06.08.2011
L’UE et l’euro : les cancers de l’Europe
Hier, le CAC 40 a reculé pour la 10ème fois consécutive, le record absolu, dans le sillage de toutes les bourses européennes. Si on ne peut pas exonérer les excès des marchés, l’impasse dans laquelle se trouvent les pays européens joue un rôle majeur.
L’UE contre la croissance et l’emploi
Bien sûr, les hiérarques européens essaient d’expliquer que la crise que nous traversons est une crise des dettes souveraines et non de l’euro, mais les faits démentent une telle interprétation. En effet, pourquoi la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne sont pas touchés ? Certains évoqueront un complot anglo-saxon, mais l’argent n’a pas d’odeur et les spéculateurs se moquent bien du moyen de faire de l’argent. Malgré tous leurs excès, il y a des éléments de vérité dans leur choix.
Le cas de la Grande-Bretagne et de l’Espagne est particulièrement intéressant. A Londres, le déficit dépasse 9%, la dette publique 80%. A Madrid, nous sommes à 6.5% et 63%. Bref, la situation est théoriquement bien meilleure au sud des Pyrénées qu’outre-manche. Mais malgré tout, alors que le Royaume-Uni emprunte à 3% à dix ans, l’Espagne le fait à 6%. En cause, comme l’avait souligné Paul Krugman, les rigidités de la monnaie unique, qui pénalise la croissance.
Plusieurs cercles vicieux sont en action. Tout d’abord, l’impossibilité d’ajuster les parités monétaires pousse les pays à comprimer les salaires. L’Allemagne l’a compris la première, avec une baisse moyenne du salaire moyen de 2,5% en moyenne en 10 ans et même 20% pour les plus bas salaires. L’euro cher accentue encore les problèmes et explique en partie nos déficits commerciaux. Bref, l’UE et l’euro affaiblissent la croissance et pénalise l’emploi, comme le montrent les annonces d’HSBC.
L’UE est le problème, pas la solution
Certains veulent profiter de cette énième crise pour pousser leur agenda. Manuel Barroso demande ainsi une augmentation des moyens du Fonds alors même que des questions se posent sur sa note, 37% de ses garanties venant de pays en difficulté. Le Monde évoque à nouveau les options d’euro-obligations ou de rachat de dettes souveraines par la BCE. Romano Prodi en profite pour fustiger « l’égoïsme allemand », devant le refus de Berlin d’augmenter ses engagements.
Pourtant, heureusement qu’Angela Merkel freine les eurocrates qui sont toujours prêts à jeter des milliards aux marchés pour calmer leurs angoisses et reprendre aux institutions financières privées les créances publiques jugées à risque. Les plus incroyables sont tous les partis « socialistes » ou « socio-démocrates » européens qui poussent la schizophrénie jusqu’à imposer une austérité sauvage aux plus faibles pour aider les banques et les marchés financiers !
Heureusement, certains sont plus lucides, comme Hubert Védrine qui affirme dans le Monde que « le fédéralisme n’est pas la solution miracle à la crise ». En fait, cette Europe qui organise la régression sociale du continent par une politique monétaire absurde et une ouverture inconsidérée à l’anarchie commerciale fait partie du problème. Il est illusoire d’attendre quoique ce soit de l’Union Européenne, c’est pourquoi il faudra tout reconstruire depuis une page blanche.
Les pays de l’UE vont mal. Loin de vouloir résoudre les problèmes, les eurocrates cherchent avant tout à en profiter pour gagner plus de pouvoir et protéger le système actuel. Mais l’absurdité des politiques qu’ils mènent fait que nous nous approchons du moment où ils seront balayés.
11:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note | Tags : cac 40, euro, paul krugman, grande-bretagne, espagne, hsbc, angela merkel, romano prodi, hubert védrine
18.03.2011
Libye : merci Nicolas Sarkozy !
On pouvait ne plus y croire, mais la note d’Alain Juppé sur son blog pouvait laisser présager une issue plus positive : le ministre des affaires étrangères pouvait-il s’exprimer de la sorte s’il ne croyait plus à une intervention ? L’essentiel est là, une coalition internationale va intervenir en Libye.
