02.08.2011

Quand le Monde sert la soupe à Marine Le Pen

Dans son édition datée du dimanche 31 juillet – lundi 1er août, le Monde a titré « Oslo : Jean-Marie Le Pen embarrasse sa fille et le FN ». Ce faisant, le quotidien vespéral se fait le parfait porte-parole de la nouvelle présidente du Front National, véhiculant très exactement ce qu’elle veut dire.

Le Monde attaché de presse du nouveau FN ?

Le titre du quotidien de référence pose un double problème. Tout d’abord en séparant Jean-Marie le Pen de sa fille et du Front National, il fait comme s’il s’agissait de deux entités différentes, ce qui est tout de même fort de café. En effet, Jean-Marie le Pen est toujours président d’honneur du Front National, il a gardé la main sur les finances du parti, et il est quand même illusoire de séparer le parti de son fondateur, président pendant 39 ans et père de sa nouvelle présidente…

Il est surprenant que le Monde transcrive sans la moindre nuance l’histoire que les communicants de Marine Le Pen cherchent à véhiculer, à savoir que la fille est plus modérée que son père. Et il est surprenant que ce journal (et bien d’autres) ne se pose pas la question de l’authenticité de cette histoire. N’y aurait-il pas tout simplement une opération communication bien huilée entre le père (jouant le méchant) et la fille (jouant la gentille) ? Et le sondage d’hier n’aurait pas déplu aux dirigeants du FN.

En effet, les propos de Jean-Marie Le Pen semblent tout de même très calibrés, suffisamment choquants pour déclencher la polémique, tout en parlant aux identitaires. Il a affirmé que la Norvège « n’a pas pris la mesure du danger mondial que représentent d’abord l’immigration massive, qui est la cause principale, semble-t-il, dans l’esprit de ce fou meurtrier ». Laurent Ozon, un cadre dirigeant du FN, a écrit sur Twitter « expliquer le drame d’Oslo : explosion de l’immigration ».

Le Front National est toujours aussi infréquentable

Il est révoltant que les dirigeants du FN cherchent à utiliser le massacre commis par un extrémiste de droite pour dénoncer l’excès d’immigration en Norvège ! Ce faisant, ils semblent vouloir justifier cet horrible crime et déplacer le problème du comportement des identitaires fanatiques à l’immigration ! Rien ne peut justifier ni même tempérer un tel geste et c’est pourquoi le relativisme de certains frontistes rappelle bien opportunément que le FN n’a pas changé.

Bien sûr, Marine Le Pen a pris ses distances avec ces excès mais elle a refusé de condamner les propos de son père. Surtout, il est difficile de ne pas voir dans ces déclarations un pas de deux servant la communication de la présidente du Front National. En effet, les dérapages de son père réalisent la double performance de rassurer la frange la plus extrémiste du parti, tout en faisant apparaître sa fille comme plus modérée, lui permettant d’attirer de nouveaux électeurs.

Mais il s’agit d’une vue de l’esprit. Marine Le Pen elle-même avait expliqué qu’il s’agit essentiellement de communication. Et que dire du logo hérité des nostalgiques du fascisme italien, du candidat nazillon, de l’hommage au terroriste qui avait cherché à tuer le Général, des mensonges patents sur l’immigration, du dérapage sur le « nez » d’un journaliste juif, ou de la comparaison abusive des prières de rue à l’Occupation nazie. Il n’y a rien qui ressemble plus à l’ancien FN que le nouveau. En outre, son incompétence en économie la cantonnera à un rôle purement protestataire.

Le Monde devrait veiller à ne pas véhiculer sans la moindre nuance le message que souhaite faire passer Marine Le Pen dans les médias car ce faisant, ils font le jeu de l’extrême droite bien plus insidieusement que ceux qu’ils accusent de faire le jeu du FN…

11.07.2011

Immigration : le grand mythe de l’envahissement de la France

C’est le couplet généralement entonné par les identitaires : la France serait menacée par un flux totalement incontrôlé d’immigrés, faisant de notre pays le « champion d’Europe de l’immigration » pour reprendre les propos de Marine Le Pen. Un discours qui ne résiste pas aux faits.

La France, pays de faible immigration

C’est l’immense surprise que provoque l’examen des chiffres de l’immigration dans les autres pays. En effet, même si l’on conteste les chiffres de l’INSEE, pour qui le solde net d’immigrés se situe à 70 mille personnes par an (190 mille entrées et 120 mille départs) et que l’on prend le chiffre de départ avancé par Michèle Tribalat et Jean-Paul Gourévitch (90 mille), on aboutit à un solde net de 100 mille entrées par an. Le solde se situe donc entre 1 et 1,5 pour mille habitants.

