02.03.2011

Israël tourne le dos aux lumières

C’est une petite musique bien désagréable qu’on entend dans certains milieux occidentaux et en Israël, le regret d’Hosni Moubarak : « certes, c’était un dictateur, mais aussi un allié fidèle ». Une nouvelle illustration de la mauvaise direction prise par Israël.

Révolution arabe et Israël

A dire vrai, on peut quand même comprendre en partie cette position. Depuis des décennies, le pays était protégé en son Sud par l’alliance avec une Egypte sous influence étasunienne, un bol d’air pur dans une région où certains partis et certains régimes professent leur volonté de rayer Israël de la carte. La perte d’un allié fidèle qui pourrait être remplacé par un nouveau régime hostile à l’Etat hébreu est donc légitimement un souci pour le gouvernement et les médias Israéliens.

Mais le problème est qu’afficher une telle opinion ne peut que renforcer la très mauvaise image d’Israël dans les opinions publiques arabes. Alors que les peuples se libèrent d’autocrates qui exploitaient les richesses de leur pays à leur profit, il est tout de même désolant de ne pas voir Israël se réjouir un minimum de ces révolutions non islamistes qui semblent en marche chez ses voisins. Israël semble préférer une dictature alliée à une démocratie moins favorable.

Le côté obscur de la force

Israël persiste dans une attitude totalement suicidaire. Après avoir déclenché une guerre contre Gaza, arraisonner un bateau d’aides, continuer à construire des colonies en plein territoire Palestinien, le gouvernement de Benjamin Netanyahou multiplie les gestes de défiance vis-à-vis des Palestiniens et de la communauté internationale. Du coup, quelques gouvernements commencent à reconnaître l’autorité Palestinienne et le vent tourne dans le monde, y compris aux Etats-Unis.

Bien sûr, aujourd’hui encore, Israël est le plus fort dans la région et le régime le plus démocratique. Mais le second argument pourrait bien tomber très rapidement quand on constate que même Kadhafi devrait bientôt être de l’histoire ancienne. Ensuite, Israël serait bien mal inspiré de compter sur sa force pour se protéger. Car à force de montrer qu’ils peuvent l’utiliser sans mesure, il a montré un bien mauvais exemple à qui parviendrait à égaler sa force

Le rôle de la France

Que faire alors ? La priorité me semble être de défendre l’intégrité des territoires Palestiniens et exiger non seulement la fin des colonies mais aussi le retrait de celles qui sont les plus isolées et qui fracturent le plus durement le territoire Palestinien. Rien, absolument rien, ne justifie ce mitage humiliant des Territoires Occupés. En agissant de la sorte, Israël compromet durablement toute solution au conflit. C’est pourquoi nous devons passer de la parole aux actes.

Nous pouvons cesser toute relation diplomatique avec Israël tant que la colonisation n’est pas arrêtée. Mais nous devons aller plus loin et même envisager un véritable boycott des produits Israéliens (comme cela avait été fait pour l’Afrique du Sud). En ne faisant rien, la communauté internationale se fait complice des agissements délétères d’Israël. Nous devons montrer qu’un tel comportement est inadmissible et véritablement peser pour qu’il change.

Parce qu’Israël a été attaqué et son existence même menacée, à force d’effort, il est devenu plus fort que tous ses agresseurs potentiels. Le problème est qu’il exerce cette force sans mesure ni raison. A nous de bien lui faire comprendre que ce n’est pas son intérêt, par la force s’il le faut.

13.02.2011

Après la Tunisie et l’Egypte, à qui le tour ?

Il ne fait pas bon être un autocrate dans un pays arabe de nos jours. Avec Ben Ali en janvier puis Moubarak ce mois-ci, les révolutions pacifiques et populaires ont déjà réussi à renverser deux dictateurs. Déjà, l’Algérie gronde et le pouvoir tente de contenir la révolte du peuple.

L’Histoire est en marche

Un peu plus de vingt ans après la libération des pays d’Europe de l’Est, nous assistons à un nouveau mouvement de libération de peuples opprimés. Les proximités entre les mouvements Tunisien et Egyptien sont grandes : une colère sociale en partie provoquée par l’augmentation du prix de la nourriture, un autocrate ayant détourné des sommes incroyables à son profit, le tout déclenchant une révolte pacifique en faveur de la démocratie aboutissant au renversement du vieux dictateur.

