27.05.2008
Nicolas Sarkozy, entre accessoire et essentiel
RER A, décoration de Céline Dion, marins pêcheurs, voyage en Angola, loi sur la participation et l’intéressement, reprise en main de la majorité, réforme des Institutions, intervention sur RTL : depuis une semaine, Nicolas Sarkozy est sur tous les fronts pour relancer sa présidence.
Parmi cet embouteillage d’annonces, celle d’une loi visant à développer la participation et l’intéressement était la principale d’hier. De temps en temps, quelques traits de gaullisme semblent émerger du magma des interventions présidentielles. On peut sans doute remercier Henri Guaino car cette idée n’avait jamais fait partie des priorités de Nicolas Sarkozy avant qu’il ne soit rejoint par ce gaulliste ombrageux. La participation et l’intéressement avaient été voulus par le Général de Gaulle pour dépasser l’opposition entre les employés et les propriétaires d’une entreprise et faire que les premiers soient associés à sa bonne marche. Cette démarche est d’autant plus d’actualité aujourd’hui que le partage des fruits de la croissance n’a jamais été plus inégalitaire depuis les années 30.
Ce matin sur RTL, il est longuement revenu sur la hausse du prix du baril de pétrole. Il a dit que le supplément de recettes de TVA serait consacré à des mesures de soutien pour les Français les plus touchés par cette hausse. Il a également annoncé son intention de proposer aux autres pays européens d’exonérer de TVA l’essence à partir d’un certain prix. Cette annonce est un peu facile dans la mesure où il est peu probable que nos partenaires l’acceptent (nous attendons toujours leur accord pour la baisse de la TVA sur la restauration…). Cela illustre malheureusement les absurdités de certains règlements européens. En outre, s’il est légitime d’aider les Français les plus touchés par cette hausse, il est dangereux d’agir directement sur le prix de l’essence car cela ne pousserait pas les acteurs économiques à réduire leur consommation, ce qui pousserait encore plus les prix à la hausse, et à terme les aides…
Plus globalement, l’action du président de la République pose plusieurs problèmes. Vouloir en permanence être sur tous les fronts à la fois tout en s’assurant une exposition médiatique maximale le contraint à survoler les problèmes (d’où certains couacs, comme sur l’esclavage). Résultat, il ne traite pas les dossiers à fond et se contente d’empiler les nouvelles mesures et lois. De manière assez symptomatique, le « paquet fiscal » a ajouté de nouvelles exonérations de cotisations sociales et de nouvelles exonérations d’impôts sans revoir l’édifice global, ce qui contribue à le complexifier plus encore… Par delà l’intérêt discutable de certaines mesures (réforme des Institutions, paquet fiscal…), le président agit le plus souvent à la marge, sans réformer en profondeur, contrairement à ce qu’il prétend.
Pour devenir président, Nicolas Sarkozy devra sans doute apprendre à mieux choisir ses priorités pour traiter les dossiers à fond et ne pas empiler de nouvelles mesures. Cela donnerait également plus de lisibilité à son action. Mais pour cela, il faudrait qu’il sache distinguer l’accessoire de l’essentiel.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/05/26/interessement-l-offensive-gaulliste-de-nicolas-sarkozy_1049537_823448.html#ens_id=1049546
10:49 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, rtl, pétrole, participation, intéressement