L’espoir renaît à Benghazi
Comment ne pas se sentir fier et heureux de la décision prise par le Conseil de Sécurité? En effet, comme le souligne Hubert Védrine, nous étions sans doute à quelques jours d’un massacre à grande échelle, d’une véritable épuration des rebelles par le régime Libyen, ce qui a sans doute fait basculer la décision. Ce choix d’hier soir, aussi tardif soit-il, est historique : la communauté internationale a décidé d’intervenir dans une guerre civile contre un dictateur en place.
Il était très important d’envoyer un tel message car si nous avions laissé faire, alors tous les dictateurs de la planète auraient ainsi reçu une carte blanche pour réprimer comme bon leur semble tout soulèvement de leur population. Aujourd’hui, la communauté internationale a pris position contre l’oppression et pour la liberté. En outre, cette intervention a obtenu l’assentiment des Nations Unies (10 voix pour, 5 abstentions), de la Ligue Arabe et du CNT Libyen.
Et là, il faut remercier Nicolas Sarkozy dont il est clair aujourd’hui qu’il est le premier responsable de cette intervention. La France a été en première ligne pour secouer la communauté internationale, avec la Grande-Bretagne. Sans l’action de notre pays, il est clair que rien n’aurait été fait. Alain Juppé semble également avoir joué un rôle majeur, ne serait-ce qu’hier au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Les rebelles de Benghazi semblent l’avoir bien compris.
De la France et de l’Union Européenne
Cet épisode démontre également que, contrairement à ce que les déclinologues avancent, la France fait partie des quelques pays qui peuvent encore changer le destin de l’humanité. Comme en 2003, quand notre pays s’était fait le premier opposant à l’intervention en Irak, c’est notre pays qui a décidé la communauté internationale à faire quelque chose en Libye, malgré le scepticisme des Etats-Unis et le peu d’enthousiasme de la Chine et de la Russie.
Et alors que beaucoup de commentateurs vantaient l’action diplomatique d’Angela Merkel, qui critique publiquement les régimes dictatoriaux, ici, on voit que c’est une chose de parler et que c’en est une autre d’agir. L’épisode Libyen montre également que les seules réalités qui comptent sont les grandes nations. C’est l’action de deux grandes nations qui a tout changé. Parallèlement, l’Union Européenne n’aura été qu’un robinet d’eau tiède totalement inutile.
La critique n’a de sens que si on est capable de reconnaître également les réussites des personnes que l’on critique habituellement. Ici, Nicolas Sarkozy a joué un rôle véritablement historique. Merci pour la France et surtout merci pour les révoltés Libyens qui vont peut-être échapper à un destin funeste.
09:35 Publié dans Actualités, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (54) | Envoyer cette note | Tags : libye, nicolas sarkozy, alain juppé, conseil de sécurité, nations unies, ligue arabe, benghazi, hubert védrine
01.03.2011
Comment réagir face aux révolutions arabes ?
Intervenir ? Ne pas intervenir ? Dénoncer la répression ? Ce sont des questions difficiles qui se posent aujourd’hui. Si tout le monde critique le gouvernement, les alternatives ne sont pas toujours très claires.
Paroles et souveraineté
Certes, le gouvernement a tardé à dénoncer les dictateurs, mais finalement, pas beaucoup plus que les autres. Ce qui était le plus révoltant a clairement été les vacances du Premier Ministre en Egypte et celles de la ministre des Affaires Etrangères en Tunisie, sans payer l’ensemble de leurs frais et alors que les populations commençaient déjà à se révolter dans le second cas.
Car se pose la question du respect des souverainetés nationales. En effet, comme l’a bien souligné Jacques Sapir, le droit d’ingérence est essentiellement le droit du plus fort à imposer sa loi à plus faible que lui. En outre, l’ostracisme est-il véritablement la bonne solution ? L’isolation de la Corée du Nord ou de Cuba ne freine-t-elle pas au contraire l’évolution de ces pays ? N’est-ce pas le contact avec des démocraties qui peut au contraire éveiller les peuples à la liberté ?