Mais comme le rapporte The Economist, le solde net en Italie est compris depuis dix ans entre 300 et 600 mille, soit entre 5 et 10 pour mille habitants, cinq à dix fois le flux de notre pays ! En Espagne, le nombre d’immigrés a progressé de plus de 600 mille certaines années, soit un taux de 13 à 14 pour mille habitants, dix fois le taux français. La Grande-Bretagne accueille 500 000 immigrés par an, pour un solde net de 200 mille, soit plus de 3 pour mille habitants, plus du double de notre pays.

Et si on va un peu plus loin, on constate que d’autres pays acceptent des flux incomparablement plus importants que nous. L’Australie, pays de 22 millions d’habitants, avait un solde net de 340 mille personnes (plus de 15 pour mille habitants, plus de dix fois le chiffre Français). Depuis, ce chiffre est tombé à 200 mille, soit 9 pour mille (6 à 9 fois notre score). Enfin, les Etats-Unis ont un solde migratoire net moyen d’environ 4 pour mille habitants (soit 3 à 4 fois plus que nous).

Démythifier le débat sur l’immigration

En clair, Marine Le Pen ment quand elle dit que la France est « championne d’Europe de l’immigration » et Claude Guéant est bien mal inspiré quand il parle « d’excès d’immigration ». La France a aujourd’hui une des politiques les plus restrictives des pays dits développés en la matière. Il faut noter que l’Allemagne, après des vagues très importants d’immigration, notamment dans les années 90, a nettement réduit ses flux migratoires, qui sont aujourd’hui équivalents aux nôtres.

Bref, il n’y a strictement aucun risque que l’identité de notre pays change étant donnée la modération des flux actuels. Et cela est d’autant plus vrai que notre démographie est très dynamique, contrairement à nos voisins. En effet, en Italie, le solde naturel est négatif de 75 mille personnes, l’immigration permettant à la population de ne pas baisser. Et l’Allemagne voit sa population baisser depuis 2002, du fait d’un solde naturel négatif (près de 200 mille personnes en 2009).

Du coup, l’attitude du Front National et d’une partie de l’UMP est extrêmement choquante car ils attisent des tensions qui n’ont pas lieu d’être. En cela, leur comportement est profondément antinational. Cela ne signifie pas non plus qu’il faille ouvrir davantage nos frontières aujourd’hui. Les tensions au sein de notre société et les conditions économiques extrêmement difficiles plaident au contraire pour une restriction des flux migratoires pour favoriser l’intégration des immigrés déjà présents.

Oui, la situation sur le front de l’intégration se détériore. Mais loin de venir de flux migratoires incontrôlés, il s’agit beaucoup plus d’une conséquence de notre crise économique, qui rend plus difficile l’intégration, des tensions de notre société ainsi que d’un Etat qui n’assume plus ses fonctions.

24.05.2011

Républicains civiques progressistes vs identitaires ethniques

On peut donc distinguer deux grandes familles : les républicains civiques / progressistes d’une part (regroupant, entre autres DLR et MRC) et les ethniques / identitaires de l’autre (englobant MPF et FN notamment). Voilà une contribution à la façon dont on peut les distinguer.

Les « républicains civiques »

Pour moi, les « républicains civiques » sont attachés aux valeurs de la République (universalité, égalité, liberté, fraternité, laïcité). Ils sont attachés au droit du sol, et, s’ils peuvent reconnaître les racines chrétiennes de la France, accueillent volontiers les autres religions, du moment que celles-ci respectent les lois et l’esprit de notre République (d’où l’opposition à la burqa…).

Les « républicains civiques » reconnaissent qu’il y a un islam de France, refusent tout amalgame entre musulmans, reconnaissent l’apport important de l’immigration à notre pays et, s’ils ne sont pas angéliques sur l’immigration ou sont opposés au communautarisme, refusent de véhiculer les fantasmes des ethniques sur l’invasion dont serait victime la France et la menace sur son identité. Ils ont une vision intégratrice de la République par opposition à une vision assimilatrice.

Les « civiques » acceptent la diversité du moment qu’elle ne remet pas en cause nos principes républicains. Ils voient dans la diversité régionale de notre pays, mais aussi dans les apports de l’immigration, une richesse qui ne rentre pas forcément en conflit avec l’identité Française, mais la complète, l’enrichit. Ils acceptent les pratiques religieuses différentes, du moment qu’elles ne rentrent pas en conflit avec nos principes et ne remettent pas en cause l’unicité de notre pays.

