23.08.2011

Les faux débats économiques du Monde

Mercredi dernier, Le Monde a fait un dossier « Comment sortir de la crise ? Débat d’experts ». On pouvait y trouver un débat a priori alléchant sur « L’inflation peut-elle résorber les dettes publiques ? ». Malgré quelques constats intéressants, le « débat » est resté très politiquement correct.

« L’inflation peut-elle résorber les dettes publiques ? »

Un tel débat paraissait prometteur et rafraîchissant à un moment où les dirigeants politiques n’ont plus que l’austérité à la bouche. En effet, utiliser l’inflation pour réduire la pression de la dette est une idée sacrément hétérodoxe. Mieux, Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI, qui avait récemment proposé de remonter les objectifs d’inflation, faisait partie des experts convoqués pour le débat. Malheureusement, la subversion s’est arrêtée au titre du débat.

Le sous-titre douche déjà beaucoup d’espoirs : « En France, la hausse des prix a soutenu l’activité de 1950 à 1980. Pas l’hyperinflation en Allemagne et au Zimbabwe ». En effet, convoquer ces exemples extrêmes augure mal de ce « débat ». Comment sérieusement comparer les pays de la zone euro avec le Zimbabwe ? Et même l’Allemagne n’est pas un exemple très pertinent quand on se souvient que l’hyperinflation a eu lieu de 1918 à 1923, suite à la première guerre mondiale et ses réparations…

La pensée unique dans toute sa splendeur…

Si Olivier Blanchard confirme sa volonté de remonter l’objectif d’inflation (pour donner plus de marges de manœuvre aux banques centrales), il se dit « hostile  à toute inflation destinée à raboter la dette et qui s’apparente à une expropriation ». Daniel Cohen juge l’idée « complètement en dehors des clous » et soutient l’objectif actuel de 2%. Michel Didier refuse les hausses de salaires. Jean-Pierre Landau (sous-gouverneur de la Banque de France) juge cela « immoral et dangereux ».

Christian de Boissieu n’y croit pas et pointe le danger sur les taux longs tout en soutenant qu’aujourd’hui, l’inflation a davantage lieu sur les actifs. Enfin, Jacques Delors décrète qu’une « telle facilité ne nous est plus permise » et que « nous ne sommes plus maîtres des prix ». Il affirme que l’inflation « appauvrit les moins riches » alors que l’histoire économique des dernières décennies montre le contraire puisque le pouvoir d’achat des moins riches a baissé avec la baisse de l’inflation.

Un manque de curiosité intellectuelle stupéfiant

Comment ne pas être navré devant un tel simulacre ? A quoi bon parler de débat si les six experts sont du même avis ? Le Monde s’est bien gardé d’aller interroger des économistes hétérodoxes comme Frédéric Lordon ou Jacques Sapir qui auraient sans doute fait des propositions différentes sur les moyens de résorber les dettes publiques. Le quotidien vespéral pourrait tout de même se montrer un peu plus ouvert à ceux qui ne pensent pas comme lui.

Trois jours après, un article de Claire Gatinois avec un schéma explicatif affirme que « la suspension des ventes à découvert ne permet pas d’éviter de lourdes chutes en bourse ». Ce papier passe sous silence le caractère auto réalisateur des ventes à découvert. Parce qu’il y a vente d’une action qu’ils ne possèdent pas, les spéculateurs poussent le cours à la baisse et ont donc tendance à gagner leur pari d’une baisse. Claire Gatinois préfère parler « d’écran de fumée » ou « d’action répressive ».

Bref, le Monde démontre ici une curieuse vision du débat où ne sont invités qu’un petit cercle qui partage déjà quasiment le même point de vue. Il est également assez incroyable qu’un journal qui se dit de gauche adhère de manière aussi inconditionnelle à la doxa néolibérale.

30.01.2011

Un peu plus d’inflation pour plus de croissance et de stabilité économique

L’équation que les banquiers centraux doivent résoudre vient de singulièrement se compliquer. En effet, l’inflation vient d’atteindre 2.2% dans la zone euro et même 3.7% en Grande-Bretagne, provoquant des interrogations dans la gestion des taux d’intérêt.

Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Dans l’absolu, ce rebond de l’inflation est une mauvaise nouvelle car il est fort probable que, comme en 2008, cette hausse des prix se traduise directement par une baisse du pouvoir d’achat, n’ayant aucun impact sur le niveau des salaires. The Economist rapporte ainsi que les salaires progressent de 2.2% et que tout semble indiquer que le niveau du chômage empêchera tout ajustement. Pire, la hausse de la TVA de 17.5 à 20% devrait faire passer l’inflation au-delà de 4 ou 5%.

En fait, comme en 2008, cette inflation est la conséquence de l’envolée du prix des matières première. Si on les exclut, aux Etats-Unis, l’inflation est restée au niveau anémique de 0.8% alors qu’elle a bondi de 1.3 à 1.7% au global. Et comme il est probable que la hausse du cours des matières premières ne pourra pas se poursuivre à ce rythme, cette vague d’inflation est probablement temporaire. Le risque d’une course prix-salaires est quasi-nul avec un tel chômage.

Malheureusement, la dogmatique BCE pourrait en tirer une mauvaise conclusion, comme elle l’avait fait mi-2008. Alors que la Fed avait déjà baissé ses taux d’intérêts de trois points en un peu plus de six mois, la BCE avait remonté ses taux de 0.25 point, à contre temps du cycle économique, propulsant l’euro à des niveaux historiques et achevant d’étouffer une économie européenne qui a donc subi une crise plus dure qu’aux Etats-Unis (PIB en baisse de 4% contre 2.5%).

Quel objectif d’inflation ?

En revanche, étant donné le niveau élevé des dettes souveraines, on peut se demander aujourd’hui si un niveau d’inflation légèrement supérieur ne serait pas un moyen commode et beaucoup moins douloureux de réduire le poids de la dette. Un simple calcul montre qu’au bout de 10 ans, 1% d’inflation (et 1.5% de croissance) réduise mécaniquement le poids de la dette par rapport au PIB de 22%. Avec 3% (chiffre raisonnable), le poids de la dette par rapport au PIB baisse de 36%…

Mais par-delà l’effet mécanique de réduction de la dette, on peut aujourd’hui se poser la question de la pertinence d’un objectif d’inflation de 2%. Ne s’agit-il pas d’un chiffre trop faible ? Une inflation trop faible ne finit-elle pas par peser sur la croissance ? Une inflation de 3% ne serait-elle pas plus propice à une croissance plus forte ? L’histoire économique récente du continent européen semble indiquer un lien entre le niveau de croissance et d’inflation.

En outre, une inflation trop faible pourrait avoir tendance à réduire excessivement le coût de l’argent. Avec un point d’inflation en plus dans les années 2000, il est probable que les taux d’intérêt auraient été au moins un point plus élevé, ce qui aurait lourdement pesé sur les emprunts immobiliers et probablement limité la bulle immobilière. De même, cela aurait peut-être dégonflé un peu la bulle financière. Une inflation trop faible provoque également un crédit trop bon marché.

A un moment où l’envolée du prix des matières premières fait remonter l’inflation, un débat devrait s’ouvrir pour questionner les 2% choisis en Europe comme niveau optimal sans qu’il n’y ait la moindre preuve pour soutenir ce choix. Même le FMI s’est posé la question récemment.

10.01.2011

Sortie de l’euro : y-a-t-il un risque inflationniste ?

C’est un des principaux arguments des opposants à la sortie de l’euro. En cas de retour aux monnaies nationales et de dévaluations, ils affirment que nous prendrions le risque d’un emballement de l’inflation. Un argument qui ne tient pas plus théoriquement qu’empiriquement.

Un contexte peu inflationniste

Le cas Argentin nourrit sans doute ces craintes mais il est très extrême. Tout d’abord, il faut noter que malgré une dépréciation de plus de 20% de la livre, le rebond de l’inflation reste limité à 3.3% à date en Grande-Bretagne. En outre, il est évident qu’une petite augmentation temporaire de l’inflation ne va pas changer les attentes des acteurs économiques et ne sera donc pas durable. Il n’y a presqu’aucune chance de revenir à la situation des années 1970 et la course entre prix et salaires.

Cela est d’autant moins probable qu’un chômage de masse subsiste dans les pays européens, ce qui limite grandement la possibilité d’une hausse supérieure des salaires suite à une légère reprise de l’inflation. Du coup, toutes les conditions sont réunies pour que la hausse de l’inflation soit purement temporaire. En outre, les marges des entreprises se sont rapidement reconstituées depuis la crise, ce qui laisse une marge de manœuvre pour absorber temporairement une partie de la hausse des prix.