Certains disent que la France doit dénoncer les dérives des autocrates que nous recevons ou qui nous reçoivent. Mais les dictateurs peuvent parler au nom de leur pays et les critiquer est parfois un moyen commode de s’acheter une conscience à bon compte, sans réellement agir en faveur des peuples qu’ils dirigent. Ce n’est pas forcément en parlant des droits de l’homme aux dirigeants Chinois devant les journalistes que nous contribuerons forcément à la libération du peuple chinois.
Souveraineté et laisser-faire
Mais malgré tout, entre un laisser-faire absolu et l’ingérence, il y a de la marge. La réception exceptionnelle du colonel Kadhafi allait beaucoup trop loin. On peut recevoir un autocrate sans céder à tous ses caprices. En outre, comme l’a souligné Nicolas Dupont Aignan, l’exemple du général de Gaulle, aidé par le gouvernement anglais, montre qu’une certaine forme d’ingérence a des bienfaits.
Mieux, comme il l’avait également souligné, il y a une différence entre parler aux autocrates, ce sur quoi se concentrent nos dirigeants aujourd’hui et parler aux peuples, ce que le Général faisait. Bref, il existe une autre voie. Mais aujourd’hui, on pourrait même se poser la question d’une intervention pour aider le peuple Libyen à se débarrasser de Kadhafi, ce qui éviterait de nouveaux morts.
Mais là encore se pose la question des limites à poser à une telle intervention. En effet, il faut clairement que le peuple se soit déjà soulevé pour le faire. Il faudrait sans doute un accord assez large de la communauté internationale (par exemple, le conseil de sécurité de l’ONU). Mais, accepter une telle ingérence ne risque-t-il pas de nous mener dans un engrenage dangereux où quelques uns (forcément les plus puissants) décideraient in fin pour presque tous les autres, du moment qu’ils sont plus faibles ?
Pour un plan Marshall méditerranéen
Finalement, le machin voulu par Henri Guaino et Nicolas Sarkozy pourrait se révéler utile. Aujourd’hui, l’Europe devrait tendre la main aux pays arabes qui se libèrent des autocrates qui les dirigeaient. Comme à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et comme nous aurions du faire pour les pays d’Europe de l’Est au lieu de les abandonner, nous devrions proposer aux pays devenus de véritables démocraties un plan Marshall destiné à favoriser leur transition.
Ainsi les pays européens donneraient une prime à la démocratie et à la liberté, sans s’ingérer directement dans les affaires des pays arabes. Les pays dont les dirigeants respecteraient la transition démocratique bénéficieraient d’une aide économique leur permettant de limiter les troubles que toute transition génère, car le processus de démocratisation sera long comme le souligne Hubert Védrine. Ce serait un immense message d’espoir envoyé aux pays arabes, une main tendue pour les aider.
Les pays européens ont déjà failli au rendez-vous de l’histoire en imposant une transition économique brutale aux anciens pays communistes. Sans forcément nous ingérer dans leurs affaires, nous pourrions tendre la main aux pays arabes qui se libèrent. Qui osera ?
10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, libye, egypte, jacques sapir, hubert védrine, démocratie, pays arabes
24.02.2011
Nicolas Sarkozy, rantanplan de la diplomatie
Le Monde vient juste de publier une tribune de diplomates anonymes critiquant sévèrement la politique étrangère de la France. Il faut dire que les polémiques s’enchaînent avec une rapidité assez incroyable, révélant toutes les failles de notre diplomatie depuis 2007.
Fiascos diplomatiques
Le soulèvement démocratique des pays arabes expose cruellement les erreurs de notre diplomatie. Notre premier ministre et notre ministre des affaires étrangères ont ainsi passé leurs vacances de fin d’année en Tunisie et en Egypte, les deux premiers pays qui se sont révoltés contre leurs autocrates, tout en profitant de certaines largesses sur place. Même s’il n’y avait rien de techniquement illégal, cela n’est guère flatteur pour le pays que le monde arabe aimerait voir jouer un plus grand rôle.
Mais la série noire continue avec les déclarations cavalières de Nicolas Sarkozy pour le Mexique, comme l’a bien souligné David Desgouilles. Puis, c’est au tour du nouvel ambassadeur de Tunisie, Boris Boillon, de déclencher une polémique pour des propos un peu durs à l’égard des journalistes tunisiens. Enfin, la révolte de la Libye expose Paris à la critique après la réception du dictateur fin 2007 (dont les photos auraient disparu du site de l’Elysée depuis quelques jours).
