09.07.2011

Insécurité : la grande faillite de Nicolas Sarkozy

Cela aura été une des polémiques de la semaine : la Cour des Comptes a publié un rapport au vitriol sur les forces de sécurité publique, dénonçant vertement la politique du gouvernement. Elle critique les manipulations des statistiques ainsi que la politique menée sur le terrain.

Un bilan en trompe-l’œil

Nicolas Sarkozy a réussi à se faire élire en 2007 en partie grâce au bilan qu’il a vendu de son action au ministère de l’intérieur. L’ancien ministre avait réussi à vendre son agitation législative et communicante en affichant fièrement une baisse globale de la délinquance de 9% de 2001 à 2006, cassant la progression enregistrée alors que Lionel Jospin était premier ministre. Mais cette version des faits ne résistait pas à une analyse des chiffres même du ministère.

En effet, en mars 2007 j’avais étudié les chiffres avancés par la place Beauvau et j’avais constaté que si le chiffre global baissait, c’était notamment parce que les vols de voiture ou les cambriolages baissaient (du fait de la plus grande sophistication des équipements) alors qu’en revanche, les violences aux personnes avaient continué leur progression. Les coups et blessures non liés à un homicide s’étaient alors envolés de 41% (de 116 à 164 mille) sur la même période.

C’est exactement ce qui continue depuis 2007 : le chiffre global de la délinquance poursuit sa baisse régulière, dans un mouvement dont la maîtrise semble bien suspecte, et les violences aux personnes continuent de progresser. Il y a eu une progression de 18% des coups et blessures de 2006 à 2009 pour un total de 193 mille, soit une progression de 70% en huit ans. Bref, paradoxalement, nous étions beaucoup plus sûrs quand le PS était aux affaires…

Un gouvernement inefficace

Claude Guéant a beau monter sur ses grands chevaux, le bilan de Nicolas Sarkozy sur cette question est catastrophique. Le chiffre des violences aux personnes est doublement significatif. Tout d’abord, il rassemble les actes qui contribuent le plus au sentiment d’insécurité, des actes plus traumatisants. D’ailleurs, de manière inquiétante, le chiffre des violences non crapuleuses (violences gratuites) s’est envolé, passant de 155 à 240 mille de 2002 à 2008.

Mais surtout, ce sont des actes où il est beaucoup plus difficile de trafiquer les statistiques. Le rapport de la Cour des Comptes estime "que les statistiques départementales présentent parfois une grande instabilité, qui peut faire douter de leur fiabilité", rejoignant les dires du criminologue Alain Bauer pour qui « le dispositif statistique national a été le plus souvent utilisé, depuis 1945, pour ne pas dénombrer la réalité mais pour la mettre en scène ».

La cour des Comptes questionne également la pertinence de la politique suivie, critiquant la faible présence des policiers sur le terrain, leur mauvaise répartition et le manque d’efficacité de la vidéo surveillance. On pourrait ajouter, comme le fait Nicolas Dupont Aignan dans un communiqué de presse publié sur le site de Debout la République que la baisse des effectifs est absolument anormale étant donné la montée permanente des violences aux personnes.

Merci à la Cour des Comptes de dénoncer officiellement les tricheries du gouvernement et sa mauvaise politique en matière d’ordre public. Cela fait maintenant environ neuf ans que Nicolas Sarkozy est en charge de notre sécurité et l’agitation ne saurait camoufler un bilan calamiteux.

Merci à Clément dont j’ai utilisé les travaux pour nourrir ce papier

28.08.2010

Insécurité : le jeu dangereux de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy semble vouloir utiliser le thème de la sécurité pour sa campagne de réélection en 2012. Contrairement à ce que le Figaro voulait faire croire, cette stratégie apparaît de plus en plus dangereuse…

Lutte contre l’insécurité ou semblant de lutte ?

Bien sûr, cette tactique a bien réussi en 2002 pour la réélection de Jacques Chirac mais il affrontait alors son Premier Ministre, alors au pouvoir depuis cinq ans et au prise avec une augmentation de l’insécurité qu’il semblait d’autant plus incapable d’endiguer que son deuxième ministre de l’intérieur avait renoué avec l’angélisme traditionnel de la gauche, au contraire de Jean-Pierre Chevènement, titulaire du poste auparavant. Du coup, le président sortant jouait sur du velours en attaquant un gouvernement qui semblait totalement dépassé par le phénomène.