Enfin, le contexte monétaire est extrêmement défavorable à l’inflation puisque la masse monétaire recule en Europe comme aux Etats-Unis, malgré l’immensité des déficits publics. Aux Etats-Unis, la baisse de l’endettement privé est ainsi supérieure à la hausse de l’endettement public, ce qui explique sans doute en bonne partie la faiblesse de l’inflation malgré les injections massives d’argent dans l’économie. Bref, le contexte étant plutôt déflationniste, le risque inflationniste n’en est que plus limité.

L’analyse chiffrée

Selon le portail du gouvernement, les importations représentent 21% du PIB sur les douze derniers mois. Notre commerce est réalisé à 60% avec les pays de l’Union Européenne et 40% en dehors. Au sein de l’Union Européenne, on peut considérer qu’une sortie de l’euro serait neutre pour la France, à savoir que la dépréciation du franc par rapport au mark serait compensée par la dépréciation de la peseta et de la lire par rapport au franc (les prix et les coûts y ont plus augmenté que chez nous). Enfin, nous pouvons partir d’une hypothèse de dépréciation de 25% par rapport aux autres monnaies.

Il faut noter que ces hypothèses sont relativement proches de celles du scénario établi par la banque ING et confirmées par plusieurs économistes. Le prix des produits importés hors de l’Union Européenne (8% du PIB) pourrait donc augmenter de 33%, soit un impact inflationniste d’environ 2,7 points, un chiffre légèrement supérieur à celui de « l’épisode inflationniste » de 2008 consécutif à l’envolée du prix des matières premières avant la crise financière.

Mieux, il faut considérer, comme le soutient Joël Halpern, qu’il s’agit d’un maximum puisque dans ces cas, souvent, les entreprises choisissent de rogner leurs marges (importantes) pour ne pas trop perdre de volume. En outre, il faut considérer qu’une partie de cette inflation serait sans conséquence majeure pour les Français : si le prix des télévisions augmentait de 33%, il suffirait d’acheter des écrans moins grands… Il peut y avoir un effet de substitution réduisant l’impact.

Bien sûr, on pourra toujours discuter des hypothèses prises et je suis prêt à le faire. Mais pour la France, l’impact inflationniste serait très limité. Mieux, un petit peu plus d’inflation serait aussi un moyen de réduire légèrement la dette, de manière indolore.

05.06.2010

Comment affronter la dette aujourd’hui ?

Les dettes souveraines sont devenues aujourd’hui le premier sujet d’économie des médias et ce qui semble devoir déterminer les politiques de l’ensemble des pays occidentaux dans les années à venir. Mais les politiques d’austérité sont-elles un horizon indépassable ?

Le besoin de croissance

C’est ce que même les marchés ont fini par comprendre : le problème de dette publique dépend également du PIB. Et de faibles perspectives de croissance du PIB compliquent la gestion de cette dette. En effet, avec une croissance de 3% et une inflation de 2%, à déficit nul, le poids de la dette sur la richesse nationale diminue de 5% dans l’année. C’est tout le problème des politiques d’austérité : en réduisant la croissance, elles peuvent accentuer le problème plus que le résoudre.

En effet, les Etats européens se sont lancés dans une réplique des politiques d’Herbert Hoover et il n’est pas sûr que dans deux ou trois ans, le bilan sera positif. Si les déficits publics auront sans doute été réduits, la faiblesse de la croissance fera peut-être que le poids de la dette aura explosé : celle-ci devrait représenter 150% du PIB de la Grèce en 2013 selon des prévisions jugées optimistes. Pire, la souffrance sociale (chômage, perte de pouvoir d’achat) aura sans doute été terrible.

L’issue de l’inflation

En effet, si l’inflation accélérait quelque peu (3 à 4% au lieu de 1 à 2%), cela serait un moyen de faciliter la gestion de la dette en érodant légèrement sa valeur. En outre, on peut se demander si les objectifs d’inflation de la BCE (moins de 2%) ne sont pas trop faibles. En effet, quand l’inflation et la croissance sont très basses, cela pousse les entreprises à ne pas accorder de hausse de salaire, ce qui contribue à affaiblir la croissance et également l’inflation dans un mécanisme déflationniste.