Les « ethniques » identitaires

A l’inverse, les « ethniques », autre qualificatif des « identitaires », refusent d’accepter la diversité de notre pays apportée par l’immigration, surtout quand elle est extra-européenne et d’origine africaine. Ils souhaitent une assimilation, un abandon des cultures d’origine car ils craignent la substitution des Français de souche par des immigrés africains musulmans, qu’ils présentent souvent comme un tout homogène non désireux de s’intégrer à notre pays.

Pour les « ethniques », la France est blanche, chrétienne. Ils cèdent volontiers à l’islamophobie. Alors que les « civiques » ont plutôt une sympathie pour la Palestine et refusent de considérer l’Occident comme un bloc homogène, les « ethniques / identitaires » adhèrent volontiers aux thèses occidentalistes, ont une sympathie naturelle pour les Etats-Unis et Israël. Leur rejet de l’immigration est viscéral et radical. Ils en font volontiers la cause des maux de notre pays.

Une ligne de fracture différente

Les « ethniques » sont en général de droite ou d’extrême droite, et mettent l’identité du pays au cœur de leur préoccupation. Les premiers sont au FN, au MPF et de plus en plus à l’UMP, du fait du durcissement du discours de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement, qui a créé une porosité entre son parti et l’extrême droite. A l’opposé, les « républicains civiques » peuvent venir d’horizons différents et se retrouvent à droite comme à gauche, y compris au PS et à l’UMP.

On retrouve ensuite les mondialistes, que l’on pourrait découper en deux sous-famille, les communautaristes et les multiculturels. Les premiers, très minoritaires en France, n’osent pas toujours avancer à visage découvert, mais les seconds favorisent souvent leur agenda par un rejet profond de l’idée même de nation ainsi qu’un antiracisme tellement viscéral qu’il brouille parfois leur raison, comme l’a bien montré l’épisode des quotas de binationaux dans le football.

Du coup, en admettant que les civiques / progressistes ont une dimension culturelle (les valeurs de la République), je crois que l’analyse de Malakine n’est finalement pas éloignée de la mienne sur l’ordo-souverainisme et que nous sommes fermement tous les deux du côté des civiques.

25.04.2011

Immigration : ni angélisme communautariste, ni repli identitaire

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de débattre d’immigration pour le site Enquête et Débat avec Jean-Yves le Gallou, un ancien dirigeant du Front National, qui a rejoint le MNR de Bruno Mégret. L’occasion de constater à nouveau le fort clivage qui me sépare des identitaires.

La stigmatisation des identitaires

M. le Gallou connaît particulièrement bien les questions d’immigration, dont il s’est fait une spécialité. Il connaît toute une multitude d’exemples de dérapages non conformes avec notre tradition républicaine. Mais de manière très intéressante, malgré mes innombrables relances, il est resté dans un discours généralisant et excessif. Ainsi, les étudiants étrangers qui viennent en France ne seraient ni bons ni travailleurs ou nous pourrions nous voir imposer le ramadan dans les années à venir…

Malgré le débat, il n’a pas voulu admettre que la France est un pays de relative faible immigration en Europe, malgré l’évidence des statistiques britanniques : il y a un demi-million d’immigrés qui rentrent en Grande-Bretagne par an, contre deux cent mille en France… Malgré les évidences, il n’a pas voulu démordre du fantasme de substitution (pourtant, la population hors immigrés et enfants d’immigrés augmente de deux cent mille personnes pas an).

L’angélisme communautaire

Mais refuser la stigmatisation ou les déclarations mensongères qui ne font qu’accroître les tensions dans notre pays ne mène pas forcément à un angélisme qui peut rapidement céder au communautarisme. A ce titre, les réactions hystériques de la gauche et du Medef à l’annonce faite par le gouvernement de réduire de 10% seulement les flux migratoires sont totalement ridicules. Le contexte économique actuel justifie très largement une telle mesure.

En effet, il est bien évident qu’avec un tel chômage en France, il sera beaucoup plus difficile pour les immigrés de trouver du travail, ce qui rendra beaucoup plus difficile leur intégration. Comme l’a souligné Nicolas Dupont-Aignan dans son débat sur I-télé avec Olivier Besancenot, il est piquant de voir la gauche et l’extrême-gauche s’en prendre à cette mesure de concert avec Laurence Parisot, dont on se doute que ce ne sont pas des buts humanistes qui l’animent.

En outre, et sur ce point je suis d’accord avec les identitaires, il est clair que le modèle intégrateur Français s’affaiblit. Il n’est pas vraiment satisfaisant de voir les manifestations de plus en plus bruyantes d’une appartenance communautariste gagner du terrain dans la rue. En revanche, il ne faut pas oublier de dire que ces agissements ne sont le fait que d’une minorité, éviter les généralisations abusives ou de véhiculer le fantasme que la France pourrait ne plus être la France à l’avenir.