Mais le contexte de 2012 sera complètement différent. Nicolas Sarkozy sera alors responsable de la sécurité des Français depuis dix ans. Attirer l’attention des Français sur les problèmes d’insécurité risque surtout de souligner l’échec du gouvernement… D’ailleurs, c’est ce que montrait le sondage de Marianne pour qui à peine un quart de la population fait confiance au gouvernement sur la sécurité et même pas la majorité des électeurs de droite. Si Nicolas Sarkozy est encore un peu plus crédible que le PS sur le sujet, il ne l’est plus que marginalement.

Vers un 21 avril à l’envers ?

Après, il est vrai qu’il s’agit sans doute d’un des seuls sujets où il conserve une meilleure crédibilité que la gauche, mais cette stratégie est à double tranchant, comme le révèle une nouvelle vague de sondages analysés par le Monde. Tout d’abord, cette vaste offensive médiatique n’a pas provoqué de rebond de popularité alors que le gouvernement est pourtant est très impopulaire. Ensuite, si elle semble plaire à l’électorat du Front National, elle déplaît fortement aux cadres, pourtant l’électorat traditionnel de la droite et de Nicolas Sarkozy en particulier.

Le président sortant a donc toutes les chances de se retrouver pris entre deux feux. Les classes supérieures sont lassées de sa méthode inutilement provocatrice et ont une multitude d’autres votes possibles (écologistes, Bayrou ou Strauss-Kahn). Et le Front National pourrait bien être le grand gagnant de la stratégie gouvernementale en soulignant la montée des violences aux personnes et la diminution du nombre de policier, d’autant plus que la façon de faire de Nicolas Sarkozy pourrait bien déculpabiliser une partie de l’électorat UMP vis-à-vis du FN.

Bref, entre un électorat de centre-droit lassé de ses outrances et un Front National qui pourrait bien être le grand gagnant des débats sur l’insécurité, on en vient à se demander si Nicolas Sarkozy ne pourrait pas subir le même sort que Lionel Jospin. Ce ne serait pas injuste…

15.08.2010

Le boomerang des sondages sur la sécurité

Avant de partir en vacances, le gouvernement a lancé une grande offensive médiatique sur la sécurité visant à faire oublier les affaires et à préparer la campagne de 2012. Un sondage orienté du Figaro semblait indiquer que la stratégie avait fonctionné, jusqu’à un autre sondage, de Marianne.

A malin, malin et demi…

Il n’y avait pourtant pas besoin d’être un grand spécialiste de la vie politique pour deviner l’issue de la séquence « sécurité » du gouvernement. Dès les annonces du gouvernement, j’avais souligné qu’il était probable que les mesures annoncées avaient été testées avant d’être rendues publiques. Prise séparément, il n’était pas vraiment étonnant qu’elles soient populaires. N’oublions pas que les réponses sont données sans un véritable temps de réflexion.

Il y a une semaine, je concluais un autre papier sur le sujet de la manière suivante : « je rêve qu’un contre-sondage soit organisé pour bien montrer à quel point il faut relativiser les résultats de celui du Figaro. Le bilan serait sans doute beaucoup moins glorieux pour le gouvernement… ». J’en avais rêvé, Marianne l’a fait. Les résultats sont spectaculaires : à peine 27% des Français pensent que la politique de sécurité menée depuis 2002 est plutôt efficace contre 69% d’un avis opposé.

Même les sympathisants de droite sont une majorité à condamner les résultats de Nicolas Sarkozy : 53% contre 45%.... 73% des Français attribuent une part de responsabilité aux inégalités sociales contre 47% qui citent l’immigration. Bref, derrière l’agitation verbale et législative du gouvernement, et malgré des annonces calibrées pour plaire à l’opinion, le discours du gouvernement ne prend pas et les Français condamnent largement le bilan des huit dernières années.

Des conséquences imprévisibles

Nicolas Sarkozy semblait vouloir jouer en grande partie sa réélection sur les questions de sécurité intérieure. Ce sondage montre qu’il s’agit d’un pari hautement incertain puisqu’à peine un quart des Français jugent sa politique efficace dans le domaine. Après, il est dommage de ne pas avoir testé la crédibilité du Parti Socialiste par rapport à celle de l’UMP dans la lutte contre l’insécurité. Si l’écart est encore important, la carte n’est peut-être pas perdue, mais cela serait très difficile.