On peut se demander si le bon niveau d’inflation pour une économie ne se situe pas plutôt entre 2 et 4%, ce qui donnerait une nécessaire marge de manœuvre à l’économie. En effet, cela facilite les hausses de salaires, qui peuvent être compensées par des hausses de prix. Le dogme monétariste de la BCE explique sans doute en partie la faible croissance du vieux continent. Il est important de noter qu’un tel niveau ne présente pas de risque de dérapage inflationniste.

L’issue de la monétisation

Mais cette légère accélération de l’inflation présenterait sans doute un inconvénient majeur pour la gestion de la dette publique : une hausse des taux longs et donc du coût de financement de cette dette. On peut imaginer que les taux longs augmenteraient d’un à deux points si l’objectif d’inflation était remonté d’un même niveau, annulant une partie des gains. C’est là que vient l’option de la monétisation de la dette, qui peut être lié à l’inflation, mais pas forcément (j’y reviendrai demain).

La monétisation, c’est, par exemple, la banque centrale qui achète des bons du trésor à 0% d’intérêt. André-Jacques Holbecq a souligné plusieurs fois que l’Etat a payé environ 1500 milliards d’euros d’intérêt depuis 1980. En clair, la hausse de la dette publique de la France est uniquement la conséquence du paiement des intérêts. Si la Banque Centrale avait prêté à l’Etat à 0%, alors la France n’aurait pas de dette. Il faut noter que Thomas Piketty, économiste à l’EHESS, a rejoint le camp de ses partisans.

L’issue du défaut

La troisième issue, que Frédéric Lordon évoque avec gourmandise, est un défaut des Etats. Cet apocalypse financier conduirait sans doute une grande partie des banques à la faillite et serait sans doute l’occasion d’une véritable révolution financière, avec la possibilité de nationaliser en partie ou en totalité le système financier et d’établir de nouvelles règles qui tiendraient compte des crises à répétition que nous vivons depuis une quinzaine d’années.

Mais cette solution présente tout de même de grands risques et il n’est pas sûr que le chaos consécutif à une telle « solution » ne ferait pas également souffrir les plus faibles qui sont généralement les premières victimes des grandes catastrophes économiques. C’est pourquoi j’espère que l’on pourra se passer d’une telle issue, même si elle présente l’avantage intellectuellement très satisfaisant de faciliter la réforme du système financier, qui passera alors sous la coupe des Etats.

Le problème de la dette est complexe. La voie de l’austérité pose aujourd’hui de graves problèmes que la grande majorité des hommes politiques refusent de voir. Je reviendrai demain sur la voie de la monétisation qui pourrait bien être la solution la plus raisonnable pour l’Europe.

17.04.2010

TVA sociale : les réponses aux objections

Malgré les avantages incontestables en matière de coût du travail, et donc d’effet sur la création d’emplois, la TVA sociale a une très mauvaise image, comme le montre la tribune récente de Bernard Maris sur Marianne 2. Pourtant, les procès qui lui sont faites sont souvent injustes.

Une taxe injuste ?

Les détracteurs de la TVA sociale lui opposent souvent cet argument avec un double raisonnement. Tout d’abord, cela revient à transférer des charges pesant sur les entreprises sur une taxe portant sur la consommation. Dans la présentation de certains, on a presque l’impression qu’il est demandé aux Français de payer une taxe qui était auparavant directement payée de la poche des patrons. Cette présentation est abusive. Les charges sociales ne sont qu’un coût parmi un autre pour une entreprise et en réalité, ce sont bien les consommateurs qui la paient, comme la TVA.

L’autre argument avancé est que la TVA est un impôt injuste car non progressif. Cependant, il faut noter que les ménages modestes sous-consomment les produits faiblement taxés (produits alimentaires, loyer) alors que les ménages aisés surconsomment les produits plus fortement taxés, ce qui introduit une forme de redistribution à travers la TVA. Et les cotisations sociales sont en partie soumises à un plafond, ce qui limite la redistribution. En outre, il est toujours possible de jouer sur des différences de taux pour assurer que cette réforme ne soit pas injuste.

Une taxe inflationniste ?

