11.08.2011
Quand le Brésil et l’Argentine ouvrent la voie à la démondialisation
Les opposants à toute remise en cause ont vite fait d’évoquer le spectre de l’Albanie ou de la Corée du Nord pour refroidir toute velléité de remettre en cause la mondialisation. Mais dans la réalité, de nombreux pays prennent des libertés avec les dogmes libre-échangistes, pour leur plus grand bien.
Quand le Brésil devient protectionniste
Voici un pays confronté à une monnaie largement surévaluée. En effet, selon l’indice Big Mac de The Economist, le real serait la monnaie la plus chère du monde, surévaluée de 52% par rapport au dollar si on compare le prix du sandwich de Mac Donald’s. Et étant donné le niveau de développement du pays, l’hebdomadaire britannique estime qu’elle est même surévaluée de 149% ! Cela signifie que les produits brésiliens sont mécaniquement trois fois plus chers que les produits chinois.
Comme le souligne The Economist, le Brésil a vu sa monnaie s’apprécier depuis deux ans et demi, après un plus bas à 2,4 real par dollar : elle a atteint 1,57 real par dollar. En cause, la forte croissance du pays, qui attire les capitaux mais aussi des taux d’intérêts à 12.5% pour lutter contre une inflation qui a atteint 6.7% en juin. Mais cette cherté de la monnaie nationale fait souffrir l’industrie du pays, dont la production a reculé de 1.6% sur le mois de juin, avec une baisse de l’emploi industriel.
Le Brésil a donc décidé de taxer toute entrée de capital dans le pays ainsi que tous les contrats qui parient sur une hausse du real. Le pays veut privilégier les produits locaux dans les appels d’offre (qui pourront être jusqu’à 25% plus chers que les importations) et se lance dans une expérimentation proche de la TVA sociale (remplacement des cotisations patronales par une taxe sur le chiffre d’affaire) sur quatre marchés : vêtements, chaussures, meubles et logiciels.
Le précédent argentin
Je profite de l’occasion pour revenir sur un très bon article de Yann du blog Le bon dosage, où il détaillait la politique suivie par l’Argentine. Le cas de ce pays est un peu atypique depuis 2002 puisque le défaut de Buenos Aires l’a coupé des marchés financiers internationaux, imposant au pays un équilibre de son commerce extérieur pour rester indépendant et éviter d’avoir à vendre des actifs ou utiliser ses réserves pour équilibrer ses comptes avec l’étranger.
Le gouvernement argentin veut en effet mettre fin à la dépendance excessive à l’égard de l’extérieur dans certains domaines, notamment le jouet, le textile et l’électroménager. Dans le premier secteur, la production locale est passée de 5% de la consommation en 2003 à 30% aujourd’hui. Et le gouvernement souhaite encore diminuer les importations de 45%. Outre une taxation des importations, le gouvernement a décidé d’interdire les poupées Barbie produites en Chine.
Outre les aspects positifs pour l’environnement, la relocalisation des activités productives est une nécessité absolue qui sert un triple objectif : l’emploi, l’indépendance et la lutte contre les monopoles. En effet, les délocalisations massives d’activités productives ont bien un impact très négatif sur l’emploi, comme nous le voyons en France. Mais en plus, la concentration massive de la production en Chine est extrêmement malsaine du fait de la dépendance qu’elle créé.
D’ailleurs, les pays asiatiques l’ont bien compris, eux qui ont également adopté des politiques protectionnistes pour développer leur industrie. L’Europe sera-t-elle le dernier continent à comprendre l’intérêt de protéger son industrie ?
11:25 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : argentine, brésil, yann, le bon dosage, protectionnisme, the economist, indice big mac
10.08.2011
The Economist change la recette de son indice Big Mac
Il y a 25 ans, The Economist publiait son premier Big Mac index. En comparant le prix du plus célèbre des hamburgers, l’hebdomadaire anglais voulait mesurer de manière simple la surévaluation ou la sous-évaluation des différentes monnaies.
Une méthode simple mais pertinente
Le débat économique sur les parités monétaires est compliqué. En effet, comment estimer quel devrait être le cours d’une monnaie par rapport à une autre et ainsi comprendre si une monnaie est surévaluée ou sous-évaluée par rapport à une autre ? Les comparaisons de prix sont toujours délicates et il faut réunir une quantité de données considérables pour avoir des chiffres qui ont du sens. En 1986, The Economist a eu l’idée de tout simplement comparer le prix des Big Mac.
A première vue, l’idée semblait intéressante car beaucoup de choses rentrent en compte dans le prix d’un hamburger. Outre le prix des aliments, il y a une forte composante mains d’œuvre, mais également le loyer des fast-foods et encore les frais généraux, ce qui fait de ce sandwich un produit complet. Mieux, la forte présence de Mac Donald’s dans le monde permet de comparer un même produit vendu dans plus d’une centaine de pays, cas d’espèce assez unique.
D’ailleurs, de nombreuses études universitaires ont fini par démontrer la pertinence de l’indice Big Mac, qui est repris de plus en plus souvent. Pour son 25ème anniversaire, The Economist a revu sa recette en l’enrichissant d’une prise en compte du niveau de développement des pays (assez logiquement, le prix monte avec le PIB / habitant du fait d’un coût du travail supérieur). Cette nouvelle formule apporte un éclairage encore plus saisissant sur le niveau des monnaies.
Surévaluation ou sous-évaluation ?
En comparant simplement le prix du Big Mac, l’euro apparaît surévalué de 21% par rapport au dollar mais The Economist relève qu’il y a de fortes disparités en fonction des différents pays de la zone (mais sans indiquer de chiffres). Le yuan chinois serait sous-évalué de 44%, la roupie indienne de 53%. Il faut noter que le yen semble être à la bonne parité par rapport au dollar, tout comme la livre britannique (sous-évaluée de 4%). Enfin, le franc suisse serait surévalué de 98% !
Mais, en corrigeant par le niveau de développement, alors, les chiffres sont sensiblement modifiés. La surévaluation du franc suisse atteint 63%. En revanche, l’euro apparaît trop cher de 36% par rapport au dollar, la livre sterling de 9% et le yen de 5%. Mais cette méthode change radicalement les chiffres pour la Chine et l’Inde puisque la monnaie de ces deux pays apparaît finalement comme justement évaluée (respectivement surévaluation de 3% et sous-évaluation de 8%).
En clair, la conclusion de cette étude est de dire que les grandes monnaies de ce monde (dollar, yen, yuan, roupie) sont relativement bien évaluées si on croise le niveau absolu des prix et celui du développement. Il n’y a qu’une seule exception, l’euro, une monnaie extrêmement surévaluée. Comment les industriels européens peuvent-ils se battre avec une monnaie trop chère de plus de 30% ? Pire, il y a de grosses différences entre les différents pays de la zone.
Merci donc à The Economist pour cette nouvelle contribution au débat économique. Une nouvelle fois sont illustrées les carences de cette construction européenne avec une monnaie trop chère et qui ne correspond pas aux différences entre les pays.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : the economist, indice big mac, sous-évaluation, surévaluation, monnaies, euro, dollar, yuan, livre, yen