Bref, Nicolas Sarkozy jouerait avec le feu en enfourchant le cheval de la lutte contre l’insécurité en 2012. Sa perte de crédibilité dans ce domaine a toutes les chances de le disqualifier définitivement (à moins qu’il reste nettement préféré au Parti Socialiste, ce qui n’est pas totalement impossible). Du coup, en agitant ce débat, il pourrait favoriser une poussée du Front National et alors subir le même sort que celui de Lionel Jospin en 2002 : être éliminé dès le premier tour.

Merci à Marianne pour ce sondage qui montre l’intelligence des Français, qui ne confondent pas l’agitation gouvernementale avec de l’efficacité. Le « No-Sarkozy day » d’avril 2012 pourrait bien être radical…

08.08.2010

Sondages et insécurité

Circulez, il n’y a plus rien à voir : comme le titre le Figaro, « sécurité : les annonces de la majorité plébiscitées ». Même le Monde se laisse complètement piéger par la communication du gouvernement en envisageant « la fin d’un clivage ». Essayons de prendre un peu de recul…

Un bel exercice de communication ?

Nicolas Sarkozy doit être bien content. Au premier regard, les annonces sécuritaires d’il y a quelques jours ont parfaitement rempli leur mission. Elles ont permis de faire oublier quelques temps l’affaire Woerth-Bettencourt et elles sont largement approuvées par les Français puisqu’un sondage du Figaro montre que 55 à 89% de la population est d’accord avec les mesures proposées par le gouvernement. La gauche est inaudible et la presse de gauche évoque sans réfléchir une montée du racisme et convoque la presse de gauche de l’étranger pour attaquer le chef de l’Etat.

Il est assez incroyable que Le Monde tombe à ce point dans le piège du président de la République. Evoquer le racisme quand 70% des Français sont favorables à la déchéance de la nationalité Français pour les ressortissants d’origine étrangère en cas d’atteinte à la vie d’un policier ou d’un gendarme est ridicule. Est-ce que près de trois-quarts des Français seraient racistes ? Est-ce que déclarer être favorable à une telle mesure dans un sondage (c’est-à-dire avec un temps réduit de réflexion) revient à être raciste ? Décidemment, une certaine gauche monte trop vite sur ses grands chevaux.

Et c’est d’autant plus dommage qu’il y a tant d’angles d’attaque contre les annonces démagogiques de la majorité. Tout d’abord, on peut souligner qu’il s’agit d’une mesurette (combien y-a-t-il de tels meurtres par an ?). Ensuite, que la sanction n’aura sans doute aucun impact sur le comportement des agresseurs qui doivent être bien au-delà de ces considérations pour en arriver à tirer sur des forces de l’ordre. Autrement, il est aussi possible de souligner le mauvais bilan en matière de sécurité de Nicolas Sarkozy, comme je l’ai fait, ou comme Juan l’a fait de manière plus détaillée sur son blog.

Sondages et relativité

Que le Figaro utilise ce sondage de manière triomphante pour prouver la pertinence de la stratégie élyséenne n’est pas vraiment une surprise. Mais que le Monde y réagisse avec un tel premier degré est hallucinant. Heureusement que le papier se termine sur un commentaire affirmant que « cela ne signifie pas que l’opinion soit convaincue que ces mesures seront efficaces ».  Car un peu de recul devrait faire prendre ce sondage avec des pincettes. Il est probable que les mesures avaient déjà été testées avant d’être annoncées, comme je l’avais souligné.

Ensuite, un fort degré d’accord avec des mesures prises séparément et qui ne semblent pas trop poser débat (à part les deux ans de prison pour les parents de jeunes délinquants) à une oreille peu attentive ne signifie rien. Il n’est pas difficile d’imaginer un sondage dont les résultats seraient désastreux pour le gouvernement. A la question « Pensez-vous que l’augmentation des violences aux personnes, passées de 390 à 460 mille de 2004 à 2010 est la conséquence de la crise ou de la politique inadaptée du gouvernement ? », plus de 80% des Français incrimineraient sans doute la seconde…

Sans être aussi biaisé, je serais curieux de savoir si les Français pensent que la politique du gouvernement en matière de sécurité est efficace ou s’il a une stratégie claire par opposition au fait de n’être qu’une collection d’annonces médiatiques. On pourrait glisser également la baisse des effectifs pour influencer les résultats. Attention à ne pas prendre les résultats du sondage du Figaro pour un blanc-seing, qu’il n’est pas. Après, pour être honnête, outre le pourcentage de Français qui font confiance à Nicolas Sarkozy sur l’insécurité, il serait aussi intéressant d’avoir le chiffre pour le Parti Socialiste…