Le deuxième reproche fait à la TVA sociale est le risque d’une hausse des prix. Pourtant, l’expérience Allemande démontre qu’un tel transfert n’est pas forcément inflationniste. Ensuite, si on agit à montant de taxe équivalent, il n’y a pas de raison pour que les prix augmentent. Bien sûr, il y a la crainte légitime que les prix des produits importés augmentent nettement et que ceux des produits fabriqués en France ne baissent pas à due proportion. Néanmoins, on peut aussi imaginer que certains importateurs rogneront sur leur marge pour ne pas trop perdre de parts de marché.

Parallèlement, sur les marchés compétitifs, la pression de la concurrence devrait pousser les prix à la baisse et rien n’empêche l’Etat de mettre en place des mécanismes assurant que la baisse des coûts est bien répercutée sur les prix. En outre, étant donné que nous importons davantage que nous exportons, la masse qui sera taxée sera plus importante qu’avant, ce qui devrait permettre au contraire de légèrement baisser la pression fiscale globale. Et la plus forte croissance de la base taxable (par la création d’emplois), permettrait sans doute de baisser la pression fiscale dans un second temps.

Une perte de pouvoir d’achat ?

Etant donné le précédent de la baisse de la TVA dans la restauration, il est néanmoins difficile d’affirmer qu’il n’y aurait aucun risque d’une légère hausse de l’inflation. Cependant, le niveau de l’inflation (tant qu’il est raisonnable) n’est pas le plus important. En effet, l’essentiel est l’écart entre la hausse des salaires et l’inflation. Beaucoup présentent la baisse de l’inflation comme un progrès économique alors que la hausse des salaires a davantage baissé que l’inflation, aboutissant à une réduction des gains de pouvoir d’achat, faisant finalement de la baisse de l’inflation un recul social.

Au contraire, la baisse radicale du coût du travail permettrait sans doute une plus forte progression des salaires et du pouvoir d’achat, même si  l’inflation est temporairement et légèrement plus élevée. En effet, le coût d’une hausse de salaire serait réduit de plus de 40% avec l’introduction de la TVA sociale. Mieux, on pourrait aussi imaginer en profiter pour que le nouveau salaire net soit un intermédiaire entre l’ancien net et l’ancien brut pour redistribuer du pouvoir d’achat, quitte à accepter un léger regain temporaire d’inflation. Naturellement, cela se ferait plus facilement en dehors de la monnaie unique.

Pour être honnête, les reproches faits à la TVA sociale sont légitimes. A première vue, une telle révolution fiscale n’est pas sans risque. Mais un examen plus approfondi de ses mécanismes permet de comprendre qu’il s’agirait sans doute d’une révolution extrêmement positive.

03.03.2010

Faut-il plus d’inflation ?

A la surprise générale, c’est le chef économiste du Fonds Monétaire International, Olivier Blanchard, qui vient de lancer le débat, qui a été repris dans de nombreuses publications. Mieux, on note parfois une certaine ouverture à un idée qui aurait été autrefois écartée sans considération.

Un constat pertinent

Devant la pyramide de dettes que constituent l’ensemble des pays développés depuis deux ans et pour encore quelques années, il est finalement assez logique de se poser la question d’une légère relance de l’inflation pour en faciliter le remboursement. Olivier Blanchard propose un autre angle d’analyse, à savoir que le faible niveau d’inflation actuel limite la marge de manœuvre de la politique monétaire. Pour lui, relever l’objectif de 2 à 4% pourrait donner une certaine souplesse.

Il faut dire que le cas du Japon apporte de l’eau au moulin de son analyse. En ayant un niveau d’inflation très faible, il est difficile de relancer l’économie en baissant les taux d’intérêts. Il est donc clair que si le rythme d’inflation était un peu plus élevé, la banque centrale pourrait agir de manière plus importante, ce qui permettrait peut-être de soulager le levier budgétaire… En outre, on ne peut pas dire que le passage de 3 à 2% d’inflation dans la zone euro ait eu un impact très positif sur l’économie…

Un débat encore tabou

Même s’il faut se féliciter que le Monde termine son premier papier sur une note positive, en citant un maître de conférence de Paris-Dauphine qui affirme « mieux vaut 3-4% d’inflation qu’une croissance faible et du chômage », nous en sommes encore aux prémices d’un véritable débat. Il suffit de constater que l’idée est rapidement qualifiée de « loufoque » en Allemagne. D’ailleurs, au moindre signal statistique, beaucoup agitent trop rapidement le spectre du retour à l’inflation aux Etats-Unis.

