16.06.2010

L’odieux chantage des banques

Plus de deux ans après Bear Sterns, nous en sommes toujours aux balbutiements d’une réforme du système bancaire. Alors que leurs prévisions de profits indiquent que cela ne va pas trop mal pour elles, les banques font pression pour limiter toute forme de réglementation.

La Société Géniale

Un examen rapide des comptes de la Société Générale est particulièrement éclairant. En 2009, l’ancienne banque de Jérôme Kerviel a affiché un Produit Net Bancaire (l’équivalent du chiffre d’affaires pour les banques) de 21,7 milliards d’euros, pour un résultat brut d’exploitation de 6 milliards et un résultat net de 0,7 milliard seulement, du fait des provisions. Il faut noter que la banque « couvre » un bilan de plus de 1000 milliards par des fonds propres de 42 milliards.

Mais les annonces de son président permettent de mieux comprendre la dynamique financière des banques. En effet, Frédéric Oudéa a annoncé une croissance de 4% par an du PNB, qui devrait donc atteindre environ 25 milliards en 2012. Et le résultat net devrait atteindre 6 milliards, 25% du PNB, ce qui suggère un résultat d’exploitation proche de 40%. Bref, tout semble bien aller pour la Société Général qui projette des profits spectaculaires. Merci aux frais et commissions !

Les gangsters qui font les lois

Parallèlement à ce « retour à la normal » de profits qui sont plus proches de la rente et de l’extorsion que du bénéfice tiré d’une activité concurrentielle, les banques cherchent à se couvrir comme toute réglementation qui pourrait écorner leurs profits mirobolants. C’est ainsi que l’IIF (Institut International de la Finance) a remis un rapport sur les conséquences de l’application des normes Bâle 3. Leur application coûterait 0.6% de croissance de 2011 à 2015 ainsi que près de 10 millions d’emplois.

Outre la confiance plus que limitée  que l’on peut faire aux modèles des banques dont la crise a bien montré à quel point ils étaient mal conçus, comment ne pas prendre plus de pincettes avec de tels chiffres connaissant les intérêts des banques ? Après tout, elles bénéficient d’une forme d’assurance-vie gratuite fournie par les Etats. Dès lors, elles cherchent à minimiser le plus possible le coût de la réglementation par des menaces extravagantes.

Une règlementation au point mort

Il est dommage qu’un journal comme Le Monde ne prenne pas un peu plus de recul en présentant ses chiffres, en soulignant par exemple qu’elles ont tout de même intérêt à limiter le plus que possibles les contraintes qui pourraient amoindrir leur profitabilité. Un soupçon d’ironie sur le « modèle » qui est parvenu aux chiffres avancés par l’IIF aurait été également bienvenu. Le poids de la régie publicitaire se ferait-il sentir sur les écrits des journalistes du quotidien du soir ?

Plus globalement, il est terrifiant de voir à quel point elles arrivent à faire passer leurs désidératas malgré la crise. En ce sens, il est hallucinant que ce soit le même comité qui avait commis les règles Bâle 2 qui soit en charge de la version 3. Sa composition est également un défi à la raison quand on connaît la proximité entre banquiers centraux et banquiers tout court. Un comité ad hoc réunissant politiques (les responsables in fine) et économistes (dont des alternatifs) aurait davantage fait sens.

D’innombrables propositions ont été faites pour réglementer le monde financier. Malheureusement, les banques savent faire ce qu’il faut pour limiter les contraintes. Nous sommes repartis pour un tour. Reste à savoir la date de la prochaine crise…