Bref, je rêve qu’un contre-sondage soit organisé pour bien montrer à quel point il faut relativiser les résultats de celui du Figaro. Le bilan serait sans doute beaucoup moins glorieux pour le gouvernement…

06.08.2010

Comment lutter contre l’insécurité (2/2) : des pistes de solutions

Je ne vais pas prétendre ici trouver des solutions magiques pour régler les problèmes d’insécurité. Ce n’est pas un sujet sur lequel je me suis encore suffisamment documenté sur le sujet (NDA et Malakine ayant néanmoins fourni des propositions intéressantes). Néanmoins, voici quelques pistes de réflexion.

Une méthode

La méthode a énormément d’importance et celle choisie par Nicolas Sarkozy est un échec majeur. Entre bouillie verbale martialo-virile surfant sur l’actualité et n’hésitant pas à stigmatiser des bouc-émissaires trop faciles et déluge législatif, le tout sans le moindre recul, l’échec du gouvernement est patent. Des assises de l’insécurité seraient sans doute bienvenues pour faire un état des lieux avec des professionnels (psychologues, policiers, juges, victimes, délinquants…) et évaluer les raisons de cette violence afin de dégager des solutions de long terme plutôt que des réactions ponctuelles à l’actualité.

De la prévention

La première chose à faire pour réduire durablement l’insécurité et sans doute de venir à bout du chômage de masse, véritable cancer de la société depuis trente ans. Quand 40% des jeunes de banlieue sont au chômage, ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas travailler (même s’il y a bien sûr sans doute une petite minorité dans ce cas) mais parce que notre économie ne produit pas suffisamment d’emplois. La lutte contre le chômage doit être la priorité N°1 de tout gouvernement et c’est pour cela que j’ai particulièrement apprécié notre convention nationale sur l’emploi d’avril dernier.

Dans une société où l’hyper individualisme a tendance à être glorifié, il est sans doute essentiel de davantage valoriser les engagements désintéressés ou citoyens pour équilibrer les valeurs de notre société. Cela peut passer par un Service Civique, comme le propose Malakine. Cela peut également passer par le développement de l’instruction civique au collège (une fois les savoirs fondamentaux acquis). L’école est le lieu où la société éduque les futurs citoyens. Il est essentiel qu’un certain nombre de valeurs puissent passer. Pourquoi ne pas valoriser les engagements associatifs par exemple ?

La prévention doit également avoir lieu dans les prisons. J’ai trouvé les propositions de Malakine sur la Communauté de Rééducation par le Travail très intéressantes. En effet, comment ne pas imaginer que la prison actuelle a des effets plutôt déstructurant. Pour réduire la récidive, les prisons doivent être des lieux plus humains (il faut donc construire plus de places) et moins déconnectés de la vie réelle. C’est pourquoi faire travailler les prisonniers est une piste intéressante, par delà les économies que cela peut procurer à la collectivité.

De la répression

L’école est un enjeu majeur, étant le premier contact que les futurs citoyens ont avec la société. Le sentiment d'impunité face aux incivilités constitue un terreau favorable à des actes plus graves. Il faut être plus sévère, avec pour recours ultime des établissements spécialisés, possiblement encadrés par des militaires, pour recadrer les éléments les plus perturbateurs (avec naturellement une gradation des sanctions). Ces établissements seraient des internats avec une discipline stricte mais aussi des activités permettant de développer un sens de la communauté positif.

Au niveau plus individuel, je crois au concept de "zéro tolérance". Cela va sembler inutilement sécuritaire, mais les expériences anglo-saxonnes ont montré qu’une plus grande sévérité à l’égard des actes de délinquance mineurs est un bon moyen de freiner l’escalade vers des actes plus graves. Mais les sanctions doivent être adaptées et les actes mineurs peuvent très bien être sanctionnés par des Travaux d’Intérêt Général, qui peuvent avoir une véritable vertu pédagogique. La tolérance zéro, ce n’est pas forcément remplir les prisons, comme ce qui se fait aux Etats-Unis.

