07.10.2008
Pourquoi la bourse et l’euro s’effondrent ?
Hier, les bourses européennes ont connu un véritable lundi noir, avec une baisse de 9% du CAC 40. L’euro, qui avait passé le cap des 1,6 dollars en juillet, s’est replié à 1,35 dollars. Quelles sont les raisons de telles évolutions ?
L’effondrement des bourses européennes a été particulièrement spectaculaire. C’est simple, il faut revenir à 1987 pour trouver trace d’une chute plus importante ! L’effondrement de la banque allemande Hypo Real Estate semble avoir déclenché cette panique financière. Il faut dire que cette faillite est aussi celle de ses dirigeants, incapables d’évaluer le besoin d’argent de la 4ème banque Allemande puisque les 30 milliards d’euros prévus initialement semblent devoir se rapprocher de 50, voire 100 milliards ! Pire, la réponse des gouvernements européens manque considérablement de coordination, ce qui n’est guère rassurant pour des marchés très nerveux. En outre, le manque de réponse des autorités est aggravé en Europe par le refus borné de la BCE de baisser les taux, ce qui permettrait pourtant de retrouver quelques marges de manœuvre qui seraient bienvenue.
La chute brutale de l’euro face au dollar peut paraître surprenante au premier abord vu l’endettement massif des Etats-Unis et l’éclatement de la bulle financière à Washington. On pourrait croire que c’est le dollar qui devrait continuer à baisser. Cependant, il faut noter que la dette publique du nouveau Continent est équivalente à celle de l’Europe, même s’il y a un gros écart au niveau de la balance commerciale, et que la valeur de l’euro à parité de pouvoir d’achat serait de 1,05 à 1,1 dollars. Donc, la baisse récente, aussi brutale soit-elle, correspond à un retour à la réalité. Les raisons de cette baisse sont également à trouver dans le développement de la crise sur notre continent, qui montre que l’Europe ne sera sans doute pas plus épargnée que les Etats-Unis. En fait, les investisseurs anticipent désormais que la récession sera aussi brutale des deux côtés de l’Atlantique mais ils anticipent un rebond plus rapide de l’économie Américaine, où le développement de la crise est plus avancé.
Malgré tout, l’ampleur de ces mouvements peut surprendre. En fait, ils illustrent malheureusement le comportement habituel des marchés. S’ils peuvent être trop optimistes dans les phases de bulle (« l’exubérance irrationnelle » que dénonçait Alan Greenspan), ils ont également tendance à être trop pessimistes quand la bulle éclate. Il suffit de prendre l’exemple de l’action France Telecom, qui avait atteint la valeur délirante de 219 euros en mars 2001, valorisant l’entreprise environ 500 milliards d’euros, avant de plonger à 7 euros un an après ! Dans « L’illusion économique », Joseph Stiglitz dénonce les « impulsions irrationnelles des investisseurs » et défend l’idée d’une taxation sur les mouvements de capitaux étant données « les perturbations massives que (les flux de capitaux) provoquent dans l’ensemble de l’économie ». Malheureusement, cette idée est peu présente dans les débats actuels.
Depuis 10 ans, les marchés n’ont montré qu’une capacité limitée à bien évaluer la valeur des actifs et une capacité régulière à des comportements complètement irrationnels. Il est grand temps de réfléchir à mieux réguler un marché devenu complètement fou et dont les excès vont faire du mal à beaucoup.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : krach, bourses, hypo real estate, euro