Pourtant, il est très peu probable que l’inflation s’emballe outre-Atlantique : avec 10% de taux de chômage, les salaires ne risquent pas de « déraper ». Et ces inquiétudes excessives font perdre de vue un débat pourtant pertinent : la cible d’inflation actuelle n’est-elle pas trop basse ? En outre, l’argument selon lequel l’inflation serait « le vol des petites gens » est faux puisque c’est depuis que l’inflation est très basse que les inégalités salariales ont explosé, au contraire des périodes de forte inflation.

S’interroger sur le niveau adéquat d’inflation est un vrai débat. Il est heureux que les média s’en fassent aujourd’hui l’écho, même s’ils démontrent encore une trop grande fermeture à toute politique différente de celle menée par la BCE aujourd’hui.

03.09.2009

Une attaque surprenante contre le dogme de la désinflation

La désinflation compétitive est un des dogmes économiques de la pensée unique les plus ancrés au sein des élites économiques et politiques. Pourtant, un leader de la presse d’opinion vient de le remettre en cause. Marianne pensez-vous ? Non, il s’agit du Monde ! Petit retour sur une révolution.

Un pilier de la pensée unique

Petit retour en arrière : paradoxalement, c’est bien le gouvernement issu du programme commun de la gauche (sans doute le plus à gauche qu’ait connu notre pays) qui a vaincu l’inflation au début des années 80. Alors que l’inflation léguée par les gouvernements de droite atteignait les deux chiffres, c’est bien Pierre Mauroy qui a enclenché le grand mouvement de modération des prix dans notre pays, faisant de la France un des pays les plus « vertueux » des grands pays industrialisés. Il faut noter que cette baisse fut une décision politique et ne fut pas le produit de l’indépendance de la banque centrale.

Car cette dernière fut décidée près de dix ans après la baisse de l’inflation. Entre temps, Pierre Bérégovoy, quatre ans ministre des finances, théorisa la « désinflation compétitive », la modération des prix (et donc des salaires) qui permet de rendre nos entreprises plus compétitives à l’exportation. Devant la hausse de l’inflation en Allemagne, suite à la réunification et au choix de la parité du deutsche mark, la France refusa alors de laisser déraper le cours du franc et les prix et décida de maintenir des taux d’intérêts assassins pour l’activité économique, plongeant notre pays dans la récession en 1993.

Une faille dans le dogme

A l’époque, Jean-Pierre Chevènement et Philippe Séguin critiquaient cette politique dite de « franc fort », plaidant pour une baisse des taux d’intérêt afin de soutenir l’activité et lutter contre le chômage (le fameux « Munich social »). Le pseudo cercle de la raison, notamment défendu par le Monde, Edouard Balladur ou la majorité des socialistes (Delors, Rocard, Bérégovoy) s’étaient alors opposés à toute baisse des taux pour protéger la parité franc-mark et prévenir tout retour au spectre de l’inflation.

C’est pourquoi cet article passé inaperçu est d’une importance capitale. Que le Monde arrive à envisager comme solution à la crise actuelle un léger regain d’inflation pour effacer en partie les dettes contractées par les Etats, parlant même de redistribution entre les emprunteurs et les créanciers, est incroyable ! Bien sûr, nous devrons nous poser la question du niveau d’inflation souhaitable dans les années à venir étant données les dettes léguées par la crise. Une accélération raisonnable du niveau d’inflation (3 à 4%) semble une solution intéressante pour réduire le fardeau qui pèsera sur les Etats.

Bien sûr, le Monde est loin d’être passé du côté des économistes alternatifs. Néanmoins, cela montre que la crise a provoqué une véritable remise en cause de certains dogmes, auprès même de ceux qui en furent les défenseurs les plus acharnés. Et de cela, on ne peut que s’en féliciter.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/31/sortie-de-crise-la-tentation-de-l-inflation_1233585_3234.html#ens_id=1198047

08.02.2009

L’insoutenable dogmatisme monétariste de la BCE

Jeudi, Jean-Claude Trichet a annoncé le maintien des taux d’intérêts de la BCE à 2% alors que la Banque d’Angleterre a baissé les siens d’un demi point, illustrant à nouveau l’autisme incroyable des dirigeants de la banque centrale européenne devant la récession.

Des taux européens à un niveau complètement absurdes !