Une troisième voie

Aujourd’hui, entre des conditions économiques qui compliquent l’intégration des immigrés et l’absence de véritable besoin d’immigrés pour notre pays, il faut réduire les flux migratoires. En revanche, il ne faut surtout pas mettre un frein aux flux d’étudiants, qui nous apportent devises et influence. C’est pourquoi on pourrait par exemple baisser de 50% les flux migratoires liés à la famille et au travail pour le prochain mandat, ramenant les entrées à 130 / 140 000 par an.

Parallèlement, le gouvernement doit tout à la fois être extrêmement ferme sur les principes qui gouvernent notre république et ne pas céder au relativisme communautariste, mais sans jamais tomber dans la stigmatisation ou la caricature qui déchirent notre tissus national. En effet, le meilleur moyen de pousser la majorité républicaine dans les bras de la minorité intégriste est de les assimiler à ces derniers, comme le font Front National et d’une certaine mesure l’UMP.

Entre l’angélisme confondant et parfois trop relativiste du PS, l’agitation identitaire qui ne résout rien de l’UMP et la stigmatisation et les fantasmes véhiculés par le Front National, il y a d’autres voies possibles.

17.04.2011

Nicolas Sarkozy dans sa bulle

Il « sentirait bien » l’élection présidentielle et penserait même que « les Français ne le rejettent pas ». On se demande bien ce qu’il faudrait pour que Nicolas Sarkozy questionne sa stratégie. Le moins que l’on puisse dire est qu’il semble complètement déconnecté de la réalité.

Un président qui ne comprend rien

Il paraît que les députés de la majorité sont sortis ragaillardis de leur rencontre avec le président de la République qui a montré une confiance en lui inébranlable, affirmant que les Français finiraient par lui faire crédit de ses initiatives, notamment internationales. Il a également souligné le succès de ses déplacements en Province (oubliant qu’il ne rencontre le plus souvent que des militants UMP) et les carences de ses adversaires, (primaire socialiste et isolement de Villepin et Borloo).

Pourtant, la réalité dit autre chose. Les résultats des élections cantonales ont été désastreux pour la majorité présidentielle, beaucoup de candidats refusant carrément de porter l’étiquette UMP. Nicolas Sarkozy continue de baisser dans les sondages, atteignant des niveaux jamais atteints. Mais il croit toujours en sa stratégie, comme le montre sa réforme de l’ISF mais aussi les initiatives répétées du gouvernement sur le terrain de l’immigration et de la laïcité.

Une stratégie en échec

Pourtant, les sondages indiquent clairement que l’utilisation électoraliste de ces thématiques ne réussit pas à la majorité. On reste songeur devant la réforme de l’ISF qui semble un cas d’école d’erreur politique après le précédent de 1986. En six mois, Nicolas Sarkozy a perdu dix points dans les sondages au premier tour, gagnés par Marine Le Pen, alors que les candidats socialistes n’ont rien perdu. Bref, cette stratégie ne réussit qu’à lui faire perdre des points en faveur du FN.

Et finalement un tel résultat est logique. Les déclarations martiales de Claude Guéant sur l’immigration sont extrêmement déroutantes. Comment parler « d’immigration incontrôlée » peut-il profiter à la personne qui en charge de ces questions depuis neuf ans ? Pire, proposer une réduction de 10% des flux migratoires est-il réellement à la hauteur des enjeux mis en avant par le gouvernement ? Bref, le ministre de l’intérieur semble tirer dans les pieds du président sans s’en rendre compte.

Même si ses adversaires peuvent encore faire de grosses erreurs, l’impression qui  prédomine est que, comme Giscard d’Estaing en 1981, Nicolas Sarkozy va dans le mur sans s’en rendre compte, en accélérant et en klaxonnant. Le réveil sera dur pour lui dans un an.

16.04.2011

Immigration, laïcité : ni angélisme, ni agitation, ni stigmatisation

Aujourd’hui, il est difficile de parler d’immigration et de laïcité tellement le débat politique est caricatural. A quoi pourrait ressembler une politique respectant nos principes, ferme et non stigmatisante ?