Concernant l’arsenal législatif, soit il faut réduire les peines prescrites pour qu’elles correspondent à la réalité des peines exécutées ou alors les faire appliquer. Mais le climat actuel où les petites peines ne sont pas appliquées contribue au climat d’impunité. Les réductions de peine doivent être justifiées ! En outre, il serait intéressant de prendre en compte la dangerosité des prévenus pour la société (j’ai toujours été favorable à une véritable perpétuité pour certains récidivistes). Enfin, se pose la question des moyens : est-il sain de réduire fortement les effectifs de police alors que l’insécurité grandit ?

Voici donc quelques idées qui sont sujettes à débat. Je suis preneur de tout commentaire et de toute source d’information pour enrichir le débat car je ne suis pas un spécialiste de ces questions et je serais heureux de pouvoir pousser ma réflexion sur un sujet aussi important.

05.08.2010

Comment lutter contre l’insécurité (1/2) : le constat

Il y a quelques jours, suite à mon papier sur la démagogie sécuritaire de Nicolas Sarkozy, un commentateur m’a interpellé sur les solutions à apporter au problème d’insécurité. Voici ma réponse, en deux parties.

Faire le bon constat

Avant de réfléchir aux solutions à apporter à ce problème, il est essentiel de s’interroger sur les causes de la violence. C’est d’ailleurs un des travers majeurs de l’approche de Nicolas Sarkozy qui ne fait que rebondir sur les faits divers, par des coups de menton ou des nouveaux projets de loi. Aucune perspective n’est donnée par « le premier flic de France » depuis huit ans.

Si le chiffre global de la délinquance baisse depuis 2002, c’est essentiellement suite à la baisse des atteintes aux biens. Comme je l’avais souligné lors de la campagne présidentielle de 2007, le « bon » bilan de Nicolas Sarkozy s’expliquait essentiellement par la baisse des vols de voiture et des cambriolages, consécutifs au meilleur équipement des ménages.

Et si les homicides reculent, en revanche, les violences aux personnes, sans doute la forme de violence la plus importante car la plus traumatisante, augmentent sans discontinuer depuis 2002, malgré les annonces et les mesures de Nicolas Sarkozy. On constate également que l’école est de moins en moins sanctuarisée, que les violences y sont de plus en plus courantes.

Il semble que les populations immigrées soient plus susceptibles d’actes violents. Néanmoins, il faut noter que l’explication de cette surreprésentation soit davantage sociale et donc consécutive au fort taux de chômage qu’à une quelconque prédisposition religieuse ou autre, comme l’a bien soutenu Malakine dans son débat avec Riposte Laïque.

Mais une simple explication sociale est bien sûre insuffisante car elle risque de mener à l’angélisme qui prévaut souvent à gauche. L’individu a son libre-arbitre. Toutes les personnes en difficulté sociale sont loin d’être violentes. L’éducation familiale et sociétale a son rôle. Il faut y ajouter celui des valeurs de notre société, qui ont profondément évolué depuis quarante ans.

Pourquoi les violences aux personnes augmentent ?

Une analyse sociale de la violence permet aisément de conclure que la situation sociale joue un rôle dans le niveau de violence. Selon que l’on est plus ou moins bien intégré socialement, employé ou chômeur, le niveau de violence n’est pas le même. L’oisiveté, le chômage, l’incapacité à s’intégrer dans la société sont autant de facteurs de violence, d’où la surreprésentation des populations immigrées.

La société a également un rôle important à jouer dans les limites qu’elle fixe aux citoyens et les sanctions qui sont apportées aux comportements incivils. A ce titre, je crois que l’école joue un rôle déterminant dans l’évolution des individus. En effet, l’école est le premier lieu où les futurs citoyens sont confrontés à la vie en société, aux règles que cela suppose. Et l’on constate trop souvent que les incivilités ne sont pas vraiment sanctionnées, ce qui créé un précédent détestable pour l’avenir.

On peut également se demander s’il n’y a pas un manque plus global de sanction des incivilités mineures. On voit bien avec le cas de la sécurité routière qu’une moindre tolérance a un véritable impact sur les comportements : les Français roulent clairement moins vite qu’il y a dix ans et boivent moins quand ils conduisent. La répression peut avoir des résultats.

Mais cette répression n’est pas suffisante. La prévention est un élément déterminant car des sanctions disproportionnées, outre le fait d’être souvent inapplicables, créent un sentiment d’injustice dangereux. On peut penser notamment que les prisons Françaises ne sont malheureusement pas un terreau fertile à la rédemption et que leur conception même et leur surpopulation ne préviennent pas vraiment la récidive des personnes qui y passent, contrairement à ce que l’idéal républicain exige.

