22.08.2010
Privatisations et service public
Marianne 2 a publié cette semaine un article en deux parties d’Eugène sur les privatisations. Un excellent moyen de comprendre que la privatisation n’est pas forcément la solution et que le secteur public a encore de beaux jours devant lui.
Le bêtisier Français
A dire vrai, il n’y a pas besoin d’aller très loin pour voir que les privatisations ne sont pas forcément la bonne solution. Chez nous, l’entrée en bourse d’EDF et la libéralisation du marché de l’énergie (acceptée par le gouvernement Jospin) avaient été vendus comme un moyen de baisser les prix. On voit bien au contraire que cela pousse les prix à la hausse, réduisant l’écart que la France a encore avec les autres pays européens, pour le plus grand bénéfice des actionnaires de l’ancien monopole public.
Nous avons également le cas de la libéralisation des renseignements téléphoniques (l’ancien 12). Il y a quinze ans, il coûtait 3,65 francs (55 centimes d’euros) pour avoir trois numéros. Aujourd’hui, non seulement il faut se souvenir de numéros à six chiffres, mais chaque numéro coûte désormais la bagatelle d’environ un euro cinquante, soit une multiplication par huit du prix du numéro. Le résultat ne s’est pas fait attendre : -30% d’appels. Seuls les médias et les actionnaires ont gagné.
Le bêtisier international
L’immense intérêt de cet article est de démonter l’argument des néolibéraux pour lesquels le marché est forcément plus efficace que l’Etat. Il ne s’agit pas pour moi de dire l’inverse et que l’Etat est forcément meilleur que le marché. Mais face au dogmatisme de certains, il est utile de rappeler ces exemples désastreux : Amérique Latine, Afrique, Angleterre : le privé n’est pas forcément plus efficace et peut conduire à une baisse du service et une hausse des prix.
Le grand intérêt de cet article vient aussi de la modération de son auteur, qui énonce à la fin les secteurs pour lesquels les privatisations sont a priori à prohiber. On y retrouve grosso modo les services publics traditionnels, le plus souvent des monopoles naturels (santé, éducation, énergie, transports ferroviaires, eau, télécommunications). Au regard de la crise de 2008, l’auteur pose la question légitime du secteur bancaire. Néanmoins, il n’est pas hostile à des concessions, du moment qu’elles sont bien cadrées.
Merci à Eugène et Marianne 2 pour ce bel article qui remet les pendules à l’heure sur la question des services publics en montrant que les privatisations se transforment trop souvent en des rentes privées au détriment du plus grand nombre, tant pour le service que le prix.
10:55 Publié dans Actualités, Blog, Economie | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : privatisations, service public, intérêt général, eugene, marianne 2
15.07.2010
Intérêt général et souveraineté en Europe (1/4)
Nous assistons aujourd’hui à un double mouvement depuis un peu plus de 20 ans en Europe : d’une part, un détricotage des souverainetés nationales au profit de Bruxelles, de l’autre, une montée générale des inégalités. Peut-on y voir un lien de cause à effet ?
Peut-on parler d’un intérêt général européen ?
Des inégalités croissantes et partagées
Même si je ne crois absolument pas à l’existence d’un peuple européen, cette question est intéressante. En effet, si les faiblesses de la construction monétaire qu’est l’euro montrent que les pays n’ont pas convergé sur de nombreux points, on constate que sur certaines dimensions, il y a une évolution parallèle. Dans la quasi totalité des pays européens, il y a une augmentation des inégalités. L’intégralité ou presque de la création de nouvelles richesses va à une petite minorité.
En France, une étude de Camille Landais montre ainsi que depuis une dizaine d’années, les revenus réels de 90% de la population ont progressé de 4%, tandis que ceux du 1% les plus riches ont progressé de 19% et ceux des 0.1% de 32%. En Allemagne ou en Grande-Bretagne, les chiffres sont encore plus frappants puisque les bas revenus ont perdu du pouvoir d’achat.
L’horizon semble être les Etats-Unis, où le salaire minimum a baissé de 30% depuis les années 70 selon Paul Krugman, et où 0.1% de la population touche 8% de l’ensemble des revenus. Pire, l’éditorialiste du New York Times et prix Nobel d’économie 2008 démontre également la profonde injustice du système éducatif où les bons élèves pauvres n’ont pas plus de chances d’aller à l’université que les mauvais élèves riches, du fait du coût exorbitant des études secondaires.
Comme souvent, le Général de Gaulle avait vu juste quand il disait en 1965 que « le laissez faire, le laissez passer, appliqué à l’économie a souvent donné au développement une profonde impulsion, mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Le système économique actuel, basé sur une déréglementation généralisée est injuste car le développement économique n’a de sens que s’il est partagé par tous.
Le sentiment d’un intérêt général européen
En fait, beaucoup de nos compatriotes pensent aujourd’hui que les vieux Etats nations européens sont trop petits pour défendre leurs intérêts face aux géants étasuniens, chinois, ou indiens. Ainsi, ils croient à une forme d’intérêt général européen, où l’Europe serait le levier pour mieux défendre les intérêts des pays du vieux continent dans le cadre d’un monde globalisé dominé par des géants.
C’était bien entendu le cas de la plupart des partisans du « oui » lors du référendum sur le TCE. Mais je crois que c’est également le cas d’une partie importante de ses opposants, qui voulaient plus une autre Europe que pas d’Europe. D’ailleurs, ce n’est pas faux quand on examine la réussite qu’a été la PAC dans un premier temps, ou Airbus. Demain également, c’est par l’Europe qu’une partie de la réforme de la finance pourra être poussée, les Etats européens ne pouvant pas tout faire.
Certes, nous pouvons y opposer le cas d’Etats indépendants, qui parviennent à maintenir leur modèle malgré la mondialisation. Au-delà de la Suisse ou de la Norvège, trop atypiques pour représenter des exemples, le Danemark, la Suède ou la Grande-Bretagne montrent que l’échelle européenne n’est pas la solution indépassable. Malgré tout, la crise fait que cet argument risque de ne pas peser lourd face aux inquiétudes provoquées par l’émergence de la Chine…
Demain, les travers du modèle supranational
Texte issu de mon intervention au colloque Souveraineté du 18 juin à la Sorbonne
10:55 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : souveraineté, intérêt général, paul krugman