Angélisme, agitation, stigmatisation

Le Parti Socialiste a toujours été mal à l’aise sur ces questions et c’est bien la raison pour laquelle Nicolas Sarkozy met ces débats sur la table. Toujours prêt à défendre les sans papiers, à combattre les expulsions, le PS semble ne pas s’être remis de la phrase de Michel Rocard « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais les Français ont du mal à comprendre cette volonté d’accorder des droits supplémentaires alors qu’ils doivent renoncer à une partie des leurs…

A droite, l’UMP vire identitaire avec les déclarations de Claude Guéant. Mais cette agitation verbale est pour le moins paradoxal de la part des personnes en charge de ses questions depuis neuf ans. En effet, Nicolas Sarkozy n’aurait-il pas pu s’apercevoir avant qu’il faut réduire les flux migratoires et que les traités européens le privent d’une grande partie de sa capacité d’action avant ? Les Français ne sont pas dupes de cette agitation électoraliste, qui les pousse dans les bras du FN.

Mais du côté de Marine Le Pen, on navigue sur des fantasmes de « substitution » de la population et d’un nombre d’immigrés présenté comme le plus haut d’Europe alors qu’il est un des plus faibles en réalité, même en s’appuyant sur les statisticiens officiels du FN. En outre, la présidente du FN propose bien cavalièrement de diviser par 20 les flux migratoires, ce qui supposerait de refuser la manne financière et d’influence que représentent les étudiants étrangers.

Immigration et laïcité en version républicaine ?

Tout d’abord, il faut mettre fin aux fantasmes et souligner que l’immigration n’est pas si massive en France. Ensuite, il n’y a pas de danger de substitution. Plus important encore, il faut arrêter la stigmatisation et la généralisation abusive : une grande majorité des musulmans respectent les lois de la République. Il n’y a qu’une minorité d’intégristes, comme dans les autres religions (point important à noter) et face à eux, nous devons veiller au respect des principes de notre République.

Malgré tout, la réduction des flux a du sens sachant qu’il y a un million de chômeurs de plus depuis 2007, ce qui complique l’intégration des immigrés (qui ont plus de mal à trouver un emploi) et remet en cause le motif professionnel. En outre, la crispation actuelle de la société n’arrange pas les choses. Du coup, il faut mettre en place des quotas pour assurer la réduction des flux migratoires sur le prochain mandat pour s’adapter à la situation actuelle et chercher à déconcentrer les immigrés.

On pourrait se mettre d’accord pour diviser par deux les flux migratoires hors étudiants (un atout stratégique pour notre pays), ce qui réduirait le solde net à zéro selon les chiffres de l’INSEE ou le diviserait par trois si on se base sur les chiffres de Michèle Tribalat. Mais pour faire cela, il sera essentiel de rétablir de véritables frontières, avec des douaniers et ainsi sortir de l’espace Schengen, qui ne permet pas à un pays de véritablement maîtriser ses flux migratoires.

En outre, toute remise en cause de la loi de 1905 ou de nos principes républicains de liberté, égalité et fraternité doit être combattue, comme cela a été fait pour la burqa, cette prison mobile pour les femmes. L’Etat ne saurait financer des lieux de culte. Mais on pourrait également se poser la question du concordat qui a été accordé à l’Alsace et à la Moselle. Enfin, au-delà de la burqa, on pourrait même s’interroger sur le voile, dont le principe cadre mal avec nos valeurs.

Il est à espérer qu’il soit encore possible de débattre sereinement, posément et factuellement de ces questions sans que des anathèmes soient jetés à la figure. C’est ce que j’ai essayé de faire.

15.04.2011

La peur de l’Islam

C’est le dernier volet des craintes agités par les identitaires : pour eux il y aurait un risque que la charia finisse par s’imposer à la loi de la République, menaçant alors l’identité de la France. Mais là encore, s’il ne faut pas ignorer les dérives, la menace est surestimée.

La place de la religion musulmane en France

Tout d’abord, il faut considérer deux facteurs importants. En premier lieu, tous les immigrés d’origine africaine ne sont pas musulmans. Beaucoup sont athées ou chrétiens. En effet, l’INED estime qu’il y a aujourd’hui en France 2,1 millions de musulmans de 18 à 50 ans, soit environ 4 millions au  total, ce qui corrobore les chiffres de Michèle Tribalat, qui estimait leur nombre à 3,7 millions en 2003. D’autres estimations évaluent ce chiffre à 5 millions ou plus.

Mais ce chiffre est encore très trompeur. En effet, seulement 20 à 30% sont pratiquants. Mieux, tous les pratiquants sont loin d’être des extrémistes souhaitant que la charia prenne le pas sur les lois de la République. Il faut donc fortement nuancer les craintes exprimées par certains. Comme pour la religion catholique, il y a quelques extrémistes, mais la grande majorité reste modérée. Et de toutes les façons, numériquement, la menace est plus que limitée.

