10.03.2008

Et pendant ce temps là, l’euro et le pétrole montent…

Comme la vie politique française est centrée pour quelques jours encore sur des enjeux très locaux, des évènements internationaux d’importance passent sous silence alors qu’ils ont une grande influence sur notre pays. C’est ainsi que l’euro et le pétrole battent de nouveaux records.

Le baril de pétrole a ainsi atteint 107 dollars le baril, un nouveau record. Il est bien possible que le baril poursuive sa hausse de manière régulière et importante dans les années qui viennent tant les fondamentaux de l’économie mondiale resteront favorables. D’un côté, une hausse forte de la demande des pays émergents sans la moindre possibilité à court terme d’une substitution significative, de l’autre, une offre qui a du mal à suivre. La question n’est pas tellement de savoir quand le baril atteindra 200 dollars, mais plutôt quand. 2010 ? Plus tard ? La demande de pétrole ne pourra pas être réduite de manière significative rapidement tant cela demande des changements en profondeur dans la structure de notre économie.

La plupart des commentateurs souligneront que nous avons la chance d’avoir l’euro, dont la hausse limite les effets de la hausse du baril de brut. C’est vrai. Le « détail » qu’omettent tous ces commentateurs souvent euro-béats est que nos importations de pétrole et de gaz représentaient 41 milliards d’euro en 2007, mais que nos exportations représentaient, elles, 394 milliards (dont 136 milliards hors de l’Union Européenne), soit 10 fois plus. En effet, l’euro bat de nouveaux records puisqu’il atteint aujourd’hui 1,53 dollars. Mais ce qui fait le bonheur des touristes français aux Etats-Unis ou des importateurs de pétrole, fait le malheur de nos exportateurs. Les économistes estiment que l’euro est surévalué de 30 à 35% aujourd’hui. C’est à dire qu’un produit qui devrait coûter le même prix à produire en France et aux Etats-Unis, coûte en fait 30 à 35% plus cher du fait du niveau anormalement élevé de l’euro face au dollar (ce qui est encore plus vrai par rapport au yen japonais ou au wuan chinois).

La raison de ce décalage vient de la politique monétaire de la BCE, qui refuse obstinément de baisser ses taux pour soutenir l’activité alors que la Fed les a baissé de 2,25 points, à 3%. La rémunération plus forte de l’euro par rapport au dollar pousse la monnaie européenne à la hausse, rendant les produits français et européens plus chers par rapport à la compétition américaine ou asiatique. Pas étonnant que Renault, PSA ou nos équipementiers automobiles réduisent leur production en France pour l’augmenter en Europe de l’Est, en Asie ou en Amérique du Sud. Pas étonnant non plus que Toyota et Honda décident d’ouvrir une nouvelle usine d’exportation au Japon alors que récemment, ils pensaient encore construire une nouvelle usine en Europe.

L’euro surévalué, c’est au mieux des économies sur 10% de nos importations. Mais c’est une menace de tous les jours pour nos exportations vers l’Asie ou l’Amérique, menace qui explique beaucoup de pertes d’emploi et de délocalisations des dernières années.

Source : http://lekiosque.finances.gouv.fr/Appchiffre/portail_default.asp