Enfin, de manière plus philosophique, on peut voir dans ce regain de violence une conséquence de l’évolution de nos sociétés. C’est ce que Malakine appelle la « dé-civilisation ». Je partage clairement son constat sur les dangers de l’hyper-individualisme, la perte du sens du collectif et la réduction de l’homme à la quête de son propre intérêt, tel que l’a développé Jacques Généreux.

La montée de la violence puise ses explications à plusieurs sources : un chômage de masse, une société plus permissive, notamment à l’école, et une montée d’un individualisme adepte de la confrontation et oublieux de tout collectif. Demain, j’esquisserai des solutions.

02.08.2010

La démagogie sécuritaire de Nicolas Sarkozy

La semaine dernière, le président de la République a déclenché une nouvelle polémique en évoquant la possible déchéance de la nationalité Française pour les délinquants d’origine étrangère. Sans doute un prélude à la campagne présidentielle en 2012…

Une détestable surenchère sécuritaire

Malakine avait parfaitement anticipé l’évolution de la rhétorique présidentielle dans son très bon papier dans la polémique avec Riposte Laïque (je vous invite également à lire son analyse très intéressante sur la dé-civilisation et ses propositions). Cette dernière semaine de juillet a été l’occasion d’une offensive tous azimuts de la majorité sur la sécurité après plusieurs faits divers qui montraient bien la faillite du gouvernement dans sa lutte contre l’insécurité.

En quelques jours, nous avons eu droit à un florilège de déclarations plus martiales les unes que les autres. Nicolas Sarkozy a ainsi affirmé que « la nationalité Française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement portée atteinte à la vie d’un policier, d’un gendarme ». Brice Hortefeux a affirmé vouloir étendre les cas de déchéance de la nationalité. Enfin, le secrétaire national de l’UMP à la sécurité a proposé de la prison ferme pour les parents de jeunes délinquants.

Les raisons de cette surenchère

Comme le souligne Malakine, cette stratégie est purement électorale. Elle a un double objectif. Le premier est clairement de faire baisser (temporairement) la pression sur l’affaire Woerth-Bettencourt et il faut dire que cela a bien réussi puisque les les questions de sécurité sont désormais à la une des médias. Le deuxième est de trouver un angle pour la campagne électorale de 2012. On imagine que Nicolas Sarkozy essaie de répliquer la stratégie gagnante de Jacques Chirac en 2002.

Et, au premier abord, cette stratégie peut sembler gagnante. J’imagine volontiers que l’Elysée a commandé des sondages sur les questions abordées pour vérifier que l’opinion était d’accord avec les propositions évoquées la semaine dernière. En outre, la presse de gauche, en faisant un peu trop facilement l’amalgame avec le Front National est tombée dans le panneau du clivage artificiel que le chef de l’Etat chercher à créer avec une gauche qu’il décrit, pas totalement à tort, comme trop angélique.

Pourquoi cela va échouer

Mais si cette tactique avait fonctionné en 2002, alors que le PS était au pouvoir depuis cinq ans, une telle stratégie semble hautement hasardeuse sachant que Nicolas Sarkozy aura été en charge de la sécurité des Français pendant près d’une décennie. Tout ceci pourrait attirer l’attention des Français sur son mauvais bilan (hausse continue des violences aux personnes depuis 2002). Et si cette grosse ficelle mettait le président sortant en danger sur sa droite ?

Sur le fond, il est difficile de ne pas voir la stratégie de bouc-émissaire que joue la majorité : après les gens du voyage, les immigrés. Ces propositions ne résoudront en rien les problèmes de sécurité, bien plus globaux, mais elles jouent sur la peur. C’est avec un immense plaisir que j’ai lu le communiqué de presse de Nicolas Dupont-Aignan, ferme et mesuré, qui dénonce la stratégie du président sans verser dans les amalgames improductifs d’une partie de la gauche.

A jouer avec le feu, Nicolas Sarkozy va sans doute faire progresser le Front National. Au final, on pourrait presque souhaiter une réplique de 2002 à l’envers. Ce serait une bonne leçon administrée par les Français à ce président racoleur, démagogique et indigne de sa fonction.