Le modèle d’intégration Français

En outre, la tradition laïque de notre pays fait que l’intégration est plus forte qu’ailleurs. Emmanuel Todd a toujours mis en avant le taux de mariage mixte beaucoup plus important de notre pays par rapport aux pays anglo-saxons où chaque communauté a tendance à rester dans son coin. Même s’il fonctionne sans doute moins bien qu’avant, notre modèle intégrateur n’a pas été complètement désintégré par la crise économique et les remises en cause de ses fondements.

En effet, les anglo-saxons ont été stupéfaits par l’unanimité de notre classe politique pour adopter une loi interdisant la burqa, tolérée chez eux. De même, ils avaient été surpris de constater que les émeutes de 2005 étaient avant tout sociales et non ethniques, signe paradoxal, pour eux, de la réussite du modèle intégrateur Français. Bref, si notre modèle est attaqué, les points de repère de la société Française restent fondamentalement laïcs et hostiles à l’intégrisme religieux.

En outre, la France est aussi un pays métissé qui a intégré de nombreuses vagues d’immigration (d’Europe de l’Est, puis d’Europe du Sud et enfin du Maghreb), à un moment où notre malthusianisme démographique le rendait bien nécessaire. La France a intégré beaucoup d’étrangers, qui ont beaucoup donné à notre pays et les tensions actuelles ne doivent pas faire oublier l’acceptation grandissante de la population, du moment que les principes de notre République sont intégrés.

Les fissures de notre modèle républicain

Cependant, il ne faut pas être naïf. Il y a bien des activistes religieux qui cherchent à remettre en cause certains fondements de notre République. Hier, ils étaient principalement catholiques, comme à Saint Nicolas du Chardonnay (où Marine Le Pen a fait baptiser ses enfants). Aujourd’hui, s’y ajoutent des activistes islamistes qui essaient de promouvoir burqa, prières de rue, séparation des hommes et des femmes dans les piscines ou dans les hôpitaux…

Bref, même s’il ne faut pas sous-estimer la colère de certains de nos compatriotes devant les excès parfois trop tolérés de certains activistes islamistes, il faut encore répéter qu’il ne s’agit que d’une petite minorité et éviter toute généralisation. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille être complaisant à leur égard. Bien au contraire, il faut être extrêmement ferme contre tous ces dérapages. Les lois de la République ne sauraient être remises en cause par des activistes religieux.

Entre la stigmatisation sans nuance et volontiers xénophobe et un communautarisme qui remettrait en cause les fondements de notre République, il existe une autre voie : celle d’une fermeté sur nos principes tout en rejetant les amalgames injustes comme Coralie Delaume le rappelle.

14.04.2011

Immigration : le grand mythe de la substitution

C’est une petite musique traditionnellement véhiculée  par le Front National et le MPF de Philippe de Villiers et plus dernièrement par Claude Guéant : l’identité de la France serait menacée par l’immigration musulmane. Un fantasme qui ne résiste pas une seconde à l’analyse.

Le fantasme des identitaires

Certaines personnes pensent sincèrement que notre pays est littéralement envahi par des immigrés qui vont finir par se substituer à la population d’origine. Mais cela vient souvent d’un problème de comptage. Ils raisonnent souvent comme si tous les immigrés étaient d’origine africaine et y ajoutent les personnes naturalisées (déjà comptées). Pire, ils maîtrisent mal l’évaluation des flux, comptant 200 000 immigrés de plus tous les ans alors que le solde net est 2 à 3 fois inférieur.

Bref, de multiples erreurs de raisonnement cumulatives les poussent à avoir une vision déformée des flux migratoires et à imaginer une substitution qui est un pur fantasme quand on examine froidement les chiffres, même ceux de Michèle Tribalat. Pour leur défense, la proportion de personnes de couleur en France est sans doute supérieure à celle de l’immigration, du fait de notre histoire et leur concentration géographique accentue les choses, mais cela ne change rien au niveau limité des flux.

L’immigration d’origine africaine

Aujourd’hui, si on part des chiffres de l’INED (nettement supérieur à ceux de l’INSEE), et que l’on estime que 60% des immigrés sont d’origine africaine (entre les chiffres de l’INSEE et ceux de Tribalat / Gourévitch), cela représente 4 millions de personnes sur une population de 65 millions. Mais la particularité de notre pays est d’avoir un solde naturel très positif, de l’ordre de 300 000 personnes par an. Déjà, cela tord le cou au fantasme de substitution, puisque notre population croît fortement.