Alors que les taux Américains sont compris entre 0 et 0,25%, que ceux de la banque de Grande-Bretagne ne sont plus qu’à 1%, la BCE a décidé de maintenir les siens à 2%. On pourra soutenir que la banque centrale européenne a déjà baissé ses taux de 2,25 points depuis la rentrée, ce qui représente déjà un effort significatif. Cependant, il faut noter que la Fed Américaine les a baissé de 5 points depuis le déclenchement de la crise en 2007 et que la banque d’Angleterre a baissé les siens de plus de 4 points depuis 2008, deux fois plus que la BCE.

Pire, il ne faut pas oublier que l’inflation était à 4% cet été dans la zone euro et qu’elle vient de tomber à 1,1% en janvier, après deux baisses consécutives de 0,5 point en décembre et janvier. Résultat, de manière complètement incroyable, la politique monétaire de la BCE est davantage restrictive aujourd’hui que cet été puisque les taux réels (dont on retire l’inflation) ont légèrement monté en Europe en pleine crise économique ! Ce resserrement de la politique monétaire de la zone euro provoque le scepticisme de tous les économistes, qu’ils soient ultralibéraux (The Economist) ou alternatifs.

Déni de réalité et irresponsabilité

Aujourd’hui, les taux européens n’ont aucune raison d’être supérieurs à 1%. Et il faut noter qu’à ce niveau, la politique monétaire ne serait même pas expansive tant l’inflation s’est effondrée en quelques mois. La décision de la BCE jeudi est proprement sidérante tant tous les indicateurs économiques plaident pour une baisse des taux. Les prévisions de (dé)croissance pour le 4ème trimestre indiquent que l’Europe est peut-être dans une récession plus grave que les Etats-Unis et l’inflation, souci monomaniaque de la BCE n’est plus à un niveau qui peut freiner la baisse des taux.

Pire, Jean-Claude Trichet a osé affirmer qu’il n’y a pas de risque de déflation en Europe, jugement qui semble aussi péremptoire que mal avisé quand on constate que l’inflation dans la zone euro est passée de 2,1 à 1,1% en seulement deux mois. Il y a fort à parier qu’au deuxième trimestre, la zone euro rentrera justement dans la déflation pour la première fois depuis des décennies. Bref, depuis des années, les preuves du mauvais jugement de la BCE s’accumulent mais l’irresponsabilité de la banque européenne fait qu’elle échappe à toute remise en question de ses décisions.

Il est vraiment temps de faire le bilan de la Banque Centrale Européenne et de se rendre compte que ses dirigeants mènent une politique désastreuse et multiplient les erreurs. Pire, leur indépendance leur permet d’échapper à toute responsabilité. Il est grand temps de revenir dessus !

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/05/la-bce-...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/05/la-banq...

13.09.2008

Euro cher : le retour du psychopathe de Francfort !

Alors même que l’inflation vient de légèrement baisser, à 3,8%, dans la zone euro, Jean-Claude Trichet vient d’affirmer que « l’inflation va rester élevée pour un certain temps avant de baisser un peu au cours de l’année 2009 » afin de justifier le maintien des taux d’intérêts..

Pour reprendre les mots de Jospeh Stiglitz, la BCE agit à nouveau en « enfant buté » dans cette crise, comme en 2002. La crainte de l’inflation confine au délire paranoïaque tant une analyse un tant soit peu rationnelle montre que cette inflation est purement conjoncturelle. Tout d’abord, on pourrait relativiser le dérapage de l’inflation, qui, à 3,8%, reste à un niveau assez faible historiquement parlant. Ensuite, tous les économistes montrent bien que cette inflation est uniquement la conséquence de la forte hausse du prix des matières premières agricoles et énergétiques et qu’en dehors de ces éléments, historiquement volatiles, l’inflation dans les pays occidentaux reste autour de 2%. De plus, loin des effets de second tour que dit craindre la BCE (où salaires et prix se font la course), les chiffres montrent au contraire que la dépression économique a ralenti la hausse des salaires depuis un an, du fait de la hausse du chômage.