Bien sûr, tout n’est pas fini. Si les vieux autocrates ont quitté le pouvoir, nous sommes encore dans une période d’incertitude où il n’est pas sûr qu’une démocratie apaisée s’installe à Tunis et au Caire. Des promesses ont été faites, mais tant que des élections libres n’auront pas eu lieu et qu’un gouvernement issu de la volonté populaire ne se sera pas installé au pouvoir dans les deux pays, la transition démocratique ne sera pas complète, comme le montrent les incertitudes en Tunisie.

Croire en l’homme

Ce grand mouvement de libération porte un immense message d’espoir dans la nature de l’homme. Il montre à nouveau que les dictatures sont finalement friables, que les autocrates les mieux installés peuvent être chassés du pouvoir en un mois à peine, quasiment sans effusion de sang. Le besoin de liberté est bien dans la nature de l’homme moderne et ces révolutions promettent un bel avenir à la démocratie qui devrait bien un jour effacer de la surface de la planète les régimes autoritaires, même si ce combat sera difficile comme le montre la répression des manifestations en Algérie.

L’autre message extrêmement positif est le fait que démocratie et islam sont parfaitement solubles, contrairement à certaines idées préconçues. En effet, certains déploraient presque le départ d’Hosni Moubarak, du fait qu’il était un allié fidèle des Etats-Unis et d’Israël, et malgré le caractère dictatorial de son régime. Mais le vent de la liberté qui, après la Tunisie et l’Egypte,  souffle en Algérie, au Maroc et au Yémen montre bien que les peuples musulmans aspirent aussi à la liberté.

Le mouvement de démocratisation entamé en décembre est un immense message d’espoir pour le monde. Même si beaucoup reste à faire, y compris en Tunisie et en Egypte, il démontre l’universalité des valeurs de liberté et de démocratie. Merci à tous les manifestants !

04.02.2011

La Terre tremble en Egypte

L’Egypte semble au bord d’une guerre civile avec la montée des violences entre les opposants et les partisans d’Hosni Moubarak et contre les journalistes. Ces événements historiques, dont on espère qu’ils se termineront bien, sont également très révélateurs de notre époque.

Une soif de liberté et d’égalité

La première leçon de ces révoltes populaires est que la soif de liberté des hommes est bien universelle et elle ne peut pas être mise sous une cocotte indéfiniment. Ce n’est pas pour rien qu’en Chine, les évènements actuels sont peu évoqués. Mais un jour aussi, la Chine s’éveillera à la liberté. Enfin, il faut souligner le rôle positif joué par les nouvelles technologies dans ces révolutions, avec Facebook, Twitter ou des téléphones mobiles. Le progrès peut amener la liberté.

Mais il y a un aspect insuffisamment mis en valeur, c’est le fait que les raisons économiques jouent un rôle important dans les révoltes des peuples Tunisiens et Egyptiens. Chômage, montée des prix de l’alimentaire expliquent aussi la volonté de renverser les régimes en place. L’addition d’un régime autoritaire et d’une absence de progrès économique est un cocktail détonant pour les autocrates en place. Il faut y voir la raison de la politique économique aussi active des dirigeants Chinois.

Nul ne sait où le mouvement actuel s’arrêtera. Si on peut espérer qu’il se propage dans le monde arabe comme une trainée de poudre démocratique et pacifique, à la manière du printemps des peuples en Europe de l’Est, rien n’est moins sûr. Les violences de ces derniers jours rappellent que toutes les révolutions ne sont pas forcément pacifiques et qu’elles peuvent être sanglantes. De même, les autocrates peuvent parfois rester au pouvoir, même si le sort d’Hosni Moubarak semble scellé.

Une France en petit

Tout a commencé par la très grande maladresse de Michèle Alliot-Marie, proposant l’aide de la France à la Tunisie pour maintenir l’ordre. Même s’il s’agissait d’assurer l’ordre de la manière la moins violente possible, cette proposition d’aide de la France à un autocrate en déroute n’est pas des plus glorieuses. D’ailleurs, après avoir commencé par nier le problème, Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie ont fini par admettre cette maladresse, qui ne fait pas gloire à notre diplomatie.

Et plus globalement, cet incident montre aussi à quel point la diplomatie Française a perdu depuis l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy. La présidence de Jacques Chirac avait permis de renouer les liens séculaires de la France avec le monde arabe. Nul doute qu’un gouvernement moins suiviste à l’égard des Etats-Unis aurait pu jouer un  rôle plus important, alors que les manifestants Egyptiens brandissent des pancartes en Français pour demander la démission d’Hosni Moubarak.

Nous vivons peut-être aujourd’hui un mouvement historique de démocratisation du monde arabe. S’il convient de respecter la souveraineté des pays, la France doit également faire entendre son message de liberté et d’égalité dans lequel se reconnaissent tant de manifestants.