En effet, il ne pourrait y avoir substitution que s’il y avait remplacement de la population d’origine par des immigrés, ce qui n’est absolument pas le cas puisque la population de notre pays augmente encore fortement et principalement par la forte fécondité plutôt que par l’immigration (qui ne représente que 20 à 25% de notre croissance démographique). Ici, les identitaires rétorquent volontiers que notre forte fécondité vient de notre population immigrée.

Pourtant, l’Allemagne ou l’Espagne, qui accueillent proportionnellement plus d’immigrés que nous (selon l’INED) ont une fécondité beaucoup plus faible, ce qui montre que notre démographie doit plus à notre politique familiale et à notre culture. Le modèle familial Français est différent de celui de nos grands voisins : la norme est d’avoir deux enfants (et autant de familles ont un ou trois enfants) alors que la norme Italienne, Espagnole ou Allemande est de un à deux enfants.

Projections pour le futur

Si on projette les chiffres actuels pour les cinquante années à venir, la vague d’immigration n’est pas prête de changer la nature de la France. Avec un solde net de 40 000 à 60 000 immigrés d’origine africaine par an, on atteint le chiffre de 2 à 3 millions de personnes de plus d’ici à  2060, (soit un total de 6 à 7 millions sur une population de 80 millions d’habitants). Il est évident que de tels chiffres ne changeront pas la face de notre pays, même si les flux étaient doublés.

Bien sûr, les populations d’origine africaine font plus d’enfants. Néanmoins, dès la deuxième génération, les immigrés font autant d’enfants que la moyenne. Mieux, la transition démographique accélérée de l’Afrique a considérablement rapproché nos comportements : l’indice de fécondité en Algérie n’est plus que de 2,4. En clair, même en poussant tous les curseurs au maximum, nous sommes extrêmement loin du phénomène de substitution agité par les milieux d’extrême-droite.

Bref, on peut prendre les chiffres par tous les bouts. Même en considérant les hypothèses les plus extrêmes, la France n’est pas du tout sur la pente d’un phénomène de substitution par des immigrés d’origine africaine. Il ne s’agit que d’un fantasme agité par Marine Le Pen et consorts.

13.04.2011

Immigration : la réalité chiffrée

Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a une forte crispation de la société Française sur les questions d’immigration. Si elle est attisée par des faits divers, le discours de l’UMP et du FN n’arrange rien. Mais quelle est la réalité chiffrée ? Y-a-t-il une menace pour notre identité ?

Ecarts statistiques

Il n’est pas si facile de trouver des chiffres complets sur l’immigration. Aussi, j’ai croisé plusieurs sources : INSEE, INED mais aussi les chiffres de Michèle Tribalat. Il y a de vraies différences. Selon l’INSEE, il y aurait 3,51 millions d’étrangers en France en 2004 (2,96 millions nés à l’étranger et 550 000 nés de parents étrangers). Et il y aurait 4,93 millions d’immigrés (les 2,96 millions nés à l’étranger et 1,97 millions de Français par acquisitions nés à l’étranger).

Il est donc important de comprendre qu’au sein des immigrés, il y a les Français naturalisés nés à l’étranger. Mais une étude internationale publiée par l’INED estime ce nombre à 6,7 millions en 2010, soit environ 11% de la population. Michèle Tribalat et Jean-Paul Gourévitch estiment le total à 7,7 millions, soit 12% de la population mais ils incluent les enfants d’immigrés nés en France – exclus des autres statistiques – et les clandestins. Du coup, leurs chiffres confirment ceux de l’INED.

Sur la composition de la population immigrée, selon l’INSEE, 40% viennent d’Europe, 45% d’Afrique et 15% d’Asie et d’Amérique. Les chiffres avancés par les trublions de la statistique sont très différents puisqu’ils attribuent 75% à l’Afrique et seulement 10 à 15% pour l’Europe. Mais les statistiques longues montrent tout de même une forte présence de l’immigration italienne, espagnole et portugaise en France, qui semble extrêmement sous-évaluée par le duo.

La France, pays de faible immigration relative

Récemment, la présidente du Front National a affirmé que la France est « championne d’Europe de l’immigration ». Mais la réalité des chiffres montre qu’elle ment ou qu’elle ne maîtrise pas son sujet. En effet,  selon les statistiques officielles, nous sommes le pays le plus fermé des grands pays européens depuis l’an 2000 avec un solde migratoire annuel de 1 pour 1000 contre 2,1 en Italie, 2,3 au Royaume Uni, 2,5 en Allemagne et 9,7 pour l’Espagne (2,6 pour l’UE).