23.07.2010

Les gesticulations sécuritaires de Nicolas Sarkozy

Un nouveau préfet en Isère, une réunion à l’Elysée à venir sur « les problèmes que posent les comportements de certains des gens du voyage et les Roms » : le président de la République reprend l’offensive sécuritaire pour répondre aux violences des derniers jours.

La posture sécuritaire, un fond de commerce usé

Ce n’est pas sans une certaine ironie que la majorité des médias a traité ce retour de la sécurité dans l’agenda gouvernemental. Le Monde y a consacré deux papiers qui ne cachent guère leur point de vue, que ce soit en soulignant que la délinquance est un des fondamentaux de Nicolas Sarkozy ou en recensant ses différentes « déclarations de guerre » depuis huit ans

Il faut dire que celui qui fut ministre de l’intérieur de Jacques Chirac a géré directement ou indirectement la sécurité des Français sur sept de ces huit dernières années, et a multiplié les déclarations plus fracassantes les unes que les autres, ainsi que les lois. Du coup, un scepticisme généralisé s’est emparé de la plupart des médias qui remettent en cause à demi-mot son bilan.

En fait, il est difficile de juger les annonces du gouvernement avec sérénité. L’éviction du préfet de l’Isère et la réunion sur les gens du voyage sont-elles des décisions justes et courageuses ou simplement des annonces destinées à donner le change face aux inquiétudes des Français ? Il faut dire que les maigres résultats de Nicolas Sarkozy sur le sujet ne poussent guère à la tolérance…

Insécurité : un bilan désastreux

Comme l’a souligné récemment le Chafouin dans un bon billet, « dans le bilan de sarkozy, il faudra retenir le fiasco sécuritaire ». Tous les jours, on peut constater que l’insécurité n’a pas baissé depuis huit ans, malgré les innombrables déclarations du président. Cet échec patent de la politique qui l’a lancé risque de peser lourd dans la balance en 2012, quand les Français se demanderont s’il faut lui accorder un nouveau mandat. Une impression d’échec sur la sécurité serait redoutable.

Et pour l’instant, il s’agit bien d’un échec. Derrière la posture sécuritaire, le bilan est extrêmement mauvais. Si les chiffres globaux de la délinquance ont tendance à baisser, cela s’explique par la chute des atteintes aux biens, notamment les vols de voitures, du fait du bien meilleur équipement des véhicules et pas vraiment de l’action du gouvernement. En revanche, les violences aux personnes, bien plus marquantes, ne cessent de progresser depuis huit ans malgré les lois et les annonces.

Même le Parti Socialiste commence à se risquer sur le sujet en attaquant les réductions d’effectif, mais il a du mal à sortir de son angélique critique de la répression. A l’inverse, Nicolas Dupont-Aignan a osé faire des propositions concrètes. Personnellement, je crois que pour casser le cycle de la violence, il faut mettre en œuvre une véritable tolérance zéro, quitte à ce que de nombreuses peines (pour les délits mineurs) soient des travaux d’intérêt général.

Aujourd’hui, trop de délits mineurs ne sont pas sanctionnés, appelant sans doute des gestes plus graves. Il est donc essentiel qu’au-delà des grands discours et des nouvelles lois, l’Etat casse le cycle de la violence pour restaurer son autorité et le respect des règles de vie en société.

20.03.2010

La grosse ficelle de l’insécurité

Au moins, sur ce sujet, le moins que l’on puisse dire est que Nicolas Sarkozy a de la suite dans les idées. Cela fait plus de huit ans qu’il dénonce l’insécurité avec un ton martial et impliqué. A l’approche du second tour des élections régionales, il ressort cette grosse ficelle.

Une exploitation indigne du malheur des autres

C’est la mort d’un policier à Dammarie-les-Lys lors d’une altercation avec un commando présumé d’ETA qui a fourni l’occasion à la majorité de remettre le sujet sur la table. Comme d’habitude, Nicolas Sarkozy a proposé une nouvelle mesure : le passage à trente années de peine de sûreté pour les assassins des forces de l’ordre. Il a dit que « la violence doit reculer dans notre pays, et elle reculera », phrase qui sonne comme le constat qu’elle ne recule justement pas et qui devrait plutôt sortir de la bouche d’un dirigeant de l’opposition que de celui en charge de cette question depuis huit ans.