Chérie, j’ai rétréci notre diplomatie !
Alors que Jacques Chirac avait redoré notre tradition diplomatique en s’opposant fermement à la seconde guerre d’Irak, Nicolas Sarkozy a mis notre diplomatie en lambeaux. Alain Juppé, pourtant devenu ministre depuis, et Hubert Védrine, avaient alerté le président sur le manque de moyens du Quai d’Orsay. Mais les moyens ne font pas tout. En diplomatie, il faut également avoir une direction, une vision à partager, une capacité à défendre ses positions pour exister.
Et sur ces trois points, Nicolas Sarkozy pèche. La seule direction qu’on lui connaisse est un atlantisme qui l’a poussé à rejoindre le commandement intégré de l’OTAN plus de quarante ans après le départ décidé par le général de Gaulle. Mais ce suivisme ne saurait donner une ligne directrice à notre action. Et sur la scène européenne, la France, faute de vision, suit la plupart du temps l’Allemagne, qui nous a imposé Lisbonne et une Union pour la Méditerranée croupion.
Non, il ne restera pas grand chose de la présidence de Nicolas Sarkozy, entre autres d’un point de vue diplomatique. Même si on peut ne pas goûter le procédé utilisé par les diplomates qui ont signé la tribune du Monde, l’ensemble de leur constat est tristement juste.
10:55 Publié dans Actualités, International, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : diplomatie, le monde, nicolas sarkozy, libye, tunisie, egypte, michèle alliot-marie, françois fillon, david desgouilles, hubert védrine, otan, alain juppé
08.03.2009
Chronique du dimanche : OTAN, Danone et Cisjordanie
Tribune d’Hubert Védrine dans le Monde contre le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, tribune de Franck Riboud, patron de Danone, sur le rôle des entreprises, annonce de nouvelles colonies israéliennes en Cisjordanie : retour sur une semaine mouvementée.
Le front anti-OTAN se renforce
La très belle tribune d’Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères de 1997 à 2002 est un véritable camouflet à Michèle Alliot-Marie. Comment ne pas voir la différence de dimension entre l’ancien locataire socialiste du quai d’Orsay et l’actuel ministre de l’intérieur ? Hubert Védrine se permet même de commencer son papier par une évocation du Général de Gaulle qui ridiculise les arguments de la présidente du Chêne. Mais surtout, il démontre bien que ce n’est pas après avoir rejoint le commandement militaire de l’OTAN et donc renoncé à son indépendance, que la France pourra faire émerger une défense européenne.
Franck Riboud, un patron citoyen
Alors que Laurence Parisot se complaît dans un rôle de porte-parole du patronat le plus obtus en refusant toute réflexion sur le partage de la création de valeur dans les entreprises, le patron de Danone a montré un autre visage des chefs d’entreprise. Dans une très belle tribune au Monde, s’il a souligné « qu’une entreprise doit créer de la valeur pour ses actionnaires », il soutient qu’elle doit aussi « créer de la valeur et de la richesse pour ses autres parties prenantes » (salariés, fournisseurs…) dénonçant la « conception étroite du rôle de l’entreprise qui nous a conduit dans une impasse ». Bel exemple pour le monde patronal.
La colonisation de Cisjordanie continue
Le Figaro cite le rapport d’un groupe anti-colonisation, Peace Now, qui affirme que le gouvernement israélien prévoit de construire plus de 73 000 nouveaux logements en Cisjordanie dans les années à venir, ce qui devrait faire passer la population de colons de 300 000 à 580 000. Le dirigeant de l’association, Yariv Oppenheimer, déplore que « la réalisation de ces projets rendrait totalement irréalisable la constitution d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël ». Il est évident que la colonisation de la Cisjordanie représente un frein majeur à la paix au Proche-Orient. Malheureusement, la communauté internationale laisse faire.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/03/05/pourquo...
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/03/02/la-cris...
http://www.lefigaro.fr/international/2009/03/02/01003-200...
11:17 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : otan, hubert védrine, michèle alliot-marie, franck riboud, danone, cisjordanie, colonies