Et même si l’on prend en compte les chiffres de Michèle Tribalat et Jean-Paul Gourévitch, le solde migratoire de notre pays resterait dans le bas du tableau. En outre, si on suit les chiffres avancés par l’INED, alors, la France aurait même un solde encore plus bas puisque le nombre d’immigrés n’aurait progressé que de 400 000 en 10 ans, soit un solde d’à peine 0,7 pour 1000 par an. Enfin, le duo Tribalat / Gourévitch semble arrondir les chiffres vers le haut sans le justifier.

En effet, ils évoquent  215 000 entrées par an alors que les dernières statistiques officielles du ministère font état de 190 000 entrées (chiffre avancé par Marine Le Pen lors de sa conférence de presse). Le nombre de départ est sujet à débat, entre les 120 000 évoqués dans les chiffres officiels et les 90 000 qu’avance le duo Tribalat –Gourévitch. On peut donc raisonnablement estimer que le solde migratoire annuel est compris entre 70 000 et 100 000 par an.

Sur les 192 000 immigrés rentrés en France en 2010, 31 000 l’étaient pour des raisons professionnelles (en forte progression), 84 000 pour des raisons familiales (en légère baisse), 66 000 étudiants et 10 000 en vertu du droit d’asile (en baisse, où la France est peu accueillante). La famille représente donc plus de 40% des motifs d’immigration en France, et les études plus de 30%. En effet, la France est une des premières destinations étudiantes au monde, ce  qui nous apporte argent et influence.

D’ors et déjà, contrairement aux dires de Marine Le Pen, on peut soutenir que la France n’est pas du tout championne de l’immigration en Europe, mais au contraire, un des pays qui a les frontières les moins ouvertes par comparaison avec nos voisins, quelles que soient les sources, y compris frontistes.

23.03.2011

Les dérapages de Claude Guéant

Le bras droit de Nicolas Sarkozy était peut-être le parfait secrétaire général à l’Elysée (à part pour les ministres, qu’il passait son temps à court-circuiter). Il se révèle être un déplorable ministre de l’Intérieur, multipliant les déclarations plus critiquables les unes que les autres.

Les pieds dans le plat… de l’UMP

Ses récents propos évoquant « l’immigration incontrôlée » et « le sentiment (des Français) de ne plus être chez eux » lui ont valu une carte d’adhérent de prestige du Front National. Par-delà la énième tentative d’instrumentaliser les questions d’immigration politiquement, cette déclaration est complètement stupide. Marine Le Pen n’a pas eu tort de lui donner symboliquement cette carte tant elle pourrait avoir du sens de la part d’un membre de son parti, mais pas d’un ministre.

Car si l’immigration est incontrôlée et les Français ont le sentiment de ne plus être chez eux, qui peut en être davantage responsable que Nicolas Sarkozy et son bras droit, en charge de ces questions depuis neuf ans ? Nicolas Sarkozy a été ministre de l’intérieur quatre ans, avec Claude Guéant comme directeur de cabinet et il est aujourd’hui à l’Elysée. S’il y a un problème, c’est qu’il ne l’a pas réglé et qu’il en est responsable. Inconsciemment, il se tire dans les pieds.

Le serial gaffeur de la place Beauvau

Mais ce n’est pas tout. Naturellement, il a confirmé ses propos en disant « qu’un excès d’immigration trouble les Français ». Cette capacité à susciter la peur des Français, à entretenir les fantasmes de nos compatriotes tout en y répondant par une agitation ne produisant aucun résultat est le cocktail idéal pour continuer à faire monter le Front National. Comment Nicolas Sarkozy ne se rend pas compte que cette stratégie est totalement suicidaire pour lui ?

Pire, le ministre de l’Intérieur s’est également distingué dimanche soir pour la présentation totalement abusive des résultats des élections cantonales, en additionnant le score des candidats de la majorité présidentielle mais aussi celui de divers droites dont certains étaient dans l’opposition (Debout la République, apparentés Modem…) pour gonfler le score bien maigrelet de l’UMP. Ce faisant, il n’a pas même pas additionné les divers gauches au PS.

Et hier, il a commis une nouvelle énorme bévue en se félicitant que « Nicolas Sarkozy ait pris la tête de la croisade contre Kadhafi ». Cette déclaration, digne d’un néoconservateur étasunien de la pire espèce, est plus que maladroite de la part d’un ministre en exercice. Elle contribue à faire de l’intervention en Lybie un nouvel épisode de la guerre entre un Occident chrétien et le monde arabe, contrairement à tout ce que la diplomatie Française essaie de faire.

Ce dernier dérapage est totalement inacceptable. En tant que ministre d’une République engagée dans une intervention militaire en Libye, Claude Guéant doit absolument présenter ses excuses pour ces propos qui sont inadmissibles dans un tel contexte.