Mais surtout, étant donnée que la hausse de l’inflation a débuté l’an dernier à la même époque, nous rentrons dans un comparatif « plus favorable ». Contrairement à ce qu’affirme notre Don Quichotte monétariste, la baisse récente des cours va commencer à se retrouver dans les prix cet automne. Sans être économiste, en supposant que le pétrole ne reprenne pas sa course folle (si la baisse de production de l’OPEP stabilise son cours un peu au-dessus de 100 dollars), j’estimerai volontiers que l’inflation baissera à 3 / 3,5% d’ici la fin de l’année en Europe pour rapidement passer sous les 3% dès le premier trimestre 2009, voire plus rapidement encore. Les prévisions de Jean-Claude Trichet ne servent qu’à justifier son manque d’action. En outre, de nombreux économistes ont souligné que les causes actuelles de l’inflation et son caractère conjoncturel et non structurel font que la politique monétaire n’a que peu d’impact sur son niveau.

Si l’inflation baisse aussi vite aux Etats-Unis qu’en Europe dans les prochains mois, nous aurons une nouvelle preuve de l’absurdité totale de la politique monétaire suivie à Francfort puisque la baisse des taux de la Fed n’aura absolument pas provoqué de dérapage inflationniste, malgré une politique monétaire beaucoup moins restrictive qu’en Europe. Une fois encore, la politique monétaire européenne va prolonger et renforcer inutilement la crise économique du vieux continent par des décisions délirantes, envoyant, comme en 1993 et en 2001 des millions d’Européens au chômage par l’effet inutilement dépressif de leur politique de taux d’intérêts. Et à nouveau, personne ne pourra demander de compte aux banquiers centraux sur ces choix suicidaires.

Rendez-vous dans six mois pour vérifier la pertinence de ces prédictions. Malheureusement, entre temps, une chose est sûre, l’économie européenne aura traversé une inutile récession provoquée par le monétarisme borné de la BCE.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/09/05/la-bce...

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/09/10/01011-200809...

23.07.2008

Analyse critique du néo-libéralisme : introduction

« La seule querelle qui vaille, c’est celle de l’homme » : cette phrase du Général de Gaulle montre la distance que nous avons parcourue depuis quelques décennies. Aujourd‘hui, il n’est question que d’adaptation des hommes à l’économie, par une terrifiante inversion entre la fin et le moyen.

En mai, 250 000 ménages américains ont été expropriés de leur maison faute de pouvoir rembourser les emprunts qu’ils avaient pris. Le système financier semble à nouveau au bord de l’implosion : l’Etat Américain a volé au secours de Fanny Mae et Freddie Mac et garantir leurs 5 000 milliards de dollars de dette. L’inflation des produits alimentaires et de l’énergie ampute largement le pouvoir d’achat des classes populaires des pays développés et a plongé des millions d’habitants des pays émergents à nouveau dans la pauvreté. Et partout, la même réponse pour traiter cette crise : accélérer les réformes, libéraliser plus encore les échanges et les marchés. Pourtant, comment ne pas s’interroger sur la responsabilité de ces mêmes réformes dans la crise actuelle ?

Lors d’une conférence de presse en février 1965, le Général de Gaulle avait affirmé que : « le laisser-faire ! le laisser-passer ! appliqué à l’économie depuis l’aurore du machinisme a souvent, grâce au bénéfice, à l’esprit d’entreprise, à la libre concurrence, donné au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Il affirmait que le « dirigisme » du nouveau régime pourrait corriger ces excès. Ces propos, tenus pendant la période pourtant si calme des Trente Glorieuses, prennent une tout autre dimension aujourd’hui, après vingt ans de crises. Si le capitalisme encadré de l’après-guerre a su apporter un progrès aux hommes, sa variante débridée actuelle montre des carences de plus en plus inquiétantes.

C’est pourquoi, j’ai voulu creuser cette question plus en profondeur, en étudiant également la vision de la défense, par la voix de The Economist, hebdomadaire que je lis depuis une dizaine d’années et sans doute le plus farouche soutien des idées néo-libérales. Mais j’ai surtout cherché à creuser la vision alternative, par la voix des économistes alternatifs, comme Jean-Luc Gréau, Jacques Généreux ou Jean-Claude Michéa. Dans un premier temps, je reviendrai sur les thèses qu’ont développées ces auteurs dans leurs derniers ouvrages, puis je reviendrai sur les différentes manifestations actuelles de la crise pour enfin essayer d’en tirer quelques conclusions.

Je vous donne donc rendez-vous tous les jours pour cette analyse critique du néo-libéralisme. Demain, je commencerai par une revue du livre de Jean-Luc Gréau, « L’avenir du capitalisme ».