économique actuel. En fait, une issue possible serait un véritable virage à gauche, avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, mais, coincé entre une franchise socialiste qui cherche à se gauchir et Olivier Besancenot, il ne lui sera pas évident d’exister politiquement. On peut également s’interroger sur son rapprochement avec le PC.

Reste alors l’option de l’alternance gaulliste. Après tout, le Général n’était pas le dirigeant politique le moins critique à l’égard des excès du capitalisme, dont  « il est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Il entendait répondre à ces limites par « le dirigisme du nouveau régime », un terme que même le PS n’ose pas utiliser dans ses discours… Le gaullisme peut représenter une possibilité d’alternance, et comme il a été digéré et oublié au sein de l’UMP, c’est bien dans un nouveau parti qu’il pourra renaître, sans doute au sein du mouvement de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République.

Même s’il parvenait à récupérer le pouvoir, le Parti Socialiste ne serait pas capable de proposer la moindre alternance économique tant, suivant Jacques Delors, il a démissionné face à l’ultralibéralisme. La France devra se tourner ailleurs pour trouver une alternative.

Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/01/la-vrit-sort-d...

16.12.2008

Le Parti Socialiste a-t-il déjà perdu la prochaine présidentielle ?

Malakine, du blog Horizons, a fait une très bonne analyse du texte d’orientation du Parti Socialiste présenté par Martine Aubry. En constatant à quel point le PS ne parvient pas à se renouveler idéologiquement en addition de sa guerre des chefs, on en vient à se demander si l’élection de 2012 n’est pas déjà perdue.

Un refus de vraiment penser une alternance

Comme le montre bien Malakine, le texte proposé par la nouvelle direction du Parti Socialiste est creux. Il prône un virage à gauche qui est immédiatement contredit par des professions de foi néolibérales sur la question du commerce par exemple. Il n’y aucune véritable proposition pour tirer les leçons de la crise financière. Le texte ne comporte guère de véritables orientations politiques, à part la volonté d’augmenter le SMIC… Bref, le Parti Socialiste se contente de gauchir son discours, pensant s’en tirer avec des postures mais en faisant l’économie de changer sa manière de penser.

Pourtant, comme le souligne Malakine, la motion Hamon, enrichie des réflexions de Jacques Généreux ou Liem Hoang Ngoc, comportait des propositions autrement plus intéressantes. Mais pas une ne figure dans le texte de synthèse, ce qui montre bien l’intérêt réel que Benoît Hamon leur portait. Devenir porte-parole était sans doute plus important que défendre ses convictions… Sur l’économie, le Parti Socialiste continue à accepter tous les dogmes néolibéraux, et camoufle cette abdication idéologique par un vernis verbal gauchisant qui risque d’être difficilement crédible…

Un parti plus désuni que jamais

Outre une incapacité à penser un nouveau projet, le Parti Socialiste n’a pas réussi à se trouver un véritable chef. Aux Etats-Unis, la victoire de Barack Obama n’a sans doute pas été aussi large qu’elle aurait pu l’être dans un contexte si favorable (crise économique, 8 années de présidence Bush) du fait des blessures de six mois de combat avec Hillary Clinton. Mais pour le PS, ce ne seront pas 6 mois de guerres intestines qu’il faudra oublier en 2012, mais bien cinq longues années. Car, jusqu’en 2011, la guerre des chefs va se poursuivre, jusqu’à la nomination du candidat pour l’élection présidentielle.

Ségolène Royal est suffisamment forte auprès des militants, et suffisamment critiquée par les éléphants pour continuer à se battre pendant trois ans. Les chefs rassemblés par le « Tout Sauf Ségolène » vont se déchirer pour éviter que la candidate de 2007 soit celle de 2012, mais le nombre de postulants ne va pas faciliter le travail (Fabius, DSK, Hollande, Aubry, Delanoë). Quant aux éléphanteaux (Valls, Montebourg, Hamon…), on peut imaginer qu’ils seront tentés par la politique du pire, qui leur permettrait d’enfin éliminer ces éléphants qui les gênent afin de préparer 2017.

Une défaite annoncée

Une absence de projet alternatif clair, un(e) candidat(e) qui parviendra tout juste à rassembler une moitié du parti et que l’autre moitié détestera cordialement depuis des années, des petits jeunes qui pourraient trouver leur intérêt dans une nouvelle défaite pour enfin renverser les éléphants : la recette pour une défaite cinglante semble rassemblée. Devant le spectacle des dernières semaines, qui devrait allégrement se prolonger jusqu’en 2011, année du choix du candidat, comment ne pas imaginer que les Français pourraient finalement se passer de l’option socialiste ?

Car le contexte de 2012 sera différent de celui de 2007. Il y a deux ans, François Bayrou pesait un petit 5%. Il partait de très loin et a réussi à devenir un troisième homme qui a espéré se qualifier en finale. En partant de trois fois plus haut en 2012, cela sera une autre histoire. Dès le début de la campagne, la question de l’adversaire de Nicolas Sarkozy se posera et beaucoup d’opposants au président sortant pourront se demander s’il ne vaut mieux pas voter Modem pour changer de président, quelles que soient ses limites.

Bien sûr, un tel exercice de politique-fiction est toujours un peu artificiel. D’autres (Villepin, Dupont-Aignan) peuvent émerger, mais je ne crois pas tellement m’avancer en disant que je ne vois pas comment le Parti Socialiste pourrait gagner l’élection présidentielle de 2012.

Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2008/12/au-ps-le-nivea...

http://www.liberation.fr/politiques/0101304773-dray-criti...