24.04.2008
Le bonimenteur de l’Elysée
Avant même son intervention télévisée, Nicolas Sarkozy avait osé déclarer dans Le Point que « finalement, gouverner est plus facile que je ne le pensais ». Cette déclaration sidérante pour le président le plus impopulaire de la Cinquième République au bout d’un annonçait bien un président droit dans ses bottes.
Pour contourner les difficultés sur le pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy nous a resservi son numéro sur le fait que la France était endormie depuis 25 ans.. Pourtant, comment affirmer avec sérieux que le gouvernement Fillon a davantage réformé que les gouvernements Chirac de 1986 (réforme fiscale, privatisations…) ou Jospin de 1997 (emplois jeunes, 35 heures, police de proximité…), quel que soit ce qu’on pense des réformes menées ? On pourrait même contester la supériorité réformatrice du gouvernement actuel par rapport… à ceux des présidences Chirac. Après tout, en 1995, le gouvernement Juppé a rétabli les finances publiques en deux ans, a réformé profondément l’armée avec la fin du service militaire ou a essayé de réformer en profondeur les retraites. De 2002 à 2007, les gouvernements ont agi pour la sécurité routière, l’emploi et ont réformé la sécurité sociale des fonctionnaires…
Quelles sont les grandes réformes qui ont été menées depuis un an ? À l’aune de l’histoire, le gouvernement Sarkozy n’est pas si réformateur que cela. Il cumule plutôt les réformettes, comme sur la réforme des universités, ou les régimes spéciaux (beaucoup moins importante que la réforme des retraites du gouvernement Balladur ou celle des fonctionnaires du gouvernement Raffarin). Car quand il nous parle des régimes spéciaux, il faut souligner que cette réforme ne concerne que cinq cent mille personnes quand le gouvernement Raffarin a réformé la retraite de plus de 5 millions de fonctionnaires. Ce que Nicolas Sarkozy a fait était-il vraiment plus difficile que la réforme de 2003, surtout étant donné ce qu’il a cédé ?
Le président a fait mine d’accepter la critique, mais dans les faits, ce n’est jamais sa faute. La panne de croissance est attribuée au prix du pétrole, à la crise financière et à la hausse de l’euro. Malheureusement, on cherche encore ce qu’a fait le gouvernement pour résoudre ces trois problèmes, comme quand il dénonce à nouveau la spéculation. Il raconte n’importe quoi en disant que depuis dix ans, la France a une moindre croissance que l’Allemagne alors que jusqu’en 2006, c’était bien la France qui avait une meilleure croissance depuis dix ans. Le plus ridicule est la récupération du bilan du gouvernement Villepin sur le chômage puisque par un coup de passe-passe, il s’attribue les deux cent mille chômeurs de moins de 2007, qui seraient la conséquence de la loi sur les heures supplémentaires, mise en place… à l’automne.
Très rapidement, Nicolas Sarkozy apparaît sur la défensive. Résultat, il ressort son discours de candidat, comme sur la dénonciation des 35 heures, qui seraient le mal absolu, responsables de tous les maux de notre pays depuis dix ans. Il a à nouveau répété son slogan « travailler plus pour gagner plus ». Bref, le président se réfugie souvent dans une rhétorique pas toujours cohérente avec les faits. Sur l’immigration, il réfute toute régularisation massive, malgré les récentes directives données aux préfets. Sur l’éducation, même s’il déclare que c’est la réforme qui permettra les réductions de poste, il n’a pas prouvé que ce n’est pas le contraire. Il a défendu sa remarque sur la supériorité des religieux sur les instituteurs.
Sur la Chine, sa position a été assez équilibrée entre la dénonciation de ce qui s’est passé au Tibet et la volonté de respecter la Chine. Un discours que certains pourront qualifier de « realpolitik » mais qui est aussi assez courageux dans le contexte actuel. Il a refusé de prendre position a priori, même s’il a tardé à prendre une position claire. Sur l’Afghanistan, il a cherché à faire peur en affirmant que si nous nous retirions, le Pakistan, qui a l’arme nucléaire, pourrait tomber comme un château de cartes ou que cela reviendrait à « avoir peur ». La question de l’OTAN est malheureusement passée à la trappe, alors que Nicolas Sarkozy en a fait des tonnes sur Ingrid Bettancourt, comme d’habitude.
Face à des journalistes offensifs et peu complaisants, Nicolas Sarkozy, même s’il est resté droit dans ses bottes, est apparu sur la défensive car il ne peut plus rester sur une posture de candidat et doit assumer sa première année. La répétition à satiété du mot « réforme » suffit de moins en moins.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/04/24/trop-nicolas-pas-assez-sarkozy-par-eric-fottorino_1037954_3232.html#ens_id=998385
21:54 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, intervention, bilan, anniversaire