Il faut dire que l’enjeu est important pour la majorité. Il y a un vrai risque que la droite perde les dernières régions métropolitaines où elle était au pouvoir. Cet argument semble le dernier capable de mobiliser encore l’électorat, tout en grappillant des voix à un Front National en regain de forme. Cette tactique semble autoriser tous les dérapages puisque François Fillon n’a pas hésité à annoncer la mort imaginaire d’un policier lors d’un meeting cette semaine. Bref, la majorité est tellement désespérée qu’elle cède à l’agitation sécuritaire pour essayer de sauver au moins une région métropolitaine.

Un discours en contradiction avec son bilan

Le problème avec ce discours est que Nicolas Sarkozy est depuis 8 ans en charge de la sécurité des Français, soit comme ministre de l’intérieur, soit comme président de la République. Il est donc difficile de le prendre au sérieux quand il dit dans l’interview du Figaro Magazine qu’il faut « passer la vitesse supérieure dans la lutte contre l’insécurité ». Cela voudrait-il dire qu’il a été inefficace depuis huit ans ou qu’il n’a pas fait tout ce qu’il pouvait. Il est absolument incroyable qu’il ose encore tenir de tels propos qui soulignent pourtant l’échec de son bilan.

Car la baisse globale de la délinquance depuis huit ans camoufle une réalité duale. D’une part, les atteintes aux biens (vols de voiture, cambriolage…) ont plutôt reculé. Mais cela s’explique surtout par la meilleure protection offerte par les progrès technologiques. De l’autre, les violences aux personnes n’ont cessé de progresser depuis huit ans, dans des proportions telles que si le PS était au pouvoir, le même Nicolas Sarkozy dénoncerait sans doute avec virulence l’incapacité des socialistes à traiter cette question. Depuis huit ans, les violences aux personnes ont augmenté de 50%...

Le problème pour le président est qu’il continue à se comporter comme un candidat alors qu’il est aux manettes du pouvoir pour cette question depuis huit ans. Dès lors, il peut bien agiter ce chiffon rouge de l’insécurité, il est peu probable que les Français l’écoutent.

10.03.2010

Insécurité : le mauvais bilan de Nicolas Sarkozy

Cela fait bientôt 8 ans que le président de la République, ministre de l’intérieur pendant quatre années sous le deuxième mandat de Jacques Chirac, a fait de la lutte contre l’insécurité une de ses priorités et une de ses marques de fabrique. Pourtant, son bilan n’est pas bon.

Une volonté, des discours et des actes

Depuis 2002, Nicolas Sarkozy a fait de la lutte contre l’insécurité son fonds de commerce. Ministre de l’intérieur, il se plaisait à être décrit comme « le premier flic de France ». Il était l’homme politique qui osait employer des mots forts : « racaille », « karcher ». Pendant cinq ans, il a multiplié les lois, les coups de mentons, les déplacements pour aller voir les victimes, les dénonciations musclées des voyous. Il a fait corps avec une certaine vision de son poste mieux que quiconque.

Depuis qu’il est président de la République, son volontarisme affiché s’applique maintenant à tous les domaines, ce qui a sans doute dilué son image sécuritaire. Néanmoins, il faut noter qu’il a mis place Beauvau son meilleur ami en politique, ce qui fait du ministère de l’intérieur un prolongement naturel de lui-même. D’ailleurs, dans l’opinion, son discours et ses actes arrivent encore à lui donner une certaine légitimité dans le domaine.

Un mauvais bilan

Pourtant, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, son bilan n’est pas bon. En fait, il n’était déjà pas bon au ministère de l’intérieur. En effet, la baisse de délinquance affichée de 2001 à 2006 était essentiellement la conséquence du meilleur équipement des ménages qui avait permis un effondrement du nombre de vols de voitures et de cambriolages. En revanche, les violences aux personnes avaient continué à progresser pendant l’ensemble du mandat de Nicolas Sarkozy à l’Intérieur.

Et cet échec se poursuit malheureusement aujourd’hui puisque les violences aux personnes continuent encore à augmenter. Elles sont un bien meilleur indicateur du niveau de violence car ces statistiques peuvent beaucoup plus difficilement être trafiquées. L’Express vient même de consacrer un dossier explosif sur ces questions, qui remet complètement en cause l’efficacité de la politique du gouvernement dans la lutte contre l’insécurité.

Nicolas Sarkozy a beaucoup parlé sur l’insécurité. Il a multiplié les annonces et les lois en réaction aux faits divers. Mais dans la réalité, les violences aux personnes continuent encore et toujours d’augmenter. Cette plaie de la société saigne malheureusement de plus en plus.